• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Peine de mort, violence policière et racisme aux États-Unis

Peine de mort, violence policière et racisme aux États-Unis

« Toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique »

F. Engels (1)

 

 

Aujourd'hui la peine de mort et les crimes à répétition de la police américaine contre les noirs remplacent les lynchages, les bûchers, les mutilations et autres pendaisons d'hier. Mais derrière la violence raciale se cache l'oppression de classe.

 

Aux États-Unis, 28 États sur 50 appliquent encore la peine de mort. 1518 personnes ont été exécutées depuis 1977 (2) . 2817 condamnés dont 53 femmes attendent dans les couloirs de la mort (Death Row) (3) . On va taire par pudeur la cruauté de ces exécutions.

 

L'arme politique que constitue la peine capitale est essentiellement utilisée contre les classes défavorisées : 95 % des personnes condamnées à mort provenaient de milieux pauvres (4).

Les privilégiés quant à eux, même en commettant les pires crimes, ont tous les moyens d'échapper à la mort.

 

Aux condamnations de classes, s'ajoutent les préjugés de race. La peine de mort constitue un indicateur essentiel du racisme anti-noir qui règne aux États-Unis. Ainsi, 42 % des condamnés sont noirs alors qu'ils ne représentent que 12 % de la population totale (5). 98 % des Procureurs, c'est à dire ceux qui décident réellement de la vie ou de la mort des accusés, sont blancs ! (6).

 

Les crimes perpétrés par la police contre les citoyens noirs et pauvres se succèdent et se ressemblent. Des policiers blancs asphyxient ou tirent à plusieurs reprises sur des noirs désarmés. Les policiers criminels sont très rarement condamnés (7). La complicité du système judiciaire américain avec l'institution policière est totale.

 

L'oppression raciale et l'oppression économique vont de pair. L'oppression raciale sert de justification et de légitimation à l'oppression économique. Pour comprendre cette relation et cette violence extrême exercée sur les noirs et les plus démunis en général, pour mieux les exploiter, il faut remonter aux XVIIème et au XVIIIème siècles avec la création des plantations coloniales qui nécessitaient une main-d’œuvre massive et servile.

 

Après l'extermination des indiens, les anglais et les français ont d'abord utilisé des esclaves blancs venus d'Europe. Mais avec le développement prodigieux des plantations de riz, coton, tabac et autres canne à sucre, le travail des esclaves blancs ne suffisait plus. L'importation d'esclaves africains devenait vitale pour la survie des plantations. L’Afrique est ainsi transformée comme disait Marx « en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires » (8). Il fallait absolument fournir ces plantations en force de travail la plus servile et la plus rentable possible :« Les esclaves sont envoyés dans toutes les plantations américaines de Sa Majesté qui ne peuvent subsister sans eux » (9). Aucun planteur n'était encore prêt à embaucher des salariés.

 

Ainsi la richesse fabuleuse accumulée par les planteurs américains était produite, sous le fouet, par des africains arrachés à leur continent par la force et la violence. Combien ont succombé à leurs souffrances dans les champs de coton, de tabac ou de canne à sucre ? Combien ont été castrés, mutilés, lynchés (10), brûlés vif, ou encore pendus ? Nul ne le sait avec précision.

 

A cette époque c'est à dire fin XVIIème et début du XVIIIème siècle, les esclaves blancs et noirs étaient considérés comme une main-d’œuvre servile et rentable, traités par conséquent avec la même violence. Les historiens rapportent même leurs luttes communes contre l'esclavage : « Parce qu'ils travaillent ensemble dans les mêmes champs, les premiers américains de race noire et de race blanche, à l'exception des aristocrates, ont tissé de puissants liens de sympathie et de réciprocité. Ils se sont révoltés ensemble » (11). L'esclave noir n'était pas considéré comme un être inférieur ou supérieur à l'esclave blanc. Seules comptaient leur productivité et leur rentabilité. On ne trouve dans les écrits des trafiquants d'esclaves de cette époque aucune trace, aucun relent de racisme (12).

 

L'apparition du racisme anti-africain a commencé avec la lutte pour l'abolition de l'esclavage dans un contexte de développement du salariat en Europe et en Amérique du Nord. Pour faire face à cette menace, défendre leurs privilèges et perpétuer l'esclavage, les planteurs, les marchands d'esclaves et les esclavagistes en général ont utilisé des théories pseudo-scientifiques montrant que le noir s'approche davantage du singe que de l'homme (13). Les blancs (les européens) sont donc supérieurs aux noirs (les africains) physiquement et intellectuellement. Le racisme vient ainsi justifier et légitimer l'esclavage. Le concept économique et social de l'esclavage est devenu un concept racial. Le racisme est un produit authentique de l'esclavage.

 

Le racisme anti-noir s'est nettement développé par la suite. Il a fallu toute une guerre civile (guerre de Sécession 1861/1865), dont le rôle des anciens esclaves était décisif, pour mettre un terme au commerce des êtres humains entre l'Afrique et les États-Unis.

 

Si l'esclavage a été aboli, au moins formellement, le racisme quant à lui continue à se développer au gré des vicissitudes du développent du capitalisme. A l'esclavage succède le salariat, nouvelle forme de servitude. Le racisme doit s'adapter à son tour, sans disparaître totalement, à la nouvelle forme d'exploitation pour mieux la servir.

 

Malgré la nouvelle situation, le Sud défait, humilié et ruiné continuait pourtant à s'accrocher à ses valeurs esclavagistes et racistes. La frustration et la haine du noir devenu citoyen, ont créé un climat propice au développement d'organisations terroristes et racistes. La plus connue et la plus violente aussi est certainement le Ku Klux Klan. L'organisation jouissait à ses débuts d'une grande popularité et d'une complicité des autorités politiques (président Andrew Johnson) et judiciaires (codes noirs, lois Jim Krow). Le Klan se présentait comme le défenseur de la suprématie de la race blanche menacée par le péril noir. Sa priorité était de s'attaquer aux noirs affranchis. L'organisation ne reculait devant aucun moyen pour terroriser la population noire : lynchages, bûchers sur les places publiques , pendaisons, assassinats, mutilations, viols etc. Il est difficile de donner un nombre précis des victimes noires du Klan (14).

 

Le Ku Klux Klan a connu plusieurs vies et plusieurs versions différentes de 1865, date de sa création, à aujourd'hui sans jamais abandonner réellement sa doctrine originelle, la suprématie de la race blanche et la haine du noir même si le racisme basé sur la supériorité biologique n'a aucune base scientifique. Le Klan a mené en fait un combat d'arrière garde. Il n'a jamais compris que l'esclavage ne correspondait plus à la réalité d'un capitalisme en plein développement et que le prolétaire avait remplacé l'esclave. De surcroît le prolétaire noir est plus rentable et plus corvéable que le prolétaire blanc.

 

Mais le nouveau Klan tente de s'adapter, avec beaucoup de retard et de difficultés, à la réalité d'aujourd'hui. Car le Ku Klux Klan est toujours utile pour la classe dominante ne serait-ce que pour entretenir et perpétuer, par son agitation et les préjugés raciaux qu'il propage, la division au sein de la classe ouvrière. Le Klan a réussi à transmettre à de nombreuses organisations racistes cette culture de violence et de haine envers la population noire. C'est d'ailleurs l'une de ces organisations, le « New empire knights » se réclamant du Klan, qui a appelé à soutenir Darren Wilson le policier qui a assassiné le jeune noir Michael Brown à Ferguson le 9 août 2014. Pour cette organisation, le policier blanc « n'a fait que son boulot contre le nègre criminel » (15).

 

Le racisme, la violence et d'une manière générale l'oppression de classe et de race ne sont que des moyens au service du profit et de l'accumulation du capital. Le racisme a servi dans le passé l'esclavage, il sert aujourd'hui, sous des formes différentes, l'esclavage capitaliste, le salariat. Il est vrai aussi que cette violence revêt une dimension spécifique aux États-Unis du fait du fardeau de l'histoire. Le travailleur noir subit l'exploitation de classe mais aussi l'oppression de race. Pour les travailleurs noirs, la lutte contre le racisme est un combat quotidien, vital. Ils affrontent constamment, entre autres, les brutalités policières et la violence d'un système judiciaire qui les envoie souvent et injustement dans les couloirs de la mort. Mais la lutte des travailleurs noirs, aussi fondamentale soit-elle, ne suffit pas à les libérer des chaînes du capital. L'alliance avec les travailleurs blancs est indispensable pour améliorer leurs conditions quotidiennes d'existence et surtout pour entreprendre ensemble une lutte d'envergure pour l'abolition du salariat source de leurs division et de leur oppression.

 

 

Mohamed Belaali

 

-----------------------------

(1)F. Engels « Le rôle de la violence dans l'histoire ». Éditions Sociales, page 37.

(2)https://www.peinedemort.org/usa/executions

(3)https://acatfrance.fr/public/manuel-pdm2018-web.pdf

(4)https://www.acatfrance.fr/actualite/peine-de-mort-aux-etats-unis---les-pauvres-en-premiere-ligne

(5)http://www.deathpenaltyinfo.org/documents/FactSheet.pdf

https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/us.html

(6)https://files.deathpenaltyinfo.org/legacy/files/pdf/WholivesFrench.pdf

(7)https://www.americanbar.org/groups/crsj/publications/human_rights_magazine_home/human_rights_vol36_2009/spring2009/the_right_to_life_policing_race_and_criminal_injustice/

(8)Le Capital - Livre premier. L'accumulation primitive :

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

(9)Document de la Royal African Company fondée en 1672, cité par S.U. Abramova in « Aspects idéologiques, doctrinaux, philosophiques, religieux et politiques du commerce des esclaves noirs » :

http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001236/123654fo.pdf

(10)L'origine du mot « lynchage » est controversée. Certains l'attribuent à William Lynch (1742-1820) , d'autres à Charles Lynch (1736-1796), d'autres encore citent Willy (ou Willie) Lynch auteur présumé d'un texte de 1712 où il explique comment briser la résistances des esclaves noirs. Mais dans tous les cas le terme « lynchage » désigne des exécutions sommaires et barbares se généralisant au sud des États-Unis notamment pour mieux soumettre la population noire.

(11)Lerone Bennett cité par Haïti Infos :

http://www.haitiinfos.net/2012/12/les-origines-du-racisme/

(12)S.U. Abramova, op cit. Voir également sur ce point les travaux de l'historien américain Isaac Saney

(13)Voir entre autres, les travaux de : P. Camper sur l'angle facial :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Petrus_Camper

(14)Par contre Equal Justice Initiative a publié récemment une étude sur le Lynchage aux Etats-Unis :

https://eji.org/wp-content/uploads/2019/10/lynching-in-america-3d-ed-080219.pdf

(15)http://www.usatoday.com/story/news/nation-now/2014/08/19/ku-klux-klan-ferguson-police-michael-brown/14275115/

 


Moyenne des avis sur cet article :  1.92/5   (25 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • pallas 27 juillet 15:11
    Mohamed Belaali

    Bonjour,

    Dans votre article manque les « Amérindiens » (indiens américains)

    Ils sont beaucoup dans le conflit, destruction des statues, etc etc, il y a des rapports

    Le conflit entre les noirs et les blancs, ce ne sont que pour eux des colonisateurs, est parfait.

    Sa n’est pas un gentil peuple tout mignon, ecologiste et pacifiste, c’est des con**ries.

    La coalition entre les tribus USA nord est et celle Canadienne inquiètent les autorités.

    Ils sont d’une agressivités sans aucunes mesures

    Cette population n’est pas étrangere dans les evenements.

    Les Hispaniques et la communauté Chinoise (nombreuse), ne réagissent pas, pour l’instant.

    Salut


    • Jean Guillot le retour Jean Guillot le retour 27 juillet 15:35

      c’est l’histoire du gentil noir contre le méchant blanc mais vous avez oublié les gris dans votre histoire  smiley


      • binary 27 juillet 15:35

        Une seule civilisation a condamnée l esclavage. Quand elle aura disparue, ce problème sera résolu, puisque tous ceux qui resteront seront d accord.


        • Jean Guillot le retour Jean Guillot le retour 27 juillet 15:45

          Avec l’invention du salariat il n’y aura plus d’esclavage , l’individu est obligé de travailler pour payer son loyer , ses courses et ses impôt .

          les plus chanceux qui peuvent avoir un pavillon phoenix s’endette toute leur vie


          • JPCiron JPCiron 27 juillet 15:49

            L’humanité a encore beaucoup de problèmes à régler, qu’elle s’est elle-même créés.

            Dans un article sur le Peuple de Dieu, je citais Alexis de Tocqueville qui, après son ’’expérience’’ Américaine, disait : 

            «  Les modernes, après avoir aboli l’esclavage, ont donc encore à détruire trois préjugés bien plus insaisissables et plus tenaces que lui : le préjugé du maîtrele préjugé de race, et enfin le préjugé du blanc. »

            Depuis, la situation n’a fait qu’empirer, et de manière terrifiante, au niveau global.

            Car, avant la colonisation économique, culturelle ou spirituelle, s’organise la colonisation des esprits, via différents moyens, qui nous fait voir la victime comme étant la source des problèmes.

            De Gaulle prévoyait cette évolution quand, sur un thème spécifique, déclarait que le résistant deviendrait le terroriste.

            .


            • foufouille foufouille 27 juillet 15:51

              c’est vraiment débile.

              2 policiers étaient pas blancs.

              les esclaves étaient vendus par les noirs et comme ils étaient pas castrés comme chez les arabes, ils se sont reproduits.

              ils ne sont pas morts de faim et n’étaient pas nu sans toit.

              pour info, la condition du sans dents blanc était moins bien.


              • Et hop ! Et hop ! 28 juillet 13:28

                @foufouille

                C’est vrai que la mort de George Floyd n’a aucun motif raciste :
                 Dereck Chauvin et George Floyd se connaissaient depuis longtemps, ils avaient été videurs de boite de nuit ensemble,
                 les 3 autres policiers (sur 4) n’étaient pas blancs.
                 Floyd était sous emprise de Fantanyl et d’amphétamines, il est mort d’une crise cardiaque,

                Le vrai scandale c’est le Fentany, l’OxyContin et les autres opioïdes qui font des ravages aux USA et qui enrichissent les actionnaires des laboratoires pharmaceutiques.

                https://www.lefigaro.fr/societes/scandale-des-opiaces-grandeurs-et-decadences-de-la-famille-sackler-20191020

                https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/crise-des-opioides-johnson-johnson-ecope-dune-amende-de-572-millions-de-dollars-1126707

                Sinon, de capturer (ou d’attirer) des populations noires (ou blanches) pour les soumettre à l’eclavage dans d’autres pays c’est vraiment abominable. Mais ce n’est pas une question de raciste, les Barbaresques et les Anglais ont réduit beaucoup de blancs en esclavage, comme les Irlandais envoyés comme esclaves aux USA ou à la Barbade.

                L’esclavage existe toujours dans les pays riches (les travailleurs clandestins) et dans les pays à bas coût.


              • vraidrapo 27 juillet 23:09

                Quand on vante les mérites de ces aventuriers (Colomb, Magellan etc...) qui ont « découvert » l’Amérique au péril de leur vie. Ça fait gerber !

                Dommage que tous n’aient pas subi le sort de James Cook.. que de misères épargnées aux autochtones.


                • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 juillet 23:16

                  @vraidrapo

                  Vraiment débiles tes réflexions...question niveau historique nul et ta débilité universitaire.


                • vraidrapo 28 juillet 16:47

                  @ Peiper

                  « quand aux autochtones vae victis »

                  Là je ne peux plus rien faire pour toi !
                  Zig Heil ! ???


                • Areole 27 juillet 23:21

                  « L’alliance avec les travailleurs blancs est indispensable pour améliorer leurs conditions quotidiennes d’existence et surtout pour entreprendre ensemble une lutte d’envergure pour l’abolition du salariat source de leurs division et de leur oppression.L’alliance avec les travailleurs blancs est indispensable pour améliorer leurs conditions quotidiennes d’existence et surtout pour entreprendre ensemble une lutte d’envergure pour l’abolition du salariat source de leurs division et de leur oppression. »

                   Mais bien sûr fiston !

                  il faut faire comme dans les cités : vivre au RSA et dealer pour se payer la BMW noire qui en jette plein les yeux des petits frères restés au bled. Dans les quartiers nord de Marseille le salariat est aboli depuis belles luretttes (70% de RSA, 100% de deal) le paradis sur terre... Renoi, gris, faces de craie tous ensemble ! tous ensemble !


                  • caillou14 rita 28 juillet 07:53
                    Peine de mort, violence policière et racisme sur toute la planète..l’humanité au travail !

                     smiley


                    • zygzornifle zygzornifle 28 juillet 08:36

                      En France on est pas mauvais non plus ….


                      • Et hop ! Et hop ! 28 juillet 13:04

                        @zygzornifle

                        En France les défavorisés qui souffrent le plus du racisme sont les Juifs.


                      • OMAR 28 juillet 20:39

                        Omar9
                        .
                        @Et hop !
                        .
                        Oui, surtout Marine le Pen... :


                      • OMAR 28 juillet 20:41

                        Omar9

                        .

                        @M. Belaali :’On va taire par pudeur la cruauté de ces exécutions."

                        .

                        Comme on va taire par pudeur la cruauté de actes des condamnés...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Mohamed Belaali


Voir ses articles



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité