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Pervers·es narcissiques : des « teignaces »

Cet article est à prendre pour ce qu'il est : une tentative ou, si l'on veut, une tentation. La tentation de réconcilier l'expérience clinique qualifiée avec la présence médiatique falsifiée, autour de la notion de pervers narcissique. Voyez-la qui approche : la « teigne tenace » ou la « ténacité teigneuse ».

 

Des injonctions contradictoires

Sur AgoraVox d'un côté, l'expérience clinique qualifiée s'exprime, sous ces articles de Philippe Vergnes : Pervers narcissique : le génie des origines #1 et #2. Son souci, c'est qu'il s'agit de la psychanalyse, discipline tant conspuée par les temps qui courent, et qui ne survit qu'en France et en Argentine autant que possible ...

De l'autre, la présence médiatique falsifiée s'exprime, où on se contentera exemplairement du Point  : Quelle différence entre un psychopathe et un pervers narcissique ? et Le pervers narcissique n'existe pas. C'est-à-dire d'un côté, qu'on pose son existence, à vous la rendre terrifique d'être mise côte à côte avec la psychopathie (le fameux personnage d'Hannibal Lecter en visuel ... ) et de l'autre côté, on vous affirme son inexistence. Autant d'injonctions contradictoires, procédant elles-mêmes de la définition de la perversion narcissique à lire Philippe Vergnes, puisque c'est de la disqualification nihiliste.

C'est-à-dire que l'injonction contradictoire s'autodétruit en ne vous permettant plus de penser, à ne plus savoir à quel saint vous vouer. Et ça ne s'arrange pas, à multiplier les angles en un article : l'Express, Pervers narcissiques : le point de vue de quatre experts. Car, sottement, tout se passe comme si vous pouviez trancher, vous, le quidam (moi, toi, lui, elle, nous ... ) : la presse vous intronise seul juge, mais c'est absurde, et aussi bien cela confirme l'injonction contradictoire (« voici les experts, mais c'est à vous de trancher »).

A noter que la presse fonctionne ainsi de tout, sur tous les sujets, et que cela neutralise la pensée en instaurant le règne de quelque double-pensée (pensée qui ne s'affirme qu'en se reniant, contradictoire donc, trouvable dans le 1984 de Goerges Orwell au premier chef, comme notion). La santé mentale publique fait défaut.

 

La « Teignacité »

Alors à quoi se fier ? ... A la psychanalyse qualifiée pour parler de perversion narcissique, pourtant mise en doute partout dans le monde ? ou bien aux médias procédant d'injonctions contradictoires, à la manière de la perversion narcissique qu'ils confirment et infirment au petit bonheur la vente ? ...

Dans l'ensemble, il faut bien admettre que quelque chose a été dégotté sous ce terme de perversion narcissique, sans quoi ça n'aurait pas eut le succès que ça a eu. C'est comme avec nos schizo, parano, psycho, psyché, etc. à l'ordinaire : dans l'ensemble, ça désigne des façons de décrocher, quitte - malheureusement - à stigmatiser autrui à travers ça. Aucun psychiatre ne valide les usages, évidemment.

Bref, pervers narcissique désigne bien la démarche d'une sorte de malappris·e, mais un·e malappris·e qui sait y mettre les formes, à se rendre suffisamment subtil·e pour ne pas être aisément repéré·e, dans la poursuite de ses objectifs propres. Qu'on nous pardonne, si l'on y trouve le portrait d'un·e agent·e commercial·e : c'est que les commerciaux·ales en sont là, d'outrepasser la morale sans toucher aux bienséances, subtilement, afin de poursuivre leurs objectifs propres.

Il s'agit de ne penser qu'à soi et ses seules fins, comme une teigne. Mais si ce n'était que cela, les pervers·es narcissiques se ridiculiseraient, et on aurait pas eu besoin d'une telle notion que la perversion narcissique ... Donc non seulement il faut être une teigne, mais encore une teigne tenace  : il faut de la ténacité. Or, la ténacité s'acquiert à la longue, et avec de l'expérience on apprend que pour tenir il faut de la subtilité. Aussi la ténacité - quand elle est acquise par un·e teigneux·se - subtilise-t-elle la teigne au point de la rendre méconnaissable.

Mais une teigne méconnaissable, subtilisée, n'en reste pas moins une teigne. Où alors, tenace, elle peut tout se permettre, et du moins se permet-elle autant que possible (« Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît », fait dire Michel Audiard à un Tonton flingueur ... ). La teigne tenace, la teignace, se permet tout, parce qu'elle en a les moyens. Car oui, il est stratégiquement valorisant, que d'être un·e pervers·e narcissique - valorisant que d'avoir de la teignacité.

 

La valeur du·de la pervers·e narcissique

La perversion narcissique est valeureuse, dans les conditions d'un monde marchand·isé comme le nôtre, c'est l'évidence. La teignacité est la force de tous les winners, dès lors que pour winner il faut constamment gruger, tricher, dérober, subtiliser à autrui ce qu'il détient, dans la stricte mesure où les formes sont respectées - et tant pis pour le respect réel.

Aussi la teignacité semble-t-elle, pour ainsi dire, une sorte de vertu moderne, dans un monde où l'individualisme juridique fait loi. En effet, si un·e individu·e espère pouvoir gagner, à égalité de droit, cet·te individu·e doit fatalement créer les conditions de fait, par lesquelles i·elle va susciter des inégalités subtiles, invisibles pour ses dupes. Voilà pourquoi les grand·es gagnant·es de l'économisme en sont là de la teignacité dans leurs représentations sociales courantes (le Loup de Wall Street en extrême, à savoir le bonheur carnassier et outrancier, licite).

Et voilà : celui·le qui manque de teignacité - de « perversion narcissique » - prête désormais à sourire, et le dicton trop bon trop con déborde depuis longtemps son champ d'application originel aux gentillet·tes. Désormais, même la qualité de respect humain, semble trop bonne pour ne pas être trop conne, d'autant plus que les teignaces utilisent l'humanitarisme dans leurs discours (l'humanitarisme, charité laïque, est un humanisme dégénéré sans recherche de valeur méritoire, sauf celle de s'afficher humanitariste). On le voit à l'oeuvre, symptomatiquement, dans des productions même pour enfants (par exemple, Moi, moche et méchant, etc.).

 

Trop teignace, trop limace ?

Bref : trop teignace, trop limace ? ... Car la teignacité est une qualité objectivement ridicule. En effet, imaginez cette personne qui, teignace, n'a de cesse d'être incohérente ... certes suffisamment peu pour qu'on la devine tard, mais assez pour que les fractures qu'elle suscite autour d'elle, mettent en danger la survie au sens large ? (En dehors de la sienne, encore que la sienne dépende - comme nous tous - généralement du monde entier.)

Un monde de teignaces courrait à sa perte, où les un·es et les autres suffoqueraient littéralement des autres et des un·es, sans plus jamais de francheté (antonyme parfait pour teignacité). En fait, on ne peut pas donner une seule journée à un monde peuplé de teignaces.

Tant mieux pour les teignaces ? (On vous embrasse.)

Mal' - LibertéPhilo

 

 

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