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Petit lexique contemporain de (science) politique

 

Petit lexique contemporain de (science) politique (*)

 

Dernier de cordée / gilet jaune - pas-du-même-monde : celui qui est mécontent en pensant que les gouvernants sont incompétents ou / et se moquent du monde.

Complotiste : celui qui le démontre. Et qui est présenté comme un malade mental.

Président de la République  : personnage qui est content de lui et qui dit qu’il fait tout bien, depuis hier et bientôt demain.

Ministre  : employé du président qui trie l’information ou manipule les chiffres pour le faire croire.

Télévision : appareil électrique qui parle tous les jours et plusieurs fois par jour du président de la République. Qui interroge les mêmes personnes sur que ce le président pourra bien dire demain, et qui répète à toute la population ce qu’il a dit hier.

Journaliste TV : personne payée pour lire un prompteur ou pour couper la parole à ceux qui pourraient dire du mal du président de la République.

« Quoi qu’il en coûte »  : formule au présent de l’indicatif. Qui au futur ( du même indicatif) s’écrit : « quoi qu’il vous en coûtera ».

Application « tousanticovid » : protocole n’ayant pas besoin d’AMM pour protéger de la mort, et qui remplace définitivement celui du Pr Raoult.

Chômage  : c’est ce qui régresse quand une entreprise embauche 5 salariés parmi les quelques centaines de milliers de chômeurs de plus.

« Message à la Nation »  : la constitution oblige le président de la République à s’adresser à la nation par un message lorsqu’il veut utiliser l’article 16. Mais la même constitution n’empêche pas ledit président de s’adresser aux citoyens pour leur conseiller de se laver les mains.

Fonctionnement régulier des pouvoirs publics : selon l’article 5 al 1er de la constitution : « le président de la République … assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics … ». La constitution ne dit pas si le fonctionnement, dès lors qu’il est régulier, doit être intelligent, ou peut être stupide. Ce qui confirme la latitude d’action du président de la République conférée par ce texte.

Conférence de presse  : moyen utilisé diversement par les présidents de la République. Tel pour dire ce qu’il a à dire ou tel autre pour montrer qu’il n’a rien à dire. La deuxième formule ayant été de plus en plus utilisée depuis que les décisions essentielles ne peuvent plus être prises à Paris.

Confinement : c’est ce qui permet de continuer à supprimer des lits dans l’hôpital public en attendant que les gens viennent y mourir dans les places encore disponibles.

Démocratie  : système politique dans lequel les dirigeants sont choisis par la voie de l’élection. Par exemple en France lorsque les électeurs qui se déplacent sont d’accord avec ceux qui ont préalablement choisi le président de la République. Dans certains pays ensoleillés, elle « progresse » quand il n’y a pas trop de morts lors des élections et que les commissions de contrôle n’ont pas relevé trop de bourrages d’urnes ou ne les ont pas vus.

Election : système de désignation des dirigeants d’un pays, qui, par différentes techniques selon le lieu ou l’époque (manipulation des électeurs, mode de scrutin, fraudes, nécessité de mettre en œuvre des sommes considérables pour se porter candidat -ce qui se substitue au régime censitaire-) permet aux mêmes de continuer à exercer le pouvoir et à faire la même politique.

Souveraineté : c’est ce qui s’oppose aux effets pervers de la circulation des capitaux, des marchandises et des employés à bas coût, et ce qui interdit le placement d’un pays sous la suzeraineté d’un autre du point de vue militaire ou de la politique étrangère.

Souverainistes : personnes (présentées comme) atteintes d’un trouble psychotique selon lequel les institutions de l’Etat devraient, sous le contrôle des citoyens, décider encore dans ces domaines.

Populistes : personnes (présentées comme) atteintes d’un autre trouble psychotique tendant à intégrer la « populace » dans la notion de peuple.

Peuple : concept admissible tant qu’il demeure abstrait. Est utilisé dans des formules que l’on utilise pour dire que dans ces sociétés ainsi labellisées, les gens qui y vivent ne peuvent qu’ être heureux. 

Ex. « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Formule de Lincoln auquel on sait gré de n’avoir pas pensé à parler, par exemple, du complexe militaro-industriel, ou du gouvernement mondial … . Ce qui aurait gâché la rédaction de cette belle formule.

Populace  : partie (concrète) du peuple (abstrait). Partie faite des derniers de cordée, de gens n’étant rien, de pauvres types n’ayant pas de réseaux pour réussir, ayant du travailler au lieu de faire l’ENA, de gilets jaunes mangeant du saucisson. Appartenant cependant à l’espèce humaine, mais ne faisant quand même pas partie du même monde que l’élite. Laquelle est fondée à leur faire taper dessus. Gens qui ne sont rien, qui sont malheureux que parce qu’ils sont des fainéants et qu’ils ne pensent même pas à traverser une rue (sauf pour se rendre aux restaurants du cœur), quand il s’agit d’aller chercher un job qui n’existe pas.

Catégorie d’individus qui représente un danger potentiel.

Représentant : se dit d’une personne qui est élue. Et qui une fois élue utilise son mandat au mieux des intérêts (variables selon les individus) qu’elle estime opportun de faire prospérer. Et qui fait carrière dans la politique pour gagner sa vie. Comme les VRP, qu’on appelle aussi « représentants ». 

Mandat représentatif  : expression qui veut dire qu’une personne élue peut, une fois en place, faire ce qu’elle veut. Pour qui elle veut. Et qui n’a pas de comptes à rendre aux personnes qui l’ont élue bien que ces dernières la paient avec leurs impôts.

Conflit d’intérêt  : c’est ce que beaucoup oublient de signaler quand ils essaient de convaincre.

Silence qui leur permet de faire semblant d’avoir des idées, alors qu’ils répètent et font ce qu’on leur dit de dire et de faire.

Les petites gens qui ne peuvent pas être en situation de conflit d’intérêt sont donc parfois plus intelligents que les précédents, sans en avoir les titres et les diplômes. Ce qui donne, en transposant l’adage connu : « l’intelligence ne paie pas ».

Hiérarchie des normes. Une loi qui permet aux médecins de prescrire les médicaments est inférieure à un arrête ministériel portant interdiction de prescription d’un médicament. 

Preuve : les observations de médecins qui constatent qu’un médicament existant peu onéreux est efficace, sont moins probantes que les déclarations de l’industrie sur les vertus un vaccin futur – et plus cher- qu’elle va mettre un jour en vente. Il suffit que les dirigeants l’affirment.

Lien de causalité (depuis le 25 novembre 2020) : la signature par les citoyens d’un document indiquant ce qu’ils ont envie de faire dans les minutes à venir, permet de faire reculer un virus. Les documents ont un effet plus rapide que les médicaments puisqu’ils n’ont pas besoin d’AMM.

Traités européens et de libre échange. Traités qui épargnent aux peuples qui ne les ont pas lus, d’avoir à se prononcer dorénavant sur les questions essentielles qu’ils n’ont plus à comprendre.

Europe  : zone géographique sur laquelle s’appliquent un ensemble de règles économiques et financières, dont seules les conséquences sont connues des peuples, surtout quand elles ne sont pas agréables. Espace sur lequel on ne comprend pas par quel sortilège un Etat qui sort de l’Europe y demeure quand même.

Décentralisation : moyen donné aux contribuables locaux de payer ce dont ils ont besoin, et de soulager d’autant ceux qui payaient les services publics avec l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les revenus non fiscalement optimisés.

« En même temps »  : outil de rhétorique qui permet de ne pas dévoiler aux citoyens où on les mène en réalité. Le contraire de la boussole.

Le coup de la dinde. Se dit d’une pratique politique qui consiste à faire grossir électoralement un volatile politique jusqu’au premier tour. Et qu’on tue à Noêl pour la dinde, et qu’on « flingue » entre les deux tours des élections quand il s’agit d’installer le président de la République prévu.

« Plus de droite, plus de gauche » : se dit dans les restaurants du cœur au moment où la soupe est servie. Parce que les gens viennent de partout. Et qu’ils aiment ça.

Aller à la soupe  : se dit des personnes qui quittent leur parti, mais qui, d’où qu’ils viennent, n’aiment pas forcément le potage. Et qui, là où ils vont, consommeront de meilleurs plats.

Turbine : c’est ce qui fait avancer un sous marin nucléaire français quand les Américains ont bien voulu la réparer.

Exterritorialité du droit américain (acceptée sans réaction par les autres dirigeants) : c’est ce qui permet, en même temps (v. ci-dessus) dans le domaine des affaires, de faire reculer les Français et de faire progresser les Américains.

Délocalisations : c’est le nom d’une technique qui permet d’augmenter les marges sans entendre les ouvriers se plaindre qu’on leur baisse les salaires. Parce que les nouveaux ouvriers parlent chinois, et que les anciens ouvriers français sont au chômage.

Amélioration des conditions de travail. Selon la constitution de 1958 « le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation ». Depuis 1992 ( Maastricht et au delà) la politique est déterminée ailleurs et par d’autres. Comme il y a toujours autant de ministres et qu’ils gagnent plus, la situation de ces derniers s’est améliorée.

Statut des ministres. Selon Jean-Pierre Chevènement, « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » . Mais un ministre ça peut aussi l’ouvrir et le rester. Ca dépend de ce qu’il dit quand il a la bouche ouverte.

« En toute transparence »  : annonce de certains personnages politiques selon laquelle ils donneront des informations et ne mentiront pas. Promesse qui interpelle les citoyens sur tout le reste (et sur la promesse).

Liberté de la presse  : liberté qu’ont les propriétaires des médias de faire dire ce qu’ils veulent par les journalistes. Elle s’exerce pleinement lorsqu’il s’agit de dire du bien des personnes que les mêmes médias ont soutenues dans leur accession au pouvoir.

Droit à l’information  : ce qui reste quand la liberté de la presse s’est exercée.

Droit de suffrage  : on dit que le régime est censitaire quand les pauvres ( = gens de la populace – v. ce mot-) n’ont le droit, ni de voter, ni de se présenter aux élections. Le suffrage est universel quand les pauvres peuvent voter pour les candidats qui ont été financés par les riches. Exemple : les élections présidentielles.

Bavure policière  : au singulier : acte d’un policier qui tombe ou non sous le coup de la loi pénale selon le fonctionnement des téléphones portables. Au pluriel (bavures policières) : la même chose, mais dont le renouvellement est possible de par la passivité des chefs.

Le nombre de bavures peut être diminué de deux manières. Soit en menaçant les chefs, soit en menaçant ceux qui utilisent leur portable pour les filmer. C’est la deuxième solution qui a été retenue.

« la politique ne se fait pas à la corbeille » expression du général de Gaulle qui voulait dire que le contenu de la politique imposée aux citoyens ne devait pas être dictée par les marchés financiers. Le général de Gaulle est mort.

« se faire couillonner » , « foutre le camp »… » : expressions utilisées par le général de Gaulle à propos du traité de Rome qui n’avait rien prévu ( comme le traité de Maastricht repris par les suivants) pour qu’un de ses membre le quitte : « Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp   !
Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça ».

Les personnes actuellement au pouvoir n’ont pas envie de dire des gros mots et ils n’ont besoin ni de juristes ni de diplomates. Puisqu’ils font en sorte de persuader eux-mêmes les citoyens qu’il ne serait pas possible de « foutre le camp ». 

Général de Gaulle  : personnage historique sur la tombe duquel ses successeurs viennent se faire filmer y compris et surtout quand leur conception de l’Etat et celle de leur rôle sont exactement contraires aux siennes. 

Indépendance des magistrats. Elle implique que les magistrats ne soient pas sanctionnés quand ils déplaisent au gouvernement, mais n’empêche pas qu’ils soient récompensés quand ils lui font plaisir.

Elle s’applique aux magistrats quelle que soit leur position : assise, debout, couchée.

Elle s’emporte en voyage. Exemple du magistrat qui passe du parquet au siège et du siège au parquet. Exemple du conseiller d’Etat qui juge les décisions des gouvernants, puis qui conseille ces derniers et défend leurs décisions devant ses anciens collègues.

Création de la monnaie  : Il y a deux moyens de créer la monnaie dont l’Etat a besoin ( en plus du produit des impôts et des taxes) pour tourner , et pour faire progresser le niveau de vie … si les dirigeants n’ont pas d’autres idées en tête.

Un moyen intelligent : l’Etat emprunte à sa banque centrale. Comme la banque centrale c’est lui, c’est l’Etat qui décide du taux d’intérêt et du remboursement.

Un moyen idiot : l’Etat emprunte aux banques privées et aux marchés financiers. Lesquels fixent les conditions et le taux des prêts que les contribuables devront rembourser.

C’est le moyen idiot qui a été retenu, parce que les dirigeants sont intelligents : avec la deuxième solution, ils n’ont pas besoin de réfléchir.

 

 

Marcel-M. MONIN

m. de conf. hon. des universités (*)

 

(*) ce lexique est rédigé à l’usage des étudiants qui commencent leurs études de droit ou de science politique, des personnes plus âgées qui ont le sens de l’humour et de ceux des politiques qui ne peuvent pas en avoir.

 


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6 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 novembre 2020 09:22

    Emprunter aux banques privées et aux marchés financiers qui fixent les conditions et le taux des prêts que les contribuables devront rembourser, « C’est le moyen idiot qui a été retenu, parce que les dirigeants sont intelligents : avec la deuxième solution, ils n’ont pas besoin de réfléchir.  »

    Les banquiers sont tout sauf idiots. Il leur a fallu des siècles pour arriver à ce résultat. Philippe le bel avait éradiqué le Temple et Charles VII a « disgracié » Jacques Cœur à cause de ça, ce qui avait permis d’établir en France un état centralisé conforté par deux empires et quatre républiques et demi, mais sapé par Pompidou puis Giscard : Loi Rotschild


    • Marcel MONIN Marcel MONIN 30 novembre 2020 13:16

      Bien sur que les banquiers ne sont pas idiots. Je suggérais qu’il était idiot ... de faire plaisir aux banquiers. A supposer que Wilson se soit fait avoir en son temps, les chefs d’Etat ( notamment les chefs d’Etat français bien respectés et estimés ) , qui ont accepté cette monstruosité l’ont fait en connaissance de cause. Et ceux qui n’ont pas eu le courage d’y renoncer sont à mettre dans le même sac.

      C’est un état de fait que les gens ne connaissent pas. Les gens qui ne le savaient ntpas et qui l’apprennent sont effarés. Le rôle du pédagogue est donc de percer la carapace faite d’ignorance et de renoncement. D’où l’essai de l’humour.

      Cordialement.


      • eddofr eddofr 30 novembre 2020 13:20

        Bonjour, 

        Je me permets une rectification.

        Complotiste : Pantin payé par les vrais comploteurs pour échafauder des théories fumeuses et ainsi ridiculiser les vrais lanceurs d’alertes qui tentent de faire entendre la vérité des faits au milieu de ce chaos de fausses informations et d’accusations délirantes.


        • troletbuse troletbuse 30 novembre 2020 16:06

          @eddofr
          Le vrai lanceur d’alerte est ipso facto classé comme complotiste et ostracisé.


        • Francis, agnotologue Francis 30 novembre 2020 16:41

          @troletbuse
           
          ’’Le vrai lanceur d’alerte est ipso facto classé comme complotiste et ostracisé. ’’
           ->
           il y a deux sortes de complotistes ; ceux qui s’approchent dangereusement de la vérité ; et les autres ...


        • Abou Antoun Abou Antoun 30 novembre 2020 19:53

          c’est ce qui régresse quand une entreprise embauche 5 salariés parmi les quelques centaines de milliers de chômeurs de plus.

          Il n’y a pas de chômeurs, il n’y a que des demandeurs d’emploi.

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