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Accueil du site > Tribune Libre > Pierre Janet et la réduction de l’humain à la statuaire…

Pierre Janet et la réduction de l’humain à la statuaire…

Pierre Janet nous a donc indiqué que la statue modèle rêvée par l’abbé Etienne Bonnot de Condillac (1717-1780) existait en de nombreux exemplaires et qu’elle avait été mise à sa disposition de psychologue expérimental par le corps médical spécialiste, lui, des troubles mentaux… Il s’agit, en quelque sorte, d’une sous-traitance à des fins scientifiques

Soulignons-le tout de suite : nous y rencontrerons difficilement des « personnes »… C’est que la psychologie à la française – à la naissance de laquelle nous assistons ici – ne s’occupe alors pas des « personnes »… De son propre point de vue : elle n’en est pas encore là.

En tout cas, Pierre Janet a fini, lui, par trouver son bonheur :
« C’est la maladie nerveuse désignée le plus souvent sous le nom de catalepsie qui nous procurera ces suppressions brusques et complètes, puis ces restaurations graduelles de la conscience dont nous voulons profiter pour nos expériences.  » (L’automatisme psychologique, page 28)

Psychologie… expérimentale…

Ici, effectivement, la « personne » a gentiment été évacuée. Pierre Janet s’en explique avec une grande aisance :
« Rien n’est plus compliqué qu’un esprit normal, rien n’est plus compliqué également qu’une folie ou une crise d’hystérie ordinaire. Nous sommes forcé de choisir des phénomènes rares si nous les voulons simples.  » (Idem, page 29)

Simplicité sainte, et sans doute fort justifiée… L’expérience aura tué (en image) la psyché… Pas sûr que celle-ci s’en remette un jour… sauf en image…

Passons maintenant à la grande aventure de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. Cet homme, c’est ici le minutieux Janet :
« […] nous n’avons jamais assisté nous-même à une crise de catalepsie naturelle absolument complète ; celles que nous avons vues n’étaient que des variétés imparfaites. » (Idem, page 29)

Pas de canard entier… Quant aux autres, rien que des boiteux… Ce sera donc la seule catalepsie que le psychologue expérimental aura ici à se mettre sous la dent. Or, nous savons que celui qui porte une grande part des espoirs de l’Université française de ce temps-là en matière de psychologie peut compter sur son carré magique : LucieLéonieRose et Marie.

Sortons la deuxième de sa boîte :
« On pouvait quelquefois provoquer la catalepsie chez Lucie en lui montrant brusquement une vive lumière de magnésium, ou bien en lui comprimant légèrement les yeux pendant le somnambulisme.  » (Idem, page 29)

« Quelquefois »… c’est déjà pas mal, même si nous ne savons pas vraiment dans quelles proportions l’allumage pouvait fonctionner à peu près correctement… La suite est tout aussi hasardeuse, quoiqu’un peu plus automatisée :
« La catalepsie survenait naturellement à de certains moments pendant le somnambulisme provoqué de Rose ou de Léonie. » (Idem, page 29)

Mais ici, la mise en fonction pouvait tout de même résulter également du précédent système d’allumage.
« Elle était aussi produite, mais chez la dernière seulement, quand, pendant le somnambulisme, on lui ouvrait les yeux à la lumière. » (Idem, page 29)

Ce qui peut parfois être avantageux… à la façon d’une roue de secours, sans doute.

Rien sur Marie… Complètement en panne sur ce point-là ?…

Passons maintenant aux premiers résultats obtenus par Pierre Janet :
« Quels que soient les moyens employés pour produire la catalepsie, examinons l’aspect que le sujet présente alors, et choisissons comme exemple la catalepsie de Léonie lorsqu’elle est bien complète et se rapproche le plus de la description classique.  » (Idem, pages 29-30) 

C’est donc qu’il y a un cadre préformé… dans lequel Léonie se trouvera mieux que ses deux consœurs Rose et Lucie… Ainsi le résultat obtenu est précisément celui qui est recherché dans le cadre d’une conformité tout ce qu’il y a de plus « classique  » :
« Le premier caractère et le plus apparent, c’est l’absolue immobilité du sujet. » (Idem, page 30)

De quelques secondes ?… De plusieurs heures ?… C’est qu’il s’agit de ne compter que l’immobilité absolue… Réponse de Pierre Janet  qui s’en remet à un étrange témoin :
« […] on a vu des catalepsies naturelles durer des journées et des catalepsies artificielles se prolonger pendant plusieurs heures. » (Idem, page 30)

« Naturelles  », quand la patiente s’y plonge sans intervention extérieure… « Artificielles  », quand on l’y aide par quelque moyen que ce soit…Mais, tous ces cas plus ou moins mirobolants, le psychologue expérimental qui ne devrait s’en remettre qu’à ses yeux, ne les connaît que par ses lectures… En ce qui le concerne, il n’a atteint que des scores plutôt minables, et même en tirant dessus :
« Chez les sujets que j’ai pu étudier, cet état ne dure jamais longtemps et ne se prolonge pas plus d’un quart d’heure ; il se modifie naturellement et cesse de présenter ce caractère de l’absolue inertie morale. » (Idem, page 30)

« Morale  », c’est-à-dire « psychique ». C’est d’ailleurs l’un des exploits auxquels le cobaye est invité dans cette expérience très particulièrement boiteuse… qu’on lui inflige nous nous demandons bien pourquoi… Mais Pierre Janet, pour sa part, ne pouvait que le savoir, non ?

NB. Pour comprendre comment ce travail s'inscrit dans une problématique générale de lutte des classes...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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1 réactions à cet article    


  • Je me suis trouvée à quatre ans seule devant une jeune fille qui avait une crise d’épilepsie et je peux vous dire que l’expérience est traumatisante,....

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