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Accueil du site > Tribune Libre > Plaidoyer pour la lecture : Pourquoi j’irai au Sila

Plaidoyer pour la lecture : Pourquoi j’irai au Sila

“Moi, si j’avais faim et me trouvais dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre”.   

Federico Garcia Lorca (Immense poète)

 

Misère du monde ! On apprend qu’une pétition circule pour boycotter le Salon du livre d’Alger (Sila) ! Au-delà des causes de cette décision qui prend en otage l’imaginaire des Algériennes et des Algériens en apnée toute une année et qui attendent cette bouffée d’oxygène, je ne veux pas polémiquer sur des phrases sorties de leur contexte et visant, dit-on, à porter préjudice à la condition de la femme qui en a vu d’autres en termes de régression sans que les biens-pensants aient remué un cil. Condition de femme qui attend une réhabilitation franche sans arrière-pensée de son rôle dans la société.

Ceci est l’affaire de tous et demande de la détermination et de l’endurance. Curieusement et comme l’écrit Voltaire : “Un peuple éclairé est un peuple libre.” C’est-à-dire non manipulable, le livre, la culture sont des vecteurs de lutte contre la pensée unique. De grâce ne mélangeons pas tout !

Mon propos se veut seulement un plaidoyer pour non seulement que le Sila se tienne, mais qu’il faille multiplier ce genre d’initiative salvatrice pour sauver ce qui peut être sauvé de la culture, de la rationalité de la beauté des ouvrages. “Les livres, écrit Paul Valéry, ont les mêmes ennemis que l’homme : le feu, l’humidité, les bêtes, le temps et leur propre contenu.” Mais au fait qu’est-ce qu’un livre ? Le livre, dit-on, est là avant même que la lecture ne commence. Il survit à son auteur et a une place particulière que même les supports qui font dans l’éphémère n’arrivent pas à supplanter sa dimension magique.

Mais savons-nous tous vraiment ce qu’est un livre ? Comment prendre conscience des trois aspects fondamentaux d’un livre ? Parmi eux l’aspect matériel (contenant) les aspects littéraires et l’aspect communication qui a toute son importance, il a trait aux créateurs du livre. En dehors de l’auteur sans qui l’œuvre n’existerait pas, il nous faut citer tous les maillons de la chaîne : l’éditeur, le diffuseur le distributeur, le libraire, la bibliothèque. Ce préambule donne une idée des différents intervenants, pour faire aboutir une œuvre les auteurs et les éditeurs parlent d'un véritable accouchement dans la douleur et la joie de la délivrance quand l’ouvrage (le bébé) est né.

C’est un fait dans notre pays, la lecture se perd notamment avec l’invasion de l’internet, de la tablette… Les bibliothèques ­— les rares bonnes habitudes héritées­ — sont par la force des choses et du peu de considération des responsables en charge, peu fréquentées. Qu’on en juge, il semble que d’est en ouest, du nord au sud, il y aurait moins de 200 librairies. Cela revient à environ une pour 170 000 habitants. Ce chiffre n’a rien à voir avec celui des pays développés, une librairie par quartier.

 Encourager la production intellectuelle

C’est dire si tout est à faire. Depuis l’ouverture débridée — pour cause, nous dit-on, de mondialisation — et par mimétisme paresseux, on permet l’importation de n’importe quoi. S’il est important qu’il faille protéger la nation contre toute perversion criante, il faut dans le même temps encourager la production intellectuelle qu’elle soit scientifique ou culturelle.

Au lieu d’apprendre au jeune Algérien, notamment à travers la lecture, les émissions éducatives, à aimer ce qui est beau et à avoir lui-même sa grille de lecture pour reconnaître dans ce qu’il lit ou il voit à la télé et surtout sur l’internet — véritable cheval de Troie de tout ce qu’on interdit par la porte de la douane et qui nous parvient par la fenêtre de l’internet —, on fait de l’Algérien un assisté, on décide pour lui du bien et du mal rejoignant en cela et dans un autre contexte, la doctrine du bien et du mal à l’échelle planétaire.

Au lieu d’encourager la lecture en rendant le livre disponible partout, à l´instar des puces et cartes téléphoniques, on attend toujours et depuis cette fameuse politique du livre et qui est comme l’Arlésienne de Bizet. Jusqu’à quand doit-on gérer à la petite semaine des secteurs aussi névralgiques que celui de la culture, du livre ?

Jusqu’à quand on permettra l’importation de livres voués au pilon dans les pays européens et qu’on paie à prix d’or ici tuant du même coup toute initiative locale du fait des taxes qui font qu’il est plus rentable d’importer que de produire in situ.

D’autre part, rien n’incite les auteurs algériens à produire, du fait des délais importants, notamment dans le domaine scientifique et des droits d’auteur dérisoires.

De plus, on croit que le fait de ramener des auteurs qui ont choisi de faire leur vie à l´étranger est un signe de développement du livre national, nul n’est prophète en son pays. Il faut bien convenir qu’il n’y a pas de place dans le show médiatique pour les autres, tous les sans-grade.

Faire connaître nos écrivains

Pourquoi on n’apprend pas à nous enfants les classiques algériens Dib, Kateb, Boudjedra, Outtar, Benhadouga, qui ne sont pas connus, voire ignorés outre Méditerranée, pourtant ils contribuent à leur corps défendant à bonifier la francophonie. Peut-on demander aussi, au vu de l’importance du livre dans toutes ses dimensions, à ceux qui ont en charge cette immense tâche de nous tracer un cap avec des échéances bien précises autrement que des vœux pieux ? Peut-on rêver à une bibliothèque par commune (il y en a 1541), voire village ? Peut-on inciter les communes naturellement en les aidant à se constituer systématiquement des fonds documentaires par achat d’ouvrages édités auprès des éditeurs algériens en leur garantissant un quota par titre ? Ce qui les encouragerait à produire plus, si un quota constant leur est garanti.
 

Peut-on inciter aussi les Algériens in situ à produire des ouvrages scientifiques, cela devrait faire partie des tâches des enseignants, car est-il normal que des ouvrages à 20 000 DA et plus soient importés et, de l’autre côté, des auteurs scientifiques, qui sont capables de relever le défi et produire des ouvrages de même qualité pour dix fois moins ne soient pas encouragés ?
Le délitement de la lecture dans le pays doit nous inciter à réagir contre, notamment, ce constat accablant, les pays arabes produisent moins d’ouvrages qu’un petit pays comme la Grèce, ou encore l’Espagne qui a traduit plus d’ouvrages que tous les pays arabes réunis, et ceci sur plusieurs siècles. Il est connu que l’édition n’est pas rentable, son coût est élevé — si l’on s’en tient à la dimension mercantile de la chose. De mon point de vue, l’État doit favoriser l’édition même à perte car l’amour du livre, l’assurance que des milliers de livres sont lus par les citoyens, par les élèves, cela n’a pas de prix, c’est une assurance pour le vivre-ensemble.
 

L’hommage aux besogneux

 Il faut rendre hommage aux éditeurs — les vrais — qui essaient contre vents et marées d’exister en faisant un vrai travail de professionnel il faut bien en convenir on ne devient pas milliardaire en étant éditeur, du fait que l’on se tient le ventre à chaque sortie d’ouvrage avec la sempiternelle question : Cet ouvrage sur lequel je mise comme au poker sans voir, se vendra-t-il ? rentrerais je dans mes fonds ?

La tenue des salons leur doit beaucoup ; au-delà des insuffisances constatées çà et là et qui ne diminuent en rien les efforts faits, il faut bien reconnaître que ce travail est un véritable mythe de Sisyphe toujours à recommencer C’est quelque part de l’acrobatie sans filet, du fait que pour les pouvoirs publics, le livre ne leur parle pas en terme de capacité de nuisance ou de gain électoral

Dépêchons-nous de nous prendre en charge avant d’être pris en charge. On sait que la mondialisation laminoir fait des identités des spécificités, des richesses des terroirs. Tout doit rentrer dans un moule unique, celui d’une macdonalisation de la culture qui entraîne tout sur son passage et les cultures qui ne sont pas ancrées dans leur terroir disparaissent. On sait ce qu’il est advenu de l’Irak, seul pays arabe héritier d’une civilisation plusieurs fois millénaire et qui avaient en son sein des citoyens instruits et éduqués au point que des professeurs étaient obligés de se séparer, la mort dans l’âme, de leurs livres, leur nourriture spirituelle, pour acheter... quelques nourritures terrestres dont parle si bien André Gide. La lecture, la culture, la production culturelle sont autant de rkaïz  (fondations) de l’intelligence de la société , dirait Mostefa Lacheraf — dans un autre contexte—, qui gardent debout la maison Algérie dans sa mission culturelle et d’ouverture sur le monde

On se trompe de combat en tirant sur des ambulances, c’est de mon point de vue le triste sort du livre en Algérie. Se battre pour l’égalité homme-femme, il n’y a pas de combat plus digne car c’est la superstructure de la société qui doit être solide et non bancale. L’instruction le savoir et la culture sont autant de vecteurs pour une prise de conscience rapide.
Il n’empêche qu’on se trompe de combat en s’attaquant au livre ! De mon point de vue la lecture, l’amour des livres, la multiplication des bibliothèques, c’est autant de vecteurs contre l’intolérance, la pensée monolithique, la prise en charge d’irrationnel qui exclut toute réflexion par soi-même

Boycotter est un signe de faiblesse

L’avènement du Salon du livre est le seul ballon d’oxygène que nous avons dans l’année. Il nous donne l’illusion que nous ne sommes pas que des tubes digestifs, agressifs faisant de l’incivilité un sport national. Il est possible que ceux qui parlent de boycotter ne connaissent peut être pas toute la magie du livre, le plein de sensation à la lecture. Boycotter est un signe de faiblesse. Supposons que l’on a boycotté que se passerait-il ? Le monde s’arrêterait de tourner ? La condition déplorable de la femme dans notre pays, malgré quelques avancées à doses homéopathiques, s’en trouverait confortée ? Les princes qui nous gouvernent perdront leurs sommeils ? Que non !

Il faut savoir que l’intelligentsia dans ce pays est, comme on dit en physique, une perturbation du second ordre ! Une mince pellicule sur un océan livré à tous les vents mauvais. Ceux qui se frotteront les mains, ce sont eux qui sont ennemis du savoir. Paul Valery avait cité plusieurs ennemis du livre, il serait judicieux d’y ajouter tous les Torquemada de l’Inquisition. Ceux qui vont en souffrir, ce sont les besogneux, les sans-grades, ceux qui pensent s’enrichir culturellement, autrement qu’en s’enrichissant d’une façon honteuse avec des nourritures terrestres.
 

En appelant au boycott, on ne mesure pas toutes les conséquences que cela induirait pour les citoyens qui s’enfonceront un peu plus dans l’anomie, voire même être récupéré en perdant inexorablement le sens de la mesure, de la tolérance. Ce seront aussi les éditeurs et les libraires qui sont en apnée, les éditeurs qui sont exsangues qui continueront à souffrir d’autant que le système actuel favorise les achats d’ouvrages à l’étranger qui sont moins taxées que ceux produits dans le pays.  

J’aurais aimé que les boycotteurs se soient manifestés quand la librairie du 34, rue Didouche-Mourad a changé d’activité pour être reconvertie perdant de ce fait le capital symbolique comme phare dans la nuit de l’intellect. La pétition faite n’a rien donné devant l’autisme de ceux qui n’ont pas fait leurs humanités. C’est une librairie de plus qui est passée à la trappe convertie en nourritures terrestres.

J’aurais voulu que les boycotteurs s’investissent pour freiner la déferlante des livres qui veulent de force reformater l’imaginaire des jeunes sans leur laisser de libre arbitre, sans leur laisser l’esprit critique.

J’aurais voulu que nous nous investissions — boycotteurs compris — pour que l’ouvrage soit gratuit et disponible pour les jeunes. Pour qu’il y ait des bibliothèques à chaque coin de rue. Que nous intervenons lourdement avec toute la conviction pour une cause juste auprès du ministère de l’Éducation, censé s’occuper de l’éducation et non de la couleur du tablier.

J’aurais voulu que les boycotteurs se prennent en charge sérieusement pour la cause essentielle qui conditionne l’émergence d’un projet de société où la femme est véritablement l’avenir de l’homme, autrement que d’interférer dans quelque chose qui est attendu comme le Graal chaque année.

J’irai au Sila pour montrer qu’il y a une Algérie qui désire ardemment se cultiver, s’instruire. Le mot de Garcia Lorca devrait être pour nous une boussole. Tous ensembles luttons aussi pour l’émergence d’une Algérie de nos rêves, une Algérie qui prend plaisir à lire, à échanger celle de la tolérance et du vivre-ensemble.

Prof. Chems Eddine Chitour .

Ecole Polytechnique, Alger

 

Article paru dans le journal Liberté du 28 09 2017 : http://www.liberte-algerie.com/contribution/pourquoi-jirai-au-sila-278185

 


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9 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 30 septembre 16:47

    Raymond Queneau disait : Le verbe lire ne se conjugue pas à l’impératif.


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 30 septembre 16:53

      Ah, enfin un amateur de QUEUE NO. 


      • Christian Labrune Christian Labrune 1er octobre 00:25

        https://www.algeriepatriotique.com/2017/09/22/appel-boycott-salon-livre/

        On trouvera à cette page le texte de plusieurs intellectuels qui appellent au boycott du Salon du Livre à Alger. Texte relativement long et très argumenté.
        Il semble qu’en Algérie, si j’ai bien compris, la littérature soit surtout islamisante et fasse fort peu de cas de la condition des femmes. Or, il semblerait qu’il en existât aussi Algérie, des femmes, comme chez nous.

        J’ai lu trop vite : il y a un paragraphe pas trop bien ficelé concernant la question de savoir si, conformément à ce qui se lit dans la quatrième sourate (verset 38 si mes souvenirs sont bons) il faut battre sa femme, et si oui, de quelle façon. Il semble que dans le précédent salon, cette question des plus anecdotiques, et très secondaire, Dieu merci, quand on est un homme, ait été débattue dans je ne sais quelle publication, et cela n’aurait pas plu aux femmes ni aux naïf qui ignorent probablement ce qu’exprime très bien un ancien proverbe : si tu ne sais pas pourquoi tu bats ta femme, elle, en revanche le sait très bien. J’ai horreur de n’être pas très précis, et je vais probablement, surtout si j’ai proféré quelque sottise, retrouver et reproduire ce paragraphe dans une prochaine intervention.

        En même temps, comme dirait notre Emmanuel, je trouve un peu drôle qu’il se tienne un salon « du Livre », c’est-à-dire DES livres, dans un pays musulman où, depuis des siècles, on détient LE livre, celui qui contient la parole même de Dieu. A ce livre-là, qui est la perfection même du livre, que pourrait-on retrancher ? Et on ne pourrait lui ajouter, de toute façon, que de très humaines et pitoyables fadaises. Si j’étais musulman - ce qu’à Dieu ne plaise !- je n’aurais qu’un seul livre, le Coran. Je me permettrais seulement d’en accumuler toute sorte de copies de différentes époques, de préférence calligraphiées, de façon à pouvoir m’assurer que, de siècle en siècle, c’est bien toujours le même livre, et que rien, jamais, n’y sera changé. Car Dieu est grand.


        • Christian Labrune Christian Labrune 1er octobre 00:33

          J’avais dit qu’on trouverait à l’adresse que j’indiquais le texte d’intellectuels opposés au Salon du Livre, et j’ai dit une sottise : il s’agit seulement d’un article A PROPOS de ce texte que je serais curieux de lire mais que je n’ai pas encore cherché. L’auteur de l’article n’est pas très habile dans l’art de rapporter des propos et de citer, c’est bel et bien assez confus. Le mieux serait donc de lire tout cet article, qui n’est pas très long, à l’adresse que j’avais signalée.
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          Hamadache, Chamseddine, Benhadj ainsi que des milliers d’anonymes promoteurs de géhennes terrestres n’ont pas besoin d’un renfort inespéré venu de ce qui devrait être le bastion de la liberté et de l’équité… », ajoute-t-on dans ce texte, qui rappelle le dérapage, lors d’une interview sur le plateau d’Ennahar TV, du commissaire de cette manifestation, Hamidou Messaoudi, également directeur de l’Enag, qui a évoqué la polémique soulevée l’an dernier par la présence au Sila d’un livre intitulé Frapper son épouse : une solution pour les problèmes conjugaux ? d’un certain Abdelhamid Ahmed Abou Souleiman. Sur un ton humoristique adipeux, le responsable du Sila estime qu’une telle controverse n’avait pas lieu d’être, d’autant que ce « fascicule pourrait s’avérer utile pour modérer la violence conjugale. Car certaines épouses frappées par leurs maris semblent avoir été percutées par un camion ». « Cette déclaration ne souffre aucune ambigüité : au lieu de massacrer son épouse, l’homme algérien devrait apprendre ‘‘l’éthique’’ coranique de la violence conjugale (sourate Nissaâ)[*]. Au moment où les prédicateurs téléportés du VIe siècle dénoncent vigoureusement les lois algériennes qui condamnent cet acte et les considèrent, à juste titre et fort heureusement, en contradiction avec les textes sacrés, le premier responsable du Sila vient indirectement faire écho à leur propagande de la haine et de la violence, et comble de l’infamie, en fait une matière à rire », lit-on encore dans le même texte.
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          [*] je suppose (je ne suis pas arabisant, hélas) qu’il s’agit bien de la sourate IV (Les femmes), verset 38.


        • Christian Labrune Christian Labrune 1er octobre 00:49

          http://www.algerie-focus.com/2017/09/appel-boycott-de-22e-edition-sila-lecrivaine-sarah-haidar-a-lavant-garde/

          https://francais.rt.com/international/43511-livre-qui-explique-comment-battre-sa-femme-algerie

          https://algeriepart.com/2017/09/23/misogynie-appels-boycott-sila/

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          Ci-dessus, quelques autres liens vers des articles qui expliquent un peu plus clairement que le premier signalé, la raison de ce boycott qui est un très bon signe dans un pays désespérant. L’Algérie finira bien par se réveiller, et l’islam finira bien par disparaître. Malheureusement, il faudra bien encore une vingtaine d’années : il y a des agonies qui sont lentes et pénibles.



          • Croa Croa 1er octobre 09:37

            À l’auteur,
            Coté librairies en France ce n’est guerre mieux que chez vous aujourd’hui. Une librairie dans tous les quartiers, voire plus, ça c’était pendant « les trente glorieuses » mais plus aujourd’hui et il s’en ferme encore presque tous les jours. Les gens lisent moins certes mais surtout la concurrence est rude avec les grandes surfaces, Amazon et autres grosses structures tendant à accaparer toute la clientèle au dépend du petit libraire.


            • Christian Labrune Christian Labrune 1er octobre 10:46

              Une librairie dans tous les quartiers, voire plus, ça c’était pendant « les trente glorieuses » mais plus aujourd’hui et il s’en ferme encore presque tous les jours.
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              @Croa
              C’est vrai et c’est faux. Quand je me suis installé à Belleville en 95, il n’y avait pas une seule librairie à moins d’un quart d’heure de marche. J’en trouve désormais trois ou quatre dans un rayon de cinq cents mètres. Et je ne parle évidemment pas d’une dizaine de librairies islamistes du côté du métro Couronnes, qui distillent à qui mieux mieux la propagande des Frères et des salafistes. De celles-là, on se passerait fort aisément.

              Peut-être que la situation s’est dégradée en province et je ne suis pas en mesure d’en juger parce que le monde, pour moi, s’arrête au périphérique, mais à aucun moment de l’histoire il n’aura été plus facile de s’instruire. Si on voulait dans une ville de province, par exemple, il y a trente ans, avoir quelques lumières sur l’histoire du Japon médiéval, il fallait se contenter des six ou sept volumes disponibles à la bibliothèque municipale, souvent très anciens, et de très peu de choses dans les librairies. Avec Wikipedia, on a trouve tout de suite l’essentiel et des bibliographies généralement assez bien faites et constamment tenues à jour. Amazon et eBay vous envoient en moins d’une semaine les bouquins les plus introuvables, et on ne peut pas rêver mieux. L’ignorance, à l’époque, était excusable. Aujourd’hui, elle ne l’est plus du tout.


              • foufouille foufouille 1er octobre 15:07

                "Peut-on inciter les communes naturellement en les aidant à se constituer systématiquement des fonds documentaires par achat d’ouvrages édités auprès des éditeurs algériens en leur garantissant un quota par titre ? Ce qui les encouragerait à produire plus, si un quota constant leur est garanti."
                un quota produira de la merde comme pour le cinéma français.


                • Ciriaco Ciriaco 2 octobre 08:00

                  Je ne connais pas l’Algérie. Et de l’étranger, on pourra toujours m’en dire tant et plus que je répondrai toujours « je n’en sais rien ». Pour en avoir vu.


                  Je parle d’où je suis. Dès lors que vous institutionnalisez la culture, vous la ferez suivre le chemin du pouvoir. En France c’est globalement celui des ventes et de l’entertainment, qui produit de la conformité et quelques agités du bocal rendus illisibles. Démocratisation du savoir, vraiment ? Aucun signe chez les gamins adeptes des écrans, vraiment ? Les inégalités les plus profondes ne se creusent pas, vraiment ?

                  La culture est une affaire encore plus intime que le langage. Elle est le seul espace commun, le seul espace vivable d’homo. Elle vous aide à construire du sens en rapport à ce que vous vivez. Ventes et entertainment ? Qui oserait dire comprendre cet avenir sans en être effrayé ?

                  Ce n’est pas un hasard si les livres d’importance viennent à vous. Ceux-là vous ne les choisissez jamais. Et ceux-là précisément représentent le droit concret à votre vie.

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