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PLFSS 2018 – Hyprocrisie et mensonge. Le handicapé, le grand oublié du projet de loi sur la sécurité sociale

Julien Delamorte membre du Conseil National au Handicap et de l’APH-PP donne son point de vue sur l’actualité politique et surtout sur son sujet de préoccupation, le handicap.

JPEG Le PLFSS 2018 du ministre Gérald Darmanin s’inscrira dans l’objectif de baisse de la dépense publique et de réduction du déficit tout en maîtrisant la dépense sociale afin d’assurer le retour vers l’équilibre de la sécurité sociale.

Dans ce PLFSS, le handicap est un mot central du projet en informant la prise en compte du sujet et en proposant l’amélioration de la prise en charge des personnes dites vulnérables dont les personnes handicapées mais aussi en annonçant de mettre en places des mesures fortes en faveur des plus modestes dont aussi les personnes en situation de handicap.

Ce qui est à première lecture peut paraître très intéressant quand on sait que les personnes en situation de handicap ont très peu accès aux soins médicaux dans les cabinets.

 

L’amère constat en matière de santé pour les personnes handicapées

1. La honte, les mairies sont plus accessibles que les cabinets médicaux …

Selon la loi, tous les établissements recevant du public (ERP) : administrations, commerces, écoles, bibliothèques, cinémas… devaient être en mesure d'accueillir des personnes handicapées en 2015. Si les bâtiments construits après 2005 sont aux normes, c'est loin d'être le cas du bâti existant.

Selon un rapport publié en 2012 par l'Observatoire interministériel de l'accessibilité et de la conception universelle (OBIAÇU), 330 000 ERP ont engagé des travaux d'accessibilité, partielle ou totale, sur un total estimé entre 650 000 et plus d'un million. L'APF, qui se focalise sur le handicap moteur, considérait qu'en 2012, seuls 15 % des établissements recevant du public étaient réellement aux normes.

Demande de travaux de mise en accessibilité d'établissements destinés à recevoir du public.

Demande de travaux de mise en accessibilité d'établissements destinés à recevoir du public. OBIACU

 

L'effort porte en priorité sur les structures les plus fréquentées. Dans son baromètre 2013, réalisé à partir des données recueillies dans 96 chefs-lieux de départements, l'APF constate que seules 6 % des mairies ne sont pas accessibles aux handicapés moteurs (contre 16 % en 2012). Dans les villes étudiées, le principal stade est aux normes dans 94 % des cas, et le plus grand théâtre à 92 %.

 

2. Les handicapés sont des sujets plus vulnérables pour le cancer

Les femmes handicapées sont beaucoup moins dépistées contre le cancer du col de l’utérus que celles n’ayant pas de limitations motrices ou autres. En cause, l’inaccessibilité des cabinets médicaux et de leurs équipements.

Le cancer du col de l’utérus touche 3 000 femmes chaque année, en France. Il en tue plus de 1 000. « Il reste donc meurtrier, et pourtant il est évitable », soulignent le président de l’Institut national du cancer et le directeur général de Santé publique France, dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire, paru la semaine dernière.

« Il est recommandé de pratiquer un frottis cervico-utérin tous les trois ans chez les 25 à 65 ans », précisent Norbert Ifrah et François Bourdillon. Une expérimentation a été menée pendant trois ans dans treize départements. « Ces résultats sont de bon augure et permettent d’envisager de généraliser le programme en 2018 », annoncent-ils.

 

Le plus amère des constats, c'est qu' une femme handicapée sur trois non dépistée

 

« Généraliser » ? Les femmes en situation de handicap seront ravies de l’apprendre… Elles ont en effet beaucoup moins accès à cet examen préventif que les autres, comme le montre une étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes). Le recours moyen plafonne à 65 % chez les patientes atteintes de limitations motrices contre 82 % chez celles n’en déclarant pas. Soit un écart de 17 points. Il tourne à 14 points pour les femmes ayant des limitations cognitives et monte à 20 points pour celles ayant des limitations visuelles.

Les caractéristiques démographiques et sociales de cette population n’expliquent qu’une partie de cet écart. S’il l’on compare des femmes ayant le même profil (même niveau de diplôme, de ressources, etc.), l’écart se réduit mais reste conséquent : le recours au dépistage du cancer du col de l’utérus est inférieur de 11 points chez les femmes en fauteuil roulant.

Et ce constat vaut aussi pour de nombreux autres soins de prévention. Pour les patients handicapés dans leur ensemble et tout particulièrement pour ceux en fauteuil roulant. Chez ces derniers, à caractéristiques démographiques et sociales comparables, l’écart atteint 25 points pour le dépistage du cancer du côlon, 22 points pour la mammographie et 19 points pour la vaccination contre l’hépatite B !

Alors comment l’expliquer ? Sans doute par un manque d’informations ciblées et adaptées mais aussi par l’inaccessibilité des cabinets médicaux et/ou des équipements de ces professionnels.

Autrement dit, une vraie politique de généralisation d’accès aux soins passe aussi par une politique de mise aux normes. Les nombreux reculs sur le principe de l’obligation de mise en accessibilité, décidés depuis 2014, ne vont pas dans ce sens. En attendant, les Français et les Françaises resteront inégaux face à la maladie et à la mort.

 

Mais de façon plus globale, le saviez-vous que :

  • 7 femmes à mobilité réduite sur 8 n'ont pas accès aux soins gynécologique,
  • 2 femmes handicapée sur 3 voire 1 femmes déficientes visuelle sur 2 ne sont pas dépistés pour le cancer du col de l'uterus,
  • 1 chance sur 7 de devenir handicapé au cours de sa vie,
  • 1 handicapé à mobilité réduite sur 15 a accès aux soins dentaires,

 

Ce que propose le PLFSS 2018 pour les personnes handicapées

1. Accompagner les personnes handicapées

Dans le PLFSS 2018, « l’accompagnement des personnes en situation de handicap est mentionné « conformément à l’engagement gouvernemental en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap, priorité du quinquennat rappelée lors du Comité interministériel du handicap du 20 septembre 2017, les crédits disponibles doivent permettre d’améliorer l’accompagnement des personnes handicapées afin de favoriser leur inclusion dans la cité.  »

Sur cette approche de communication, nous n’avons rien à redire sur le sujet et partant des constats qu’en effet, les personnes en situation de handicap doivent être mieux accompagner pour l’accès aux soins médicaux.

Cependant, en regardant de plus près leurs propositions en la matière, tout tourne autour du sujet majeur que défend notre Secrétaire d’Etat aux handicaps à savoir uniquement et seulement l’Autisme. « Ce dernier a prévu 180 millions d’€ sur la période 2017-2021 dont la moitié affectée à la transformation de l’offre afin de favoriser l’accompagnement des personnes en milieu ordinaire (pôles de compétences et de prestations externalisées, accompagnement à domicile « hors les murs », accueil temporaire, projets innovants…). Dans ce contexte, 2 028 nouvelles places seront ainsi créées en 2018 dont 707 dans le cadre de l’achèvement des créations prévues par le troisième plan autisme, dans l’attente des résultats de la concertation sur le 4ième plan autisme qui a débuté le 6 juillet 2017 »

 

2. Des mesures fortes en faveur des plus modestes

Quant aux mesures fortes pour les personnes en situation de handicap elle concerne seulement et uniquement l’augmentation de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) à 900 € pour le 1er novembre 2019 soit dans 2 ans.

Rappelons que les personnes en situation de handicap ont plus de dépenses courantes pour vivre vivent actuellement avec 810€ alors même que le SMIC mensuel net pour 2017 est à 1 153 euros, le PLFSS 2018 à l’honneur d’annoncer que l’AAH passera de 810€ à 900€ en deux ans.

Mais force de constater que l’inflation d’ici 2019 sera maintenue, l’augmentation de l’AAH à 900€ d’ici 2 ans n’aura aucun impact sur le pouvoir d’achat réel.

Pire encore, cette augmentation de l’AAH est une fausse promesse car dans le PLFSS 2018 est prévu ce petit point crucial « Parallèlement, un rapprochement des règles de prise en compte de la situation familiale des bénéficiaires de l’AAH avec celles applicables aux bénéficiaires d’autres minima va être engagé. En effet, le niveau de ressources garanti à un couple comptant un bénéficiaire de l’AAH s’établit aujourd’hui à 2 fois celui d’une personne isolée, alors qu’il s’établit à 1,5 fois pour les bénéficiaires du RSA ; le coefficient sera progressivement porté à 1,8 pour les bénéficiaires de l’AAH. L’impact de cette mesure sera neutralisé par la revalorisation parallèle de la prestation. »

Ce qui revient à dire que le pouvoir d’achat des handicapés va … stagner voire baisser d’ici 2019 quand l’AAH passera à 900€ pour le 1er novembre 2019.

 

 

Conclusion

Le PLFSS 2018 de Gérald Darmanin sera de loin le projet de loi le plus hypocrite pour les handicapés, car une belle promesse et de belles paroles dans le plan de communication du PLFSS 2018 mais dans l’action aucun engagement réel ni volontaire pour les personnes dites vulnérables dont les handicapées mais à contrario, face à l’engouement du #Balancetonporc, il y a un gros focus sur la femme.

En effet, le PLFSS 2018 prévoit de faire plus de prévention pour les nobles causes tels que les cancers qui touchent les femmes mais pas le cancer qui touche les hommes. Pour rappel, Avec plus de 71 000 nouveaux cas par an, le cancer de la prostate représente le premier cancer de l'homme, pardon de l’être humain en France le cancer du sein représente tristement 52 000 nouveaux cas en France.

Comment peut-on faire plus de prévention chez la femme et n’en faire aucune pour l’homme et pire encore oublier les personnes handicapées qui sont les plus vulnérables ?

Si une prévention chez les femmes handicapées était faite, c’est faire une campagne de sensibilisation pour plus de 50% de la population les plus à risques pour un cancer du sein.

Se pose alors la question suivante, sachant qu’1 français sur 7 deviendra handicapé au cours de sa vie, et par conséquence, la population handicapée augmente, comment est-ce possible d’oublier cette population et d’avoir une bonne conscience parlementaire ou de ministre ?

 


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2 réactions à cet article    


  • roby 3 novembre 16:18

    Devenir handicapé celà n’arrive pas qu’aux autres

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