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Poker monétaire aux Etats-Unis et concours de ministre en France

Les gouvernants sont-ils sérieux ? La FED vient de décider de racheter d’ici 2011 pour 600 milliards d’obligations d’Etat. Comment est-ce possible ? Rien de plus simple, il suffit que Ben Bernanke son directeur prononce une formule magique, abracadabra ! Et hop, c’est fait, chaque mois, 75 milliards de dollars sont créés pour acheter ou racheter des obligations. Déjà il y a un an, cette même FED avait racheté des titres douteux pour sauver les banques, puis des obligations pour sauver l’économie par la relance. Mais malgré ces quelques 1500 milliards dépensé, rien n’y fit et l’économie américaine rame. La FED dispose de deux leviers, soit acheter des obligations d’Etat émises par le gouvernement, ce qui permet à l’Etat de planifier une relance keynésienne en jouant sur les dépenses publiques. L’autre possibilité est de racheter des obligations aux possesseurs des titres émis par l’Etat et notamment les grandes banques semi-publiques comme Fannie Mae et Freddie Mac. Tout d’un coup, ces établissements disposent de liquidités et peuvent alors prêter de l’argent aux entreprises ou au particuliers. Ce qui permet en principe de relancer la consommation mais ces dispositifs sont soumis au bon vouloir des décisions internes aux banques. Quel que soit le dispositif utilisé, ces mesures présentent des risques d’inflation. Et pas seulement.

La FED s’offre donc le luxe de déployer la planche à billet comme on dit dans le jargon économique. Il n’y a rien de mal à si c’est bien géré mais ce n’est pas forcément le cas. Le très libéral journal The economist envisageait il y a deux ans une relance keynésienne au Royaume-Uni en mettant en garde sur un mauvais usage de la planche monétaire. Il faut éviter de dispatcher l’argent chez les plus aisés qui auront vite fait de l’épargner, avec les risques de bulles spéculatives. Il faut renflouer plutôt le pouvoir d’achat des plus pauvres qui eux, iront dépenser l’argent en biens de consommation. Les Etats-Unis ne semblent pas jouer la justice économique et la vertu financière. Les plus inquiets voient dans les mesures de la FED un coup de poker, un comportement de kamikaze de la finance. Parce que à force d’injecter de la monnaie, les investisseurs risquent de perdre confiance et passé un certain seuil critique, les marchés, qu’ils soient américains ou chinois, peuvent décider de décrocher et de vendre du dollar et des obligations avant que l’inflation ne bouffe tout les bénéfices. C’est un jeu dangereux qui se dessine. Sans doute, à cause de l’aveuglement idéologique et de l’obstination économique, le tout adossé au fétichisme de la croissance. Au final, le dollar pourrait atteindre des niveaux records et la Chine voir son yuan réévalué comme le fut le yen après les accords du Plaza. A ce stade, on se demande si les mesures prises par Bernanke ne ressemblent pas à un remake des accords du Plaza mais décidés unilatéralement ce qui en dit long sur la bonne volonté de coopération des Etats-Unis.

Le G-20 n’aura jamais mieux mérité son surnom de G vain. Il ne sortira rien de positif de cette réunion de façade sauf pour Nicolas Sarkozy qui saura récupérer l’image médiatique. En France, nulle possibilité de jouer sur la planche à billet. Pourtant il existe des possibilités de relance keynésienne en Europe mais les eurocrates sont eux aussi aveuglés par l’illusion de la croissance par la connaissance. Un mythe lancé depuis Lisbonne il y a dix ans. Que reste-t-il à notre pays pour montrer qu’il existe une vie politique et que l’exécutif n’est pas en léthargie ? Eh bien le concours de ministres. Cela fait plus d’un mois que ce jeu politicien agite les médias et d’ailleurs, on peut mesurer à quel point cette comédie de Matignon est relayée par la plupart des journalistes qui dès le moindre passage d’un candidat à la Matignon academy, se dépêchent de l’interroger pour savoir si éventuellement, le poste l’intéresse, ou bien s’empressent à d’autres occasions de décrypter les phrases alambiquées d’un Borloo déguisées en oracles de Delphes. Tiens donc, Borloo parle de relance, de fiscalité, de Grenelle, bon dieu mais c’est bien sûr, c’est du langage de premier ministre ! Mais coup de théâtre, François Fillon vient de déclarer qu’il voulait garder son poste. En très haut lieu, il aurait été invité à avouer, confesser son envie de rester devant tous les Français. Sarkozy est subtil. Il n’a pas oublié que pour gouverner avec ferveur, l’empereur romain se devait de déclarer au peuple sa foi religieuse. Ici en l’occurrence, Fillon doit confesser sa foi en la fonction de premier ministre, à moins que ce soit un acte d’allégeance envers le président, auquel cas, Fillon confesse aux Français qu’il croit en Sarkozy, après avoir joué les mécréants en distillant quelques petites phrases assassines du genre Nicolas n’a jamais été mon mentor. Voilà donc comment se joue la politique française, comme un jeu de cirque et d’allégeances, alors que les Etats-Unis pourraient bien mettre le feu aux finances planétaires.

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13 réactions à cet article    


  • Bélial Bélial 4 novembre 2010 13:49

    La FED est comme Lagardère, elle n’est pas incompétente, elle est malhônnete. Et comme Lagardère, les autres trinquent et elle encaisse le pognon.



    • Cogno2 4 novembre 2010 15:40

      Conneries ...

      Mais encore ?


    • Tarouilan Tarouilan 4 novembre 2010 20:37

      C’est encore beaucoup plus grave que cela..... c’est une manoeuvre dilatoire grossière, inutile et débile, pour essayer de reculer de quelques mois une évidence, la fin des USA tels que nous les connaissons :

      "L’économiste Laurence Kotlikoff, de l’Université de Boston, déclare que la dette gouvernementale n’est pas de 13 500 milliards de dollars (US), soit 60% du PIB actuel, comme le pensent les investisseurs mondiaux et les contribuables américains, mais 14 fois plus élevée : 200 000 milliards de dollars, soit 840% du PIB actuel. ’Soyons réaliste’, dit le Pr. Kotlikoff, ’les Etats-Unis sont en faillite’.

      Espérons, qu’ils ne choisiront pas une nouvelle guerre mondiale, pour s’en sortir !


    • fifilafiloche fifilafiloche 4 novembre 2010 14:49

      Tout juste encore une fois, Monsieur Dugué. Touché, comme on dit en Anglais.


      Les taux d’intérêts étant nuls et malgré cela la reprise pas au rendez vous, il faut continuer à laver plus blanc que blanc le linge sale des banques. Le scénario Japonais des années 90, avec la malhonnêteté en plus, puisque la Fed intervient directement sur les marchés pour acheter aussi les indices américains. Mais qui va oser aller reprocher à la Fed de jouer au poker menteur alors que toutes les économies se tiennent par la barbichette, et que le premier qui lachera se prendre tout le château de carte sur la tête.

      Non, rien n’a changé, tout au contraire à continué de façon plus fausse qu’avant, plus virtuelle, plus financiarisée. Il y aura donc une deuxième phase à la crise, comme 79 a suivi 73. Un second choc financier qui obligera cette fois à REFORMER le système bancaire vers plus de bon sens.

      C’est toujours un plaisir de lire vos analyses, même si on se demande parfois si il y a une ligne derrière le plaisir des mots, tant les arguments peuvent parfois s’opposer d’un article à un autre. Mais après tout, le manque de convictions, le doute, est peut être la preuve ultime de l’intelligence...

      • Pyrathome pyralene 4 novembre 2010 19:00

        Un second choc financier qui obligera cette fois à REFORMER le système bancaire vers plus de bon sens.

        Il n’y a rien à réformer, c’est le peloton d’exécution illico, détruire et pulvériser ce système de dupe et d’escrocs, il n’y a que ça à faire.......tuer la bête immonde !!


      • Claude Simon Claude Simon 4 novembre 2010 16:09

        Il n’est pas du tout certain que, lorsque la FED fait tourner la planche à billets, cela soit inflationniste. Pour une raison simple, l’argent frais reste surtout dans la sphère financière, faisant monter les actifs financiers et très peu les produits de consommation. Sauf si évidemment la sphère financière se met à spéculer sur un marché : redoutons que ce soit sur les matières premières par exemple.


        Bref, tout dépend où sont alloués ces fonds .

        Un peu hors-sujet, mais je trouve cet article très pertinent, loin du rabachage avoxien sur la politique catastrophique de la FED :


        • fifilafiloche fifilafiloche 4 novembre 2010 16:51

          Le papy boomer lui, dont le pouvoir d’achat dépend de la capitalisation de ses actifs, sera encouragé à faire ce qu’il a été programmé à faire durant toute sa vie, alimenter la machine à consommer avec son papier pas encore sec.


          Mais comment avoir encore foi en l’économie face à un tel vide .... Ca me donne le vertige.

        • piroliat 4 novembre 2010 18:31

          @ fifilafiloche
          les papys boomers ne sont pas tous nantis
          comme les jeunes ne sont pas tous cons


          • fifilafiloche fifilafiloche 4 novembre 2010 19:31

            Ils sont riches des dettes qu’ils ont contracté et n’auront pas à payer. Mais là n’est pas le débat, on parle ici des retraites par capitalisations américaines, très dépendantes des niveaux des indices, d’ou la nécessité pour la fed d’intervenir directement sur les marchés (appelé POMO par les initiés)


          • Pyrathome pyralene 4 novembre 2010 18:56

            Tsunami de fausse monnaie.......reste plus que la planche à billet pour le sursis avant liquidation totale.....



              • Internaute Internaute 5 novembre 2010 09:35

                Dans ce papier de mars 2009 le Professeur Antal Fekete explique pourquoi l’augmentation de l’endettement ne sert plus à rien à cause de la productivité marginale de la dette que n’ont pas vu les keynesiens.

                http://www.gold-eagle.com/gold_digest_08/fekete033009.html

                Sa réflexion originale est pleine d’enseignements qui brusquent certains apriori politiques. Je pense surtout à ses papiers sur le crédit et les taux d’intérêts.

                http://www.professorfekete.com/

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