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Accueil du site > Tribune Libre > Pour relire Rabelais... La lettre de Gargantua à Pantagruel...

Pour relire Rabelais... La lettre de Gargantua à Pantagruel...

Il faut lire et relire la magnifique lettre de Gargantua à son fils Pantagruel : un éloge de la connaissance et de la culture qui apportent sérénité et bonheur à tout être humain.

Insérée dans le premier ouvrage de François Rabelais, publié en 1532, cette lettre est un véritable manifeste humaniste qui montre que le savoir est essentiel pour l'homme, qu'il lui permet de progresser et de devenir plus humain...

 

La lettre définit un véritable programme intellectuel, une culture encyclopédique : elle vise à développer la curiosité du jeune Pantagruel et à lui faire comprendre que le savoir est source de bonheur et de sagesse.

 

Il s'agit d'abord pour le jeune garçon de profiter des nouvelles conditions qui sont mises à sa disposition dans le domaine culturel, au XVIème siècle : développement de l'imprimerie, extension de la réflexion et du savoir, remise à l'honneur des langues anciennes.

Et qui ne voit là toute la modernité et l'actualité de cette lettre ? De nos jours, encore, de nouveaux moyens de connaissance sont accessibles grâce à internet et la diffusion du savoir est ainsi multipliée à l'infini.

 

La lettre est constituée d'une succession de recommandations soulignées par l'emploi répété du subjonctif et de l'impératif :

"J'entends et je veux que tu apprennes parfaitement les langues... que tu formes ton style sur celui de Platon pour le grec, sur celui de Cicéron pour le latin... Qu'il n'y ait pas d'étude scientifique que tu ne gardes présente en ta mémoire... De l'astronomie, apprends toutes les règles, mais laisse-moi l'astrologie et l'art de Lullius... Du droit civil, je veux que tu saches par cœur les beaux textes, et que tu me les mettes en parallèle avec la philosophie. Et quant à la connaissance de la nature, je veux que tu t'y donnes avec soin : qu il n'y ait mer, rivière, ni source dont tu ignores les poissons... Puis relis soigneusement les livres des médecins grecs, arabes et latins...

Somme, que je voie un abîme de science..." 

Le texte a ainsi une valeur didactique, et on perçoit une sorte d'enthousiasme et de ferveur pour la culture, grâce à de nombreux procédés : les énumérations, les anaphores à valeur d'insistance, les hyperboles, le vocabulaire plein de fermeté...

 

Un extrait restitue plus particulièrement cet enthousiasme et l'on y retrouve anaphore, énumération, hyperboles, le tout souligné par une antithèse "tous... rien" :

"tous les oiseaux du ciel, tous les arbres, arbustes, et fructices des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tous les pays de l'Orient et du midi, que rien ne te soit inconnu."

 

En plusieurs étapes, sont exprimées les orientations de l'éducation humaniste, les domaines envisagés qui sont divers et multiples, le respect des règles morales et religieuses.

On trouve aussi dans cette lettre deux formules célèbres : "Sapience n'entre point en âme malivole"... "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".

Deux maximes essentielles qui définissent l'humanisme.

La science doit s'accompagner d'une réflexion, d'une prise de conscience et d'un souci de valeurs morales et éthiques.

Et encore une fois, qui ne voit toute l'actualité de ces maximes ?

Alors que l'homme cherche à dépasser sa condition de mortel, alors qu'il s'applique à polluer la nature, à détruire la terre sur laquelle il vit, il a besoin plus que jamais d'une prise de conscience.

L'homme saccage les écosystèmes, il extermine les espèces animales, il perturbe le climat pour soutenir des choix absurdes, qui ne le rendent même pas heureux.

Le message de Rabelais est plus que jamais d'actualité...

Le savoir, l'humanisme restent de magnifiques projets de vie.

En un temps où le nihilisme gagne du terrain, il est bon de se ressourcer auprès de ce grand humaniste que fut Rabelais, et de relire des messages essentiels pour l'humanité.

La connaissance, le savoir nourrissent l'être humain, le font progresser, à cette condition : le progrès doit avoir pour but le bonheur de l'humanité, il ne doit pas être aliénant, et la connaissance doit rester au service de l'homme.

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2018/01/pour-relire-rabelais.html

 

Le texte :

 

- François Rabelais, Pantagruel, chapitre VIII, « Comment Pantagruel, étant à Paris, reçut lettres de sonpère Gargantua, et la copie d'icelles » (1532).

Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues rétablies : Grecque, sans laquelle c'est honte qu'une personne se dise savante, Hébraïque, Chaldaïque, Latine (1), les impressions tant élégantes et correctes, en usage,qui ont été inventées de mon âge par inspiration divine, comme, à contre-fil, l'artillerie par suggestion diabolique.
Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies (2) très amples, qu'il m'est avis que, ni au temps de Platon, ni de Cicéron, ni de Papinien (3), n'était telle commodité d'étude qu'on y voit maintenant, et ne se faudra plus dorénavant trouver en place, ni en compagnie, qui ne sera bien expoli en l'officine de Minerve (4).
Je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, les palefreniers de maintenant plus doctes que les docteurs etprêcheurs de mon temps. Que dirai-je ? Les femmes et filles ont aspiré à cette louange et manne céleste de bonne doctrine. Tant y a qu'en âge où je suis, j'ai été contraint d'apprendre les lettres grecques, lesquelles je n'avais
méprisées comme Caton, mais je n'avais eu loisir de comprendre en mon jeune âge ; et volontiers me délecte à lireles Moraux de Plutarque, les beaux Dialogues de Platon, les Monuments de Pausanias et Antiquités d'Atheneus, attendant l'heure qu'il plaira à Dieu, mon Créateur, m'appeler et commander sortir de cette terre.
C'est pourquoi, mon fils, je t'admoneste (5) qu'emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus. Tues à Paris, tu as ton précepteur Epistemon, dont l'un par vives et vocales instructions, l'autre par louables exemples, te peuvent endoctriner.

J'entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement : premièrement la Grecque, comme le veut Quintilien, secondement la Latine, et puis l'Hébraïque pour les Saintes Lettres, et la Chaldaïque et Arabique pareillement ; et que tu formes ton style, quant à la Grecque, à l'imitation de Platon, quant à la Latine, à Cicéron.
Qu’il n’y ait histoire que tu ne tiennes en mémoire présente, à quoi t'aidera la Cosmographie de ceux qui en ont écrit.

Des arts libéraux : géométrie, arithmétique et musique, je t'en donnai quelque goût quand tu étais encore petit, en l'âge de cinq à six ans ; poursuis le reste, et d'astronomie saches-en tous les canons(6). Laisse-moi l'astrologie divinatrice et l'art de Lullius(7), comme abus et vanités.
Du droit civil, je veux que tu saches par cœur les beaux textes et me les confères avec philosophie.

 Et, quant à la connaissance des faits de nature, je veux que tu t'y adonnes avec soin ; qu'il n’y ait mer, rivière, ni fontaine, dont tu ne connaisses les poissons, tous les oiseaux de l'air, tous les arbres, arbustes et buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au centre des abîmes, les pierreries de tout Orient et
Midi : rien ne te soit inconnu.
Puis, soigneusement pratique les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les Talmudistes et Cabalistes(8), et par fréquentes anatomies acquiers-toi parfaite connaissance de l'autre monde, qui est l'homme. Et par quelques heures du jour commence à visiter les saintes lettres, premièrement en grec le Nouveau Testament et Épîtres des Apôtres, et puis en Hébreu le Vieux Testament.

Somme, que je voie un abîme de science : car dorénavant que tu deviens homme et te fais grand, il te faudra sortir de cette tranquillité et repos d'étude et apprendre la chevalerie et armes pour défendre ma maison et nos amis secourir en toutes affaires contre les assauts malfaisants.
Et veux que, sans tarder, tu essayes combien tu as profité, ce que tu ne pourras mieux faire que tenant conclusions(9) en tout savoir, publiquement, envers tous et contre tous, et hantant les gens lettrés qui sont tant à Paris qu'ailleurs.

Mais - parce que, selon le sage Salomon, sapience n'entre point en âme malivole et science sans conscience n'est que ruine de l'âme -, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foi formée de charité être à lui adjoint, en sorte que jamais n'en sois désemparé par péché. Aie suspects les abus du monde. Ne mets ton cœur à vanité, car cette vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable à tout ton prochain et l'aime comme toi-même. Révère tes précepteurs. Fuis les compagnies des gens auxquels tu ne veux point ressembler, et les grâces que Dieu t'a données, icelles ne reçois en vain.

Et quand tu connaîtras qu'auras tout le savoir de par delà acquis, retourne vers moi, afin que je te voie et donne ma bénédiction avant de mourir.

Mon fils, la paix et grâce de Notre-Seigneur soit avec toi, amen.
D'Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars.
Ton père,
Gargantua.

 

Notes :
1. Variété de l’hébreu employée dans certains passages de la Bible. Erasme avait recommandé l’étude de cette langue. 2.Bibliothèques. 3. Ces écrivains représentent trois âges de la civilisation : après l’âge de la philosophie et celui de l’éloquence, l’âge de Papinien (IIIe siècle après J.-C.) est celui des savants, notamment en droit et en grammaire. 4. Poli, cultivé, en la boutique placée sous la protection de la déesse du savoir, c’est-à-dire à l’école des humanistes. 5. Je te demande solennellement. 6. Règles. 7. L’alchimie (de Raymond Lulle, savant espagnol, (1235-1315). 8. Spécialistes du Talmud (commentaire de la Loi judaïque) et de la kabbale (interprétation symbolique de la Bible). 9. Soutenant des controverses

 

http://blog.ac-versailles.fr/lelu/public/sciences/rabelais

 

Documents joints à cet article

Pour relire Rabelais... La lettre de Gargantua à Pantagruel...

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79 réactions à cet article    


  • Montdragon Montdragon 27 janvier 14:25

    Que c’est beau que sinon cela est totalement inutile en 2018, où sommer la culture permet de briller dans les jeux TV.
    Je vous renvoie à Durkheim et son analyse de l’homme horizontal, l’honnête homme, et de sa crainte de voir advenir l’homme vertical ultra-spécialisé, mais point humaniste, complètement abruti quant à l’Histoire et aux Sciences par ex.


    • rosemar rosemar 27 janvier 14:37

      @Montdragon

      Quel nihilisme ! Quel rapport avec les jeux TV ? On se demande !
      Je vous invite à relire la lettre et notamment cette formule : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
      La culture permet à l’être humain de s’ouvrir aux autres et de s’épanouir.

    • Montdragon Montdragon 27 janvier 18:38

      @rosemar
      Nihilisme ? Non point mais pessimisme.
      Il n’y a plus d’honnête homme, c’est ce qu’il faut comprendre de votre billet.

      La culture permet à l’être humain de s’ouvrir aux autres et de s’épanouir.

      Salmigondi digne d’un Merieu sous acide.

      Quant à relire la lettre et suivre vos conseils, merci, j’ai toujours humilié mes profs de français si bien formatés, de vrais ânes. Donc je ne suivrai pas vos conseils Mme la prof principale.


    • rosemar rosemar 27 janvier 18:46

      @Montdragon

      Il faudrait refuser ces héritages qui nous ont été transmis par de grands auteurs ? 
      Vous ne pensez pas que le savoir, les connaissances sont sources de bonheur ?

    • Montdragon Montdragon 27 janvier 20:53

      @rosemar
      Mais vous comprenez ce je dis ? Je ne refuse rien et abonde dans votre sens, mais ouvrez les yeux et sachez que le savoir n’est plus une valeur ajoutée.
      Franchement vous vivez tous entre vous et êtes totalement déconnectés du reste du monde.


    • rosemar rosemar 27 janvier 20:59

      @Montdragon

      Mais c’est justement contre quoi il faut lutter : si on considère que la culture n’a plus de valeur, c’est la fin de l’humanité.

    • Christian Labrune Christian Labrune 27 janvier 21:22

      c’est la fin de l’humanité.
      .......................................................
      @rosemar
      Mais c’est qu’on y arrive tout doucement, à la fin de l’humanité ! En 2050, l’espèce aura fait son temps. Je ne sais pas ce qui viendra après nous, mais je reste quand même optimiste : ça ne pourra pas être pire.


    • rosemar rosemar 27 janvier 22:09

      @Christian Labrune

      C’est vraiment du nihilisme ! Et comment ne pas essayer de lutter contre cette tendance à annihiler la culture ?
      C’est pourquoi, il faut lire et relire RABELAIS !

    • RICAURET 27 janvier 23:50

      @Montdragon
      le savoir c est plus une valeur ajoute
      alors si tu comprends cela
      un borgne est roi chez les aveugles

      il faut ce battre pour que nos héritiers ne redeviennent des esclaves par leurs manquent de curiosité et parce que certaines entités veulent en faire des bœufs (dans le sens mauvais sens)


    • papijef papijef 28 janvier 12:29

      @rosemar
      tiens, un dernier pour la route :« science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La citation la plus lamentablement connue de ce pauvre Rabelais !
      Quand tu donnes cette citation dans un texte en français « modernisé », le mot « conscience » a-t-il le sens moderne, ou bien leur expliques-tu à tes élèves lecteurs décadents le sens de ce mot au 16è siècle ?

      Prends soin de toi.


    • JC_Lavau JC_Lavau 28 janvier 12:35

      @rosemar. Inoubliable, la souffrance ce norvégien professeur de français, devant Rabelais. J’ai dû le rassurer : Rabelais est très difficile pour les français.


    • rosemar rosemar 28 janvier 12:41

      @papijef

      Le mot « conscience » est riche de sens, comme l’est cette phrase : c’est « la bonne conscience », mais aussi la « prise de conscience, la raison, la sagesse »...

    • rosemar rosemar 28 janvier 12:42

      @JC_Lavau

      Bien sûr, parce que c’est la langue du 16ème siècle...

    • JC_Lavau JC_Lavau 28 janvier 13:52

      @rosemar. Quand « Dyeu fist les astres et nous faisons les plats nets » résonnait tout autrement.


    • papijef papijef 28 janvier 14:16

      @JC_Lavau
      tout autrement aussi résonnait « A Beaumont le Vicomte ».


    • papijef papijef 28 janvier 14:19

      @JC_Lavau
      un peu comme le Dao De Jing pour les Chinois. Ils n’y comprennent rien, mais en ont fait beaucoup de commentaires ...


    • Choucas Choucas 27 janvier 14:39

       
      Fini la civilisation blanche...
      Vive le rap colonial et « urban inspired »
       

      PISA
       
      1980 : FRANCE 4ème
      2000 : BOOBALAND 10ème
      2017 : BOOBALAND 27ème
       
      10% d’analphabètes...
       

      « La old meuf feuj is dead ! Yes ! » Cacique coloniale de gôôôôche


      • Choukass 27 janvier 14:55

        @Choucas
        Choucas, 1941 déjà idiot
        Chocas, 1974 lobotomisé
        Choucas 2017, à l’approche de la mort et personne ne le plaindra.
        Je suis choucas, et vrai demeuré et je le prouve en publiant ici.


      • Christian Labrune Christian Labrune 27 janvier 21:18

        @Rosemar,
        Quand j’ai commencé à enseigner, au début des années 70, je passais bien tout un mois, sinon plus, à expliquer Rabelais dont le Lagarde et Michard proposait tant d’extraits intéressants. C’était fort plaisant, mais la chose est-elle encore possible aujourd’hui ?


        • rosemar rosemar 27 janvier 21:52

          @Christian Labrune

          Elle est possible, oui, en lycée : les textes de Rabelais sont souvent pleins de fantaisie et d’inventions verbales... 

        • JC_Lavau JC_Lavau 28 janvier 12:38

          @rosemar. ... foutrich al conin ...

          parmi les langues de Panurge que beaucoup d’éditions ont coupées.

        • papijef papijef 28 janvier 14:26

          @JC_Lavau
          hé ! rosemar n’a lu que les extraits en français moderne du Lagarde et Michard, pour les lui rendre plus accessibles, et là tu es carrément dans le vieil françois !!!


        • papijef papijef 27 janvier 21:51

          Rabelais est l’exemple parfait de la façon dont fonctionne l’enseignement, et certains enseignants : tirer les choses de leur contexte, pour leur faire dire ce qu’on veut, et oublier de dire d’où parle Rabelais (qui est l’homme, de quoi il vit, comment il vit ...). Ce qui donnerait une vision plus relative.

          Les professeurs ont-il seulement lu Rabelais, ou juste la lettre dans le Lagarde et Michard ? Apparemment Rosemar n’a lu que le texte de l’Académie de Versailles, et les notes qu’elle met en bas sont celles de l’Académie de Versailles.

          On pourra trouver le texte complet de la lettre ici.

          La lettre commence ainsi ! "« Très cher fils, entre les dons, grâces et prérogatives dont le souverain Dieu formateur, tout puissant, a doué et orné l’humaine nature à son commencement, il y en a une qui me semble singulière et excellente, par laquelle elle peut en état mortel acquérir une espèce d’immortalité, et dans le cours d’une vie éphémère perpétuer son nom et sa semence. C’est ce qui est fait par la lignée issue de nous en mariage légitime. Par cette lignée nous n’est aucunement instauré ce qui nous fut apporté par le péché de nos premiers parents, dont il a été dit, parce qu’ils n’avaient pas été obéissants au commandement de Dieu le créateur, qu’ils mourraient et que par la mort serait réduite à néant cette magnifique forme sous laquelle l’homme avait été créé.« 

          Ce qui change singulièrement l’interprétation qu’on peut en donner ... Je dirai même : l’interprétation que l’éducation nationale veut que nous en ayons. A la lecture de la lettre, on voit que Rabelais promeut les langues de la religion du livre.

          Mais pas le chinois. Pourtant, le Livre des Merveilles avait été publié en 1298. Et Rabelais qui prône la connaissance totale l’ignorait ?

          Dommage ! Il aurait pu apprendre que »La sagesse n’est point science. La science n’est point sagesse« . ou »les vraies paroles ne sont point belles. les belles paroles ne sont point vraies.« ou »si vous croyez savoir, vous ne savez pas« .

          Pour en rajouter une couche au sujet de cette duperie intellectuelle, j’ajouterai que ce n’est pas même sur le texte original qu’on fait réfléchir nos moutards (et là, la moutarde me monte au nez ...), voici un exemple du texte original :

           »Tu es à Paris, tu as ton precepteur Epistemon, dont l’ung par vives & vocales instructions, l’aultre par louables exemples te peult endoctriner. Ientends & veulx que tu aprenes les langues parfaictement. Premierement la Grecque comme le veult Quintilian. Secondement la latine. Et puis l’Hebraicque pour les sainctes lettres, & la Chaldeicque & Arabicque pareillement : & que tu formes ton stille, quant à la Grecque, à l’imitation de Platon, quant à la Latine, à Ciceron. Qu’il n’y ait histoire que tu ne tiengne en memoire presente, à quoy te aydera la Cosmographie de ceulx qui en ont escript. Les ars liberaulx, Geometrie, Arismetique, & Musicque, Ie t’en donnay quelque goñt quand tu estoys encores petit en l’aage de cinq à six ans : poursuys le reste, & de Astronomie saches en tous les canons, laisse moy l’Astrologie divinatrice, et art de Lulliuscommeabuz et vanitez. Du droit Civil ie veulx que tu saches par cueur les beaulx textes, et me les confere avecques la philosophie."...


          • rosemar rosemar 27 janvier 22:07

            @papijef

            Bien sûr, le texte original a été modernisé pour qu’il soit plus accessible... Quant au début de la lettre, on pourrait rajouter ce passage que vous oubliez de citer aussi :« Ce n’est donc pas sans juste et équitable cause que je rends grâces à Dieu mon conservateur de ce qu’il m’a permis de voir mon antiquité chenue refleurir en ta jeunesse car, quand par le plaisir de Lui qui tout commande et modère, mon âme laissera cette habitation humaine, je ne me croirai pas totalement en train de mourir, c’est-à-dire de passer d’un lieu à un autre, vu que en toi et par toi je demeure visible sous tes traits dans ce monde, vivant, voyant et commerçant avec des gens d’honneur et mes amis comme je le désire. »
            Un extrait plein d’humanité.

            Quant à la connotation religieuse, elle est bien évidemment présente, et même dans l’extrait que je cite : « il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et par foi formée de charité être à lui adjoint, en sorte que jamais n’en sois désemparé par péché. »

            Ce texte a été écrit au 16ème siècle à une époque où la religion était très présente...

          • papijef papijef 27 janvier 22:19

            @papijef
            hahaha ! je vois que Christian Labrune confirme mon intuition à propos du Lagarde et Michard. Nous avons dû rédiger nos commentaires en même temps...

            Congratulons-nous, entre gens cultivés, de notre connaissance des Grands Hauteurs. Les générations d’aujourd’hui, incultes comme elles le sont, ne sauraient, comme nous, tirer la substantifique moelle de ces oeuvres.

            Rabelais, ce fou de la messe, est bien plus grand écrivain que Marguerite de Navarre, qui n’était pas folle de la messe, et son Heptameron.


          • rosemar rosemar 27 janvier 22:42

            @papijef

            Il est normal de choisir les extraits les plus intéressants pour les expliquer aux élèves. 
            Ne pas oublier que Rabelais se moque aussi des gens d’église et qu’il les ridiculise : il critique par exemple les pratiques religieuses, comme certaines prières mécaniques.


          • papijef papijef 27 janvier 22:52

            @rosemar
            « Bien sûr, le texte original a été modernisé pour qu’il soit plus accessible... »

            Ce qui signifie que quelqu’un a décidé qu’aucun élève n’était capable de comprendre le texte original ? Tu l’as lu dans le texte original, toi ?

            J’adore le mot « modernisé ». Il signifie quoi ? Traduit ? Trahi ? Comment a-t-il été modernisé ? Qu’a-t-on changé, transformé, réduit, du texte original ? dépouillé de sa force, de sa fraicheur ?

            En le « modernisant », on a donné au texte, aux mots du texte, un sens « moderne », qu’ils n’ont pas dans le texte.

            « Ce texte a été écrit au 16ème siècle à une époque où la religion était très présente... » Oui, ça je suis au courant, merci !
            Mais pourquoi la république laïque (et obligatoire) fait-elle l’apologie du texte d’un fou de la messe, homme de surcroit, et non d’autres écrivain/e/s de la même époque ? ce texte a-t-il une quelconque beauté littéraire ?

            Il s’agit d’un fragment purement idéologique, prônant quoi ? Le développement des sciences nécessaire à la bourgeoisie du temps ; comme à celle des temps modernes, non ? Quant à l’humanité et l’humanisme, je ferai un commentaire un autre jour, là il est tard.

            Bonne soirée !


          • rosemar rosemar 27 janvier 23:16

            @papijef

            C’est un contresens : Rabelais n’est pas un fou de la messe, il dénonce même des pratiques religieuses excessives.Quant au texte original, on voit bien qu’il est difficile... en voici un exemple :



            « Je vous remectz à la grande chronicque Pantagrueline recongnoistre la genealogie et antiquité dont nous est venu Gargantua. En icelle vous entendrez plus au long comment les geands nasquirent en ce monde, et comment d’iceulx, par lignes directes, yssit Gargantua, pere de Pantagruel, et ne vous faschera si pour le present je m’en deporte , combien que la chose soit telle que, tant plus seroit remembrée , tant plus elle plairoit à vos Seigneuries ; comme vous avez l’autorité de Platon, in Philebo et Gorgias, et de Flacce , qui dict estre aulcuns propos, telz que ceulx cy sans doubte, qui plus sont delectables quand plus souvent sont redictz. »

          • papijef papijef 28 janvier 08:16

            « @rosemar
             »C’est un contresens : Rabelais n’est pas un fou de la messe«  : pas contresens du tout ! En témoigne le passage bien connu du Quart Livre où il parle de mythes à l’abbesse.

            Mais revenons au commencement : tu présentes un faux (si je dis un fake tu comprendras peut-être mieux) aux crétins et abrutis lecteurs, rédacteurs et commentateurs d’Avox, en prétendant que c’est l’original, et que du texte que tu nous présentes, il faut en conclure que patati patata, l’humanisme et patin couffin.

            J’appelle ça de l’escroquerie intellectuelle. Rabelais n’a jamais dit ce que tu prétends lui faire dire. Et en cela tu te fais complice de l’éducation nationale, puisque tu nous répercutes le texte, pondu par l’Académie de Versailles, sans même une once, que dis-je une once, pas même un gros, d’esprit critique, un texte qui n’est que mauvaise traduction du texte original.

            Pauvres élèves ! C’est tout l’esprit soixante-huitard attardé que des gens comme toi ou Maurice Labrune inculquez à nos enfants de cette façon, et je ne m’étonne pas que le niveau baisse.

            Ensuite, lorsque je te fais remarquer que ce n’est pas le texte original, tu viens me raconter que »Bien sûr, le texte original a été modernisé pour qu’il soit plus accessible...« , c’est à dire une assertion sans fondement. C’est ça l’esprit mai 68, des paroles, mais pas de preuves.

            Tu dis, un peu après »Quant au texte original, on voit bien qu’il est difficile« , encore une assertion sans fondement ... je ne vois pas ce qu’il a de difficile. Quand on le lit on voit bien que Rabelais faisait plein de fautes d’orthographe, de grammaire et de conjugaison, un peu comme Ricauret. Mais prétendre qu’il est difficile permet de justifier que tu nous en donnes une insipide traduction.

            Pire encore, tu te couvres de l’autorité de la BNF (Bibliothèque Nationale de France) en nous donnant un autre texte, une fois de plus traduit. L’histoire de Frère Jean des Entommeures, encore du Lagarde et Michard ...

            Cela signifie exactement que ce crétin de lecteur d’Avox n’a pas besoin d’avoir accès aux sources directement. Il est vrai que ça peut se comprendre. Tu voudrais faire d’eux tes élèves ( »Il est normal de choisir les extraits les plus intéressants pour les expliquer aux élèves.« ) ?

            A l’heure de #balancetonporc, toi qui sembles être une femme, tu viens nous faire l’éloge d’un écrivain homme, qui, de plus a engrossé une veuve sans être marié avec elle, alors que tu aurais pu nous parler de l’Heptameron, de Marguerite de Navarre, qui vécut à peu près à la même époque. Mais il est vrai qu’elle était femme, et bannie par la Sorbonne... entre soixante-huitards on se soutient ...

            En guise de conclusion : si, par exemple, Rabelais conseille d’apprendre la langue »hébraïcque« , c’est qu’il doit bien sentir qu’il se fait rouler dans la farine par les cathos qui lui ont donné une traduction délirante de la Bible, que lui-même répercute aux »fidèles". Cependant il ne crache pas sur les bénéfices des cures de Saint Martin de Meudon et de Saint-Christophe du Jambet, Rabelais. Pendant que les athées se battent, les abbés se taisent.


          • rosemar rosemar 28 janvier 08:57

            @papijef

            Encore une fois, on mélange tout : « admirateur d’Érasme, maniant la parodie et la satire, Rabelais lutte en faveur de la tolérance, de la paix, d’une foi évangélique et du retour au savoir de l’Antiquité gréco-romaine, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge, reprenant les thèses de Platon... »


            Extrait de wiki

          • covadonga*722 covadonga*722 28 janvier 09:46

            @rosemar
            , par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge,




            vous n’êtes pas au courant « c’est de la propagande ! »

          • rosemar rosemar 28 janvier 09:57

            @covadonga*722

            Enfin, les côtés sombres et négatifs du Moyen âge existent : barbarie, violences, terreur religieuse...

          • papijef papijef 28 janvier 10:15

            @rosemar
            ha, c’est parce que wiki le dit que c’est vrai ?

            Les ténèbres gothiques, Platon : des mythes qui vous abusent ...


          • rosemar rosemar 28 janvier 11:06

            @papijef

            Comme si le Moyen âge ne comportait pas des côtés sombres... allons la Renaissance fut une occasion de contester les abus de la religion et de remettre en cause certaines de ses pratiques....

          • papijef papijef 28 janvier 12:09

            @rosemar
            il faut cesser les abus, oui.
            Mais tu ne m’as pas répondu sur le fonds : j’affirme que faire passer une traduction en français « moderne » pour du Rabelais est une escroquerie intellectuelle. Et donc déclarer que cette page « signifie » ceci ou cela n’est que pur bavardage. Tu te méprends totalement sur l’interprétation du texte.

            On le voit bien dans un autre de tes textes, où tu dis, à propos de l’Odyssée, que ce texte magnifique commence par « andra » (désolé, pas de clavier grec) et où la traduction que tu donnes commence par : « Muse » (ô Muse qui nous habite ...), et ce que tu dis de la « metis ».

            Tout en défendant la religion (malgré ses « abus » et « certaines de ses pratiques »). Toute religion n’est que violence, parce qu’elle sépare, divise. La défendre en classe devant ses élèves est user de son autorité professorale, je trouve ça scandaleux. Voilà une des raisons de la décadence de notre beau pays.

            La confusion mentale, oui. Je m’abstiendrai donc de tout commentaire sur la partie concernant la philosophie, Platon, l’aristotélisme et tutti quanti.

            En te souhaitant une belle journée cependant. smiley


          • Christian Labrune Christian Labrune 28 janvier 12:41

            @rosemar
            Un des textes les plus féroces de Rabelais contre la religion chrétienne me paraît être celui qui raconte la naissance de Gargantua, sorti du corps de sa mère par l’oreille. Nativité bien extravagante, mais qui en rappelle une autre qu’on célèbre à Noël, et qui n’était pas moins invraisemblable !

            On trouvera ça à cette page :
            http://www.ralentirtravaux.com/lettres/sequences/cinquieme/gargantua/chapit re-vi.php


          • rosemar rosemar 28 janvier 12:45

            @Christian Labrune

            on peut y voir une satire de la Nativité ? Dans tous les cas, c’est très amusant...

          • rosemar rosemar 28 janvier 13:06

            @papijef

            La religion chrétienne comporte initialement de belles valeurs : partage, amour, bienveillance mais les religions sont dévoyées par les hommes.... 
            Quant au texte, il a été écrit au 16ème siècle avec un vocabulaire, une grammaire qui demandent des éclaircissements...
            On le voit aussi avec les différentes notes sous le texte...

          • Christian Labrune Christian Labrune 28 janvier 23:40

            on peut y voir une satire de la Nativité ?
            .....................................................................
            @rosemar
            Il me semble impossible d’y voir rien d’autre. A propos de la naissance de Gargantua sorti par l’oreille de sa mère, Rabelais écrit :

            "Est-ce contraire à notre loi, à notre foi, à la raison, aux Saintes Écritures ? Pour ma part, je ne trouve rien écrit dans la Sainte Bible qui soit contre cela. Mais, si telle eût été la volonté de Dieu, diriez-vous qu’il ne l’eût pu faire ?« 

            Allusion aux »Saintes Ecritures« pour mettre sur la voie le lecteur qui pourrait oublier d’y penser.
            Le Saint-Esprit, dans l’annonce faite à Marie, a fait bien mieux, me semble-t-il ! Cela ne heurte peut-être pas la »foi« des chrétiens, mais la »raison" universelle, qu’il met ironiquement sur le même plan que la foi, s’en trouve quand même drôlement secouée !

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