• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Pour une approche systémique de l’économie

Pour une approche systémique de l’économie

L'économie dans sa dimension mondiale est un « système global » complexe dont la lisibilité est très imparfaite, et dont le pilotage est donc tout aussi imparfait. Un observateur lointain - qui serait sur Sirius, ou par métaphore Dieu -, pourrait identifier les composants de cette mondialisation, que nous subissons parfois sans trop la comprendre.

Comme tout système, il est décomposable en sous-systèmes. On peut retenir les quelques 200 Etats comme autant de sous-systèmes, parce qu'ils ont chacun leurs propres règles fiscales, et que ce sont ces règles fiscales qui les structurent. C'est donc le critère fiscal qui est retenu pour cette décomposition.. Le fonctionnement de ces 200 sous-systèmes repose sur un reporting annuel qui s'inscrit dans les budgets des différents Etats. (C'est un constat qui valide la méthode d'analyse.)

Chaque sous-système a ses règles propres pour assurer les services régaliens et autres que sa population demande – et dans les régimes démocratiques on comprend que le Prince qui gouverne ne peut les ignorer sans risquer de perdre le pouvoir -, et d'autre part les échanges avec les autres sous-systèmes. Chaque sous-système doit donc assurer les entrées et les sorties de façon à assurer sa pérennité. On peut donc considérer qu'il y a un flux d'échanges permanents de biens, de services, de capitaux et de monnaie entre les quelques 200 sous-systèmes.

 

On peut appliquer à l'ensemble le principe des « vases communiquant » pour mettre en évidence que l'équilibre du « système global » résulte des flux d'échanges entre ces quelques 200 vases communiquant qui produisent la richesse mondiale.

 

Les différences entre eux sont très importantes : pour l'illustrer, il y a ceux qui vendent du pétrole et du gaz et importent tout le reste ; il y a ceux qui n'ont pas ou peu de pétrole et de gaz mais qui produisent une grande partie les biens et les services qu'ils échangent avec les précédents et d'autres qui sont dans la même situation (ce sont les plus riches) ; certains sont en déséquilibre structurel car ils ne peuvent assurer le financement de ce qu'ils importent par leurs propres exportations ; enfin certains sont maintenus en coma artificiel et ne doivent que leur survie aux surplus que dégage l'ensemble. Il est important de souligner que 20% d'entre eux (les pays du G20) assurent 80% de la production de richesse de l'ensemble et des échanges.

Flux d'échange et production de richesse ont été contrariés au cours de l'histoire par les guerres et les aléas climatiques, destructions que le système global a pu jusque là absorber (y compris les deux guerres mondiales) ce qui est un marqueur fort de sa solidité et de sa pérennité qui repose sur la science et la technique.

Mais il faut aujourd'hui ajouter trois contraintes supplémentaires : la démographie, la baisse inéluctable des ressources naturelles et les pollutions, contraintes qui mettent des limites à la croissance continue depuis 200 ans de la production de richesse et du flux d'échange, et obligent à s'interroger sur le fonctionnement du « système global ».

Le mécanisme de vases communiquant a une tendance naturelle a croître, comme la production de richesses – et cela malgré les contraintes -, pour faire face aux besoins croissants qui résulte de l'augmentation nécessaire du niveau de vie d'au moins 50% de la population et de la croissance démographique.

 

Les flux entre les vases communiquant ont été accélérés par le développement du transport mondial (terrestre, maritime et aérien) qui a bénéficié du développement des techniques et de la réglementation. L'OMC, en favorisant les échanges (par l'abaissement des droits de douane), est un facteur important de l'accroissement des des échanges entre tous les vases du système. (Il n'y a pas d'exception, les plus pauvres – mais ils ne sont pas les seuls – alimentant des marchés illicites parallèles qu'on doit prendre aussi en compte).

Les Etats veulent tous « exporter » pour pouvoir équilibrer leur commerce extérieur, c'est à dire acheter ce qui leur manque. Si chaque vase exporte, il en résulte que tous doivent aussi importer, et le flux entre les vases communiquant en est boosté. Dans le secteur financier on en est aux transactions hyper fréquences, ce qui n'est pas encore le cas dans le transport des biens – même si les performances des trains, camions, avions, cargos et autres véhicules sont proches de leurs limites.

Toute la chaîne de valeur liée à cette activité se développe et contribue à accroître la vitesse de circulation du flux entre les vases communiquant : c'est le zéro stock ! Plus cette vitesse est forte plus le secteur du transport obtient de bons retour sur investissements... qui permettent d'investir pour encore accroître le flux en volume et en vitesse. Ce n'est la Loi de Mariotte qui s'applique car la multiplication de ces deux facteurs n'est pas une constante, mais une valeur en croissance continue !

 

Cette accélération entre les vases communiquant répond à la demande croissante évoquée ci-dessus (démographie et niveau de vie) : rien ne semble donc pouvoir s'y opposer.

 

Là est le diable qui se cache dans l'épuisement des ressources naturelles, et l'augmentation des pollutions ayant des effets sur le climat et l'environnement. Et le diable peut jouer un mauvais tour au génie inventif qui a monté ce système en le privant de ce dont il a besoin : de l'énergie et des ressources naturelles abondantes et peu coûteuses ; mieux encore en l'enfermant dans un environnement invivable, ou tout au moins peu exploitable ! Les flux entre les vases ne seront alors plus assurés ; des déséquilibres apparaîtront qui ne peuvent être corrigés l'ensemble ne produisant plus d'excédents ; et la guerre entre les Etats sera de retour. Il ne s'agit plus d'accroître un territoire national dans un but de puissance, car c'est de survie qu'il s'agit.

 

L'apocalypse n'est pas localisable, et de même qu'on ne pouvait vivre seul dans l'opulence (il fallait exporter), de même on ne peut éviter seul le désastre car il n'y a plus de cloisonnements entre les populations, les régions, les continents. Le flux destructeur ne peut être contenu : ça déborde partout !, non de richesses, mais d'épidémies, de famines, de destructions. Restera peut-être un ordinateur avec une pile solaire qui émettra sur une plage déserte des signaux que personne n'entendra...


Moyenne des avis sur cet article :  3.44/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

14 réactions à cet article    


  • Ciriaco Ciriaco 8 septembre 2017 16:26

    Oui, c’est du bon sens. L’analyse systémique se prête bien à l’économie parce que la création monétaire est d’une nature qui s’appuie sur les effets de système dans le temps. Autrement dit, cela pourrait être autrement, avec une création monétaire contrôlée dans le cadre d’objectifs, non de système. Voir ce qui est proposé dans la théorie économique chartaliste, exemple significatif qui rappelle : 


    - qu’il n’y a pas de fatalisme dès lors que ce sont des règles choisies qui sont mises en oeuvre ;
    - que les enjeux sont donc des enjeux de pouvoir politique (contrôle bancaire).

    L’analyse systémique s’applique aussi à d’autres champs. Le droit global, par exemple, où elle montre l’aspect adaptatif et déstructurant/restructurant, et peut prédire de manière somme toute logique la disparition du pouvoir démocratique au profit de structures spécifiques non dépendantes des États (on trouve un bel exemple où cette théorie est en avance sur le fait avec les TAFTA et autres CETA).


    • Ciriaco Ciriaco 8 septembre 2017 16:32

      @Ciriaco
      Vous aurez donc compris quelle est l’urgence non béate d’opposer à ce système des forces démocratiques politisées.


    • GéraldCursoux GéraldCursoux 8 septembre 2017 19:15

      @Ciriaco
      Les forces démocratiques devraient d’abord s’intéresser à la fiscalité ! C’est le noyau dur. Et il faut redéfinir la notion d’égalité en économie. Il est inutile de poursuivre une fin qui fuit comme l’horizon devant le marcheur, et se pencher sur des mécanismes qui permettent des minimas pour ceux qui restent au bord du chemin : c’est un pb fiscal. Et du ressort donc de chaque « espace fiscal ». Hélas l’Europe n’est pas un espace fiscal, mais une passoire mole... Mélenchon au lieu de citer Hugo devrait se concentrer sur des propositions fiscales... le reste suivra.


    • Raoul-Henri Raoul-Henri 9 septembre 2017 04:34

      @GéraldCursoux
      « Et il faut redéfinir la notion d’égalité en économie. »

      Au moment de la galette des rois les enfants comme les adultes ont la même part du capital.

      Avant de parler fiscalité il me semblerait judicieux de redéfinir la monnaie : cette abstraction du réel ; ce pouvoir ; cette liberté ; ce média ; cet instrument d’asservissement ; ce bulletin de vote (acheter revient à décider ce que sera notre monde) ; etc. Vous verriez alors que la fiscalité, et tant d’autres contournements pour ne pas nommer la ’chose’, deviendraient obsolètes.


    • GéraldCursoux GéraldCursoux 9 septembre 2017 07:34

      @Raoul-Henri
      Le refuge dans l’utopie n’est rien d’autre qu’une fuite devant le réel. L’invention de la monnaie reste une des grandes choses produites par l’esprit humain. Et c’est avec la monnaie que s’est construite la fiscalité, sans qui aucune vie sociale n’est durablement possible... A moins de vivre d’amour et d’eau fraîche dans un univers de bisounours... ou de chimpanzé !

      L’utopie m’emmerde !


    • Ciriaco Ciriaco 9 septembre 2017 12:35

      @GéraldCursoux
      Je ne peux pas vous répondre sur le fond si vous ne vous y intéressez pas (bien que vous décriviez vous-même une issue grave, et probable, au système en place - pour se faire peur ?). Voyez, ce que vous désignez comme étant une utopie est, bien plus concrètement, le manque d’intérêt que vous manifestez si on vous en parle.


      Loin de l’utopie encore, le contrôle monétaire est un pilier, bien compris de ceux qui ont porté la BCE au pouvoir monétaire en 1998, du système économique libéral.





    • Ciriaco Ciriaco 9 septembre 2017 14:10

      @GéraldCursoux
      (Pour addendum, la fiscalité est bien sûr un élément du nécessaire rapport de force. Vous trouverez également dans le programme de la France Insoumise des éléments de base à la reprise du contrôle bancaire.)


    • GéraldCursoux GéraldCursoux 9 septembre 2017 18:16

      @Ciriaco

      Si je vous lis bien les forces démocratiques sont chez les Insoumis. Là, je me marre ! Ils relèvent de la psy de groupe... leur ignorance crasse résistant à toute formation.


    • Ciriaco Ciriaco 9 septembre 2017 19:02

      @GéraldCursoux
      Je pensais pouvoir discuter d’un sujet sérieux et agréable pour sa pertinence. Rappeler (entre parenthèses) que la France Insoumise est une force d’opposition politique (et de loin la plus construite dans sa programmatique) vous semble insupportable. Je ne suis pas avocat d’une cause, j’aime les choses qui ont du sens. Votre comportement n’appartient qu’à vous.


    • GéraldCursoux GéraldCursoux 9 septembre 2017 19:28

      @Ciriaco
      Sur ce site les conversations perdent leur sens dès qu’il y a une référence politique, car la réaction est toujours disproportionnée... à moins de suivre dans la même voie. D’aborder les pb avec un outil aussi puissant et général que la systémique permet justement d’effacer toutes références idéologiques. Il faut s’y tenir.

      Pour Mélenchon, quelques vers :

      Ô Chavez ! ma lumière
      • Mélenchon toujours grognon
      • Au cimetière est allé :
      • « Chavez je me suis viandé
      • Le savais-tu cher Tonton
      • Toi qui du Venezuela
      • Fis un paradis sur terre ?
      • Ami cher toi ma lumière
      • A tes deux pieds me voilà !
      • Ô dis-moi comment je peux
      • De ce croulant socialisme
      • Contre le capitalisme
      • Ressusciter les vieux feux »
      • Et Chavez de se moquer
      • De tant de naïveté :
      • « Dans mon Venezuela
      • Oui ce peuple fou m’aima
      • Comme une femme lascive !
      • Alors voici ma missive : 
      • Ecrase ces socialistes
      • Squattant à Solferino
      • Ils sont tous éteints et tristes
      • J’ai tué c’est rigolo
      • Beaucoup de ces vieux connards
      • Bobos de gauche ringards
      • Qui furent ces jeunes cons
      • Chantant la révolution !
      • Comme moi tu élimines
      • Simplement sur la mine
      • Bons méchants jeunes ou vieux
      • Le pouvoir mon petit vieux
      • Y a un prix pour l’avoir
      • Cela doit peu te chaloir
      • Ils ont eu peur et la faim
      • Qui a torturé leurs corps
      • A justifié ces moyens
      • Et complété le décor 
      • J’ai pu remplir les prisons
      • Et je suis au Panthéon ! »

    • Ciriaco Ciriaco 9 septembre 2017 19:48

      @GéraldCursoux
      Il faudrait une guitare ^^ Et un feu de bois ^^


      Oui, la systémique est une méthode, du moins telle que je l’ai apprise. C’est un outil, ce qui importe est ce qu’on en fait. Pour ça il est clair que nous ne vivons pas tous les mêmes réalités, la même histoire. J’en ai aussi appris que toute connaissance était profondément liée à une subjectivité et que cela était peut-être aussi une chance, celle de le reconnaître. Clairement, je ne m’estime pas exempt de déterminismes smiley

    • Daniel Roux Daniel Roux 8 septembre 2017 16:53

      Un article difficile mais pas impossible.

      Plusieurs observations :

      « marqueur fort de sa (le système global) solidité et de sa pérennité qui repose sur la science et la technique. »

      Non ! Le système global résiste, non pas en tant que système géré et entretenu consciemment, mais en tant qu’organe structurant une fonction, le commerce et les échanges, qui, quelque soit leur forme et leur efficacité, existerait malgré tout.

      « qui repose sur la science et la technique. »

      Non ! Il repose uniquement sur le fait même des échanges et existe depuis que Eve échanger une pomme contre ses charmes.

      « L’OMC, en favorisant les échanges.. »

      Non ! L’OMC est un moyen d’imposer le pouvoir des multinationale, une arme des forts contre les faibles, comme l’ont montrer les réformes structurelles qu’ont dû accepter la Chine et l’URSS, qui voulaient entrer dans la cour des grands, l’un pour exploiter son énorme main d’œuvre et accéder aux hautes technologies, l’autre pour développer son industrie pétrolière et gazière.

      La fin est pessimiste et tranche avec l’enthousiasme du début.

      Que les pauvres souffrent dans l’avenir comme dans le présent, je n’en doute pas, mais ceux qui possèdent les richesses et exploitent les pauvres, continueront à se goberger, comme d’hab.

      Quelqu’un a écrit cette phrase que l’auteur pourra méditer :

      « Ce n’est pas parce que les pierres ont manqué que l’âge de pierre à pris fin. »


      • GéraldCursoux GéraldCursoux 8 septembre 2017 19:20

        Oui mais ces échanges reposent sur la technologie - tankers, avions, ports etc. Rien sans la techno !


        • Spartacus Spartacus 8 septembre 2017 19:45

          Rassurons l’auteur.

          Dans un monde capitaliste, les ressources naturelles sont infinies. Elles obéissent à la loi de la « destruction créatrice » Une ressource n’existe parce qu’on l’utilise et qu’on le décrète. Une ressource a durée de vie limitée et on passe à la suivante.

          Les ressources subissent la destruction créatrice...

          On ne connait pas la prochaine ressource et on exploite pas 0.0001% des matériaux de la terre.

          Le Mammouth principale ressource d’une époque a disparu.Le cheval principale ressource d’une autre époque a lui aussi disparu.

          Les ressources actuelles disparaîtront, on en découvrira d’autres, sans compter que les autres planètes n’ont pas été exploitées...

          Il y a semble t-il des lacs d’hydrocarbure grands comme des mers sur Titan qui seront bien utiles pour des centaines de générations.. 

          Et si y’en a pas assez on ira sur Sirius, on pourra dire bonjour à ceux qui nous observent.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès