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Accueil du site > Tribune Libre > Pourquoi faut-il faire barrage à Veolia

Pourquoi faut-il faire barrage à Veolia

Le gouvernement s’enthousiasme, les médias jubilent et le tout Paris des affaires sent l’odeur de l’argent facile : le groupe Veolia s’apprête à avaler (pour ne pas dire dévorer) son principal concurrent, le groupe Suez. Une affaire de gros sous, qui risque, une fois de plus, de coûter cher aux catégories populaires et de financiariser encore un peu plus cette ressource essentielle et unique qu’est l’eau.

La saison de la chasse à courre est ouverte, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le l’hallali est sonné dans l’allégresse. La presse libérale, les cabinets de conseils et les avocats se frottent les mains : après le «  trou d’air  » de l’épidémie du Covid-19, voici une opération financière qui sent bon l’argent frais.

Avec son OPA sur Suez, via les parts de celles-ci possédées par l’entreprise Engie, Veolia s’apprête à mettre la main sur son principal concurrent. Les deux entreprises occupent en effet le marché — très rentable — de la gestion des déchets et de l’eau potable, et dominent le secteur français dans ce domaine. Officiellement, cette «  acquisition  » doit permettre de faire fusionner les deux groupes pour créer «  un géant de la transition écologique  », selon la terminologie officielle employée par le gouvernement.

C’est aussi et surtout l’occasion de faire une bonne affaire pour toute une galaxie de conseillers de l’ombre qui gravitent autour du Président de Veolia, Antoine Frérot : David Azema, le consultant du très «  néolibéral  » Institut Montaigne, le businessman Jean-Marie Messier, le communicant Stéphane Fouks… C’est tout un pan du gratin du capitalisme français qui compte bien terminer l’année 2020 avec beaucoup de beurre dans les épinards en « facturant ses conseils » ou en « proposant ses services » auprès de Veolia pour ce rachat.

Financiarisation de l’eau et casse sociale

Une affaire en eau trouble qui fait les affaires de ces requins de la finance. Mais cela n’empêchera pas le groupe Suez de couler : pour éviter une situation de monopole et se conformer à la loi, Veolia a déjà annoncé sa volonté de dépecer son concurrent de sa filiale «  eau  », qui sera confiée à un fonds financier, Meridiam. Un pas de plus dans la marchandisation et la financiarisation de l’eau, celle-ci étant de moins en moins un bien public, de plus en plus une ressource monnayable, dont seuls ceux qui en auront les moyens pourront jouir.

Difficile d’attendre autre chose du secteur privé, et encore moins d’un fonds financier, dont la rentabilité est la seule raison d’exister. Ce rachat et ces tractations financières ne sont pas une révolution, mais uniquement l’aggravation et la continuité d’une tendance mortifère qui marchandise l’écosystème et pressurise les catégories populaires.

Celles-ci vont d’ailleurs payer le prix fort, d’abord pour l’augmentation du prix de l’eau à venir : le coût de cette fusion, estimée à 10 milliards d’euros, fera la fortune de certains, mais sera immanquablement répercuté par Veolia sur ses prix, auprès des collectivités locales. Mais surtout, près de 30 000 emplois sont menacés par cette fusion, dont près de 5 000 en France. Une belle vague de chômage en pleine crise sanitaire, c’est ce qui s’appelle avoir le souci des catégories populaires  ! Nous n’en attendions pas moins de la part d’Antoine Frérot, celui qui il y a quelques années, interrogé au micro de France Inter sur l’apprentissage, avait balayé la question en estimant que ses «  enfants  », eux, «  avaient été brillants  ». Un lapsus révélateur d’une élite qui, quand elle sort de ses éléments de langage, ne peut s’empêcher d’exprimer un mépris social qui fait quasiment partie de son ADN. On ignore si les milliers de licenciés provoqués par son opération financière auront le droit à l’apprentissage pour retrouver un boulot...


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13 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 24 septembre 16:07

    Faire barrage à Veolia, c’est un peu tard, ils marchent sur l’eau à présent...

    Sur l’eau, et sur les déchets...

    C’est une entreprise qui doit tant à nos amis écolos, j’espère qu’elle ne sera pas ingrate et qu’elle recyclera comme il se doit nos garbage warriors grillés aux lumières du pouvoir...


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 24 septembre 16:10

      « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. » (préamb consti 1946)

       

      Or même si Véolia avait un concurrent, Suez en l’occurrence, il n’en demeure pas moins que l’eau a les caractères d’un service public, et qu’à ce titre, elle doit devenir la propriété de la collectivité.

      Un grand chef pourrait donc rapatrier à la collectivité les autoroutes, les chemins de fer, les aéroports, l’eau, le gaz, l’électricité, la poste sans tambour ni trompette.


      • Clocel Clocel 24 septembre 16:16

        @Daniel PIGNARD

        Vous oubliez un léger détail : Nous avons laissé des lois supranationales prendre le pas sur notre constitution, donc votre parchemin historique, vous pouvez le mettre au musée des illusions perdues.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 24 septembre 16:32

        @Clocel

        l’excellent document sur la Big Pharma diffusé par ARTE montre que ce ne sont même pas des « lois supranationales » (européennes donc...) qui ont pris le pas, mais des groupes privés suisses ou américains ou boukistanais, qui ne sont pas soumis à ces règles et imposent leur loi de produits et de tarifs parce qu’ils sont en situation de monopole mondial de fait.


      • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 24 septembre 16:51

        @Clocel

        Nous avons laissé ? Non, nous avons dit NON en 2005. Donc Des imposteurs ont laissé… Voilà ce qu’il faut dire, et c’est pourquoi je dis qu’un grand chef pourra très bien défaire ce que ces imposteurs ont crû nouer.


      • Clocel Clocel 24 septembre 16:59

        @Séraphin Lampion

        Attends... L’Europe est bien d’essence libérale, non ? C’est bien elle qui nous a livré pieds et poings liés devant les marchés !

        On avait des lois protectionnistes en France, et c’est bien pour les contourner que nos « représentants » nous ont embringué dans cette escroquerie...



      • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 25 septembre 15:09

        @Daniel PIGNARD
        Bonjour.
        Votre réflexion est très juste.

        Ce qu’une loi peut faire, une autre peut le défaire.

        Véolia absorberait Suez que cela ne pourrait empêcher de nationaliser l’ensemble, d’envoyer les prédateurs, leurs complices et protecteurs en prison et de redonner à l’eau à la Vie -, les caractéristiques d’un bine commun inaliénable, non marchand, protégé par un véritable service Public et propriété de la collectivité.

        "Un grand chef, écrivez-vous, pourrait donc rapatrier à la collectivité les autoroutes, les chemins de fer, les aéroports, l’eau, le gaz, l’électricité, la poste sans tambour ni trompette."

        Ce n’est pas l’État stratège qui est assiégé et désarmé. ce sont ses dirigeants qui le désarment, le dépiautent et le vendent au plus offrant.

        Aéroport de Paris, Française des Jeux. Cette mesure n’a rien de surprenant quand on connaît le parcours de Macron. L’ancien ministre de l’Économie est un adepte de la grande braderie publique. À son arrivée à Bercy en 2014, il avait déjà annoncé une cession de 10 milliards d’euros d’actifs publics, c’est-à-dire une réduction de la part de capital détenue par l’État dans certaines entreprises. À son tableau de chasse, ou plutôt de ventes, on compte les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice. Mais aussi des cessions de participations de l’État dans l’entreprise hautement stratégique Safran (qui produit notamment des avions et hélicoptères militaires), pour une opération globale avoisinant les 2 milliards d’euros. Mais cette nouvelle vague est inquiétante. D’abord, parce que la France a déjà abandonné aux investisseurs privés la plupart des sociétés industrielles, financières et commerciales qu’elle contrôlait. Les futures privatisations concerneront forcément des entreprises qui assument directement des missions de service public. Ensuite, parce que les participations de l’État s’élevaient, au 30 avril 2016, à 90 milliards d’euros. C’est donc plus de 10 % des actifs publics qu’Emmanuel Macron veut vendre, de quoi prendre la mesure de son plan de privatisation. Ces ventes fragiliseront la souveraineté de l’État à court terme, mais seront en plus très peu rentables à long terme. Chronique de l’escroquerie du peuple par les élites, réalisée avant l’été, donc au moment où nous anticipions des projets désormais tous confirmés :

        https://www.frustrationmagazine.fr/je-vais-tous-vous-privatiser-comment-macron-brade-le-bien-commun/

        Pour ma part, je n’aurai aucune hésitation.

        Bien à vous


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 24 septembre 16:27

        EDF et GDF ont été démantelées parce qu’il parait que, dans l’UE, les monopoles sont impossibles : toute activité doit être soumise à une concurrence « saine et libre »... quand c’est l’état qui gère.

        Quand ce sont de sociétés privées (laboratoires pharmaceutiques, lessives, informatique ...) l’économie de marché change de philosophie, et les commissaires de Bruxelles changent de philosophie.

        Comment les représentants de ce lobbies monopolistes peuvent-ils être élus par les victimes de cette imposture flagrante qui leur donnent les verges pour se faire battre ?


        • Clocel Clocel 24 septembre 16:30

          @Séraphin Lampion

          That’s the question !


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 24 septembre 16:34

          @Clocel

          the answer, my friend, is in the wind...


        • Trelawney Trelawney 24 septembre 16:54

          Déjà la branche « eau France » de Suez a été transférée à une holding néerlandaise pour rendre inaliénable toute cession de l’activité sans accord des actionnaires.

          Ca veut dire que la branche "eau France n’ira pas dans l’escarcelle de Véolia si jamais cette OPA fonctionne, car ce n’est pas acquis pour Véolia, puisque Engie n’a pas encore pris de décision pour la cession de ses actifs Suez (29.9%) à Véolia. Il doit prendre sa décision le 30 septembre et si c’est non Véolia remballe ses gaules.

          L’action Suez a fait un bon lors de l’annonce fin aout mais redescend. Les marchés ne sont pas si intéressé que cela par cette OPA.

          J’ai plutôt l’impression qu’on a affaire à une bataille d’égo entre les deux PDG.


          • Old Dan Old Dan 25 septembre 06:00

            Imaginons calmement l’eau douce et potable entre les mains d’une seule holding planétaire...

            (Comme Monsanto et d’autres s’y efforcent avec tout le vivant ds l’alimentaire ! C’est en route )

            .

            [ Qd est-ce qu’on rétablit la peine de mort en Bourse et ds la spéculation financière ? ]

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