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Accueil du site > Tribune Libre > Pourquoi le Venezuela ?

Pourquoi le Venezuela ?

Cette question s’adresse tout autant aux États qui s’acharnent contre le Venezuela que pour ceux qui s’acharnent à soutenir et à défendre, si nécessaire, l’actuel gouvernement du Venezuela. Encore tout récemment, le président Trump, lors de son discours sur l’État d’Union, s’en est pris au Venezuela, tout particulièrement à son Président, Nicolas Maduro, de l’écraser s’il s’obstinait à demeurer au pouvoir. Il faut rappeler que son mandat prendra fin en 2025.

Légitimement élu par son peuple, le 20 mai 2018, comme Président de l’État vénézuélien, et reconnu comme tel par les Nations Unies et la majorité des peuples qui siègent à l’Assemblée générale de cette même institution. Le Venezuela est un pays souverain et indépendant et c’est le peuple, dit Maduro, qui élit ses présidents et non Donald Trump.

Aujourd’hui, 7 février, le Secrétaire des relations extérieures de Russie, Sergueï Lavrov, termine sa tournée en Amérique latine avec le gouvernement légitime du Venezuela. Il s’agit d’une rencontre de très grande importance, sachant que la Russie apporte tout son appui au Peuple vénézuélien et à son gouvernement.

Les menaces répétées d’interventions militaires de la part de l’administration Trump sont prises au sérieux. En dépit du fait que le Conseil de sécurité des Nations Unies se soit prononcé, depuis longtemps, contre toutes formes d’intervention qui ne sont mutuellement consenties, les menaces persistent et les interventions agressives, comme les sanctions, blocus et guerres se multiplient. Pour les Nations Unies, les différends doivent se régler par la voie du dialogue respectueux et non par la confrontation sous ses diverses formes.

Déjà, nous savons depuis 1998, année de l’élection d’Hugo Chavez, que le peuple vénézuélien et son gouvernement, assumeraient le plein contrôle des pouvoirs de l’État qui étaient, depuis longtemps, entre les mains des oligarchies nationales et des États-Unis, ce dernier leur assurant de bons pourboires. Il faut dire que les richesses en pétrole, en or et en diamants étaient là pour compenser amplement toutes ces contributions généreuses de l’Oncle Sam.

Pour l’opposition, il n’était pas question que ces prétentieux révolutionnaires viennent mettre le désordre dans un État pris en charge par son oligarchie nationale en harmonie étroite avec le grand-frère étasunien, plein d’attention pour chacun d’eux. La démocratie de ces nouveaux venus devra s’ajuster à l’ordre établi par ces derniers.

On se souviendra que la première décision d’Hugo Chavez, comme Président élu, fut de convoquer à une Constituante du peuple pour l’élaboration d’une nouvelle constitution, émergeant de ce peuple. Une fois rédigée, elle fut soumise par référendum national au peuple, ayant le pouvoir démocratique d’en découdre ou de l’adopter. Elle fut adoptée par une grande majorité de la population. Venezuela fut l’un des premiers États à se donner une constitution, rédigée et voulue par le peuple.

 

Devant une telle situation, les adversaires, plutôt que d’y reconnaître la volonté du peuple, ont commencé à développer un langage de nature à minimiser le peuple, le réduisant à du populisme, facilement manipulable par les nouveaux arrivés au pouvoir. Pas surprenant que l’opposition, tout au long des années qui allaient suivre, s’applique à développer un langage récupérateur. La nouvelle démocratie devient une dictature, les nouveaux dirigeants deviennent des Tyrans, les programmes sociaux se transforment en communisme et la Révolution en marche vers une société plus juste, plus équitable avec un gouvernement soucieux avant tout des intérêts du peuple et, à l’intérieur de celui-ci, des plus pauvres et laissés pour compte se transforment en État marxiste. Tout est là pour alimenter les médias de l’empire, mettant en évidence la présence, sur le Continent, de ces marxistes et communistes qui ne savent rien de la démocratie, qui emprisonnent et torturent les honnêtes gens, ne respectant aucun droit des personnes.

Même, si en dépit de toutes ces manipulations, le peuple poursuit avec enthousiasme son soutien à cette révolution, de portée socialiste, humaniste, chrétienne et anti-impérialiste, les opposants, grassement financés par Washington, n’en continuent pas moins à maintenir le même langage. C’est le cas, entre autres, de l’épiscopat vénézuélien qui n’en démord pas du langage utilisé à l’époque de Staline pour disqualifier la révolution vénézuélienne. 

 

Ce qu'ils ont dit, en 2015, les évêques du Venezuela et ce qu’ils continuent de dire

« Le plus gros problème et la cause de cette crise générale, comme nous l'avons indiqué à d'autres occasions, sont la décision du gouvernement national et des autres organes du pouvoir public d'imposer un système politico-économique de portée socialiste- marxiste ou communiste. Ce système est totalitaire et centraliste, il établit un contrôle étatique sur tous les aspects de la vie des citoyens et des institutions publiques et privées ...

Encore une fois, nous affirmons : le socialisme marxiste est une mauvaise voie, et c'est pourquoi il ne devrait pas être établi au Venezuela »

 

Cette modification de la réalité pour l’ajuster à leurs idées me rappelle cette phrase de pape François dans sa première Exhortation apostolique Evangelii gaudium.

« 231. Il existe aussi une tension bipolaire entre l’idée et la réalité. La réalité est, tout simplement ; l’idée s’élabore. Entre les deux il faut instaurer un dialogue permanent, en évitant que l’idée finisse par être séparée de la réalité. Il est dangereux de vivre dans le règne de la seule parole, de l’image, du sophisme. À partir de là se déduit qu’il faut postuler un troisième principe : la réalité est supérieure à l’idée. Cela suppose d’éviter diverses manières d’occulter la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les nominalismes déclaratifs, les projets plus formels que réels, les fondamentalismes antihistoriques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse. »

 

J’en déduis qu’il est parfois plus commode pour certains d’ajuster la réalité à leurs idées plutôt que d’ajuster leurs idées à la réalité. Selon les politiques éditoriales des médias, cet ajustement de la réalité au message qu’ils ont à livrer les accommode même si la réalité y est sacrifiée.

 

Quelques autres citations du pape François, avant même que la machine vaticane n’ait pu l’encadrer dans ses nouvelles fonctions de pape :

« 202. La nécessité de résoudre les causes structurelles de la pauvreté ne peut attendre, non seulement en raison d’une exigence pragmatique d’obtenir des résultats et de mettre en ordre la société, mais pour la guérir d’une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire à de nouvelles crises. Les plans d’assistance qui font face à certaines urgences devraient être considérés seulement comme des réponses provisoires. Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale[173] les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni, en définitive, aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société.

204. Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose ; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat. Loin de moi la proposition d’un populisme irresponsable, mais l’économie ne peut plus recourir à des remèdes qui sont un nouveau venin, comme lorsqu’on prétend augmenter la rentabilité en réduisant le marché du travail, mais en créant de cette façon de nouveaux exclus.

205. Je demande à Dieu que s’accroisse le nombre d’hommes politiques capables d’entrer dans un authentique dialogue qui s’oriente efficacement pour soigner les racines profondes et non l’apparence des maux de notre monde ! La politique tant dénigrée est une vocation très noble, elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun

 

Des considérations qui ont de quoi encourager les dirigeants et les peuples des pays émergents de l’Amérique latine dont les objectifs sont ceux-là mêmes dont parle le pape François. Malheureusement, ce qui fut la joie de nombreux chefs d’États y dirigeants sociaux est devenu pour de nombreux autres dirigeants, y incluant la majorité des épiscopats, un langage à garder sous silence. 

Le 13 mars prochain, le pape François célèbrera ses sept années comme Papa et chef du Vatican. Faudra voir, à ce moment, ce qui en sera advenu de cette Exhortation apostolique  du 26 novembre 2013.

 

D’ici là, nous verrons ce qui adviendra du Venezuela, de ses opposants.

 

Oscar Fortin

 

7 de février 2020 

 


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12 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 8 février 10:24

    Théoriquement, les papes sont les successeurs de saint Pierre, mais en fait, la primauté de l’évêque de Rome ne remonte pas à 2000 ans. Au troisième siècle, tous les évêques de l’empire romain d’Orient (devenu plus tard l’empire bizantin) portaient le titre de « pape » - du grec pappas (devenus popes quand l’églis d’orient est devenue « orthodoxe) - et aucun d’entre eux n’était jugé infaillible. Du côté occidental, le titre était réservé au Romanus pontifex (d’où le mot « pontif »), mais au onzième siècle, Grégoire VII a décidé que l’évêque de Rome serait le seul à être désigné par ce nom en le qualifiant de « pontifex maximus », héritant ce titre des empereurs romains, à l’ombre desquels la religion chrétienne s’est développée depuis la conversion de Constantin, au quatrième siècle. Il s’est aussi attribué la nomination des évêques jusque là réservée à l’empereur, ce qui a donné naissance à la formule de séparation des pouvoirs temporels et spirituels , qui a été pendant des siècles, la particularité de l’Europe et, pendant huit siècles, le pape a régné sur les « états pontificaux », une partie des territoires aujourd’hui italiens et français.

    La vertu d’infaillibilité en matière spirituelle a été octroyée par le concile Vatican I à Pie IX en 1870 (l’année où la maison de Savoie, en train de procéder à l’unification nationale de l’Italie, a pris possession de la ville de Rome et mis fin à l’existence des Etats pontificaux. Une sorte de lot de consolation.

    En 1929,le Traité du Latran a accordé l’indépendance à la cité du Vatican qui, du coup, constitue une puissance diplomatique, même si l’état en question ne comporte que le palais du Vatican, les jardins environnants, la cathédrale Saint-Jean de Latran et la résidence de Castelgondolfo (en tout 44 haectares, moins que la principauté de Monaco). Cela ne fait pas du pape une puissance temporelle. « Le pape, combien de divisions ? » demandait Staline.

    Oui, mais comme l’a écrit Régis Debray, « L’Europe de l’Ouest, ce Clochemerle désenchanté, nous voile le réenchantement en cours de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Orient. En dehors du petit cap de l’Asie, le nombre des catholiques et des protestants ne cesse d’augmenter. »

    La boutade de Staline ne doit pas escamoter le réseau et l’influence du pape : il nomme cardinaux et évêques, promulgue et explicite les dogmes, peut convoquer les conciles. L’Eglise catholique est extrêmement centralisée sa structure de pouvoir est quasi-monarchique. Si l’église catholique a pu subsister pendant deux millénaires, c’est grâce à son hyper-centralisation. Développer la collégialité et encourager la « démocratie » serait un sabordage et toute la difficulté du skipper consiste à manœuvrer de telle sorte que les actes et les discours  aient chacun leur raison d’être, indépendamment l’un de l’autre. Les populations d’Amérique Latine sont prises dans ce piège, qu’il s’agisse de la Bolivie, du Brésil ou du Vénézuéla.


    • JC_Lavau JC_Lavau 10 février 13:15

      @Séraphin Lampion. De nos jours aussi, une propagande hégémonique ne peut ni se tromper ni nous tromper. Par exemple, si la propagande hégémonique vous fait croire que les gaz polyatomiques sont « à effet de serre », elle ne peut ni se tromper ni nous tromper !


    • oscar fortin oscar fortin 8 février 12:52

      Sans oublier l’infiltration discrète de bons samaritains bien encadrés par la CIA qui y trouve une plateforme exceptionnelle pour mener à bien les politiques de l’Oncle Sam avec la bénédiction de ces épiscopats formatés à cette fin.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 8 février 13:17

        @oscar fortin

        En fin de compte, on pourrait peut-être dire que le reste de puissance l’église catholique actuelle est l’héritage du travail des jésuites dans la soumission des populations d’Amérique Latine, comme les missions des Guaranis (également appelées «  réductions », de reducciones, regroupement en espagnolol) au xviie siècle et xviiie siècle, et plus récemment au rôle des missionnaires, des péres blancs dans les conversions des peuples africains dans l’empire coloniale français ?
        En tous cas, les rivalités vaticanes actuelles semblent illustrer des deux courants enracinés dans l’histoire.

         


      • Captain Marlo Captain Marlo 8 février 14:23

        @oscar fortin
        Salut Oscar, ici en Europe, il ne faut jamais prononcer le mot de CIA.
        On se fait traiter direct de « complotiste » !
        L’Amérique latine, elle, sait bien que son pire ennemi, c’est l’impérialisme américain !
        .
        En Europe, les gens vivent sous la coupe de l’OTAN depuis 1949.
        10 pays ont des bases militaires US et des ogives nucléaires....
        Mais nous ne sommes pas occupés par les Américains, si on les écoute... !
        Les Américains nous ont « libérés » !!
        .
        La CIA a financé la construction européenne.
        Mais chut, c’est complotiste, l’Europe est d’origine.. européenne !
        .
        La CIA cornaque les médias mainstream, sur tous les sujets sensibles...
        .
        Et zone euro a été créée en 1965 à Washington...
        .
        Conclusion des aveugles pro européens
         :
        « Nous sommes libres et nous ne vivons pas dans une colonie de l’ Empire Américain... ! » 
        C’est beau quand même la naïveté et l’ignorance....
        Donc inutile d’écouter les conseils de la Gauche d’Amérique latine...


      • Captain Marlo Captain Marlo 8 février 14:25

        @oscar fortin
        J’ai oublié de vous dire, Captain Marlo, c’est Fifi qui a changé de pseudo, pour fêter le Brexit !! Bonne journée à vous !


      • oscar fortin oscar fortin 8 février 16:43

        @Captain Marlo : merci pour la précision. Je suis toujours heureux de vous lire, l’humour et le savoir vous accompagne toujours. Merci et bonne journée Captain Mario


      • Captain Marlo Captain Marlo 8 février 19:11

        @oscar fortin
        Je viens de trouver un article intéressant sur la campagne électorale aux USA, c’est encore plus le boxon que chez nous ... !!

        « Pourquoi le Parti Démocrate renonce à s’opposer frontalement à Trump ? »


      • sls0 sls0 8 février 17:47

        J’ai lu la semaine dernière que les militaires vénézuéliens puntchistes croyaient être accueillis comme des héros aux USA. 

        Ils sont dans des camps pour clandestins.

        J’ai dans l’idée que volontaires pour renverser Maduro c’est pas chez les militaires qu’ils les trouveront.

        Courantes les erreurs stratégiques sous Trump.


        • monde indien monde indien 8 février 20:56

          Merci pour cette prise de position je ne peux qu ’ être d ’ accord .

          http://mondeindien.centerblog.net/


          • rita 9 février 08:49

            Pourquoi ce pays ?

            le pétrole peut être ?

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