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Accueil du site > Tribune Libre > Préambule à la question

Préambule à la question

L'homme qui a le sentiment que son idée surgit de son esprit, comme une plante de la terre, mais de manière inexplicable, se trompe gravement en plus de tromper les autres. Combien sont morts à cause de gens aux grandes idées ? Et combien d'idées sont mortes à cause de petites gens ? C'est – peut-être – parce qu'on y a pas assez regardé, disons plutôt qu'on a omis avec diligence de voir la mécanique de la question. Vous savez, enfin, que je dis toujours que nous sommes de mauvaise foi à bien des égards...

On ne saurait se méprendre plus qu'en croyant que la philosophie, supposément flocon de neige, procéderait par une question innocemment posée suivant le mode socratique, soit à la grecque, à l'ancienne... Alors qu'en réalité les conditions des « questions » sont grosses d'un héritage. Le « penser » merveilleux peut s'ingénier à provoquer sa propre disparition. Il y a une intelligence meurtrière, comme on met au service de la mort et de la violence des qualités formidables.

Après quoi ne peut-on plus dire, avec une mine semi-réjouie, que la vraie intelligence caractérise (pour le mieux) l'homme « en général ». L'homme, instrument de la lumière, des Lumières, sommet de l'iceberg, penché et se penchant depuis son Aventin sur la fourmilière, qui doit technologiser afin de saisir en profondeur les mécanismes des petites fourmis. 

Car encore faudrait-il que la question naisse, c'est-à-dire que l'intelligence eût une bonne direction se détachant de l'instinct. En vérité, la grande interrogation consiste en cela : l'intelligence, vu tous les buts au-devant desquels elle se jette, consiste-t-elle à être la lanterne de l'instinct ? Et peut-on donc combattre l'instinct, et le faut-il ? En combattant l'instinct, considère-t-on seulement qu'à tout prendre on y participe en le combattant, et que, par conséquent, c'est un piège sournois du génie de l'espèce ?

S'enorgueillissent les philosophes ayant trouvé la question à poser. 

Ils mettent leurs idées à l'encan. 

Ils ne sont pas les défenseurs du passé qui les soutient.

C'est qu'au fond, quoiqu'il n'y ait pas forcément loin entre leur pensée et la vérité, les idées sont là comme un bon pain sorti du four, enfin, qui sert, vous le savez, de pitance. 

Or, ça perd de son efficace, ces idées-là, lors même qu'elles sont utilisées ainsi que de la façon dessus dite, c'est à savoir : de la même manière qu'un enfant ne peut utiliser un tournevis sans se crever l'œil ou sans le planter dans les trous d'une prise, le philosophe lui aussi plante les idées dans la prise de l'esprit et s'électrocute violemment... Cas par trop classique d'un ordinateur mis à disposition d'un tribal ensauvagé à cause des rudesses de son existence. Qu'on regarde par exemple, se songeant ainsi, Rousseau créateur de la critique nouvelle de la politique corrompue – quitte à être ridiculisé, ce qu'on a fait quelquefois justement – mais preuve inconsciente de l'orgueil de son époque. 

Car, ça doit être bien compris, sans préambule à la question, nous sommes sûrement violents. 

À preuve toutes ces sectes, toutes ces idéologies (vous savez lesquelles) auparavant existantes. Que sera-ce du moment où le monde, nous individus les uns contre les autres, nous proclamions de conserve que nos doctrines ne valent plus le bouleversement de l'ordre mondial !

Mais je sais moi aussi, étant sujet à mon propos, que les révolutions furent en l'état ce par quoi j'ai pu apprendre « mon préambule » à ma question... En quoi je suis également une preuve. Et j'ose ajouter que la critique des sociétés par les idées (qu'on juge) de gauche fut une très bonne chose. 

L'individu a pu reprendre ses droits. 

Mais c'est qu'en revanche il s'est perdu dans cette découverte.

Liberté ou contrôle ? Peut-on être contrôlés librement, et de façon contrôlée libres ?

Le scepticisme triomphe, mais jamais assez. Car c'est sa véritable définition que de ne jamais triompher et d'être ainsi soumis aux humeurs changeantes des hommes ordinaires. N'importe donc les contre-arguments omettant toujours le paradoxe qu'est la vie qui, en fait, « nous fait vivre ». Les hommes cherchent à ne pas comprendre. Ne pas comprendre et comprendre qu'on ne comprend rien, c'est toute la différence entre la mauvaise foi et Socrate.

Aussi ne pouvez-vous plus vivre légèrement, comme il y a un devoir sacré qui vous attend dans ce qui sera incarné en vous – entendre : le combat, l'acte de résistance, dont la substance consistera à prolonger le paradoxe là où la vie semble s'incarner dans un jeu simple de relations explicables...

Exister en tant qu'homme, c'est tendre vers la Survie – le temps où l'animal-homme, l'animal qu'est l'homme se penchant sur les choses, ne s'étend plus seulement sur un tableau noir avec des schémas assortis de calculs, mais devient l'être capable de remettre en cause sa seule existence.

C'est ce pourquoi nous devons ériger ainsi qu'un principe tabulaire le péché originel, dorénavant plus qu'un simple concept chrétien, mais un concept scientifique.


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1 réactions à cet article    


  • soi même 5 février 18:48

    Tien il y a un seul fanfaron qui fait de la pub pour un article indigeste.

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