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Président sous cellophane, pays aux enchères

 7 mai 2017. Emmanuel Macron ™ vient d'être élu président de la République par près de 44% des citoyens inscrits sur les listes électorales. Cette victoire, plus fragile qu'il n'y paraît, est l’aboutissement d’une manipulation politico-médiatique d'une ampleur encore inédite sous le régime de la 5eme République.
 En lui-même, cet aboutissement tient plus du syndrome de Stockholm lors d’une prise d’otages que de l’exercice du vote lors d’une élection régulière. Pour autant, il ne doit rien au hasard : le nouveau président avait déjà été élu produit de l’année par tout ce que la France parisienne compte d’éditorialistes. Lorsque ses revenus proviennent directement de la publicité et des subventions, mieux vaut ne pas aller contre le favori des grands argentiers...
 Comme si cela n’était pas assez, sa concurrente au second tour, trop heureuse d'être assurée de ne jamais pouvoir être élue, ce qui lui garantit une rente politique à vie en tant qu'opposante, a compromis les idées patriotiques et protectionnistes en les mêlant à ses habituelles saillies xénophobes et autres outrances.
 
Président sous cellophane

 Dès le lendemain, tout juste dégagé de son film de cellophane, le lauréat s’est rendu avec le sortant, dont il est largement la créature, aux commémorations du 8 mai 1945. Les images du jeune homme fringuant, parfaitement calibré pour les caméras, au pied de la tombe du soldat inconnu m’ont remémoré mon enfance, lorsque je rendais visite à mes grands parents, et que j’allais jouer avec les dossiers, les tampons et les machines à écrire du bureau des anciens combattants.
 J’ai pensé à leur génération. J’ai pensé à ceux qui ont vécu sous l’occupation, à ceux qui ont résisté, et à ceux aussi qui, malheureusement, ont collaboré. J’ai pensé à tous ceux qui, après la libération, ont reconstruit le pays sur la base du programme du Conseil National de la Résistance. Et aujourd’hui, où en est-on ? Tout ça pour ça ?
 Certes, pas de Panzer Division qui sillonne les rues de Paris, mais la guerre est désormais économique, et nos pertes industrielles sont lourdes. Les souffrances humaines aussi. Certes, pas de Kommandantur dans les départements du pays, mais la « gouvernance » s’exerce désormais à la Kommission européenne. Nos élus sont des pantins.
 En toute honnêteté, qui pourrait dire aujourd’hui que les Français sont bel et bien maîtres de leur destin ? Qui pourrait dire que la France est bel et bien indépendante ? Comparaison n’est pas raison, mais comme en 1940, le peuple est dépossédé ; dépossédé de ses institutions, dépossédé de son héritage, dépossédé de sa nation.
 La tyrannie s’impose avec bien plus de finesse que jadis. Elle se déploie sous le masque de la complexité administrative, et à la faveur de la défaillance de la presse, incapable de décrire le réel autrement qu’à traits grossiers ; oserais-je dire propagandistes ? Malgré cela, nulle faculté de clairvoyance nécessaire pour prédire la suite : cinq années supplémentaires d'ordo-libéralisme et d'euro-atlantisme.
 • Le nouveau directeur de la succursale française de la société anonyme « European Union » prendra ses ordres à Bruxelles ;
 • Le nouveau gouverneur du land « Frankenburg » de la grande Allemagne prendra ses ordres à Berlin ;
 • Le nouveau général de la division France de l'imperium de l'OTAN prendra ses ordres à Washington.

Pays aux enchères
 
 Il est difficile de croire qu’Emmanuel Macron ™ aie pu accéder à la présidence sur la foi de ses prestations de télévangéliste, et de sa rhétorique inepte, usant et abusant de novlangue publicitaire d’où la justesse des concepts et la logique des raisonnements sont évacuées, et où les mots n’importent que par leur charge émotionnelle.
 Pourtant, ce serait une lourde erreur de ne s’en tenir qu’à sa « gueule d’ange ». Derrière la logorrhée hypnotique, le projet comme l’idéologie dont il est l’instrument sont bien connus, et ne sont pas moins extrêmes que les dérapages et l’ethno-nationalisme qui caractérisent historiquement le Front National.
 Le projet est on ne peut plus simple : organiser la vente à la découpe de la France, au profit des oligarques nationaux (bien qu’exilés fiscaux) et des investisseurs étrangers les plus offrants ; mettre le pays aux enchères, au prétexte du désendettement, de la compétitivité, ou de je-ne-sais-quoi encore ; défaire méthodiquement tous les acquis du CNR et des 30 glorieuses.
 L’idéologie nous est moins familière. D’importation anglo-saxonne, elle est souvent désignée par le terme « néo-libéral » dont ce qu’il recouvre n’est jamais bien clair. Il existe pourtant une doctrine qui remonte en droite ligne du dix-neuvième siècle, et qui décrit bien mieux l’état de la France à venir : le spencérisme, aussi connu à tort sous le nom de darwinisme social.
 La compétition comme principe normatif d’organisation sociale, et le succès comme mesure unique de la valeur des personnes : nous voilà bien loin du substrat humaniste, d’inspiration spirituelle ou séculière, sur lequel la culture (1) et la société françaises contemporaines se sont construites.

Penser printemps ©
 
 Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que la macronisation ™, variante « gallicane » du spencérisme, n’est que le dernier avatar d’un processus qui a débuté dès les années 80, et n’est jamais allé que crescendo depuis lors. Il est permis de penser qu’en raison même de ses conséquences, ce processus ne continuera plus très longtemps. En ce sens, le coup d’État électoral que nous venons de subir marque vraisemblablement, non pas son l’assise définitive d’une idéologie, mais bien plus sûrement sa chute finale.
 C’est donc sur cette fragile lueur d’espoir que je termine ce développement. N’en déplaise aux classes supérieures, toutes entières acquises à la mondialisation heureuse ™, et comme l’ont montré les débats lors de la campagne présidentielle, l’idéal de souveraineté et d’indépendance nationale n’a pas été aussi fort depuis des décennies. De même, la question sociale n’est pas prête d’être tue.
 Alors, pourquoi ne pas évacuer toute cette négativité, et enfin « penser printemps » © ?
 
(1) Culture française qui, rappelons-le, n’existe pas. Quant à la société française, existera-t-elle encore seulement dans 5 ans ?

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4 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 9 mai 11:34

    Merci pour ces bonnes paroles qui me réchauffent le coeur.

    Du coup, je vais descendre de l’escabeau et ranger la corde que j’avais pourtant bien arrimée à la poutre de mon grenier.
    Tenez-moi au courant, je viendrai !

    • bernard29 bernard29 9 mai 11:46
      Vous avez raison de vous être inscrit récemment sur Agoravox, (il y a un jour donc) parce qu’ avec Macron, votre nouveau président, enfin c’est le changement d’air. c’est avec bonheur que l’on entre dans une nouvelle ère démocratique. C’est très bien de vouloir y participer

      • Etbendidon 9 mai 15:47

        Teuh teuh teuh assez de pleurniches comme ça
        Sarko l’a annonçé, Macron le fera
        https://youtu.be/hnIRVXIfNEo


        • Enabomber Enabomber 10 mai 09:35

          Le consentement éclairé des électeurs n’est pas allé jusqu’à se préoccuper de savoir qui orientait le projecteur.

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