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Accueil du site > Tribune Libre > Prêt « jeunes », chèque « vert »…, « jeunes » et « exclus », même (...)

Prêt « jeunes », chèque « vert »…, « jeunes » et « exclus », même combat

 

Le gouvernement prépare de nouvelles mesures en faveur « des jeunes » et on évoque notamment un prêt de 10 000 € sans condition et sans intérêt, remboursable au bout de 30 ans.

 

Des POLITIQUES PUBLIQUES sous TENSIONS CONTRADICTOIRES

 

Indéniablement, « les jeunes » de 18 à 25 ans souffrent actuellement plus que d’autres de cette crise, notamment sur le plan économique puisque beaucoup d’emplois auxquels ils avaient accès de manière intermittente ou provisoire ont été supprimés. La pression politique est aussi forte à l’approche de nouvelles élections et le tropisme en faveur de « la jeunesse » avait aussi été revendiqué par les gouvernements de la précédente majorité.

Toutefois, il est absurde d’amalgamer « les jeunes » sans distinguer la très grande diversité de leurs situations. D’autre part les mesures trop générales constituent une régression des politiques publiques – même si les Etats-unis montrent le mauvais exemple – aussi car les technologies numériques adoptées par les organisations, dont les élites se rengorgent, visent à cibler des individus, d’ailleurs de façon excessive, entraînant des préjudices mal mesurés. Mais l’État peut lui aussi tomber dans un excès de mesures catégorielles discriminatoires. Il peut être aveuglé par des représentations uniformisantes et « sociétales » qui masquent certaines similitudes selon des critères « sociaux », qui sont les plus importants, permettant des politiques publiques conformes à la justice sociale, par exemple quand on tient compte des ressources du conjoint et/ou des parents pour verser des allocations sociales.

Les politiques publiques doivent aussi être compréhensibles et accessibles aux citoyens qui en relèvent. Justice, précision, accessibilité, mais aussi efficacité économique, coût, participation citoyenne…, sont des critères partiellement centrifuges, éventuellement systémiques. Ainsi, MaPrimeRenov qui peut aller jusqu’à 10 000 € pour des propriétaires est une mesure efficace par rapport à certaines finalités (environnementale, économique…), mais d’une formidable injustice. D’autres mesures, qui s’imposent, au moins en partie, dans le cadre de la crise en cours contribuent aussi à renforcer les inégalités et iniquités (plafond d’indemnités de chômage dit « partiel »....).

 

Les VERITABLES DISCRIMINATIONS sur le MARCHE du TRAVAIL

 

Ces mesures sont parfois justifiées par des démonstrations tendancieuses. Les économistes, prompts à se saisir des conclusions d’un des leurs sur des « sujets consensuels », disent par exemple que « l’année d’entrée sur le marché du travail explique(rait) le désavantage salarial tout au long de la vie ». En fait, cette assertion est fallacieuse (mais compréhensible de la part de professeurs soucieux de leurs étudiants). Sans connaître les études qui la sous-tendent, elle se heurte à une objection de bon sens : un des principaux facteurs de l’évolution des revenus est en effet le niveau de croissance moyen au cours de la vie des membres d’une cohorte donnée.

 

Face aux dérèglements actuels, le gouvernement a pris des mesures très importantes pour « les jeunes », certaines indirectes ("garantie de ressource de 900 euros par mois" ...). De nombreuses aides ont été accordées pour leur embauche. Les dispositifs renforcés de soutien à l’alternance ont d’ailleurs parfaitement fonctionné pour les « jeunes » en 2020.

 

Toute crise est aussi l’occasion d’un renouvellement générationnel, éventuellement à travers la sous-traitance et les délocalisations, et les entreprises s’y sont engagées de façon résolue (IBM, Michelin...). Il faudra faire les comptes dans quelques mois puisque les licenciements ont jusqu’à présent été freinés par les prêts et subventions publics. Mais il faudrait aussi faire le compte des classes d’âge dans les recrutements, en pondérant la propension à la rotation « des jeunes » (voir par exemple « Les perdants du marché du travail »).

Dans le secteur « numérique », la préférence pour « les jeunes » est même un dogme parfaitement assumé (voir par exemple « Le recrutement d’informaticiens au prisme de la Dares et Pôle emploi »). Les statistiques quantitatives du chômage sont d’ailleurs éloquentes sur la véritable hiérarchie des discriminations sur le marché du travail, malgré les multiples trappes statistiques (retraites anticipées…), et cela a sans doute déterminé le principe de « retraite à la carte » dans la réforme qui avait été conçue en 2019.

 

Un PRET SEMBLABLE pour les EXCLUS du MARCHE du TRAVAIL

 

Parallèlement, très peu est fait pour les exclus du marché du travail qui ne sont pas « jeunes ». En France, un perdant doit le rester jusqu’à la fin de ses jours, particulièrement du point de vue de l’immense majorité des entreprises, qui se targuent en même temps d’engagements « sociétaux » dans un concours de tartufferie.

Certes, il était envisagé de consacrer plus de dépenses à l’ « accompagnement » dans le cadre d’une réforme d’un revenu dit « universel » (voir aussi « Aides sociales et « revenu universel » : plaidoyer pour le réalisme ») mais ce n’est pas nécessairement la bonne méthode car elle ignore l’autonomie et le potentiel des personnes soumises à l’exclusion.

De toute façon, l’essentiel reste de disposer des moyens de survivre par rapport à d’hypothétiques perspectives liées à « l’égalité des chances », une axiomatique très spécieuse. A cet égard, l’INSEE a calculé en 2020 que « Le niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes, ou premier décile de niveau de vie, a diminué de 2,9 % en dix ans. ».

 

Le prêt envisagé pour « les jeunes » représente plus de 20 mois de RSA-socle (en admettant que « les jeunes » bénéficient aussi d’APL). Certes, il est censé s’y substituer... seulement pour ceux qui n’ont pas d’autres ressources (parentales, bourses d’étudiants…), même en visant une transformation profonde de l’économie, qui en ferait définitivement disparaître des pans entiers où « les jeunes » exercent des activités, les privant d’ailleurs aussi de la consommation de leurs services favoris (cafés, concerts...). Vis-à-vis des exclus du marché du travail, ce prêt serait donc inéquitable.

« Les jeunes » pourront utiliser ce prêt à leur guise ? Pourquoi feraient-ils preuve de plus de discernement dans l’usage de ce prêt qu’un exclu qui a un projet d’activité, qui doit aussi continuer à se former, qui a besoin de louer ou d’acheter des ressources…(en plus de pouvoir survivre avec ses maigres allocations) ? Et qui n’a aucune chance de pouvoir contracter un prêt bancaire, contrairement « aux jeunes ». Pourquoi les investissements « des jeunes » seraient-ils plus productifs que ceux qui tentent de continuer à construire en dépit des obstacles et des refus ? D’autre part, les prêts garantis par l’Etat aux entreprises (PGE) n’ont-ils pas aussi été abondamment distribués ?

 

Il faudrait donc étendre ce prêt imaginé pour « les jeunes » à tous les porteurs de projets exclus du marché de travail, c’est-à-dire en chômage de longue durée ou percevant le RSA-socle, avec une durée de prêt réduite et éventuellement après soumission du projet à un organisme s’assurant de la bonne foi et de l’implication du porteur. Inversement, les jeunes de moins de 25 ans pourraient avoir accès à l’ « Aide à la création ou à la reprise d'une entreprise (Acre) », même sans être inscrits à Pôle-emploi.

 

Un NOUVEAU CHEQUE « VERT » ?

 

Par ailleurs, le gouvernement envisage une mesure complémentaire aux deux versements de 300 € effectués en 2020 pour les ménages pauvres, comme l’a suggéré l’association Terra Nova. Un chèque alimentaire a été évoqué, utilisable dans les circuits de la distribution dite « bio ». Il serait complètement inadapté pour ceux qui parviennent à se nourrir correctement, malgré les hausses de prix dues à l’évolution des modes de consommation, et qui ne souhaitent pas changer de mode d’alimentation, ni de circuit de distribution. Plus encore s’il s’agit d’un chèque unique, juste pour goûter.

L’extension a d’autres biens et services risque néanmoins de passer à côté de besoins essentiels non satisfaits, comme des outils de travail, de l’ameublement ou des vacances. En admettant que la liste soit assez exhaustive, il faut néanmoins relever le contraste entre l’autonomie reconnue aux «  jeunes », mais pas aux bénéficiaires d’un chèque « vert », sans compter l’opprobre de l’exhibition d’un tel chèque.


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1 réactions à cet article    


  • Colombot 2 février 18:36

    "J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie". Paul Nizan

    (1931)

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Colombot


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