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Principes tactiques toujours d’actualité

Les principes de tactiques sont indissociables à la compréhension d'une attaque, d'une défense ou d'un mouvement. Chaque confrontation peut présenter des caractéristiques spécifiques et différentes, mais certains principes n'ont guère changé à travers les siècles. Les EGM et CRS fonctionnent peu ou prou comme les armées de l'antiquité. Le « coin », qui a vaincu les phalanges Macédoniennes, s'enfonce dans les premiers rangs pour s'y frayer une brèche avant de s'ouvrir pour refouler par une « vague » les manifestants, reste une formation très prisée en rétablissement de l'ordre (emploi de la force). Autres exemples, l'infanterie Franque (VI° siècle) qui monte en croupe de la cavalerie ; la moto a remplacé la monture, et les gens-d'armes transportés dans les VBRG sont assimilables à l'infanterie mécanisée. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Une petite unité confrontée à des manifestants nombreux et décidés ne peut et ne doit maintenir le contact sous aucun prétexte, cela risquerait de déboucher sur un combat individuel, faute tactique lourde de conséquence (les fonctionnaires ne sont pas formés à un art martial afin de conserver leur cohésion, vs le boxeur). Face à des attaquants coordonnés (ils le sont rarement), une petite unité court le risque de ne plus soutenir le choc pour lui permettre un repli en bon ordre ! Un petit groupe privé d'armes automatiques est peu adapté à la défensive et doit veiller à éviter son anéantissement. Les manifestants peuvent mener une attaque de front, de flancs, d'enveloppement pour couper le repli ou faire diversion. Toute hésitation à un moment crucial favorisera la désunion et entraînera le risque d'un ressaisissement de l'attaquant, la violence de redoubler. La réflexion tactique ne s'improvise pas. Il faut savoir perdre parfois du terrain afin de permettre un repli en conservant la cohésion et le maximum de force pour un moment plus décisif.

Peu de citoyens se sont penchés sur les techniques du MO/RO, le matériel, les tenues, les grades, les journaux d'opérations, les journalistes confondant Escadron de gendarmerie mobile, Compagnie républicaine de sécurité et Compagnie de sécurisation et d'intervention dans leurs commentaires ! Des connaissances rudimentaires permettent de comprendre la manœuvre en préparation, de s'y soustraire, de s'y opposer ou de la commenter selon son appartenance. L'organisation de base de la GM repose sur l'escadron porté : 3 pelotons de marche (B-C-D), 1 d'intervention (India), soit environ 68 hommes dont 22 boucliers, 8 LBD, et 1 peloton en soutien (Hors rang). L'unité peut se scinder et adopter différentes configurations, voire en cellules (4 par peloton). Lors de l'affrontement sur la passerelle, par exemple, le « boxer » semble affronter une cellule de GM. L'articulation des CRS est similaire : compagnie (4 sections), sections de protection et d'intervention - section d'appui et de manœuvre - une section a 3 groupes (l'inscription 2A par exemple, signifie deuxième section, groupe A) - binôme.

La valeur de l'homme garde toute sa valeur, combatif, courageux, mais non intrépide. Les unités qui ont : les meilleurs réflexes tactiques, la discipline et la détermination augmentent leurs chances de succès. Toute force lancée au mauvais moment risque de manquer pour entraîner la décision. La rapidité doit permettre d'exploiter la faute tactique de l'adversaire, et l'aspect opérationnel prendre en compte l'armement : matraque, grenades, LdB mono-coup ou multicoups, produits incendiaires, sol rendu glissant, frondes, fusées, boules emplies de peinture (visière et bouclier), mortiers (feu d'artifice), grappin pour ouvrir une brèche à distance, laser « astro » pour aveugler tireur, pilote d'engin, observateur, etc., des forces en présence, du terrain et du sol. Même si certains mouvements sont plus « ressentis » que raisonnés (nous ne sommes pas dans une salle d'état-major ni de commandement), ils requièrent cependant un « instinct » tactique.

Chaque bataille de l'Antiquité au Moyen-Age ne fut qu'une étape vers le changement qui s'annonçait et sans rupture brutale de l'évolution tactique. Tout dispositif doit comporter des observateurs au sein des manifestants et d'autres sur les points hauts ou dans les airs. Comme pour une action militaire, peu importe qu'il s'agisse d'une formation en ligne, en colonne, en essaim, en carré, triangle pointe ou base en avant, etc., il convient de toujours protéger les flancs et l'arrière du dispositif. Les éléments de sûreté (réserve) doivent être placés d'où ils peuvent intervenir tout en tenant compte d'un appui mutuel. Comme au jeu d'échecs, on ne déplace pas une pièce sans qu'elle soit défendue par une autre.

Au IV° siècle avant notre ère, les Macédoniens (grecs) disposent d'une armée redoutable. Dans la phalange simple rangée en ligne, les hoplites (fantassins d'élites) protégés d'un bouclier rond, d'un casque, d'une cuirasse, de jambières, et armés d'une épée courte et de 2 lances, sont flanqués par l'infanterie légère, et les ailes protégées par des cavaliers. Cette « machine » qui avance au pas cadencé rythmé par les flutes et qui ne rompt pas ses rangs connaitra plusieurs victoires (Marathon, Platées). Leurs rangs étant « rigides », les rangs arrières s'opposent à toute possibilité de recul, ils ont plutôt tendance, par leur masse, à pousser les premiers rangs vers l'avant. Cela les conduira à leur perte. La phalange ne pouvait combattre qu'en terrain découvert, plat et unis. L'armée Romaine ne présente qu'une partie de ses forces, gardant l'autre en réserve. Les Macédoniens enfoncent la ligne romaine et rompent la formation pour s'élancer à la poursuite des Romains, moment qu'attendait leur réserve pour s'élancer dans les ruptures, attaquant les flancs et les arrières de la phalange qui ne peut combattre ce type de manœuvre. Les Romains remportent la bataille de Cynoscéphale. En 371, Thébain l fractionne son armée en plusieurs coins sur 16 rangs qui enfoncent l'aile droite macédonienne et l'écrase (bataille de Leuctres).

La formation romaine, la plus simple, la colonne par quatre sur 32 rangs qui marchent au pas. Quand l'ennemi lance son attaque, chaque émotia effectue un mouvement en tiroir pour venir se placer à gauche de celle qui la précède, offrant ainsi une profondeur de 8 rangs. Étant donné la faible profondeur du dispositif, le front une fois percé, la formation est incapable de se reformer pour manœuvrer et les hommes sont piétinés. Les hommes épaule contre épaule, leur bouclier présente une « muraille » à l'adversaire. Une particularité, le bouclier (bras gauche) repousse l'adversaire tandis que le glaive tenu dans la main droite s'enfonce dans le flanc droit de l'ennemi qui pousse le légionnaire de droite ! Si la colonne est prise à revers, l'unité fait un demi tour pour faire face aux assaillants, confusion qui nuit à la cohésion de la défense. Plus tard, les hommes pourvus d'armes de jet (fronde, arc) seront placés sur les flancs afin d'en assurer la protection et poursuivre l'ennemi défait. L'alignement est maintenu par un pas cadencé avec un espace entre chaque légionnaire d'environ un mètre. La disposition en quinconce permet au rang précédent de pouvoir se replier sans entraver les rangs suivants. César va doter chaque manipule d'un étendard, et chaque cohorte porte un bouclier d'une couleur spécifique. Il devient alors possible de localiser chaque unité sur le champ de bataille.

La cavalerie romaine assure la reconnaissance et la protection des flancs, mais la tactique repose aussi sur le choc, et surtout sur la discipline. La bataille consiste en un choc frontal suivi d'un combat individuel (mêlée). La peur apparait lorsque le combattant pense qu'il ne peut plus compter sur la solidarité de l'unité, ni de son frère d'arme. S'il pense être trahi par ses chefs ou victime de leur incompétence, la débandade peut s'ensuivre. Les guerriers accomplis sont placés au dernier rang, car la vue d'un camarade étripé hurlant de douleur n'encourage guère les recrues non aguerries à poursuivre le combat. Le débordement des ailes n'est possible qu'à la condition de pouvoir disposer de forces plus nombreuses, soit d'un front plus large, d'où l'importance du terrain pour livrer bataille.

Les phalanges qui privilégient l'effet de masse par la profondeur de leurs rangs ne peuvent poursuivre l'ennemi sans risque de se disperser. Les Romains vont armer leur infanterie d'armes légères : épée, glaive, javelot, bouclier, le corps protégé (plastron, jambières, casque). Le pilum qui peut être lancé à une trentaine de mètres, se fiche dans le bouclier ennemi avant de ployer sous son propre poids, la hampe traînant sur le sol. Le légionnaire romain pose alors son pied sur cette partie, ce qui a pour conséquence de découvrir le corps de l'adversaire !

Au II° siècle, la légion abandonne la manipule pour la cohorte, formation assurant une cohésion plus importante et qui va permettre de mieux combattre les Barbares. Vers l'an 250, l'infanterie germanique envahit la Gaule. Les Francs, armés d'épées, de piques et de la francisque combattent en carré (20 rangs sur 20 lignes) ou en triangle, et préfèrent le combat de mêlée et le corps à corps. Le carré présente un avantage sur la phalange, il est plus mobile et peut changer de direction par un simple ½ ou ¼ de tour. L'infanterie franque restera fidèle au carré jusqu'au VI° siècle (Les batailles napoléoniennes confirmeront la supériorité des carrés sur les formations en lignes). Ces guerriers ne s'encombrent pas de tactique ni de ruse de guerre, pour les défaire, il suffit de profiter de leur fougue et de tendre une embuscade sur leur flanc ou de simuler une fuite pour qu'ils s'élancent vers le traquenard. De nos jours, la charge des Forces de l'ordre est une forme de « bluff », elles misent sur l'impressionnabilité et la débandade des manifestants. La charge rompt l'unité ! Si les manifestants faisaient mine de s'enfuirent pour mieux se laisser rattraper avant de faire volte-face, les FDO seraient dépassées...

L'armée romaine est défaite en 378 à Andripople par la cavalerie Goth armée de lances. En 390, les Gaulois sont à Rome, le son du carnix prélude à l'assaut. Les Gaulois ne manœuvrent pas, ils chargent ! tomber l'arme à la main est un privilège. La tactique du harcèlement apparait avec la cavalerie Hun qui repoussera les Germains. Leur tactique consiste en des charges entrecoupées de replis rapides. L'empereur Justinien innove, la cavalerie mène des combats retardataires afin de permette à la troupe de se porter aux endroits menacés.

Vers le V° siècle, les Romains réalisent qu'ils ne peuvent garder leurs frontières inviolées, ils vont opter pour une défense en profondeur avec des points fortifiés (grandes villes). Les Romains devenus moins attirés par le métier des armes, vont donner le droit aux autres citoyens de s'installer dans l'Empire, à condition que ceux-ci contribuent à sa défense. Aucune infanterie ne peut résister à l'élan d'une charge de cavalerie légère qui décoche ses flèches à distance. L'infanterie devient une force d'accompagnement. Dès le VI siècle, les Francs forment une cavalerie armée de javelot à pointe barbelée, le corps protégé d'une cuirasse, d'un bouclier et d'un casque, les cavaliers combattent souvent démontés.

Le VII siècle voit les invasions Normandes. Leur formation d'attaque favorite reste le coin qui permet d'ouvrir une brèche dans les premiers rangs adverses. Les hommes qui en composent la pointe sont protégés par des cotes de mailles. Pour la défense, le chef se place au centre du dispositif protégé par sa garde personnelle. Les Normands prennent toujours la précaution de protéger leur flanc par un obstacle naturel, fleuve, falaise. Les « ultras » ne s'encombrent pas de cette réflexion transposée à l'urbanisme moderne, et les « casseurs » et « cassos » des banlieues ressemblent à ces lointains combattants, aucune cohésion ni communication, le combat individuel en meute prévaut sur la tactique et la discipline.

Au VIII° siècle, les Carolingiens qui ont adopté la cavalerie lourde ne savent plus combattre à pieds ! Les aristocrates s'attachent à un seigneur ou au Roi et les petites gens ne participent plus aux combats. La population désarmée se place sous la protection des seigneurs et de leurs chevaliers. Ces derniers utilisent largement des armes de taille : l'épée, la masse ou fléau d'arme (hérissé de pointes pour ne pas déraper lors de l'impact) et le marteau de guerre capable de transpercer l'armure de l'adversaire et entraîner sa reddition. Si les chevaliers avançaient ensemble, ils le faisaient de façon désordonnée. Robert d'Artois qui croyait que 100 hommes à cheval en valaient 1000 à pieds, allait entraîner la chevalerie française à sa perte (bataille des éperons d'or, Coutray 1302).

L'apparition de la poudre allait modifier l'art militaire et l'augmentation des prix contribuer au commerce et à la disparition du système féodal fondé sur les corvées, les f(u)meux droits & devoirs... Les souverains doivent combler leurs déficits en levant de nouveaux impôts. Les hommes sont devenus des cerfs pour avoir oublié le métier des armes, leur maniement, et confié leur bien le plus précieux, leur liberté, à leur suzerain.

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9 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 25 janvier 10:25

    a lire : les 36 stratagèmes

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_36_stratag%C3%A8mes

    sinon pour ce qui du maintien de l’ordre s’ apercevoir que les manifestations dans lesquelles les « forces de l’ordre » n’agressent pas les manifestants et dans lesquelles il n’y à pas d’agents provocateurs restent pacifiques ....

    version taoiste du conflit : pour qu’il y ait combat il faut être deux en supprimant l’un on supprime les deux .....


    • Attila Attila 25 janvier 16:54

      « Les hommes sont devenus des cerfs »

      Tous cocus (les cornes dix cors) ?

      Ou bien des serfs ?

      .


      • Desmaretz Gérard Desmaretz Gérard 25 janvier 17:24

        @Attila
        Bjr, avec S, les serfs ne sont pas assez couillus ,-) 


      • Attila Attila 25 janvier 16:58

        Article passionnant mais ne craignez-vous pas que l’on vous reproche de donner des idées séditieuses ?

        .


        • nocob 25 janvier 21:29

          @Attila

          De toute facon on est grillé, je suis sur qu’il y a un fichier des généraux de salon.


        • Attila Attila 26 janvier 09:39

          @nocob
          Vu ce que se permettent certains fichés « S » sans être inquiétés, les fichés « généraux de salon » peuvent être tranquilles.

          .


        • Attila Attila 26 janvier 10:44

          @Attila
          "De nos jours, la charge des Forces de l’ordre est une forme de « bluff », elles misent sur l’impressionnabilité et la débandade des manifestants. La charge rompt l’unité ! Si les manifestants faisaient mine de s’enfuir pour mieux se laisser rattraper avant de faire volte-face, les FDO seraient dépassées... "
          Pour le savoir, il faudrait que les manifestants viennent LIRE.
          C’est tout le problème.

          .
           


        • nocob 25 janvier 21:28

          Lisez Nicephore Phocas. Trés adaptable au pacifisme il est.


          • Attila Attila 25 janvier 21:37

            Je me souviens d’un bel exemple de tactique qui ressemble à celle du « coin » : la « tête de cochon ».

            C’est dans le film de Eisenstein « Alexandre Nevsky » (1938). Pour percer la ligne des ennemis russes, les chevaliers teutoniques en armure forment une longue colonne à la tête carrée qui fonce à toute vitesse en direction de la ligne russe. A l’endroit de l’impact, toute la colonne vient s’écraser jusqu’à ce que les russes cèdent.

            Ça devait être une belle boucherie.

            .

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