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« Prix Nobel de la Paix » et les responsabilités futures d’Abiy Ahmed

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Depuis que l'Académie royale des sciences de Suède a annoncé l'attribution du 100ème prix Nobel de la paix au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, de nombreux débats ont eu lieu dans les médias et les médias sociaux, en particulier les médias et médias sociaux arabes.

La vérité est que la victoire d’Abiy Ahmed a été une surprise pour beaucoup, car son activité politique qui lui a permis de recevoir ce prestigieux prix international n’a pas dépassé un an et demi. Il a été élu en mars 2018 au poste de Premier ministre de l’Éthiopie, mais aussi il a réalisé d’importantes avancées politiques dans plusieurs dossiers internes et externes. Il s’agit notamment de réorganiser la « maison » éthiopienne interne selon des bases et des règles garantissant la paix et la stabilité, de mettre fin au conflit historique avec l’Érythrée et de jouer un rôle influent dans la transition politique au Soudan.

Il a donc joué des rôles de paix internes et externes très stratégiques, ainsi qu'un rôle de médiateur acceptable dans un conflit qui menaçait presque l'unité d'un pays africain voisin, ce qui a été remarquable en un temps record, malgré le jeune âge du Premier ministre éthiopien, qui a montré des qualifications générales et de leadership prometteuses sur les plans africain et régional.

Les réalisations d’Abiy Ahmed en Éthiopie à elles seules ne sont pas anodines et peu de gens sont conscients de l’ampleur et de l’impact de ses réalisations dans l’un des pays les plus peuplés d’Afrique et l’une des économies les plus puissamment émergentes. Il est lieu ici de souligner les réformes radicales qu’il a inaugurées dans divers secteurs institutionnels tels que la sécurité, les renseignements, aussi bien qu’assurer la justice, et la transparence et l'autonomisation des femmes.

Ce qui démarque Abiy Ahmed est que ses réformes internes vont de pair avec le processus de développement international. Il a lancé plusieurs initiatives, dont celle de planter 350 millions d'arbres en un jour (août 2019). Son gouvernement a adopté une politique d'égalité des sexes et a confié pour la première fois dans l’histoire de l’Ethiopie et des pays africains le poste de ministère de la Défense à une femme. Il a également réduit le nombre de ministères de 28 à 20 et a créé un ministère de la paix dirigé par un parlementaire expérimenté, Moforat Kami.

Ce qui démarque Abiy Ahmed aussi est qu’il ne s'est pas détourné de sa politique de réforme malgré les tentatives de coup d’Etat et les attaques contre son gouvernement qui ont tué l'un de ses conseillers et le chef d'état-major. Il a seulement renforcé les mesures de sécurité et coupé Internet pour une courte période.

La médiation influente d’Abiy Ahmed entre le CNT et la Coalition des forces pour la liberté et le changement a également joué un rôle majeur dans la conclusion d'un accord de partage du pouvoir et la transition rapide du pays vers la démocratie.

Bien que certains croient que plusieurs symboles internationaux étaient éligibles pour remporter le prix Nobel cette année, tels que la première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, avec sa sagesse dans la gestion de la crise des attaques contre une mosquée dans le pays et son habilité qui a transformé cette épreuve en une bénédiction et une occasion de lutter contre le terrorisme et de promouvoir la tolérance entre les religions dans son pays et le monde, en plus de dirigeants d’autres pays, Abiy Ahmed a été distingué par la diversité de ses réalisations politiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, dans un laps de temps très court au cours duquel la paix et la stabilité ont été instaurées en Éthiopie, en Érythrée et au Soudan.

Bien entendu, le fait qu’Abiy Ahmed a été lauréat du prix Nobel de la paix soutient l’idée qu’il a dirigé les efforts de paix sur les plans régional et international et est à même de renforcer cette tendance si cruciale pour le monde entier, mais ses idées et ambitions au sujet de la paix et de la stabilité font face à un défi difficile qui consiste à aboutir à une solution juste au sujet du barrage de la Renaissance, qui constitue un rêve développemental pour l’Ethiopie, et un défi stratégiquement dangereux pour l'Egypte.

Jusqu'à présent, Abiy Ahmed n'a pas participé aux débats politiques et médiatiques sur le barrage de la Renaissance et, à l'instar du président égyptien Abdel Fattah al-Sisi, semble rester calme et équilibré, à l'abri des querelles des responsables politiques et des médias dans leurs pays respectifs. Certes, Abiy Ahmed n’a montré aucun signe de la possibilité de faire des concessions substantielles qui satisfassent la partie égyptienne au sujet du barrage de la Renaissance, mais il doit passer beaucoup de temps à la recherche de solutions et de compromis appropriés qui renforcent son rôle régional et international en tant que pionnier prometteur dans l’instauration de la paix et du développement dans le monde.

Le projet du barrage de la Renaissance peut sembler être le test politique le plus difficile de la capacité du premier ministre éthiopien à cristalliser des solutions et approches stratégiques majeures en faveur de la paix et de la stabilité dans la région de la vallée du Nil. Les optimistes sont confiants en la capacité de celui qui a pu mettre fin à deux décennies de conflit acharné entre l'Éthiopie et l'Érythrée à parvenir à un compromis satisfaisant pour les trois parties (Éthiopie, Égypte et Soudan) pour ce qui est de la crise du barrage de la Renaissance. D’autres considèrent que le dossier est très complexe compte tenu du recoupement des termes et des points de vue des parties égyptienne et éthiopienne, mais il est évident que, pour des raisons géopolitiques, les deux côtés de l’équation doivent recourir à une flexibilité de négociation maximale pour éviter le pire. Tout choix non politique concernant la crise du barrage de la Renaissance est une option désastreuse pour l’un des deux pays et peuples égyptiens et éthiopiens, ou pour les deux à la fois. . Cela est inacceptable pour les amis de ces deux anciens pays, piliers de la sécurité et de la stabilité dans une région souffrant d’assez de causes et de facteurs de discriminations, de conflits, et de guerres.


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