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Accueil du site > Tribune Libre > Quand la souveraineté du travail se laisse démonter par la pseudo-souveraineté

Quand la souveraineté du travail se laisse démonter par la pseudo-souveraineté de l’opinion publique

Chez Lénine, il ne s’agit pas seulement, pour le militant communiste, d’avoir une « opinion ». Il s’agit, pour lui, de se documenter, de déployer une activité critique à partir des documents, et ensuite seulement de songer à émettre un avis qui sera soumis à la réflexion de ses confrères et de ses consœurs du parti. Reprenons tout ceci dans les termes que le grand révolutionnaire aura utilisés dès février-mai 1904 dans un texte intitulé Un pas en avant, deux pas en arrière – La crise dans notre parti  :

« Tout membre du Parti, désireux de participer consciemment à ses activités, est tenu d’étudier avec soin notre congrès du Parti. Je dis bien étudier, car la simple lecture du monceau de matériaux bruts, que renferment les procès-verbaux, est insuffisante pour donner une image du congrès. Ce n’est que par une étude minutieuse et personnelle que l’on peut (et que l’on doit) arriver à fondre en un tout les résumés succincts des discours, les extraits secs des débats, les petites controverses sur des questions secondaires (secondaires en apparence), à reconstituer le visage vivant de chaque orateur marquant, à révéler avec précision la physionomie politique de chacun des groupes de délégués au congrès du Parti. » (Vladimir Ilitch LénineŒuvres, Tome 7, Éditions sociales 1966, pages 215-216.)

Occupé, lui, à circonvenir le parti en circonvenant les « masses », Gorbatchev aura considéré qu’il…
« fallait tirer le plus rapidement possible ces dernières de leur léthargie et de leur indifférence pour les intégrer au processus de changement. J’y voyais la garantie du succès de la perestroïka. Cela devint l’objectif de mes tournées à travers le pays. » (Mikhaïl Gorbatchev, op. cit., page 230.)

Il s’agit donc de bouleverser la structure soviétique… qui, selon ce mage des classes moyennes, n’est que « léthargie  »… Pour ce faire, il faut s’en remettre à la libération du « blablabla »… Voici donc comment cela aura commencé :
« Mon voyage à Leningrad, en mai 1985, peut être considéré, je crois, comme le premier acte de glasnost. Mes contacts avec la population tranchèrent avec les habitudes des dirigeants précédents. Mes interventions sans notes ni consultations préalables avec mes collègues posaient un véritable problème au Politburo. » (Idem, pages 263-264)

Pas de notes, pas de réflexion partagée ; on passe décidément en dehors de tout : information et rapport à autrui… Le seul diktat du « chef » suffira décidément à tout…
« La liberté de parole permettait de passer par-dessus la tête des apparatchiks pour s’adresser aux populations, les inciter à agir et obtenir leur appui. Cette boucle de rétroaction fut particulièrement stimulante pour les initiateurs de la réforme. » (Idem, page 266)

Il s’agit là de la perestroïka… dont nous découvrirons le contenu un peu plus loin.

Mais restons-en à la libération de la parole non-fondée…

Certes, antérieurement, poursuit notre bateleur :
« Des déplacements à travers le pays pour expliquer les décisions des congrès et des plénums étaient une pratique courante dans le parti. Les membres du Politburo et du secrétariat participaient à de telles campagnes en parlant devant l’aktiv – les assemblées des responsables du parti, de l’administration et de l’armée, sans oublier les travailleurs émérites et les personnalités de l’intelligentsia locale – au niveau des régions ou des villes. » (Idem, page 231.)

Avec Gorbatchev, tout est beaucoup plus simple… Il nous parle, ici, du petit copain Alexandre Iakovlev :
« Certes, un nouveau « patron » prit en charge le département de la propagande à partir de l’été 1985, mais l’énorme machine idéologique – les apparatchiks, la presse, les écoles du parti, l’Académie des sciences sociales, etc. – continuait à fonctionner sur sa lancée. Changer les choses n’était possible qu’en ouvrant, l’une après l’autre, des « fenêtres » dans le système du secret total. Cela, seul le secrétaire général pouvait le faire. » (Idem, page 264)

Et, à l’occasion, il peut même recourir aux services de l’étranger… et, en l’occurrence, à ceux de la puissance impérialiste dominante et de son petit toutou qui ne devaient pas en croire leurs oreilles, tandis que nous ne sommes encore qu’en 1985, année du début du règne du lascar que nous voyons tranquillement opérer rien que pour son propre compte (et celui de Raïssa) :
« Mon interview au magazine américain Time, début septembre, et mon entretien avec trois correspondants de la télévision française, en octobre, figurent en bonne place parmi les percées vers la glasnost. » (page 264)

Mais, bien sûr, le secrétaire général ne pouvait pas envisager de faire, toujours, tout le travail, tout seul…
« L’encouragement donné aux médias pour dénoncer les abus et les défaillances dont il était précédemment impossible de parler fut un nouveau pas dans le développement de la glasnost. » (Idem, page 265.)

Et dans le grand dérapage qui devait très vite envoyer Gorbatchev et sa chère épouse dans les poubelles de l’Histoire… 

NB : Ce texte s'inscrit dans un ouvrage en préparation : "Les fondations soviétiques de la politique de Vladimir Poutine", dont j'avais interrompu la rédaction en août 2017 aux environs de la page 300. On pourra en trouver les différentes rubriques ici : 

https://unefrancearefaire.com/2017/08/31/a-paraitre/


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1 réactions à cet article    


  • alexis42 alexis42 25 novembre 16:32

    « Ce texte s’inscrit dans » mon habitude de faire ma petite pub gratuite.

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