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Accueil du site > Tribune Libre > Quand les enjeux impérialistes fabriquent des criminels par (...)

Quand les enjeux impérialistes fabriquent des criminels par millions…

Il paraît que la question des réparations, et plus particulièrement celle de l’occupation militaire de la Ruhr, auront été l’occasion du premier grand discours de Paul Reynaud à la Chambre des députés, celui qu’il y a prononcé le 20 octobre 1922 en présence du président du Conseil, Raymond Poincaré.

Pour quelles raisons convenait-il de régler par la force ce moment extrêmement significatif des rapports historiques douloureux de la France avec l’Allemagne, en usant et en abusant de sa grande faiblesse militaire – plus ou moins momentanée ?

Nous allons constater que Paul Reynaud avait bien compris le sens profond de la guerre impérialiste qui venait à peine de s’achever… Il s’agit d’une affaire de capitaux, c’est-à-dire de ce qui matérialise l’appropriation privée des moyens de production et d’échange.

Parmi les instruments de travail dont l’histoire humaine a engendré l’élaboration – instruments qui permettent au travail humain de produire la richesse économique et tout particulièrement ce qui permet notre survie -, celui-ci est à toi, et celui-ci à moi…Cependant sous ces propriétés, le mouvement dialectique de l’histoire ne cesse de se développer à travers une répartition plus ou moins anarchique de ce qui fait la richesse capitaliste : la plus-value extorquée aux travailleuses et aux travailleurs, c’est-à-dire la différence entre ce qu’elles et eux produisent, et ce qui est nécessaire à assurer leur vie quotidienne selon les critères de l’époque à laquelle elles et eux appartiennent.

Dans la période impérialiste des grands Etats capitalistes, les peuples eux-mêmes sont garants, à travers le service militaire, des propriétés de ceux qui les emploient tout au long de leur vie de travail. L’extraordinaire complexité des rapports entre les capitaux et les Etats ne permet pas toujours de bien comprendre par où un conflit de grande dimension pourrait naître et se déployer… Mais lorsqu’il intervient, il emporte avec lui toutes sortes de liens définis historiquement entre les peuples, de même qu’il emporte le destin des individus eux-mêmes qui s’en feront une histoire personnelle à transmettre à leurs descendants : telle blessure, tel décès, tel veuvage, telle pension, tel cimetière militaire, etc…

Le tout se trouvera bientôt couvert d’une idéologie : pour certains, il se sera agi de mourir pour la patrie de façon tout aussi héroïque, ou tout aussi dévouée, que possible…

Pour d’autres, il s’agira de garantir la part de capitaux qui doit leur revenir… puisqu’ils savent pertinemment que c’était bien là le principal enjeu d’une guerre que, par ailleurs, ils ont gagnée – ainsi que pouvaient le penser les élites bourgeoises françaises des lendemains de 1914-1918.

C’est, en quelque sorte, au nom de celles-ci que Paul Reynaud prend la parole devant les députés de la nation française le 20 octobre 1922…
« Il est temps de présenter au monde la solution française du problème des réparations. Tous les jours qui passent sans qu’une solution intervienne voient se dégrader notre créance. »

En sa qualité de grand pays impérialiste, la France doit donc donner le ton, et elle veut que le « monde » le sache. Qu’on se le dise, là, ou là, ou là… Et tout spécialement… chez les Alliés…
« La solution de la France, le plan français, c’est quelque chose qui, à mon sens, doit être indépendant des habiletés, des remous et des marchandages d’une conférence. Il faut la rechercher tout de suite sans attendre qu’il plaise au successeur de M. Lloyd George de consentir à aller à Bruxelles ou en quelque autre lieu. » (J.O. Débats parlementaires, Chambre des députés, séance du 20 octobre 1922, pages 2756-2757)

D’où vient que le temps presse ?… De ceci que le capital allemand vient de se trouver coupé de la monnaie que son peuple utilise dans la vie quotidienne et qui part en lambeaux… Ainsi, momentanément, le capital allemand est-il une proie d’une pureté sans pareille… d’autant que, depuis l’assassinat des deux dirigeants spartakistes, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, ainsi que du promoteur allemand des Accords de Wiesbaden, le richissime Walther Rathenau, qui avait signé à Rapallo, avec l’Union soviétique, des accords déterminants pour la future Europe, la situation intérieure paraissait extrêmement confuse chez la puissance vaincue…
« Il y a cette panique qui possède tous les Allemand, parce qu’ils ont perdu confiance dans leur monnaie nationale et que tout le monde, en Allemagne, depuis M. Hugo Stinnes jusqu’au garçon d’ascenseur dans un hôtel, spécule sur le mark. Comment leur reprocher de ne pas vouloir garder entre leurs mains un papier dont ils sont sûrs que, demain, il vaudra moins qu’aujourd’hui ! » (Idem, page 2760)

Or, il y a spéculation et spéculation… Côté capitaux internationalisés, et côté menue monnaie…

Pour cette dernière, tout le sel vient de ce qu’elle se situe immédiatement dans le champ de la survie des autres… de celles et de ceux qui ne souhaitent pas jouer avec la monnaie, mais qui sont bien obligé(e)s d’y voir la condition de leur survie et de celle de leurs proches… Ce que Paul Reynaud n’ignore pas en 1922, pas plus que Charles de Gaulle ne l’ignorera en 1944 et 1945 (« Je les mettrai à la gamelle…  »)

En tout cas, selon le premier :
« Nous voyons, d’une part, une classe ouvrière qui a un salaire dont le pouvoir acheteur, égal encore, il y a quelques mois, aux deux tiers de celui du salaire d’avant guerre, n’est plus maintenant que de la moitié : vous savez ce que cela signifie. Nous voyons une classe moyenne qui agonise dans des souffrances atroces. » (Idem, page 2760)

Et ce n’est pas n’importe qui :
« Ces gens de la classe moyenne, qui meurent de faim, ces gens qui forment l’élite : les fonctionnaires, avocats, médecins, rentiers, anciens officiers, ces gens, qui ont de l’action sur l’opinion publique de leur pays, chaque fois qu’en présence d’une sommation nouvelle de la France, ils voient leur monnaie nationale baisser, c’est-à-dire leurs ressources diminuer, que disent-ils ? Ils disent que c’est une insulte à leur misère et que nous voulons détruire l’Allemagne. » (page 2760)

De fait, un an plus tard, ce serait le putsch d’Adolf Hitler à Munich (8 novembre 1923)…

Or, dans le Journal de Joseph Goebbels, tel qu’il a été publié par Tallandier en 2006, le tome consacré aux années 1923-1933 nous fournit cette note à la page 728 et sous la date du 23 octobre 1923 :
« La famille Goebbels (où Joseph est revenu habiter après quelques mois de travail à Cologne) se situe exactement au sein de ces classes moyennes qui sont les principales victimes de l’inflation, leurs revenus ne suivant pas la hausse des prix et leur épargne se dégradant chaque jour. »

Comme les spécialistes le savent, il est venu un temps où Goebbels a voulu rompre avec Hitler pour le rapprochement que celui-ci opérait peu à peu avec les grands industriels allemands… Et pour cause.

Mais revenons avec Paul Reynaud devant la Chambre des députés…
« La richesse allemande a quitté la masse, elle est montée vers quelques puissants seigneurs : c’est à eux qu’il faut s’adresser. » (Idem, page 2760)

Et pour quoi faire ? La révolution ?…

NB. Cet article est le cent-quatorzième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


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6 réactions à cet article    


  • McGurk McGurk 19 juillet 11:47

    On a effectivement provoqué une autre guerre, autant par orgueil que par bêtise.

    L’armée a provoqué plusieurs paralysies des industries allemandes parce qu’elle refusait que le pays se reconstruise, provoquant de fait un sentiment grandissant de haine chez nos voisins et leur adhésion de plus en plus importante à l’extrémisme.

    On a pas su leur tendre la main pour construire un avenir commun, les haines ancestrales l’ont emporté, provoquant famine et une grande pauvreté, sur la raison et l’humanisme dont nous aurions dû faire preuve.


    • baldis30 19 juillet 12:12

      bonjour,

       vis-à-vis de votre article ma position est en retrait parce que vous semblez avoir oublié une donnée particulière :

       WW1 s’est déroulé quasi exclusivement sur les territoires français et belges ! ET les allemands se repliant ont détruit bien des installations industrielles des deux pays .... Une magnifique préparation pour WW2.

      Qu’il y ait alors en Allemagne une crise financière c’est vrai mais l’outil industriel allemand était quasiment intact et n’avait donc pas de gros besoins de capitaux ( le peu à fournir viendra notamment de grandes familles U.S. suivez mon regard ).

      En France tout était à reconstruire à l’exception du peu d’industrie lourde du Massif Central ( Creusot, Alès, etc....) et à son début dans les Alpes .....

      Le problème capitalistique se posait  ! bien vu par Reynaud ... mais pas résolu ! De même que celui du délai de reconstruction : à l’époque l’inertie de reconstruction du système industriel lourd dépasse les dix / quinze ans ... On oublie cela dans l’analyse de la défaite de 1940, cela n’excuse pas les incompétences de terrain, mais les compétents n’étaient pas mieux lotis au point de vue équipements d’origine industrielle lourde. ( meilleurs avions .... mais à dose homéopathique ..., Quel bureau fut le plus fouillé par les allemands en 1940 ... celui de Joliot-Curie, le bureau mais quelles réalisations.... )


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 juillet 18:58

        @baldis30

        merci pour ce commentaire pertinent reposant dur des réalités souvent oblitérées
        ça rassure de trouver des gens cohérents


      • baldis30 20 juillet 18:39

        @Séraphin Lampion
        bonsoir, 
         Deux éclairages sont souvent oubliés dans les catastrophes et selon la nature des catastrophes ils interviennent parallèlement à d’autres
        le premier c’est la destruction des équipements lourds et des facilités de transport  : désertification, terre brûlée. Un bon exemple est celui des Russes se repliant en 1941 et brûlant les stocks pétroliers, les récoltes, évacuant les machines lourdes lorsqu’ils pouvaient le faire. Un autre exemple c’est celui des allemands se repliant partout en Europe et détruisant ponts et voies ferrées, plus atrocités cela allé de soi.
        le deuxième éclairage c’est le délai de reconstruction ou de mise en œuvre d’une solution industrielle : le délai de mise en exploitation d’un gisement d’hydrocarbure à partir de sa découverte, en cas d’urgence est un minimum de cinq ans ... et bien plus s’il n’y a pas urgence. un autre exemple est celui de la mise en œuvre de la substitution du pétrole par le nucléaire... vu l’urgence, vu que c’est l’Etat qui déclare l’urgence et agit enfin en conséquence.... on passe du problème de 1973 à un début de solution active et effective à 1982.... Le contenu capitalistique et humain de la solution explique aussi le délai de la mise en œuvre complète, n’en déplaise à beaucoup dont on aimerait qu’ils ne répondissent pas à la pensée de Montesquieu ( L.P. LVIII) : « un nombre infini de maîtres de langues, d’art et de science, enseignent ce qu’ils ne savent pas, et ce talent est bien considérable ; car il ne faut pas beaucoup d’esprit pour mesurer ce que l’on sait , mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu’on ignore »
        Montesquieu né bien avant Cantor ne précisa pas quel était la nature de l’infini auquel il faisait allusion ... mais il préfigurait largement Einstein ( L.P. CV) : « Je tremble toujours qu’on ne parvienne à la fin de découvrir quelque secret qui fournisse une voie abrégée pour faire périr les hommes, détruire les peuples, et les nations entières » (*)
         Quant à la comparaison avec Einstein « Rien ne me donne plus une idée de l’infini que l’univers et la bêtise humaine, mais pour l’univers je n’en suis pas très sûr »

        (*) Pour détruire la France on a d’abord trouvé l’Allemagne et maintenant l’Europe ...


      • San Jose 19 juillet 23:21

        Franchement, ce n’est pas rentable de lire 2760 pages pour faire un billet si bref. 


        • San Jose 20 juillet 00:03

          @ l’auteur

          .

          A propos de votre illustration, vous connaissez celle-là ? 

          .

          Le citoyen indigné :

           C’est vrai, ce qu’on dit, monsieur, que vous avez plusieurs portraits de Hitler chez vous ? 

          Le suspect de nazisme :

           Oui, c’est vrai, dans des bouquins. 

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