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Quand Sigmund Freud se place, lui aussi, dans l’oeil du cyclone

Ainsi que Sigmund Freud a pu en faire la constatation dès le cas Emmy von N…, il arrive que les patients soient portés à rattacher une angoisse soudainement ressentie à des événements qui ne servent qu’à masquer les enjeux réels. Il y voit non pas une intention consciente de tromper, mais le résultat d’une compulsion qui dépasse leur volonté, c’est-à-dire le résultat d’une nécessité de déplacer le questionnement qui pourrait les atteindre.

Dans la très longue note qu’il ajoutera quelques années plus tard au compte rendu de ce premier cas, il nous rapporte ceci qui doit retenir toute notre attention :
« J’ai pu récemment, grâce à des observations pratiquées en d’autres domaines, me convaincre de la force d’une pareille compulsion.  » (pages 918-919 du PDF)

Voici de quoi il s’agit :
« Pendant plusieurs semaines, je fus obligé de remplacer mon lit habituel par une couche plus dure, sur laquelle je devais rêver soit davantage, soit de façon plus active, ou peut-être sans obtenir le même sommeil profond. » (Idem, page 919)

On pourrait dire que, plutôt que d’observer toujours les phénomènes psychiques de l’extérieur, Sigmund Freud a choisi d’aller vérifier certaines de ses intuitions en s’installant directement comme observateur et comme rapporteur dans la machine… une machine qu’il ne connaît pas plus que chacune et chacun d’entre nous ne connaît la sienne, et qui, ici, se désigne, entre toutes, par le nom « Sigmund Freud ».

Or, de même qu’il avait établi le compte rendu, au jour le jour, du cas Emmy von N…, le médecin se donne ici les moyens de ne rien perdre de l’expérience :
« Pendant le quart d’heure qui suivait mon réveil, je me souvenais de tous mes rêves de la nuit et me donnais la peine de les noter et de tenter de les expliquer.  » (Idem, page 919)

Les éléments ayant été soigneusement rassemblés, vient le temps de la réflexion sur pièces :
« Je réussis à ramener ces rêves à deux facteurs : 1) A la nécessité d’élaborer les représentations sur lesquelles je n’avais fait que jeter un coup d’œil pendant la journée et qui n’avaient pas été liquidées ; 2) A la compulsion à relier ensemble des choses présentes à un moment donné dans un certain état de la conscience.  » (Idem, page 919)

À sa façon, le rêve est donc un facteur de synthèse… dont nous ignorons encore les outils… Il y a une matière première ; il y a des produits… Le système de production reste mystérieux… De quoi intriguer même quelqu’un de bien moins curieux que Sigmund Freud.

« Nécessité » d’une part, « compulsion » d’autre part… La production se fait sur le fondement d’énergies encore non identifiées, mais dont il est impossible de ne pas faire l’hypothèse. Et, s’agissant de la seconde rubrique, l’activité de production consiste en un processus de synthèse qui peut aboutir à des aberrations qui risquent ensuite de se retrouver dans l’explication erronée que l’hystérique va fournir à son médecin…

Tout cela dépendant de façon déterminante, semble-t-il, de l’état de conscience alors présent, et pour des conséquences de grand poids :
« Il fallait attribuer à l’action souveraine de ce dernier facteur les contradictions et l’absurdité des rêves. » (Idem, page 919)

L’état de conscience, dans le cas d’Emmy von N…, c’est, comme nous le savons, une certaine quantité d’angoisse qu’il faut lier à une représentation susceptible de l’expliquer. Autrement dit : une certaine masse d’énergie est à l’état libre. Il faut l’attacher ici ou là. Qu’elle soit réunie à telle représentation plutôt qu’à telle autre n’est pas le plus important. Ce qui l’est, c’est qu’elle cesse de se promener en toute liberté et que se rétablisse un certain équilibre homéo-statique…

Autrement dit encore : tous les beaux discours d’Emmy von N… ne sont pas à prendre pour ce qu’ils prétendent dire. Ils peuvent n’être que le résultat du déplacement de son angoisse. C’est donc de celle-ci qu’il faut retrouver le point d’origine… Mais, ici, Sigmund Freud se trouve à peu près totalement disqualifié.

C’est-à-dire qu’au sortir du cas Emmy von N…, nous l’aurions retrouvé sans ressource pour traiter, de façon satisfaisante, la question du déplacement d’ancrage de l’angoisse… Mais, au moment où il rédige la longue note que nous étudions ici, son expérience s’est accrue :
« Le traitement d’une autre malade, Mme Cécilie M…, m’a montré que l’état d’âme suscité par un incident et le contenu de ce dernier divergent régulièrement par rapport au conscient primaire. » (Idem, page 919)

De façon consciente, le point d’origine de l’angoisse, l’événement qui a libéré la quantité d’énergie en quête de fixation, doit d’abord se trouver masqué sous une fausse attribution. Or, ce qu’il n’a pu obtenir d’Emmy von N… – en un temps où il n’était qu’un néophyte extrêmement maladroit -, Sigmund Freud a su s’en saisir en face d’une patiente dont il rapporte le compte rendu du traitement dans la suite des Etudes sur l’hystérie, et avec toute la minutie dont il se sentait capable :
« De tous les cas que je décris ici, c’est ce dernier que j’ai le mieux étudié. J’ai pu y rassembler les preuves les plus nombreuses et les plus convaincantes du mécanisme psychique des phénomènes hystériques décrits. Malheureusement, des raisons personnelles m’empêchèrent d’exposer tous les détails de cette observation sur laquelle je pense m’appuyer à l’occasion. » (Idem, page 919)

C’est justement la raison pour laquelle Sigmund Freud va prendre le parti d’utiliser la présente note – qui se trouve accrue d’autant – pour nous en dire bien plus qu’il n’en savait au moment même où ce dernier cas – celui de Cécilie M… – se déployait devant lui.

NB. Pour comprendre dans quel contexte politique de fond se situe ce travail inscrit dans la problématique générale de l'amour courtois...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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1 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 8 février 2018 06:40

    ......................

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