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Accueil du site > Tribune Libre > Quand Staline faisait face à l’inquiétante persistance d’une (...)

Quand Staline faisait face à l’inquiétante persistance d’une classe sociale appuyée sur la production marchande

Joseph Staline ne méconnaît pas, pour sa part, le caractère apparemment très étrange de la situation de l’Union soviétique, alors qu’elle sort d’une guerre qui lui a donné la réputation d’incarner la pointe de ce que serait le socialisme dans sa forme pratiquement définitive. Il n’y aurait plus, pour elle, qu’à panser les terribles plaies qui venaient de lui être infligées, et à continuer tout droit. Mais puisqu’il y a quelque chose qui ne paraît pas être rentré dans le moule, pourquoi ne pas lui passer dessus sans le moindre remords ? Voici comment Staline formule lui-même le problème :

«  On dit qu’après que la propriété sociale des moyens de production s’est installée dans notre pays et que le salariat et l’exploitation ont été liquidés, la production marchande n’a plus de sens, qu’il faudrait par conséquent l’éliminer. » (Idem.)

Vue de France tout particulièrement, cette survivance d’une production marchande qui ne conviendrait pas à Staline est une première surprise… Avec tout le sang qu’il avait fait couler – nous dit-on – dans les années 30 pour obtenir une collectivisation à marche forcée de l’agriculture, comment se peut-il que le socialisme intégral n’ait pas été immédiatement atteint pour les quelques survivants ?… Et si le problème persiste, d’où vient que le dictateur se refuse à sortir, une fois de plus, son grand couteau, pour en finir en moins de deux ?

De fait, il y a un élément dont il faut tenir le plus grand compte : il s’agit tout simplement de la dialectique des forces productives et des rapports de production… Mais qui s’en soucie, en Occident, depuis que Joseph Staline est réputé n’avoir été qu’un monstre assoiffé de sang ?

Allons au plus simple… Les forces productives concernent l’ensemble des rapports que l’être humain a pu établir avec la nature pour obtenir d’y vivre sa vie d’une façon dont nous savons qu’elle est en constante évolution. Il s’agit de l’usage de sa main, tout autant que du déploiement de ses capacités cognitives, intellectuelles, etc., que du stock de ses outils, de ses machines, de ses ordinateurs, etc. Mais, dans l’acte de production, l’humain n’est jamais seul : l’individu lui-même n’y est à peu près rien… Des collaborations sont nécessaires en permanence : elles se vivent au passé – à travers la transmission intergénérationnelle – ou au présent, et de façon aussi bien positive que négative…

Changeons alors de point de vue… La structuration en classes autour de l’appropriation privée des outils de travail, des capitaux, etc., donne aux rapports avec la nature un contexte d’évolution qui tient compte autant des différends très personnels que des champs de bataille d’au moins deux conflits de dimension mondiale, pour l’instant… Écrivant cela, nous venons tout simplement de définir les rapports de production…

Si les forces productives peuvent apparaître comme le résultat de l’évolution humaine dans son ensemble – et c’est bien à travers cette accumulation permanente et universelle que se pose la question du communisme -, elles font l’objet d’une répartition qui, en s’appuyant sur l’appropriation privée, par certaines classes, des connaissances, des outils, etc., leur permet de retirer les profits induits par le travail des classes historiquement réduites à la condition prolétarienne.

Revenons à Staline qui s’exprime en 1952 :
« À l’heure actuelle, il existe chez nous deux formes essentielles de production socialiste : celle de l’État, c’est-à-dire du peuple entier, et la forme kolkhozienne, que l’on ne peut pas appeler commune au peuple entier. » (Idem.)

Autrement dit, trente-cinq ans après la Révolution bolchevique de 1917, la dictature du prolétariat ouvrier et paysan n’a pas encore réussi à se rendre maîtresse de toute une partie de la réalité soviétique.

Entrons dans quelques détails :
« Dans les entreprises d’État, les moyens de production et les objets fabriqués constituent la propriété du peuple entier. Dans les entreprises kolkhoziennes, bien que les moyens de production (la terre, les machines) appartiennent à l’État, les produits obtenus sont la propriété des différents kolkhozes qui fournissent le travail de même que les semences ; les kolkhozes disposent pratiquement de la terre qui leur a été remise à perpétuité comme de leur bien propre, quoiqu’ils ne puissent pas la vendre, l’acheter, la donner à bail ou la mettre en gage. » (Idem.)

Nous commençons à mieux comprendre où est né… Mikhaïl Gorbatchev

La situation est ainsi assez nettement tranchée, et c’est le monstrueux dictateur qui nous le dit :
« L’État ne peut donc disposer que de la production des entreprises d’État, les kolkhozes bénéficiant de leur production comme de leur bien propre. » (Idem.)

On peut certes très facilement les martyriser, les égorger, les découper en rondelles…
« Mais les kolkhozes ne veulent pas aliéner leurs produits autrement que sous la forme de marchandises, en échange de celles dont ils ont besoin. » (Idem.)

Nous avons vu comment, rien qu’avec son petit tracteur, le jeune Gorbatchev avait réussi à se constituer un important pactole en passant dans les champs quelques semaines de son temps de vacances…

Ainsi y a-t-il une partie des forces productives qui ne veut pas – qui n’a nul besoin de – s’accommoder des rapports de production qui sont la marque de fabrique de la dictature du prolétariat ouvrier et paysan…
« Les kolkhozes n’acceptent pas aujourd’hui d’autres relations économiques avec la ville que celles intervenant dans les échanges par achat et vente de marchandises. Aussi la production marchande et les échanges sont-ils chez nous, à l’heure actuelle, une nécessité pareille à celle d’il y a trente ans, par exemple, époque à laquelle Lénine proclamait la nécessité de développer par tous les moyens les échanges. » (Idem.)

Comme quoi, il n’aura pas suffi d’en assassiner quelques dizaines de millions !…


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19 réactions à cet article    


  • mmbbb 2 mars 20:41

    Si Staline n avait pas tant envoye d ingenieurs de scientifiques au Goulag, les Russes auraient ete en avance economiquement .. J ai en memoire le genial Korolev ayant permis les premieres spatiales . il fut sorti du Goulag mais il souffrait de maladie cardiaque . Les medecins russes l ont plutot acheve que soigner Quant au biologiste du parti Lyssenko , il a, par ses erreurs affaiblit la production agricole . Jean Rostand lui a repondu dans un article . 

    Lire ce genre d article sent l enfermement intellectuel de Sartre .

    Un grosse merde de gauche 


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 2 mars 20:56

      @mmbbb

      pourquoi « de gauche » ?


    • mmbbb 2 mars 21:23

      @Séraphin Lampion Sartre etait a gauche, me semble t il . Il fut l egerie de tant d intellos de profs ! J ai subis helas leur nuisance Que reste il aujourd’hui ? Rien et fort heureusement . N est ce pas lui qui avait dit « Ceux qui critiquent l URSS sont des chiens » Quant a cet article , cet auteur est naif, s il avait vecu a cette époque en URRS , le NKVD lui aurait fait son compte ! .Cet auteur est tres navrant . Il y eut récemment un doc sur le Goulag diffusé sur ARTE , bon documentaire historique . Quel gachis pour le peuple Russe 


    • Parrhesia Parrhesia 3 mars 10:23

      @mmbbb
      Sartre n’était nulle part !
      Il professait des idées et adoptait des attitudes dites « de gôôôche » pour asseoir son standing personnel sur le plan sociétal et pour accroître la diffusion de sa production de crasse intellectuelle !!!


    • Parrhesia Parrhesia 3 mars 10:30

      @Parrhesia
      cela dit, j’ai quand-même attribué, exceptionnellement, une étoile favorable à cet article.


    • Parrhesia Parrhesia 3 mars 11:53

      @Parrhesia
      Merci de lire : « sa crasse intellectuelle personnelle ».



    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 2 mars 20:55

      Pour Cuny, le 5 mars 1953 est « le jour où commença l’agonie du communisme ».

      Postulat : le stalinisme exprimerait l’essence du communisme.

      Corollaire : la mort de Staline inaugurerait son déclin.

      Conclusion : l’histoire du communisme s’est achevée avec la « déstalinisation », puis la « glasnost » et la « perestroïka ».

      Enfermer la réalité historique dans ce schéma est simpliste. La période où l’Union soviétique a été dirigée par Staline est une tragique réalité. 4 millions de Soviétiques condamnés pour « crimes d’Etat ». 786.098 exécutions entre 1930 et 1950, une répression que rien ne peut justifier. Jamais la fin ne justifiera l’emploi de moyens qui la contredisent.

      Mais c’est aussi réducteur, stérile et contraceptif, puisque le résultat est de désamorcer tout espoir de progrès à travers une identification à une dérive tragique. Le culte de la personnalité érigé en adoration de momies pharaoniques fige à jamais un épisode de la lutte des peuples pour leur épanouissement dans une adoration sclérosée des idoles, une religion.


      • Parrhesia Parrhesia 3 mars 11:31

        @Séraphin Lampion
        Bonjour Séraphin Lampion,
        >>> l’histoire du communisme s’est achevée avec la « déstalinisation <<<
        Très important et logique constat puisque le communisme stalinien n’a pu se maintenir urbi et orbi après la seconde mondiale que par l’incroyable et criminelle tyrannie de Staline.
        Or, à la même époque, en France, il y eut jusqu’à 25% du corps électoral pour soutenir un communisme exclusivement stalinien.
        Une comparaison s’impose dès lors : La « propaganda » de la tentative de mondialisme communiste était déjà presque aussi efficace que la « propaganda » de la tentative de mondialisme capitaliste du N.O.M.


      • CN46400 CN46400 3 mars 11:50

        @Parrhesia
        Votre histoire est lacunaire. En 53 (mort de Staline) le stalinisme arbore , en France, comme partout, les lauriers de Stalingrad. Et le PCF sort auréolé de la Résistance et pratique une politique (que Macron démolit70 ans après...) qui fait la quasi unanimité dans le pays....


      • Parrhesia Parrhesia 3 mars 12:07

        @CN46400
        Absolument exact, CN46400,
        Mais reconnaissez avec moi que cela n’a jamais pu excuser les crimes du communisme stalinien, de la même façon que rien n’a pu ni ne pourra excuser les crimes du nazisme hitlérien.
        Et restons justes et équitables jusqu’au bout de votre raisonnement en associant de Gaulle (que les communistes français ont passé à la moulinette contre l’avis de Moscou) à la politique que vous évoquez !
        Bonne journée.


      • vesjem vesjem 3 mars 16:33

        @Parrhesia
        oui mais l’histoire du communisme à cette époque n’est pas si simple
        https://www.youtube.com/watch?v=H-OXGhMBQUI


      • CN46400 CN46400 3 mars 18:32

        @vesjem
        Avant 41, c’est une époque, après 45, c’est une autre époque...bombes nucléaires et USA omniprésents


      • CN46400 CN46400 3 mars 11:03

        L’auteur et Staline lui-même manient des concepts qu’ils ne maîtrisent qu’imparfaitement.

        La dictature du prolétariat sur l’état doit se comprendre comme l’antithèse de la dictature de la bourgeoisie sur l’état que nous connaissons bien, et qui permet, par exemple, à Mr Macron d’imposer une réforme des retraites largement minoritaire dans l’opinion. Le socialisme, pour Staline, commence avec la disparition de la propriété privée du capital comme des produits du travail des prolos (kolkosiens ici). Ce qui suppose que la valeur du travail est égale quelle que soit le cadre dans lequel celui-ci s’exécute. Pour Staline, et toute son école, les prolos se valent tous, quelle que soient leurs capacités, formation ou expérience.

         Lénine avait fait remarquer que,« par rapport au ouvriers occidentaux le ouvriers russes travaillaient mal » (T27 des OC), mais cela n’effleure pas Staline. Pour lui le volontarisme, et la trique, règlent tout. Seul, dans la force de travail, compte le nombre. Dans cette optique, la force de la Chine, serait réduite à sa multitude et ses compétences, acquises depuis 1980, négligeables...

         Il est curieux que pour tant d’observateur, partisans du socialisme, la parenté entre la pratique politique de Staline, et sa conception particulière du marxisme ne soit pas davantage soulignée.

         Pour Staline, jusqu’à Gorbachev, le capitalisme d’état, de Lénine, n’existe pas, et la NEP n’est « qu’un recul provisoire ». On peut donc passer du quasi servage au socialisme en effleurant à peine le capitalisme. Sauf que l’URSS a échoué, pourquoi ?....


        • Robert Bibeau Robert Bibeau 3 mars 22:47

          @ l’auteur 

          Vous avez du mérite de décortiquer comme vous le faites les écrits et l’historicité de cette période importante que nous devons comprendre si nous souhaitons apprendre de l’histoire éviter les erreurs et la prochaine fois faire mieux que la précédente.

          Votre analyse a le mérite de traiter des vrais variables vecteurs et forces en jeux dans cette patrie du SOCIALISME INCONTOURNABLE. 

          1. vOUS ÉVITER DE DRAMATISER ET SENTIMENTALISER LE DÉBAT qui n’est pas de nature morale mais essentiellement scientifique économico-politique 

          2) Ce qui signifie que si Staline avait fait massacrer deux fois plus de soviétiques ou quatre fois moins les résultats auraient ét absolument les mêmes 

          3) La question du développement du mode de production communiste prolétarien VIA le déploiement du socialisme capitaliste totalitaire n’est pas un problème idéologique, juridique, politique, sectaire ou libéral mais seulement un problème de force productive, de moyens de production et en fin de compte en dernière instance - de rapports sociaux de production.

          4) Dans votre démonstration ci-haut vous approchez de cette compréhension que vous rejetez car vous ne pouvez vous résoudre à endosser le grand schisme = IL était impossible peu importe la valeur de Lénine ou de Staline ou de Mao de construire le mode de production communiste prolétarien sur les bases du mode de production féodal agraire archaique que vous qualifiez vous même de dictature du prolétariat et paysan = une aberration totale. Pourriez-vous m’identifier la paysannerie aux États-Unis d’Amérique en 2020 ? Ne cherchez pas = le capitalisme au stade impérialiste a détruit la paysannerie comme condition de son développement.

          Merci de nous fournir l’occasion de débattre ces choses utiles pour l’avenir de la révolution… et souhaitons que les interventions des lecteurs soient à la hauteur de votre réflexion… Il n’y a pas place ici pour l’insulte et la finasserie.

          Robert Bibeau http://www.les7duquebec.net


          • CN46400 CN46400 4 mars 09:34

            @Robert Bibeau
            Il y a évidemment quelques vérités dans votre post, notamment sur la morbidité de la politique de Staline qui ne correspondait évidemment pas à l’objectif affiché, mais qui est plus l’habillage que la cause profonde de l’échec. Le mode de production socialiste (à chacun selon son travail) ne peut pas être atteint à partir de forces productives à peine sorties du féodalisme.
             C’est cette évidence que soulignait Kaustky après octobre 17 et auquel Lénine répondait à peine six mois plus tard avec sa thèse sur le « capitalisme d’état », et après la guerre civile avec la NEP. Avec tous les staliniens (Gorbachev y compris), vous niez, non par la critique, mais par négligence volontaire, en mettant Lénine dans le même sac que Staline et Mao, cette réalité.
             Réalité que Deng Xiao Ping a aussi masqué, pour tromper les impérialistes, mais qu’il a appliqué avec les résultats que l’on connaît maintenant.


          • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 4 mars 10:12

            @Robert Bibeau
            Merci.


          • Luniterre 3 mars 23:05

            Le texte intégral du livre de Staline, qui était essentiellement une préparation aux débats du 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchevique :

            https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/11/les-problemes-economiques-du-socialisme-en-urss.pdf

            Sur l’histoire de l’économie soviétique et le contexte auquel ce livre répondait :

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/05/17/marx-200-ans-quelle-signification-de-son-detour-russe/


            Un débat encore actuel sur l’affaire Lyssenko :

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2020/03/02/le-revisionnisme-de-mm-gastaud-suing-et-cie-demasque-par-les-sources-historiques-sovietiques-et-russes/

            Cette étude est basée directement sur les sources historiques russes et soviétiques, incluant les témoignages directs des intervenants dans les événements autour de l’affaire Lyssenko et de ses suites sous le khrouchtchevisme.
             
            Ces témoignages croisés expliquent exactement le contraire des affirmations de MM. Suing et Gastaud, notamment celles qu’ils ont cosigné dans un doc important fait en commun entre eux sur les fondamentaux, en 2019.

            Luniterre

            • CN46400 CN46400 4 mars 11:40

              A propos de « production marchande », de quoi parle Staline ?

              De la grande production des kolkoses qui étaient distribuée par la bureaucratie, aux magasin étatisés qui géraient les pénuries où les produits des micro parcelles que les kolkosiens travaillaient, à leurs comptes, et avec sérieux, qui étaient distribué sur des marchés libres, à des tarifs plus confortables pour les vendeurs ?.....

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