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Quel est l’intérêt du Kosovo dans l’escalade de violence sur le territoire ?

En réalité, le règlement des contradictions les plus graves dans la région des Balkans a été l'occasion de reprendre ses efforts grâce à une série de succès diplomatiques en Serbie. Le Kosovo est-il prêt à un compromis ou sommes-nous au bord d'une nouvelle vague de tension ?

La semaine dernière, des chiffres intéressants : « 97 contre 96 » sont apparus sur le tableau de bord de l’ONU, la proportion de pays reconnaissant et ne reconnaissant pas l’indépendance du Kosovo, qui est toujours favorable à Pristina.

Dans le même temps, le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic, a annoncé que la République togolaise ne serait pas la dernière de la liste des pays qui avaient annulé leur décision de reconnaître le Kosovo. Rappelons qu’à l’heure actuelle, 15 États ont reconnu le Kosovo comme État indépendant.

"Nous continuerons jusqu'à ce que nous comprenions la gravité de la situation et que nous convenions d'un compromis au Kosovo", a déclaré Dacic.

En même temps, le vice-Premier ministre du Kosovo, Enver Khojay, a déclaré que Pristina aurait dû poser des conditions pour Belgrade : la suppression des 100% de droits de douane sur les importations de marchandises en provenance de Serbie centrale (mesure draconienne en vigueur depuis Décembre de l’année dernière, que la Serbie cherche à annuler) que si la campagne visant à annuler la reconnaissance de l’indépendance se termine. Cette proposition a peu de perspectives politiques en raison de l'anarchie actuelle au Kosovo après la démission de l'ancien Premier ministre Ramush Haradin. Cela montre toutefois que, d’une part, à Pristina, ils prennent ce projet très au sérieux et, deuxièmement, ils ne sont pas en mesure d’utiliser des méthodes diplomatiques et même avec l’aide de personnalités influentes de la politique étrangère pour s’y opposer, sans s'asseoir à la table des négociations avec Belgrade .

La série de défaites en matière de politique étrangère a été une continuation pour Pristina d’un nouveau cycle de la crise politique intérieure et de la lutte pour le pouvoir. L’opportunité de passer à côté de la majorité sera donc un coup douloureux, même psychologiquement. De toute évidence, en cette période d'anarchie dans la région litigieuse (d'ailleurs non encore marquée par un système d'État puissant), aucune décision nouvelle ne sera prise concernant le règlement du conflit prolongé avec Belgrade. Néanmoins, il est fort probable que nous entendrons plus d'une déclaration, proposition ou même une demande sur ce sujet, mais que nous nous concentrions sur le public local dans le but de s'affirmer sur la scène politique nationale.

Les élections au Parlement européen et la nomination de nouveaux ministres ne relevaient pas des partisans du Kosovo : Josep Borrell, qui dirigeait le ministère européen des Affaires étrangères, est un homme politique espagnol (et l'Espagne ne reconnaît pas l'indépendance du Kosovo), un opposant ardent au catalan, au séparatisme et toute tendance similaire en Europe. Il a réitéré ses points de vue lors du récent sommet de l'UE et des Balkans occidentaux à Helsinki, où il a boycotté un événement avec la participation de représentants des autorités du Kosovo.

À présent, les Kosovars attendent la campagne présidentielle aux États-Unis dans l’espoir d’obtenir un soutien encore plus grand face à un nouveau chef à Washington qu’ils n’en ont reçu de Donald Trump. C’est un autre facteur qui empêche actuellement les Kosovars de prendre de vraies décisions de règlement et même le dialogue avec Belgrade.

Dans une situation où Belgrade et la communauté internationale appellent toutes les deux en faveur d'une résolution rapide du conflit, il n'y a qu'un seul moyen efficace d'arrêter les négociations : aggraver la situation. Pristina a déjà utilisé tout un arsenal de leviers politiques et économiques. Mais le plus « efficace » à cette fin reste invariablement la violence. En 2017, les négociations sur le meurtre du politicien serbe Oliver Ivanovich dans la ville de Kosovsk-Mitrovica ont été longtemps gelées. en 2018, avec la détention dans la même ville du ministre Marco Djurić, les forces spéciales de la police du Kosovo ont mené plusieurs opérations dans le nord de la région litigieuse, la dernière et la plus brutale ayant eu lieu en mai de cette année, à l'aide d'équipement militaire. Un employé de la MINUK (Mission des Nations Unies au Kosovo) a été grièvement blessé.

Ces opérations sont menées sous le prétexte d'une action antiterroriste, la détention de criminels dangereux, par exemple de fournisseurs illégaux d'armes et de drogues. Pristina a même créé une « liste antiterroriste », un document pouvant être utilisé pour toute implication des forces spéciales. Pour ceux qui sont même un peu familiers avec les spécificités de la région, cela semble au moins étrange. Le Kosovo, en tant qu'entité publique, s'est développé sur le trafic de drogue, le marché noir des armes et des organes humains. Si vous recherchez des criminels, vous devez le faire à Pristina et non parmi les pauvres villages enclaves serbes.

À l'heure actuelle, la Serbie insiste pour que le dialogue se traduise non seulement par des paroles, mais aussi par des actes, réduisant systématiquement le nombre de sympathisants du Kosovo. Et la même semaine, dans la ville de Kosovsk-Mitrovica, un groupe de radicaux albanais a attaqué un enfant serbe. L'attaque est très similaire à celle prévue : le mineur a été grièvement blessé par un couteau. Le garçon a passé plusieurs jours à l'unité de soins intensifs.

Belgrade a clairement apprécié l'incident : il s'agit d'une campagne d'intimidation de la population serbe afin de la "faire sortir" de la région. Le chef de la chancellerie serbe du Kosovo, Marco Djurić, a rappelé les exemples de Dzhakovitsa, Prizren, Pristina, où il n'y avait plus de Serbes. La réaction prudente et exclusivement verbale de Belgrade est explicable. Toute action drastique, y compris des manifestations de masse, peut servir de prétexte à une autre opération de police dans le nord des Serbes du Kosovo, ce qui n'est en aucun cas dans l'intérêt de Belgrade.

Source : https://realbomb.info/2019/09/06/what-is-the-interest-of-kosovo-in-escalation-on-the-territory/

 


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7 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 7 septembre 08:42

    Si on lit bien, l’UE serait derrière Belgrade et Trump derrière le Kosovo ?

    Pauvre « Yougoslavie ».

    Alors que Tito avait réussi à trouver le plus grand dénominateur commun servant à fédérer des peuples divers dans leur intérêt, les impérialistes européistes et yankees jouent la zizanie pour récupérer des marchés et des protéctorats, colonies et autres dépendances.


    • Jelena Jelena 7 septembre 14:00

      @Séraphin Lampion >> Alors que Tito avait réussi à trouver le plus grand dénominateur commun (...)

      Suite à 14-18, ce sont « les blancs » et non « les rouges » qui ont réuni tous les yougoslaves en faisant valoir qu’ils appartenaient à la même tribu... Par contre, c’est sous les rouges que les albanais (qui ne sont pas des yougos) ont « colonisé » le Kosovo.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 7 septembre 15:18

      @Jelena
      les Albanais qui ne sont pas « slaves » voulez-vous dire ?
      ils sont bien « yougos » puisqu’ils sont au sud de l’ensemble, mais ils parlent une langue qui n’est pas slave.
      Cela dit qu’il s’agisse de pan-germanisme, pan-slavisme ou tout ce que vous voudrez, la langue n’est peut-être pas le meilleur critère pour définir une nation, ou une « tribu » comme vous dites si ?
      la religion non plu, et cest la ligne de clivage (héritée des Turcs) qui a servi de prétexte à la scission avec la Bosnie.


    • Jelena Jelena 7 septembre 19:46

      @Séraphin Lampion : On oublie mon commentaire précédent, je reprends... C’est sous le règne de Pierre 1er que fut créé la Yougoslavie, l’idée était de réunir « les slaves du sud ». Quand à Tito, il n’avait fait que s’emparer du trône.

      Tant que j’y suis...

      >> Si on lit bien, l’UE serait derrière Belgrade et Trump derrière le Kosovo ?

      Parfois compliqué d’y voir clair, mais ce qui est certain, c’est que seuls les ricains soutiennent ces taxes.


    • Jelena Jelena 7 septembre 11:16

      Suite à son départ, Haradinaj déclara que la taxe de 100% sur les produits en provenance de Serbie et Bosnie était une directive des USA. On le savait déjà.... Toujours est-il que ce fut dit face aux caméras.

      Il avait même ajouté qu’il se définissait avant tout comme « un soldat américain ».


      • Kapimo Kapimo 9 septembre 02:46

        Le Kosovo n’existe pas, il s’agit d’un simple territoire annexé par l’OTAN pour le bon plaisir des américains (et autres). On fait d’un pierre trois coups :

        casser les pieds aux serbes et aux Russes

        montrer aux européens qu’ils ne sont pas maîtres chez eux

        — implanter dans un coin éloigné la plus grande base américaine en Europe (camp Bondsteel), centre de toutes les basses oeuvres de l’OTAN (base logistique de trafics, formation de djihadiste, etc...) 


        • HELIOS HELIOS 9 septembre 13:08

          il est urgent de s’affranchir de l’OTAN, et... par conséquence, reprendre nos influences sur les frontières européennes,... toutes les frontières, depuis le Groenland jusqu’au Bosphore, au sud et l’Oural, plus au nord.

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