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Quelques conseils pratiques à l’adresse de ceux qui veulent se lancer dans l’industrie touristique

Jadis la presse profitait de la période estivale pour nous ressortir quelques « vieux serpents de mer ». « Nessie » le fameux monstre du Loch-Ness était la « star », les échotiers nous abreuvaient, avec force articles, de tous les détails sur la vie pourtant discrète et retirée du brave monstre. Puis advinrent les chaînes d’information continue (télévisuelles, radiophoniques, et sur internet). Fini Nessie, dont la photo en double page ne suffisait plus à étancher la soif de savoir de l’homme moderne, et qui devint par là même une victime « co-latérale » de ce qu’il conviendrait d’appeler « l’échauffement internétique ». Car comment parler de ce pauvre Nessie des journées entières ? Une fois qu’on a exhumé la seule photographie que l’on a, que l’on a recueilli l’avis des quelques naturels qui vivent aux abords immédiats du lac, et à part y plonger pour en ressortir tout couvert de vase, que faire ? C’est tout au plus trois ou quatre articles, que l’on récoltera, et encore si on arrive à agrémenter le tout du récit de son périple sur place. Mais c’est bien le diable si l’on tient ainsi une demi-journée à raison d’une « information » toutes les deux minutes. On risque le hashtag mécontent et pire la chute d’audience. Et les chaînes d’info, qui sont plus babilleuses que le célèbre Pipelet créé par Eugène Sue, se méfient de la baisse des « baromètres d’audiences » comme de la peste.

Donc, il faut meubler. Trouver sans cesse de nouveaux sujets. Raconter tout et n’importe quoi pourvu qu’on dise quelque chose. Ainsi ce matin, j’ai entendu une chronique portant sur le « camping » à la radio.

J’ai donc appris qu’on payait le camping désormais à prix d’or fin afin d’avoir « le petit déjeuner servi et les draps changés tous les jours ». Bref, une sorte de service d’hôtel de luxe avec une vue imprenable sur les buildings de Palavas les flots. Voilà bien un « service » qui manquait à l’homme moderne et qui ravira, en outre, la bourgeoise du VIIème arrondissement parisien. Imagine-t-on la scène ? Cette chère Colette, soixante-douze ans, campant entre l’arrière cours d’un restaurant et le parking de la plage, dans les environs de la Grande-Motte, assise sur son pouf, devant son « mobil-home », et se lamentant, : « c’est épouvantable, Charles-Henri, ces moussstiques me mènent une vie ! Voyez ma jambe tout couverte de piqûres. Et ce campinge est une horreur : impossible d’avoir un jus de fruit frais pressé le matin, quant au personnel, il parle avec un accent… Vous avez vu votre Jaguar ? à force d’être au soleil, le cuir de buffle va finir par se craqueler avec cette canicule, et j’y ai noté une éraflure, sûrement due à l’un de ces sots enfants mal élevés et qui n'a pas fait gaffe en ouvrant sa portière. Je vais de ce pas, mettre un commentaire négatif sur leur site. Ils ne l’auront pas volé. Passez-moi mon « aïe » phone et ensuite nous rentrons à Paris. »

Comme les marchands de camelote ne sont pas à cours d’idées et que moults citadins rêvent de jouer les aventuriers à la petite semaine, on a mécaniquement la rencontre de l’offre et de la demande et, ainsi que nous le narre la chronique :

On apprend que plutôt que de poser leur tente Quéchua dans le camping municipal, nos modernes amateurs de sensations fortes font du « bamping », lequel se définit comme la contraction de « basique » et « camping ». Soit assez exactement profiter du luxe qu’offre la municipalité de Gruissan (douches et toilettes collectifs, et vaisselle à l’eau froide) mais en payant le tout à prix d’or. Forcément, quand c’est cher : ça fait sérieux. Et vu le nombre de pigeons qui nichent dans les grandes villes, il n’y a pas de risque, pour les margoulins de tous poils, de voir le flot tarir. Les escadrilles n’en ont pas fini d’atterrir avec une ponctualité hebdomadaire sur les bords du Golfe du Lion.

Mais cela était insuffisant, les aventuriers, les vrais, ceux qui n’ont pas peur, optent pour le « glamping ». Vous ne connaissez pas ? C’est la contraction de « glamour » et de « camping ». Vos enfants se sont amusés à faire une cabane dans les arbres, s’en sont lassés et c’est à vous de déblayer le tout ? Ne faites rien, ou plutôt laissez le tout en état, et ouvrez votre propre glamping. Vous trouverez une ribambelle d'amateur pour venir (mal) dormir dans le tas de branche que les marmots vous ont laissés à trois mètres de hauteur. Expliquez doctement que s’il n’y a ni drap, ni toilette, c’est « que c’est un concept bio et roots, une expérience à vivre en famille pour mieux appréhender le concept survivaliste. Qu’avec l’augmentation du niveau des océans : qui sait ? Peut-être un jour en serons-nous réduits à vivre dans les arbres ». N’oubliez pas de demander entre 100 et 150 € par nuit, tarif en-dessous duquel vous passerez pour un aimable plaisantin.

Vos branches sont tombées à terre à cause d'un coup de vent ? Pas de panique : vous les disposez autour du tronc de l’arbre et vous appelez cela du « Tramping » ou « camping autour du tronc » que vous décrirez de la manière suivante : « concept nouveau et révolutionnaire du camping autour du tronc, où vous expérimenterez la sensation unique de connaitre les sensations qu’éprouvaient les hommes préhistoriques ». Laissez la répétition de "sensation", c'est un de ces mots « magiques » de notre époque.

Les taupes de votre jardin vous ennuient et vous ne savez pas quoi en faire ? Mettez quelques pièges, puis passez vos taupes mortes sur un feu improvisé près du « campement » et servez-les en guise de repas. Présentez le tout comme « une expérience culinaire » en jouant sur les mots (anglais de préférence) dans un slogan du genre : « le soir menu au top ». Lorsque le vacancier débarque, ne répondez surtout pas aux questions pressantes qu’il ne me manquera pas de vous faire. Offre-lui en guise de réponse, un verre d’eau « naturelle » issu du puits, de la gouttière mal entretenue ou du ruisseau et prenez un air mystérieux et entendu tout en souriant ; cela attisera la curiosité. Il ne vous reste plus qu’à encaisser vos 150 € et attendre la volée suivante qui ne tardera pas à débarquer. De toute façon, une fois le prix payé, le dindon ne pourra faire autrement que de se délecter de vos taupes en buvant votre eau de pluie croupie. Car il ne voudra pas décevoir sa charmante compagne qui lui expliquera, sur un ton sans réplique, qu’on mange bien des insectes en Asie depuis toujours.

Et pour parodier ce galant homme que fut le professeur Choron, lequel en offrant ses fiches pratiques m’inspira cette chronique : tant qu'il y aura des voyageurs, il y aura des pigeons.


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7 réactions à cet article    


  • hunter hunter 8 août 2018 18:51
    Salut Sébastien

    J’ai plussoyé avec entrain !
    Excellent, merci, j’ai encore bien rigolé !
    étant originaire d’une région française qui a vendu sonâme, ses terres et son cul pour devenir le bronze-cul de l’Europe, nous sommes passés maîtres en matière d’essorage de touristes, en leur vendant les pires merdes à des prix infâmes, et qu’ils sont heureux de cracher !

    Et depuis l’apparition du phénomène sociologique « bobo », alors là, les copains battent tous les records.....comme vous l’avez parfaitement écrit, il suffit d’emballer la merdasse dans un beau discours ecolo-bobo-bio, et hop tombent les biftons !

     smiley

    Et en tchatche, dans le sud est on s’y connaît....

    Enfin, moi je suis parti pour l’autre côté...j’en avais un peu marre, tout est hors de prix, la vie est vraiment difficile....

    Mais je reste attaché à ma région, je l’aime toujours !

    Adishatz

    H/

    • Le421 Le421 8 août 2018 20:37

      @hunter

      J’habite à Sarlat.
      Est-il besoin de préciser autre chose.
      Le dernier restaurant qui m’a « refilé de la bouffe », c’était...
      Je ne me souviens pas.

    • Sébastien A. 9 août 2018 08:20

      @hunter
      Adiou ! comme on le dit dans mon Gard natal.
      Tant mieux si je vous ai fait rire !
      Bien à vous,
      Sébastien


    • zygzornifle zygzornifle 9 août 2018 14:02

      Un conseil ? Passez votre chemin ....




      • zygzornifle zygzornifle 9 août 2018 14:02

        il y a déjà les ONG qui font du tourisme avec l’Aquarius et ses petits frères .....


        • zygzornifle zygzornifle 9 août 2018 14:04

          « Nessie » le fameux monstre du Loch-Ness était la « star »...


          Cette année de canicule on a mieux , Macron et son monstre distributeur de torgnoles Benalla ....

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Auteur de l'article

Sébastien A.


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