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Quels sont les dangers économiques qui planent au-dessus de nos têtes ?

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Extrait du livre Manifeste pour une économie jaillissante (Et non plus ruisselante) 

En réalité, un peu plus de 10 ans après la crise des « subprimes », rien n’a globalement changé sur les marchés financiers, la titrisation des créances et ses dérivés redevenant même à la mode. Pire, certaines banques, en finançant dorénavant la dette des États, jouent dans la même cour et sont devenues trop importantes au système (too big to fail) pour se voir condamnées pénalement à la hauteur des conséquences de leurs malversations sans risquer de faire s’effondrer l’ensemble du système financier.

Or, sans punitions d’envergure, les erreurs sont invariablement condamnées à se répéter.

D’ailleurs, depuis la dernière crise bancaire, les bulles financières sont redevenues légions sur des marchés financiers où la barrière technologique donne naissance à des algorithmes toujours plus complexes. Depuis quelques années, des milliards se gagnent et se perdent en picoseconde dans des mouvements de marché quasiment imperceptibles et automatisés. Ces petits « robots » de la finance (qui ne se soucient jamais de la faiblesse des fondamentaux techniques) peuvent amplifier à la baisse les marchés avec leurs millions de transaction à la seconde. Par effet domino, les autres algorithmes, qui sont programmés pour profiter des tendances baissières, créent le risque systémique de krach éclair.

De plus, cette automatisation exponentielle rend dorénavant utopique toutes formes de régulations efficaces en amont de la part des autorités de marché, dépassées techniquement par manque de moyens. Force est de constater que la multiplication du nombre d’ordres passés chaque jour avec le Trading à Haute Fréquence (THF) a rendu les indicateurs de volatilité obsolètes à nous prévenir en temps réel des risques et dorénavant les marchés aveuglés ne font plus que réagir aux annonces et aux Tweets de manière imprévisible.

Il y a aussi les voix des professionnels du secteur comme celle du Docteur en économie, Nouriel Roubini (qui a été le seul à avoir anticipé la crise des Subprimes dès 2005) ; Patrick Artus, Directeur de la recherche et des études de Natixis ; Jean-Claude Trichet, ancien gouverneur de la BCE ; Georges Ugueux ancien numéro 2 de Wall Street ; Scott Minerd, Directeur des investissements de Guggenheim Partners mais aussi bien d’autres acteurs institutionnels de ce secteur comme le Fond Monétaire International (FMI) ou l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE). Tous essaient par leurs prévisions alarmistes de nous prévenir des dangers effarants qui nous guettent maintenant que nous arrivons à la fin du plus long cycle expansif sur le marché directeur américain.

Ce manque de lisibilité devrait instantanément nous appeler à la plus grande prudence car il ne faut pas oublier que, selon la procyclicité des normes, une crise a lieu en moyenne tous les 10 ans. Pour preuve, lors de ses vœux 2019, le FMI a déclaré que « la récession était à l’horizon » tout en précisant que nous étions moins bien préparés pour y faire face qu’avant la crise de 2008. Son ancienne Directrice Générale nous a récemment mis en garde face au risque de « tempête » qui s’installe au-dessus de l’économie mondiale. Toujours plus inquiétant, selon le FMI, le niveau « alarmant » de la dette mondiale a battu un nouveau record en 2018 en s’établissant à plus de 246 000 milliards de dollars, soit 225% du PIB mondial. Pire, selon les calculs de l’Institut of International Finance (IIF), le « Monde » serait plutôt endetté à hauteur de 320% de ce qu’il produit en totalité comme richesse par an. Ses analystes concluants que la dette mondiale exponentielle que nous connaissons résultait, sans aucun doute, de la politique accommodante et sans limite des banques centrales.

Alors, quand on sait que la France sera endettée à 100% de son PIB en 2019 tandis qu’un particulier - à juste titre pour sa sécurité financière - ne peut dépasser 33% d’endettement pour obtenir un crédit, pas besoin d’avoir un diplôme en économie pour comprendre que ce sont toutes les règles encadrant l’endettement généralisé de notre système financier qui deviennent banalement insensées et potentiellement explosives.

Quels rôles ont joué les banques centrales dans cette histoire ?

Cette dérégulation des dettes, privées comme publiques, que nous connaissons aujourd’hui est due avant tout à la politique monétaire accommodante des banques centrales qui inondent les marchés financiers par un excèdent de liquidités disponibles à moindre coût. Par exemple, la Banque Centrale Européenne a, depuis 2009, mené une politique ultra-accommodante dans le but de soutenir l’économie en récession. Il faut savoir que seules les banques centrales détiennent le privilège de pouvoir fabriquer « sans limite » de l’argent et d’en fixer son coût d’emprunt via la hausse ou la baisse de ses taux directeurs. Effectivement, la fin de la convertibilité des monnaies en or (Etalon-or) a vu l’avènement du créditisme (création de crédit sans contrepartie d’épargne) à la place. Toute cette monnaie centrale, dorénavant fabriquée par l’alliance de la règle des dépôts à vue et des jeux d’écritures comptables, n’est plus liée à des ressources limitées comme l’or et permet aujourd’hui, littéralement, de racheter à volonté les dettes des États ou des entreprises.

Pour cela, la BCE a commencé par aller nourrir directement le marché interbancaire par le biais des « Targeted Long Term Refinancing Operations » (TLTRO). Ces prêts courts, au remboursement sans anticipation, sont conditionnés pour les banques au fait qu’ils soient redistribués dans l’économie par un taux de rémunération des dépôts négatifs (-0,5%). Cette « facilité de trésorerie » a permis de fournir jusqu’à aujourd’hui plus de 1 000 milliards d’euros de nouvelles liquidités aux banques qui, par manque d’actifs et par peur, ne se prêtaient plus entre elles suite à la dernière crise. Ensuite, la BCE, qui selon les traités n’a pas le droit d’injecter directement de la monnaie auprès des États, a trouvé comment contourner cette directive avec le Quantitative Easing (QE). Le QE est une autre réforme « non-conventionnelle » qui inclut un programme visant à racheter des actifs émis directement par les entreprises ou les États. Avec ce programme, la BCE a racheté des milliers de milliards d’euros d’obligations ou de titres sur le marché secondaire.

Pour finir, elle propose également un taux de refinancement principal (0,00%) et de facilité de prêt marginal (0,25%) historiquement bas pour que les banques de détail prêtent ensuite aux entreprises et aux ménages à moindre frais, toujours dans le but de soutenir l’économie. Au final, la BCE, qui a pour objectif d'atteindre un niveau d’inflation « autour des 2% », a permis d’injecter, en dix ans, un flux massif de nouveaux capitaux dans le système économique estimé à 5 000 milliards d’euros, soit près de 45% du PIB de tous les membres de la zone euro réunis.

Pourtant, avons-nous découvert avec cette politique monétaire accommandante, la martingale de la hausse éternelle des marchés ou le paradis artificiel de la croissance ? Malheureusement non, car lorsque la croissance monétaire (4,4%) croit plus vite que la croissance économique (2,9%) cela pose un problème fondamental qui alimente les bulles spéculatives. Après 10 ans, cette politique peut même être considérée comme un échec puisque, si on exclut les variations liées à la volatilité de certains produits comme le pétrole, la BCE n’a jamais réussi à atteindre son objectif de 2%. Pire, cela finit par produire l’effet inverse, puisqu’après avoir fait tourner à toute vapeur les « planches à billets », toutes les institutions ont profité gracieusement de ces injections de liquidités massives en empruntant de façon démesurée, créant un endettement généralisé des ménages, des États et des entreprises dans le monde entier.

Pour preuve, la Banque De France (BDF) vient de tirer la sonnette d’alarme. Elle indique, qu’à la faveur des taux faibles, la dette privée (des ménages et des entreprises) est devenue le principal risque pour notre système financier assorti d’une « perspective en hausse ». Ainsi, à la fin de l’année 2018, l’endettement du secteur privé en France s’élevait à 3 112 milliards d’euros, soit l’équivalent de 132,3% du PIB, ce qui représente une augmentation de plus de 45 points depuis 2000.

Le souci de la dette privée, c’est que lorsque les entreprises deviennent trop endettées pour rembourser, elles n’investissent plus dans l’appareil productif et de leurs côtés les ménages trop endettés cessent de consommer, leurs revenus n’étant pas extensibles, ce qui crée un surendettement généralisé. Dès lors, c’est la récession assurée.

Ce problème de dette privée est d’autant plus risqué pour la France que l’État est lui-même déjà fortement endetté (100% du PIB) et ne pourra guère offrir de relais de croissance en cas de retournement économique. Ce que confirme cette note de la BDF qui indique, poliment, que « la capacité de l’État français à amoindrir de futurs chocs devenait plus limitée ».

De plus c’était prévisible puisqu’en instaurant un accès à de l’argent facile, les banques centrales ont joué le rôle de « garant » et entretiennent le problème, bien connu en finance, de l’aléa morale qui notamment freine la croissance par la survie d’entreprises qui auraient dû faire faillite. Ces entreprises sont surnommées les « Zombies » parce que, pour survivre, elles ponctionnent les liquidités nécessaires à la création de nouvelles entreprises qui seraient plus rentables et plus créatrices d'emplois. Le résultat c’est qu’avec tout ce dosage macroéconomique complaisant, la BCE se retrouve totalement piégée, car en cas de remontée de l’inflation ou de récession, elle ne possède plus aucune marge de manœuvre supplémentaire pour endiguer un fort ralentissement économique, ce que vient d'ailleurs de confirmer le FMI.

Même si la BCE tient, depuis quelques mois, le discours inverse au travers de sa « forward guidance », elle sera obligée de remonter ses taux assez rapidement si elle ne veut pas finir coincée comme la Banque du Japon (BoJ) qui, en ayant maintenu ses taux d’intérêts très bas pendant une très longue période, détient aujourd’hui 41% de la dette du pays et se voit interdite de vendre ses actifs ou de remonter ses taux sans risquer de créer un choc systémique pour ses banques et ses habitants. Notons aussi les limites d’une telle politique, puisqu’après 20 ans, le Japon est endetté à hauteur de 200% de son PIB et 17% des Japonais vivent sous le seuil de pauvreté malgré un taux de chômage à seulement 2,2%. Entre 2006 et 2019, le taux de pauvreté a également augmenté partout en Europe. En résumé, plus un pays s’endette et plus son taux de pauvreté augmente.

Autre problème majeur qu’offre cette politique des taux bas sur le long terme, c’est que l’épargne sans risque va continuer d’offrir des taux réels négatifs face à l’inflation, ce qui ne permet plus aux ménages des classes moyennes ou populaires de s’enrichir sans avoir à mettre en danger leurs capitaux. Et forcément les opérateurs de marchés, à la recherche de rendement pour leurs clients, prendront également plus de risques au gré des résultats de l’inflation.

A long terme, les taux négatifs ruineront forcément le système financier d’une manière ou d’une autre. Si des mesures monétaires audacieuses sont parfois nécessaires à court terme, devenir les régulateurs des marchés ne fait pas parti du mandat des banques centrales. Dès lors, elles seront forcées, un jour, d'arrêter de soutenir l’économie de cette façon.

Consciente du problème, la Réserve Fédérale des États-Unis (FED) vient certes de baisser son taux directeur de 0,25% sous la pression, mais seulement après l’avoir rehaussé préalablement de 2% ces 2 dernières années. La BCE, quant à elle, préfère se complaire avec un taux zéro et envisagerait même de baisser ses taux directeurs en territoire négatif dans un futur proche. La BCE vient d’ailleurs d’annoncer une nouvelle distribution de prêts à bas coûts (TLTRO-III) pour soutenir les banques affaiblies dans leurs marges afin qu'elles puissent rembourser sans encombre les précédents (TLTRO-II) qui arrivent à échéance en 2020, ainsi qu’un retour du QE à hauteur de 20 milliards d’euros par mois.

De ce fait, il a été inventé un moyen plus ou moins « légal » mais totalement absurde de rembourser nos dettes en créant de nouvelles dettes, à financer par de nouvelles dettes.

Mais jusqu’à quand ce schéma pyramidal offrira-t-il un niveau de rentabilité suffisant avant de faire fuir les investisseurs ?

En clair, la politique générale d’une croissance mondiale basée sur l’augmentation des dettes souveraines et privées, au travers d’une overdose de liquidités quasi-gratuites, est une fuite en avant qui pose, sur la durée, un problème synthétique insoutenable menant l’humanité droit dans le mur.

Pour « dégonfler » tout cela avant qu’il ne soit trop tard, en évitant au passage que le dollar, la croissance mondiale et les marchés financiers en surchauffe ne s’effondrent, les banques centrales, coupables de la dérégulation monétaire occasionnée et du risque de défaut de paiement général, doivent absolument siffler la fin de la récréation rapidement en fermant progressivement le robinet des liquidités.

Finalement, les banques centrales ont totalement perdu le contrôle puisque leurs choix ne font que diriger tous ces nouveaux flux monétaires vers les actifs spéculatifs et le crédit, ce qui ne relance absolument pas l’activité, mais au contraire charge l’ensemble des institutions (publique comme privée) d’une telle masse de dettes, qu’elles ne supporteront bientôt plus aucune hausse des coûts de l’endettement ou du refinancement sans faire faillite.

En conséquence, lorsque les taux remonteront - et ils remonteront forcément un jour - tous les crédits en seront directement impactés et coûteront donc plus chers. Dès lors, sur le marché domestique, l’augmentation des taux d'emprunt aura pour conséquence de brider la croissance à cause d'une baisse de la consommation finale des ménages trop fortement endettés. Cette baisse d'activité entraînera dans sa chute la faillite d’une partie des entreprises déjà en difficulté, les Zombies, dans l’incapacité de se refinancer à ces nouveaux tarifs, ce qui fatalement alimentera le chômage. Pour les États comme la France, qui bouclent déjà leurs fins de mois à crédit, c’est encore plus alarmant car la remontée des taux obligataires révèle un risque majeur d’aggravation de leurs dettes publiques, en plus d’une baisse de recettes fiscales suite à l’augmentation du nombre de personnes sans emploi.

Le plus triste, c’est que pour justifier le maintien de cette politique monétaire ubuesque, les banques centrales indiquent qu’elles ne parviennent pas à identifier les causes du faible niveau d’inflation actuel. En gros, les banques centrales ne savent plus comment contrôler les montées d’inflation et n’ont jamais su comment vaincre la déflation. Ceci est tout de même très inquiétant à l’aube du prochain ralentissement économique.

Pourtant ce n’est pas très compliqué, puisqu’il est acquis que l’économie devient fondamentalement déflationniste en temps de « paix » et que plus elle dure dans le temps, plus ce phénomène de déflation s’accentue. Si, à cela, vous combinez la stagnation séculaire que procure le vieillissement de la population, la hausse des inégalités mais surtout l’avènement de l’informatique, d’Internet, de la robotisation et de l’Intelligence Artificielle qui font baisser drastiquement les coûts de production dans tous les secteurs d’activité confondus, voici quelles sont les principales causes à notre manque d’inflation. Par conséquent, cette politique expansionniste des banques centrales, qui essayent de compenser ces pressions déflationnistes par une création monétaire excessive, n’est qu’un subterfuge donnant naissance à une croissance infinie de la dette mondiale qui nous expose, au premier défaut de paiement, à l’implosion de bulles spéculatives et à la crise par effet domino.

Il est clair que nous sommes actuellement au milieu de la plus grande expérimentation jamais faite dans l’histoire monétaire dans laquelle toute hausse généralisée des taux d’intérêt marquera la fin de ce cycle fort avantageux au cours duquel emprunter de l’argent pour les États, les entreprises et les ménages était quasi gratuit, voire rémunérateur. Cependant, soit les banques centrales persistent à baisser leurs taux et le monde continuera de s’endetter jusqu’à ne plus pouvoir rembourser, soit elles décident de les remonter très lentement et acceptent le risque d’affronter une correction - salutaire - des marchés, dans le but d’éviter une crise financière apocalyptique.

De toute manière, on dit que les cycles économiques ne meurent jamais de vieillesse. Alors forcément, c’est la conjonction de plusieurs facteurs qui conduiront à l’accident.

C’est pourquoi, autrement que par la remontée inéluctable des taux d’intérêt bancaires, il existe bien d’autres risques exogènes pour qu’un krach, une récession ou une nouvelle crise apparaisse.

Par exemple : les risques que pose le manque de régulation du « Shadow Banking » ou « intermédiation financière non-bancaire » qui représente 30% des actifs financiers ; le poids croissant et délirant du système financier offshore ; le ratio de valorisation des entreprises américaines (PER) jugé bien trop élevé à cause des rachats d’actions ; la bulle obligataire qui offre aujourd’hui des taux négatifs même pour des entreprises à risques ; l’inversion de la courbe des taux obligataires américains habituellement signe de récession à venir ; le nombre de défauts de paiement en hausse des emprunts étudiants, automobiles et des cartes de crédits aux États-Unis qui représente une triple bulle d’un peu moins de 4 000 milliards de dollars ; le marché des prêts à effet de levier, « Leveraged Loan », qui a dépassé son niveau d’avant crise et qui, par sa titrisation financière et son découpage sous forme de « Collateralized Loan Obligations » (CLO) seront à la dette d’entreprises ce que les « Collateralized Debt Obligations » (CDO) ont été aux crédits immobiliers pendant la crise des « subprimes » ; les marchés technologiques surcotés avec un géant comme TESLA qui, par ses coûts de production faramineux, est au bord de la faillite ou Uber qui, malgré la perte de plusieurs milliards chaque année, côte malgré tout 80 milliards de dollars, ce qui pourrait entrainer le NASDAQ dans une phase de correction réaliste comme en 2000 ; un « Hard Brexit » sans accord avec l’UE ; l’Italie endettée à hauteur de 133% de son PIB et confrontée au ralentissement de sa croissance ; l’Allemagne en perte de vitesse et au bord de la récession ; la Deutsche Bank actuellement en faillite et qui pourrait être un élément déclencheur comme le fut la banque Lehmann Brothers en 2008 ; la crise monétaire des pays émergents comme la Turquie, l’Inde ou l’Argentine pouvant entrainer, par effet domino, certaines banques dans leur chute ; la Chine qui rêve d’une opportunité politique d’établir le yuan en alternative crédible au dollar ; les désaccords commerciaux et fiscaux, « Trade War », qui s’installent entre les différents continents et qui ne pourront que s’intensifier à mesure de l’épuisement des ressources disponibles sur Terre ; les risques issus d’un ralentissement de la croissance américaine ou chinoise ; les hausses ou les baisses imprévisibles du prix des matières premières dont le pétrole avec les tensions sur l’Iran et le canal d’Ormuz qui voit passer 30% du transport maritime ; certains pays émergents, producteurs de pétrole, comme le Venezuela au bord de la banqueroute ; sans oublier le risque de guerres, le terrorisme, les catastrophes naturelles, les changements climatiques... En fait, la question n’est pas de savoir « si » il y aura une autre crise économique mais « quand » ?

L'explosion inévitable de notre modèle économique est occultée par un phénomène qui s'appelle l'inhibition de l'action qui est un mécanisme de défense comportementale de l'être humain caractérisé par le déni d’une réalité traumatisante. C’est le même problème que celui face à la catastrophe environnementale qui se déroule sous nos yeux. Tous les signes avant-coureurs sont là mais personne n’agira en conséquence jusqu’à l’incident systémique. Il faut pourtant bien prendre conscience qu’avec le risque supplémentaire qu’une partie de tous ces facteurs puissent se combiner à d’autres encore invisibles (la théorie du Cygne noir), une récession, une crise ou un gros krach boursier est quasiment inévitable entre 2019 et 2022.

Malgré tout, le consensus économique anticipe que les taux bas, voire négatifs, s’installeront pendant au moins les 10 prochaines années. Pourtant, si cette situation non-orthodoxe continue de proliférer, elle ne pourra qu’engendrer un cataclysme puisqu’une remontée surprise de l’inflation et c’est tout le marché obligataire qui va imploser en commençant par les 16 000 milliards de dollars de dettes émises à taux négatif. En clair, une dette mondiale excessive couplée à un ralentissement économique mondial est invariablement un catalyseur de grande récession. Une situation similaire avait d’ailleurs pu être observée à la veille de la crise de 2008. Mais à la différence près qu’avec le niveau d’endettement record d’aujourd’hui, la prochaine crise brisera les classes moyennes, en plus de la classe populaire, ce qui a toutes les chances de se voir manifester par des troubles sociaux violents et une grande instabilité politique.

Et les risques pour la France ?

La France, déjà mise sur les rotules par son chômage de masse et son manque de croissance, se trouve être en plus la championne du ratio prélèvements obligatoires / PIB avec 45% contre 34% en moyenne pour les pays de l’OCDE. Cette donnée est importante puisque, selon la courbe de Laffer, la France risque d’atteindre un point de bascule en se rapprochant des 50% de prélèvements obligatoires rapportés à son PIB, ce qui, selon la théorie, deviendrait dissuasif pour tous les acteurs et pourrait engendrer une récession causée par une perte de confiance.

Le chômage de masse, le manque de croissance, le taux d’imposition le plus élevé du monde ainsi qu'un déficit de 100% de son PIB, forment assurément les 4 chevaliers de l’apocalypse économique pour un pays comme la France. Évidemment, en cas de « coup dur », avec son taux d’endettement actuel et sa politique de destruction sociale, l’État central ne pourra apporter à son économie absolument aucun relais de croissance et, une fois de plus, les dégâts majeurs seront concentrés sur la partie la plus fragile des citoyens. En réalité, la bonne question à poser n’est pas : pourquoi envisager une prochaine crise mais pourquoi, malgré leurs nombres et leurs fréquences régulières, la classe politique n’a jamais voulu détourner de ses citoyens les plus en difficulté les effets dévastateurs de la suivante ?

En effet, il est foncièrement atroce de ne pas avoir pris en compte les risques de crise économique dans les réformes imposées aux Français quand on connait le prix encore payé par les plus vulnérables en ce qui concerne l’emploi depuis la dernière récession. Pour preuve, la dernière réforme sur le Code du Travail permet dorénavant, avec le barème obligatoire, de licencier un employé sans cause réelle et sérieuse, avec un coût clair et défini par une grille prenant en compte l’ancienneté et le salaire. De ce fait, il est devenu rapide pour un comptable de calculer pour son employeur les coûts de revient du licenciement de chacun de ses employés et savoir à quel moment il sera le plus rentable de licencier.

Pire, en ayant attribué un coût fixe au licenciement, comme on donne un prix à la tonne de déchets pour être recyclée, les garants de ce choix politique ont ouvert consciemment une boite de Pandore pour qu’à la prochaine contraction économique, l’Enfer se déverse tranquillement sur le marché de l’emploi et par ricochet sur les recettes fiscales de l’État, lorsque les entreprises sans activité licencieront à tour de bras de manière « préventive », au rabais et sans encombres juridiques.

La France, qui n’a tiré aucune leçon des deux dernières crises, devra donc emprunter à nouveau des centaines de milliards d’euros pour soutenir un marché de l’emploi décimé, en le faisant rembourser comme toujours par l’augmentation des prélèvements obligatoires. Même cause, mêmes effets, mais pire cette fois seront les conséquences puisque nous sommes aujourd'hui englués dans le chômage de masse et endettés à hauteur de 100% de notre PIB.

Ne dit-on pas pourtant que « La folie, c’est de faire toujours la même chose en s’attendant à un résultat différent » ?

En bref, l’économie de marché n’étant qu’un cycle perpétuel, la prochaine crise financière impactera à nouveau les recettes fiscales de l’État Français, comme en 2000, après l’éclatement de la bulle « Internet » ou comme en 2008, après la crise des « subprimes ». Les dirigeants, qui affronteront la prochaine récession, auront d’autant plus les mains liées que les niveaux de dettes d’États, comme privées, sont bien supérieurs à ceux d’avant la dernière crise.

De fait, pour la quasi-totalité des pays européens à commencer par la France, les lendemains de crise qui arrivent ont prévu d’être assurément difficiles.

Pour conclure, le résultat fourni par les solutions néo-libérales mises en œuvre en France, jusqu’à aujourd’hui, à savoir une précarisation et une déshumanisation du marché du travail mais aussi la perte constante de pouvoir d’achat et le recul des acquis sociaux au profit de l’augmentation des bénéfices d’une minorité qui ne jure que par les mécanismes d’optimisation fiscale ne peut, un seul instant, représenter le bien commun voulu par notre démocratie.

Cessons d’être dupes et réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard.

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12 réactions à cet article    


  • Arogavox 2 novembre 10:50

     le « Monde » serait plutôt endetté à hauteur de 320% de ce qu’il produit en totalité comme richesse par an.

    Article intéressant ... mais qui élude le contrepoint fondamental, qui Historiquement est toujours là pour faire voler en éclats le déséquilibre finacier : 

     quid de la course mondiale à l’armement militaire ?

     Gageons que ce sont en fait les Généraux des armées les plus puissantes qui sont les plus crédibles pour envisager la date du prochain crack financier : tant que leur armée n’est pas fin prête, selon eux, à l’affrontement prévu, les déficits resteront miraculeusement renfloués !


    • Arogavox 2 novembre 11:06

       Oui, je sais, parano, parano !
        ben non ! même pas, et au contraire : tout à fait rassuré :
        notre modernité ne laissera pas aux population le temps de déguster les affres de la mobilisation des réservistes ou civils, de l’angoisse ou de la peur. Les bons petits soldats, autant que les ’fourmis heureuses et productives’ de Nagasaki et Hiroshima avaient-elles eu le temps d’avoir peur ?!
       >> juste pour amuser les populations et les distraire, bien évidemment 


    • Arogavox 2 novembre 16:15

      «  ... des milliers d’armes à travers le monde. C’est de la dynamite. 
      Et il y des tas de gens qui jouent à allumer des étincelles.

      Donc nous êtes dans une fabrique de dynamite, une fabrique d’explosifs, et vous avez des gamins (qui sont Chefs d’Etats) qui jouent avec les briquets. Qui s’insultent. Qui se menacent. Et qui disent »je vais utiliser etc « . Mais s’ils utilisaient ne serait-ce que un missile nucléaire ! ... mais ça part de l’autre côté : c’est la destruction totale.

      ...

      un pépin, il peut y en avoir. Il y en a eu ! et, ils ne se sont pas traduits par une catastrophe ... juste à cause de la chance ! »

       Paul Quilès - La guerre nucléaire - Les Experts du Dessous des cartes - ARTE


    • Claudec Claudec 2 novembre 18:12

      @Arogavox & @l’auteur

      « le « Monde » serait plutôt endetté à hauteur de 320% »
      Endetté à l’égard de qui ? Qui est le créancier du “Monde” sinon ce même “Monde” ?

      Là encore pas d’économie sans démographie ; dont personne ne parle.


    • Arogavox 2 novembre 18:35

      @Claudec
      effectivement il serait aussi intéressant d’apprendre dans le détail la répartition de toutes les dettes a priori additionnées dans le monde pour chiffrer cette « dette mondiale » ...
       mais si je n’ai voulu retenir que cette traduction : 

      le « Monde » serait plutôt endetté à hauteur de 320% de ce qu’il produit en totalité comme richesse par an.

      ... c’est qu’elle suffit largement à elle seule à démontrer l’absurdité à laquelle nous ont acculés nos « premiers de cordée » et nos zélites !
        Si votre dette vaut 3,2 fois tout ce que vous produisez cette année, même si l’année prochaine, par miracle vous arrivez à produire autant, en tenant compte des intérêts de la dette, ce rapport aura encore augmenté ! Pour espérer arriver un jour à honorer vos dettes, il est alors indispensable de démultiplier encore plus de 3 fois ce miracle ...  

    • Arogavox 2 novembre 18:42

      ... Sinon, resterait à envisager que pour au moins certains débiteurs, la dette qu’ils ont contractée n’est qu’une spéculation qui les arrange : soit économiquement, soit stratégiquement. D’où l’idée que la séparation des questions économiques et stratégiques risque de n’être qu’une vue de l’esprit oiseuse


    • @Vdemocratique @Vdemocratique 2 novembre 19:15

      @Claudec Le « Monde », dans ce contexte, symbolise l’ensemble de la dette des Etats. Ces dettes ont toutes un créancier qui peut être différent. Mais toutes ces dettes existent tout simplement parce qu’elles sont obtenues en échange d’obligations. Les états émettent donc des récépissés qui promettent le remboursement des sommes empruntées à une date ultérieur, afin de financer les déficits publics, ce qui forcément laisse une trace. De fait, le créancier du « Monde » existe bien et il n’est rien d’autre que l’homme lui même. 


    • @Vdemocratique @Vdemocratique 2 novembre 19:41

      @Arogavox Aujourd’hui la vente d’armes rapporte énormément d’argent et se trouve être un vecteur important de la croissance mondiale. Aucun intérêt pour quiconque d’inverser cela. De plus soyons clair, si prochaine guerre il y a, elle commencerait assurément par la coupure d’internet, ce qui suffira à mettre à genoux n’importe quel pays avancé en moins de 3 mois, car nous sommes devenus totalement dépendants à l’informatique, sans avoir de plan B en cas de problème. Soyez en sûr, la guerre d’autrefois n’est plus un business rentable. La plus juteuse est celle de l’information. Les entreprises technologiques qui ont les moyens de contrôler la diffusion de l’information tout en ayant les liquidités disponibles pour financer des Etats si elle le voulaient, sont plus dangereuses que n’importe quel Général à mon avis.  


    • Claudec Claudec 4 novembre 08:57

      @Arogavox

      Trop facile d’imputer la faute aux seule élites (loin de toutes mériter leur qualificatif). Nous somme tous responsables, par méconnaissance ou négation d’une condition qui impose ses limites à l’espèce humaine comme à toute autre peuplant la planète.

      L’irrépressible volonté de l’humanité d’améliorer sa condition à n’importe quel prix et la démagogie, font le reste. 

      Pour prix de sa dette, l’espèce en meurt, non sans avoir saccagé son habitat.


    • @Vdemocratique @Vdemocratique 4 novembre 22:15

      @Claudec Le « Monde », dans ce contexte, symbolise l’ensemble de la dette des Etats. Ces dettes ont toutes un créancier qui peut être différent. Mais toutes ces dettes existent tout simplement parce qu’elles sont obtenues en échange d’obligations. Les états émettent donc des récépissés qui promettent le remboursement des sommes empruntées à une date ultérieur, afin de financer les déficits publics, ce qui forcément laisse une trace. De fait, le créancier du « Monde » existe bien et il n’est rien d’autre que l’homme lui même. 


    • Lambert 3 novembre 17:18

      Il est rare que je puisse lire un article sur l’économie et la finance jusqu’ au bout et là, j’y suis arrivé. Un grand merci à l’auteur pour sa clarté. Cela valait bien un recommandé.


      • @Vdemocratique @Vdemocratique 4 novembre 22:13

        @Lambert Merci d’avoir pris de votre temps pour ce commentaire. Vous me faites ici le plus beau des compliments. Il est si difficile de trouver le juste milieu pour interpeller sur de tels sujets, sans être trop rébarbatif, qu’entendre cela signifie pour moi être sur la bonne voie. Encore merci, car c’est ce genre d’attention qui pousse à continuer. 

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