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Rouen dans le Roubaix

Par quel miracle la ville de Wuhan, berceau du désormais célèbre « coronavirus » est devenue dans le gosier des échotiers, « Rouen » ou « Roanne » voire « rou-rranne » pour les plus hardis ? Quant à la province qui abrite cette ville, comment l’innocent Hubei, s’est-il vue transformé en « Roubaix » ? C’est d’autant plus incompréhensible que les mêmes qui usent et abusent de cette prononciation, nous gratifient d’un « wha-wai » pour parler de « Huawei ». Le « h » doit-il se prononcer « w » ou « r » en mandarin ? On se perd en conjecture face aux modernes brigades sinophiles qui peuplent les rédactions de nos radios et autres télévisions.

Pour un peu, on se croirait dans le nord de la France. Or, la géographie est une science exacte : Wuhan et le Hubei se trouvent plutôt au sud-est de la Chine. Rien à voir donc avec les frimas du nord de la France. L’explication doit donc se trouver ailleurs. J’ai déjà diagnostiqué une maladie que j’ai désignée sous le « syndrome de tourel » (tiré de Tuchel), et qui consiste à vouloir faire le finaud alors que l’on se débat dans les pires affres lorsqu’il s’agit de prononcer le « i » en anglais (ce qui donne lieu au cocasse « aïe » phone). Je suppose que le faux accent local est censé en boucher un coin au quidam, lequel est supposé se faire l’imagine du journaliste comme d’un demi-dieu polyglotte.

Mais il manquait à expliquer les causes et les symptômes de ce syndrome. Il fallait donc remettre l’ouvrage sur le métier et s’atteler à la tâche ; jouer à l’Horace Bianchon, tâter le malade, lui prendre le pouls, analyser ses humeurs, décortiquer ses habitudes.

Après une longue réflexion personnelle, j’en concluais que la seule explication logique était que cette prononciation affectée disait quelque chose des angoisses journalistiques. Les plumitifs parisiens sont tellement pris dans leur microcosme, qu’ils n’ont qu’une peur : que la « couverture » qu’ils font d’un événement ne sied pas à leur direction, et que celle-ci ne les envoie, derechef, tenir la chronique des faits divers dans Paris-Normandie, ou pire, la Voix du Nord. « Roubaix » et « Rouen » traduisant alors cette frousse. Très content de mon système, me voilà – tout faraud – me prenant pour Corvisart.

Oui, mais voilà, ces jours-ci une tuerie de masse s’est déroulée dans un patelin allemand appelé « Hannau » et dont je me suis demandé, pendant deux jours, où se trouvait ce « anna-o » dont on nous rebattait sans cesse les oreilles ? Avant que je ne découvrisse dans un journal quelconque qu’il s’agissait bien de Hannau, lequel se prononce aussi bêtement qu’il s’écrit (c’est-à-dire « anneau »), sans avoir besoin d’insister aussi lourdement qu’un édito de Joffrin enfonçant les gilets jaunes, sur le deuxième « a ». Bref, me voilà rétrogradé du statut de Flemming à celui de Sganarelle. Mon système se trouvait mis à mal : comment concilier la peur de Roubaix et le « anna-o » ? Quel lien faire entre une ville et un prénom ? D’autant que ces prononciations sont attestées aussi bien par les hommes que par les femmes ? J’ai dû me résoudre à une bien triste conclusion : mon système était faux.

Après forces réflexions, je me suis rendu à l’évidence : la cause déterminante de ce mal n’est autre que le snobisme. La « tourel » n’est finalement que la dernière métamorphose de la haine que certains de nos concitoyens vouent à notre culture et à notre pays, à tout ce qui est français. Adieu le discours sur l’universalité de la langue française, disparue notre chère grammaire et ses subtilités, fini Littré et Grévisse, oublié Louis XIV, Napoléon ou de Gaulle. Vive la glotte qui tressaute sur les « w » pour en faire un « r » ou un « v » selon l’humeur du moment ; vive la transformation magique du « au » en « a-o » (faute que ne commet pas même un mauvais élève de primaire).

Prononcer des mots comme ils imaginent que le ferait un naturel chinois ou allemand doit donner à nos chers publicistes l’impression qu’ils sont des « citoyens du monde », de grandes et nobles âmes, capables de s’exprimer dans n’importe quelle langue vernaculaire. Peu importe que leur sabir ne soit compris par personne et qu’ils fassent plus penser aux échanges qui devaient se tenir entre les ouvriers de la tour de Babel qu’à de distingués polyglottes. Il faut donner l’impression que l’on sait. Ils prononcent Roubaix ou Rouen car dire, tout bêtement, « vuhan » ou « hubei » choquent leurs délicates oreilles, et leur paraît trop français, donc marqué du sceau de l’infâme. Quelque chose comme un retour chez leurs culs-terreux de grands-pères qui leur donnaient des biscuits « lu » et qui, bien que ne connaissant pas les « faques niouws », savaient faire la part des choses entre la vérité et un mensonge éhonté sans avoir besoin de « décodeurs » ; qui reconnaissaient le bonimenteur en se fiant à leur bon sens plutôt qu’à des démonstrations sophistiquées. Bref toute chose atroce à un petit-enfant qui joue les Rastignac et qui a fait des études. Cachez ces aïeux que je ne saurais voir.

Parler et écrire français est devenu un acte de résistance, ce qui est difficile à comprendre dans un pays qui compte aujourd’hui plus d’affiches en langue anglaise qu’il n’y en avait en langue allemande durant l’Occupation. Et comme dans toutes les périodes d’occupations, il ne faut pas compter sur les collaborateurs pour vous aider à recouvrer votre liberté ; ainsi que le remarquait avec acuité Rivarol : dans une période trouble le plus dur n’est pas de faire son devoir, mais de savoir où il est.


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15 réactions à cet article    


  • ZXSpect ZXSpect 21 février 14:28

    Beaucoup de chinoiseries de l’auteur pour un long pensum qui ne nous indique pas, au final, la prononciation qui trouve grâce aux oreilles de l’expert !


    • Sébastien A. 21 février 15:43

      @ZXSpect
      Merci pour ce court pensum dont on comprend l’esprit, à défaut de la lettre.
      Doit-on dire « rourranne », « rouen », « whouhanne », « rouhanne ». Qu’en dit l’expert en études sinologiques, diplômé, je suppose, en langues orientales que vous semblez être ? Lesquels de ces « experts » disent faux et lequel doit-on croire ?


    • ZXSpect ZXSpect 21 février 18:25

      @Sébastien A.
      .
      Doit-on dire ’pince-homme’ ou ’pense-oum’ ?
      .
      Quand on se veut l’arbitre des élégances, ou plutôt de la phonétique, il vous appartient de nous donner votre « arbitrage » !


    • ZXSpect ZXSpect 21 février 18:49

      @Sébastien A.
      .
      « lorsqu’il s’agit de prononcer le « i » en anglais (ce qui donne lieu au cocasse « aïe » phone) »
      .
      https://www.youtube.com/watch?v=J64itQf1da4
      .
      pas de bol !


    • ZXSpect ZXSpect 21 février 19:03

      @ZXSpect
      .

      « Et comme dans toutes les périodes d’occupations, il ne faut pas compter sur les collaborateurs... »
      .
      Et quand on a pas d’autre argument... le « point Godwin » !

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin#Le_point_Godwin


    • Sébastien A. 21 février 21:08

      @ZXSpect
      Tiens, au lieu de trimballer votre bêtise crasse, pondez-nous donc un autre article dans le genre des précédents : promis je vote pour sa publication, histoire qu’on rigole un bon coup... Cessez de vous dévaloriser ! Un peu de « positive attitude » que diable !


    • Decouz 21 février 15:22

      Le H est une sorte de jota un peu plus faible, certaines lettres sont difficiles à prononcer pour le peu que je connais et que j’entends à la télé, car elles ne correspondent pas exactement à des lettres de notre alphabet, par ex jen homme, ce n’est ni un j ni un r parfois ça ressemble à un y comme yack.

      Mais d’une région à l’autre il y a des différences importantes de prononciation, le Cantonnais de plus a 9 tons au lieu de 4 dans le mandarin.

      Donc Wuhan comme si le h était une jota, sans parler des tons.


      • eddofr eddofr 21 février 15:23

        Wuhan, c’est du pinyin, une conversion en alphabet latin des caractères chinois simplifiés.

        Si on en croit les règles de prononciation du pinyin, un chinois s’attendra a vous entendre prononcer :

        W  comme dans western

        OU comme dans choux

        H  un h guttural aspiré proche du R (pas d’équivalent en français)

        AN comme âne

        Donc « wourane » ça le fait pas si mal.

        Sinon, comme on est en France, vous avez le droit de prononcer à la Française : « vu anne ».


        • rogal 21 février 18:44

          @eddofr
          Ou « vu an ».


        • Decouz 21 février 15:39

          Le pinyn a été introduit dans les années 50 pour faciliter l’apprentissage, avant il fallait apprendre obligatoirement des milliers de caractères ce qui réservait la pratique à la classe supérieure. Le Viet Nam a latinisé son alphabet mais il a utilisé les caractères chinois pendant longtemps (langue monosyllabique également).

          Comme il serait impossible d’utiliser les téléphones (ou les ordinateurs ) avec les caractères, les chinois tapent les premières lettres en pinyn et le téléphone leur propose un choix de caractères à sélectionner.

          A contrario le japonais utilise en partie les caractères chinois, mais il les prononces différemment.


          • Decouz 21 février 15:49

            video montrant la pronociation :

            https://www.youtube.com/watch?v=dVhvtylHR4g


            • ZXSpect ZXSpect 21 février 18:16

              @Decouz
              .
              Quatre mots et un lien répondent aux affres de l’auteur !


            • Sébastien A. 21 février 21:09

              @ZXSpect
              Ce n’est pas en répétant indéfiniment une bêtise qu’on en fait une vérité...


            • San Jose 22 février 08:26

              Je me suis renseigné auprès d’un Chinois pour la prononciation de Wuhan.

              Le W à l’anglaise, et pour cause puisque translittération angloise

              Le U se dit « ou »

              Le H comme le J espagnol ou le CH allemand, mais atténué

              AN comme âne

              .

              @ l’auteur 

              .

              Il n’est pas nécessaire d’être snob pour s’épargner les horreurs de la confusion entre indicatif et subjonctif. Je ne parle pas de votre « découvrisse » qui est une faute volontaire, mais de votre « sied » qui semble bien ne pas l’être :

              Je cite : Ils n’ont qu’une peur : que la « couverture » qu’ils font d’un événement ne sied pas à leur direction

              .

              Veuillez écrire : ne siée pas à leur direction

              Sinon c’est comme si vous écriviez :

              Ils n’ont qu’une peur : que la « couverture » qu’ils fond d’un événement ne convient pas à leur direction. 

              Ça grince, là, n’est-ce pas . 


              • martinez 22 février 11:41

                Très bel article, distrayant et humoristique ; un peu de finesse dans ce monde de brutes  

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Sébastien A.


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