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Accueil du site > Tribune Libre > Russie-France : je t’aime, moi non plus

Russie-France : je t’aime, moi non plus

Juillet 2021, tandis que l'oligarque russe Andrey Kozystin affrétait un A320 pour rapatrier la dépouille du général d'Empire Étienne Gudin tombé le 22 août 1812 dans les environs de Smolensk, Sputnik publiait un articulet sur l’exposition aux Archives fédérales russes à Moscou : « Le Royaume-Uni et la France voulaient frapper conjointement l’Union soviétique entre 1939 et 1940, comme en témoignent des documents déclassifiés lors de l’exposition (...) dont beaucoup sont rendus publiques pour la première fois. (...) Ces deux pays se préoccupaient du fait qu’après la signature du traité de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS (dit «  Molotov-Ribbentrop  »), le Troisième Reich pourrait se renforcer grâce aux livraisons venant de l’URSS, en premier lieu de pétrole. De ce fait, Londres et Paris planifiaient de détruire les champs pétrolifères de Bakou (Azerbaïdjan) et des ports de la mer Noire ». Ce télégramme du 22 février 1940 est en lien avec le RAPPORT SUR LA DESTRUCTION de L'INDUSTRIE PETROLIERE de Léon Wenger en date du 1er octobre 1939, projet jamais suivi d'exécution, et des rapports de la source Thierry à Bucarest.

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En liminaire, quelques repères chronologiques indispensables : la France reconnait l'URSS le 28 octobre 1924 et les deux pays vont signer différents accords : non agression 1934, traité commercial et pacte d'assistance mutuelle 1935. Février 1937 l'URSS demande à la Grande-Bretagne et à la France un droit de passage à travers la Pologne et la Roumanie, 6 novembre Pacte antikominter (Allemagne, Italie, puis Japon). En 1938 Belges, Britanniques, Français et Hollandais ont investi 5 milliards de Lei dans le pétrole roumain (les Allemands 20 millions).

Septembre 1938, la Conférence des Quatre qui réunit Chamberlain, Daladier, Hitler et Mussolini à Munich entérine l'annexion des Sudètes où vit une importante population allemande. Edouar Daladier (radical-socialiste) a sacrifié le fidèle allié tchécoslovaque... Churchill aurait déclaré « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous aurez le déshonneur et vous aurez la guerre ». Le mois suivant l'Allemagne occupe les Sudètes - le 15 mars 1939 Hitler annexe la Bohême et la Moravie - le 27 avril il réclame la cession de Dantzig (Gdanst), un corridor ouvrant l'accès à la mer Baltique à la Pologne coupant la Prusse orientale de la Poméranie en deux - le 4 mai le député socialiste Marcel Déat publie l'article « Mourir pour Dantzig ? ».

Tandis que les Soviétiques négocient le renforcement des liens entre l'URSS et les Alliés (mission du général Joseph Doumenc du 13 au 25 août), Moscou signe le 19 août un accord économique avec l'Allemagne, le 23 un pacte de non-agression contenant des clauses secrètes portant sur : la livraison de blé et de pétrole soviétiques à l'Allemagne - la remise des communistes allemands réfugiés en URSS - la partition de la Pologne. Le 1 septembre l'Allemagne attaque la Pologne, le 3 la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l'Allemagne, le 17 l'URSS pénétre en Pologne orientale, le 31 novembre l'URSS attaque la Finlande avant de s'emparer des pays Baltes et des provinces roumaines de Bucovine et Bessarabie. Le 18 décembre Hitler avalise l'opération Barbarossa (l'invasion de l'URSS). En 1940 l'occupant allemand contraint la FINA à céder ses actions au pétrolier roumain Concordia !

 

ETUDE

sur une action destinée à priver

l'ALLEMAGNE et l'U.R.S.S.

des ressources en pétrole du CAUCASE

 

===========================

 

Une intervention alliée contre les pétroles russes du CAUCASE peut se proposer :

 

- soit de priver l'ALLEMAGNE du pétrole qu'elle reçoit actuellement de cette région ;

- soit de priver la RUSSIE d'une matière première qui est indispensable à son économie et d'ébranler ainsi la puissance soviétique. Du même coup, on atteindrait l'ALLEMAGNE en interrompant son ravitaillement en carburant russe.

 

Pour arriver à ses fins, trois actions paraissent possibles :

 

- s'attaquer aux transports de pétrole à destination du REICH par la Mer Noire,

- s'attaquer aux centres principaux de l'industrie pétrolière du CAUCASE,

- provoquer un soulèvement parmi les populations musulmanes.

 

II. - ACTION MILITAIRE CONTRE L'INDUSTRIE PETROLIERE DU CAUCASE :

 

Une action militaire contre les pétroles du CAUCASE doit se proposer d'atteindre les points sensibles de l'industrie pétrolière de cette région.

Ces points sensibles sont les centres de production, de stockage ou d'évacuation. Ils sont essentiellement au nombre de trois :

BAKOU

- GROSNYI - MAÏKOF

- BATOUM

 

GROSNYI - MAÏKOF situé sur le versant N. de la chaîne du CAUCASE est trop éloigné pour être l'objet d'une action militaire même dans le domaine aérien - Reste BAKOU et BATOUM.

 

ACTION sur BAKOU :

 

I)- Définition de l'opération :

 

BAKOU, séparé de la frontière turque par une distance de 500 Kms, dont une bonne partie constituée par le plateau arménien, région de hautes montagnes, pauvre et dépourvue de voies de communications, n'est pas justiciable d'une attaque terrestre partant de TURQUIE.

 

Seule un action terrestre partant de pointe N.O. de l'IRAN serait admissible. mais elle exigerait, d'une part, le consentement de l'IRAN, d'autre part, le transport à pied d'oeuvre d'importants effectifs alliés. les forces dont dispose d'IRAN dans cette région étant nettement insuffisantes pour mener l'opération projetée.

 

En présence des difficultés de toutes sortes soulevées par une opération terrestre, on est donc conduit à envisager l'attaque de BAKOU par l'aviation.

 

BAKOU étant à la fois centre de production, de stockage et d'évacuation, une section aérienne contre cette ville pourrait se proposer de détruire ou d'incendier :

 

- les raffineries, objectifs faciles à atteindre, vulnérables, très coûteux et très longs à reconstruire.

- les réservoirs, objectifs également faciles à atteindre et vulnérables,

- les/installations portuaires,

. la voie ferrée BAKOU-ROSTOV.

 

2)- Intérêt de l'opération :

 

BAKOU constitue le centre pétrolier de beaucoup le plus important du CAUCASE.

 

- 75 % de la production russe en pétrole proviennent des puits de BAKOU,

- les installations de raffinage de BAKOU sont les plus considérables du CAUCASE,

- par BAKOU s'évacue par voie ferrée et par bateaux (Caspienne) plus de 50 % de la production pétrolière russe du CAUCASE.

 

Une attaque aérienne contre BAKOU, à condition d'être menée par un nombre d'appareils suffisant et de pouvoir être renouvelée de manière à entretenir les destructions obtennues serait donc particulièrement payante.

 

Non seulement elle atteindrait l'ALLEMAGNE, mais elle priverait l'U.R.S.S. d'une partie importante des pétroles caucasiens et MOSCOU ayant besoin de la presque totalité de sa production pétrolière pour ses formations motorisées et ses exploitations agricoles, elle mettrait rapidement les Soviets dans une situation critique.

 

3) - Conditions d'exécution :

 

Une action aérienne contre BAKOU devrait être basée :

 

- soit en Turquie : Région DIARBEKIR-VAN-ERZEROUM,

- soit en IRAN

- soit en SYRIE et en IRAK (Djezireh et région de MOSSOUL)

 

Dans l'un ou l'autre cas, une entente préalable avec la TURQUIE ou l'IRAN serait indispensable, soit pour la création de bases, soit pour le survol du territoire turc ou iranien.

En raison des distances à franchir (il y a 400 km, de TABRIZ à BAKOU, 700 km, d'ERZEROUM ou de MOSSOUL à BAKOU), il serait nécessaire d'utiliser pour un bombardement de BAKOU 6 à 8 groupes de bombardiers modernes, gros porteurs et à grand rayon d'action.

 

Du fait de notre pénurie en appareils de cette catégorie dans la situation actuelle, la plus grande partie des avions utilisés devrait être fournie par les Britanniques.

 

- CONCLUSION -

 

I°) - L'interception en MER NOIRE des pétroles envoyés du CAUCASE en ALLEMAGNE ne présente qu'un intérêt limité en raison de l'importance relativement faible de l'apport russe (ajout manuscrit " actuel par cette voie ") dans le ravitaillement en pétrole du III° REICH.

 

2°) - Une action contre l'industrie pétrolière russe au CAUCASE offre, au contraire, pour les Alliés un très gros intérêt. Elle permet de porter un coup très grave, sinon décisif à l'organisation militaire et économique soviétique. Au bout de quelques mois, les embarras de l'U.R.S.S. pourraient même devenir tels que ce pays courrait le risque d'un effondrement total.

 

Si ce résultat était obtenu, l'ALLEMAGNE privée de tout ravitaillement soviétique verrait se fermer à l'Est la barrière du blocus et devrait se contenter de vivre sur les Pays Nordiques et les BALKANS, derniers retranchements économiques où elle pourrait encore se défendre.

 

3°) - Une action contre les pétroles du CAUCASE peut prendre soit la forme d'un travail politique ayant pour but un soulèvement des populations musulmanes du CAUCASE, soit la forme d'opérations militaires dirigées contre les centres importants de l'industrie pétrolière russe.

***

Le 22 juin 1941 l'Allemagne attaquait l'URSS, les agents et réseaux soviétiques avaient averti Moscou des préparatifs d'une attaque imminente, mais Staline se refusa à y croire ! Vladimir Poutine semble plus lucide sur l'enchaînement des événements : « Toutes les tentatives d'apaiser les nazis entre 1934 et 1939 par divers accords et pactes étaient moralement inacceptables et politiquement insensés, nuisibles et dangereux » (1 septembre 2009).

Ces archives du Grand Quartier Général furent découvertes par les Allemands au sud de la Loire le 20 juin 1943 et transportées dans la région des Sudètes où l'Armée rouge s'en empara lors de la libération du camp Herdischko au mois de juillet 1945. La guerre terminée, l'ambassadeur à Moscou, Maurice Dejean qui entendait les faire rapatrier en France, fut la cible d'un piège sentimental ourdit par le KGB : Alors Dejean, on couche ! du général de Gaulle. Ces archives qui portent sur 1880 à 1940 seront redécouvertes à Moscou en 1991... Si l'accord franco-russe du 12 octobre 1992 a permis la restitution de 40.000 dossiers versés au Service Historique de l'Armée de Terre (Vincennes), un vote de la Douma du 5 février 1997 bloque la restitution des 10.543 dossiers restant.

 

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2 réactions à cet article    


  • Gégène Gégène 16 juillet 09:58

    l’idée de provoquer des soulèvements prouve bien que c’est un outil fort banalisé !


    • V_Parlier V_Parlier 16 juillet 22:44

      Il aurait été bon, dans l’explication contextuelle, d’énumérer aussi tous les pactes germano-intel signés par les divers bélligérants cités (dont même la Pologne).

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