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Accueil du site > Tribune Libre > Rwanda 6 Avril 1994 : Assassinat d’Habyarimana au Rwanda. France 10 (...)

Rwanda 6 Avril 1994 : Assassinat d’Habyarimana au Rwanda. France 10 Avril 2022 : Election de ..... (?) en France

Kwikiliza ntibibuza uwanga kwanga

Dire oui, aujourd’hui, ne contraint personne à ne pas dire non, demain.

Ceux qui me lisent d’habitude savent que je n’allais pas rester indifférent à la publication du rapport de la Commission Duclert[1] du 26 mars 2021 (bientôt un an, déjà). J’en avais effectivement commencé la lecture sur :

https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/279186_1.pdf

pour en tenter la recension. J’en avais aussi, d’ores et déjà, programmé l’analyse des 994 pages. Or, le Sars-Cov -2 en a décidé autrement. J’ai dû (et pu) atténuer mon anti - totalitarisme (africain), freiner mes velléités habituelles de logorrhées sur ce sujet et in fine mettre mon négationnisme putatif « sous les boisseaux »[2].

Mais l’accélération de l’actualité dans la région des Grands Lacs, m’appelle à passer à la vitesse supérieure et le plus rapidement possible.

Comme pour me soulager et me faciliter la tâche la « Fondation Jean Jaurès »[3] met sur son site un article dont le titre est justement : « Réflexions sur le rapport Duclert » Un panel d’experts de premier plan s’y expriment. Quant aux noms, titres, fonctions, grades et qualités de ces experts, je renvoie au lien ci-dessus.

Je me décide donc à me limiter à une méta - recension de ce document.

Je commence par James Gasana (ex-ministre rwandais de la Défense sous Habyarimana : nomination avril 92 – démission juillet 93[4] et exilé en Suisse depuis). Je ne me concentrerai que sur un seul aspect de son intervention (sans revenir sur ces antécédents professionnels détaillés autres parts[5]). En fin de celle-ci, il dit :

« Je voudrais évoquer ensuite l’attaque du 1er octobre 1990. Habyarimana ne fut pas étranger au lancement de la guerre. Bien au contraire, celle-ci fut commanditée suite à une concertation entre lui-même, Musévéni et le président du FPR, Fred Rwigéma »

.... « .....La question qui se pose alors est de savoir pourquoi, dans ces conditions, Habyarimana fit appel à la France ».

Ceci est étonnant compte tenu que c’est la première fois depuis octobre 1990 soit après plus de 31 ans, que Gasana semble évoquer ouvertement et en détails, cette information essentielle. Je rappelle que dès mes premiers écrits sur la guerre Ougando-Rwandaise d’octobre 90[6] j’avais déjà évoqué le fait que parmi la « population rwandaise de base » circulaient des « informations » sur la concentration de troupes étrangères aux frontières rwandaises dès avant le 01/10/1990. Entre autres, je rapportais l’expression : « le pays est entouré de chars » de certaines de mes connaissances locales. Ensuite, je mentionnais le fait connu de « monsieur tout le monde », au Rwanda, que des milliers de jeunes « catholiques » ougandais étaient entrés au Rwanda au moment de la visite du Pape Jean-Paul 2, du 7 au 9/9/1990. Ces jeunes bien que recensés à l’entrée par le poste frontière de Gatuna n’ont jamais été enregistrés à la sortie. La ligne Onatracom « Kigali-Kabale-Kampala », nouvellement ouverte, pour raison de visite papale, aurait donc bien fonctionné effectivement, à sens unique. Donc, cette assertion de Gasana. pourrait sembler réaliste mais est tellement « grosse » qu’il est étonnant qu’elle ne soit pas plus étayée et que même à Arusha[7], il ne semble pas qu’il en ait été fait mention, ni par les « Procureurs » et autres « avocats », ni pas les divers « témoins », « chercheurs », « journalistes d’investigation » et/ou « transfuges » de tous bords[8]. Il ne semble pas en avoir été question non plus lors de la mission d’information sur le Rwanda présidé par feu Paul Quilès[9] Ce qui n’est pas impossible c’est qu’Habyarimana n’aurait pas été défavorable à un partage du pouvoir, y compris avec les Ougando-Rwandais, ce qui semblait raisonnablement inéluctable compte tenu des négociations en cours via le HCR, pour le retour au Rwanda des réfugiés tutsis des années 60. Mais ceci viendrait, effet collatéral indirect et involontaire, confirmer la thèse que le clan Kagamé aurait été trahi par le clan Rwigéma – Musévéni . Ceci qui aurait entraîné automatiquement la mort de Rwigéma (et collatéralement celle des Majors Bunyenyezi et Bayingana). Cela ne révélerait-il pas le véritable objectif de Kagamé : le refus du partage du pouvoir, la guerre totale et le Génocide provoqué, dérivé, suscité ?.... Ainsi que l’actuel « je t’aime, moi non plus », qui ne date pas d’aujourd’hui, entre lui-même et Musévéni[10]. Peut-être se trouve là, la réponse à la deuxième partie de l’intervention de Gasana : « pourquoi Habyarimana aurait-il fait appel à la France ? Derrière Kagamé, se profilaient déjà les USA, pour lesquels : « Peu importe la fiction, pourvu qu’on ait .... le Zaïre ». D’où, aussi la sortie de François Mitterrand :

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique »[11].

Il est à se demander si Gasana (qui a été sous le coup d’une procédure judiciaire en Suisse, à l’initiative d’associations de survivants du Génocide, donc proches du clan Kagamé, dont il est d’ailleurs sorti lavé des accusations.), ne se positionne pas pour un retour (prochain) au Rwanda post-Kagamé.... ???? Le proverbe rwandais que je mettais en exergue pourrait être traduit par les titres du théâtre, bien Français celui-là, du genre justement « proverbe » : « Il ne faut jurer de rien » ou « On ne badine pas avec l'amour » (Alfred de Musset).

Johan Swinnen (ex-ambassadeur de Belgique au Rwanda 1990-1994)

Les extraits suivants, parlant d’eux-mêmes, ne semblent pas nécessiter de nouveaux commentaires spécifiques sur le fluage de plus en plus flagrant, de la position de l’ex-ambassadeur de Belgique au Rwanda quant aux « postures » belges de l’époque. Celles-ci, dont semble s’écarter de plus en plus Johan Swinnen, se révèlent, irréfutablement, comme ayant été des « copier-coller » de celles des USA, de l’administration Clinton en particulier et des nébuleuses collatérales traditionnelles et multinationales. (Faut-il rappeler, pour ce qui est de l’indépendance belge vis à vis des USA, entre autre, l’assassinat de Lumumba ?)

Le rapport Duclert : « .... semble préférer laisser au président Kagamé la possibilité de continuer à jouer sur le complexe de culpabilité des Occidentaux et de la communauté internationale ».

Cette expression est généralement taxée à Kigali de discours divisionniste et révisionniste. J’avais déjà signalé que Swinnen avait souligné à maintes reprises qu’il fallait « prendre au sérieux ce que rapportait des Judi Rever, Michela Wrong et Charles Onana  ». Alors ???? Johan Swinnen persiste et signe. Il avait exprimé plusieurs fois son désir de rencontrer Kagamé et de lui parler. Il semble bien devoir faire, maintenant, une croix sur ce souhait et se rendre à l’évidence. Faut-il rappeler que, même bien avant de périr dans un accident d’avion aux USA[12], Alison Des Forges s’est vue qualifiée de « persona non grata » au Rwanda. Alors, pour Johan Swinnen .... bonjour les vœux pieux !!!

Venant à la suite de la « sortie » de Gasana (ci-dessus) :

« En ce qui concerne l’attaque du 1er octobre 1990 », le rapport « .... ne retient pas qu’Habyarimana était non seulement au courant de celle-ci, mais qu’elle fut de plus prévue avec son assentiment. Le président rwandais avait besoin de ce recours à la violence, de ce fait militaire accompli : c’était le seul moyen à sa disposition pour convaincre les gens de la nécessité du retour des réfugiés ».

En cela Swinnen reprend la « thèse » de Gasana, thèse dont il n’avait, semble-t-il, jusqu’à présent, jamais signalé l’existence (entre autre dans son livre « Rwanda, Mijn Verhaal [13] = « Rwanda : mon récit », à propos duquel, il est à craindre qu’il ne soit jamais possible qu’il en soit un jour publié une traduction française[14] malgré le souhait de son auteur. Mais ceci est une autre histoire).

A propos de l’Ambassadeur de France au Rwanda, il se confirmerait que :

« ....peut-être était-ce une jalousie d’ambassadeur ».

Ceci conforte l’opinion selon laquelle l’entende belgo-française ne régnait pas à Kigali. Bien entendu, la « posture » de Bruxelles, semblait devoir témoigner d’une meilleure convergence d’intérêts entre Bruxelles et Washington, qu’entre proches voisins européens.

S’agissant de la personne du Président Macron, Swinnen avance « témérairement » :

Le rapport fait tout pour ne pas déplaire au FPR ». Le rapport : « ... est partiel et partial. En fait, on ne résiste guère à l’impression que le président Macron, qui avait commandé ce rapport, avait besoin d’un document qui justifie la politique du FPR afin de pouvoir conclure un deal avec Paul Kagamé, deal dont on voit actuellement une illustration au Mozambique. Le rapport apparaît comme une des composantes d’un accord opportuniste conclu entre Emmanuel Macron et Paul Kagamé et qui marque la soumission du président français à un dictateur. Il constitue une opération d’anesthésie des critiques du régime de Kigali ».

Il fait également référence à l’une de ses prises de positions, dans la presse belge du 8 avril 2021 :

« Le président de la République aurait tort de se vanter de ce rapport et de s’en inspirer pour la conduite de sa diplomatie rwandaise[15] ».

Ces « sorties » sont en effet surprenantes et semblent assez peu diplomatiques pour un ex-ambassadeur. Cette « impression » de l’implication de Macron dans un accord avec Kagamé et son armée pour la sécurisation des installations de Total au Mozambique était-elle une prémonition ? Ceci ne serait pas étonnant compte tenu de l’accélération de l’actualité dans d’autres deals tels que « Alstom-General Electric », « Pandémie-McKinsey » et « Non-lieu » pour l’attentat du 6 avril 1994.

 

Pour les avis exprimés par les Serge Dupuis, André Guichaoua, Marc Le Pape, Claudine Vidal : s’agissant de Français de France, les motivations de leurs prises de positions doivent sans doute nécessiter une approche plus nuancée. Certains n’auraient-ils pas voulu pouvoir avoir leur mot à dire dans cette expertise de la commission Duclert ? Sans doute, mais cela serait trop long à développer « Hic et nunc ».

Donc « A suivre » ?

 

[1] Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi. La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994)

[2] Synonyme de "sous le boisseau" : « sous la table, sous le masque, sous le voile, sous le manteau »

[7] Ni même les « menaces » (proférées par les Hutus génocidaires ?) qui auraient justifiées sa fuite en Suisse dès 1993, ne sont même pas évoquées dans sa note :

https://francegenocidetutsi.org/GasanaViolencePolitiqueJuin1998.pdf

[8] Ce qui serait un « scoop » qui étayerait la thèse que c’est le clan Habyarimana qui n’aurait pas accepté sa « défaite » à Arusha. Mais alors pourquoi ce clan n’aurait-il pas agi plus tôt ? Dès octobre 1990 ?

[12] Accident de Buffalo dont les causes n’ont jamais pu être déterminées d’une manière irréfutable. Faut-il rappeler que dans cet avion se trouvait aussi Beverly Eckert (Veuves 9/11) ....

[14] Cf. Judi Rever et la sage de la publication en français de son « In praise of Blood ».

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/judi-rever-et-paul-kagame-le-218870

Et suivant.


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1 réactions à cet article    


  • Bertrand Loubard 11 mars 10:27

    Etrange absence de réaction. Même pas une correction de la traduction kinyarwanda-français de mon exergue. Les robots deviendraient-ils intelligents ?

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