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Accueil du site > Tribune Libre > Sa Majesté des Rats ou Le Mensonge de la gentillesse

Sa Majesté des Rats ou Le Mensonge de la gentillesse

Il faut être gentil, la morale l'ordonne : rien de plus faux. Jésus lui-même était juge. Et eût-il été le Rédempteur s'il n'eût au préalable été juge avant tout ? Dieu c'est Dieu, l'homme c'est l'homme. La morale judéo-chrétienne ne pouvait donc pas être égalitaire. D'où vient l'erreur des nietzschéens. Personne ne demande aux autres d'être gentils tout le temps avec tout le monde. Personne, sauf les cons, c'est-à-dire les utopistes. 

Le Roi des rats, youtubeur, a dit dans une vidéo récente une grosse bêtise – laquelle peut, à son insu, impacter les jeunes qui l'écoutent. Sa faute est d'autant moins pardonnable qu'à l'entendre, il croit bien faire. Or, il n'y a rien de pire que ceux qui croient bien faire en faisant mal au prétexte de leur bénévolence...

En gros, le Roi des rats avançait impudemment qu'il était incorrect qu'aujourd'hui, via les réseaux sociaux, on pousse les adolescents (et en particulier les jeunes filles) à admirer des célébrités trop maigres, trop belles, puisqu'une telle admiration confine – parfois – au délire. 

Ce faisant, Sa Majesté des rats était catégorique : il ne faut pas, ou plus (à moins de gravement enfreindre les règles de la morale) que les stars usent ainsi d'Instagram (entre autres). 

C'est par ailleurs une plainte communément prononcée. On accuse les célébrités de mettre dans l'idée des jeunes des objectifs quant à leurs corps qui ne peuvent, hors chirurgie esthétique, être atteints.

La critique du Roi des rats, au fond, s'avère peut-être juste. Mais la méthode qu'il propose pour « inverser » la tendance dangereuse des jeunes à imiter les stars est stupide sinon néfaste. Car à quoi mène les idées utopiques selon lesquelles le « réalisme » (c'est-à-dire afficher des corps moches, obèses, quotidiens) en réseaux sociaux bénéficie aux jeunes ? Et d'où vient une conviction si incongrue ? N'y a-t-il pas un problème en soi lors même qu'on affiche, tout à fait bêtement, des images de femmes grosses, petites, laides, difformes, noires, rousses (et que sais-je encore) ? On peut pardonner à la célébrité qui détruit inconsciemment par le fait de sa comportementalité... En revanche, on ne peut pardonner au sauveur par qui la mort arrive en jetant la bouée. Au contraire : il est doublement coupable, tout à la fois de conscience et, avec cette conscience, d'en user à mauvais escient.

Ce faisant, que signifie le fait qu'aujourd'hui on montre des femmes maigres partout ? Et quel est le (grave) danger du moment où on ne les montre plus ?

En fait, à tout prendre, la mise en valeur des femmes maigres est due à un instinct spéciologique (c'est-à-dire de l'espèce). La moquerie, pour ceux qui ne font pas d'effort pour tendre vers la maigreur, a une fonction sociale : celle d'empêcher que des individus, par faiblesse ou par force, dépasse les « frontières » de l'humanité, frontières en tant que séries de conditions qu'il ne faut pas trahir. 

Par conséquent, « soyez maigres » signifie aussi : « améliorez-vous », dans le sens collectif (« améliorez la société ») comme individuel (« soyez meilleurs » ou – ce qui est la même chose – « maigrissez »). Ainsi donc il n'est pas question de discriminer stupidement, ou d'inciter les jeunes au suicide, mais, plutôt, d'inciter à l'accroissement des forces et au progrès général de l'humanité. Il en va de l'évolution ! 

Et puis, de surcroît, il suffit de lire René Girard. 

Selon sa théorie mimétique, l'indifférenciation est la première source de violence. C'est à partir du moment où rien ne se distingue que la guerre arrive. Partant, le fait qu'il y ait des femmes grosses et des femmes maigres est très utile. Et pour cause : si, au contraire, il y avait des femmes belles mais qui, suivant les conseils malheureux du Roi des rats, montraient leur cellulite ou – comme elles s'y amusent de temps en temps – s'échinent à afficher les « derrières », à savoir les techniques d'embellissement, d'une photo Instagram, les femmes ordinaires, du commun, penseraient que la beauté de celles-ci seraient beaucoup plus atteignables que celles dont l'objectif est de montrer seulement une beauté sans faille. De là, il est même sain que les beaux modèles d'Instagram restent de beaux modèles... Car la violence résultant de l'indifférenciation, c'est-à-dire par l'impossibilité de distinguer les beaux et les laids, permettrait davantage la violence : en ceci que les désirs des femmes belles (des compagnons, p. ex.) seraient aussi celles des femmes moches – ce qui aboutirait à la rivalité mimétique. (Et, de toute manière, il faut vraiment être bête ou être né de la dernière pluie pour croire, naïvement, qu'il n'y a pas de « derrières », ou de « ficelles », afin d'augmenter artificiellement sa beauté.)

En somme, les propositions du Roi des rats induisent : (1) une augmentation de la consommation, donc un blanc-seing pour la manipulation, puisque les filles croiront leurs modèles davantage atteignables, par conséquent la guerre (2) ou, à l'inverse, une involution, une incitation au surpoids ou à l'obésité morbide. Deux régressions.

C'est pourquoi il vaut mieux, en définitive, maintenir cette hiérarchie des corps (en aidant, en dehors de toutes intentions idéalistes, si possible les femmes dépressives à cause d'une telle situation). On connait d'ailleurs où mène la destruction des distinctions, et à quel point, surtout, cette idée fixe est l'apanage des entreprises totalitaires...

Bref, comme beaucoup, le Roi des rats confond bon sentiment et vérité, et la vérité avec bien faire.


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7 réactions à cet article    


  • hunter hunter 26 septembre 18:45
     " C’est par ailleurs une plainte communément prononcée. On accuse les célébrités de mettre dans l’idée des jeunes des objectifs quant à leurs corps qui ne peuvent, hors chirurgie esthétique, être atteints.« 

    Certes, mais où voulez-vous en venir ?

    Ce système sociéto-économico-social, fonctionne, vous n’êtes pas sans l’ignorer, sur un principe simple, celui du désir perpétuellement inassouvi ! ( Clouscard, etc...les références sont nombreuses.)

    ceci concerne tous les recoins du système : on vend un modèle, auquel chaque membre du troupeau doit s’identifier, en expliquant bien que le meilleur moyen d’atteindre l’objectif ( arriver au plus près du modèle fourni), est de consommer telle ou telle connerie en majorité inutile !

    Corollaire : comme il est impossible de satisfaire complètement au modèle en consommant, on crée de nouveaux besoins, pour que la tête de bétail soit en permanence insatisfaite, et continu ainsi à consommer, ce qui est la condition sine qua nonne, pour que le système continue à fonctionner et se perpétue dans le temps, de manière à maintenir le niveau de vie élevé des dominants !

    Ce principe fonctionne depuis qu’a été instauré ce système de consumérisme : il a employé tous les vecteurs que les technologies rendaient disponibles à chaque époque, et dorénavant il investit la dernière technologie »up to date« , à savoir celle des réseaux !

    Tous ces »youtubeurs« ( d’ailleurs j’ignorais qu’un d’entre eux se faisait appeler le roi des rats), sont dorénavant qualifiés »d’influenceurs", par les gens du marketing et de la pub !

    Donc en fait rien de nouveau sous le soleil camarade, seuls les vecteurs du message évoluent, mais le message en lui-même, reste le même, intrinsèquement, depuis quelques décennies !

    Adishatz

    H/

    • Vertagus Vertagus 26 septembre 19:11

      @hunter (Re)lisez mon article. 


    • hunter hunter 26 septembre 19:57

      @Vertagus


      Oui, j’ai lu vite en diago j’avoue !

      Demain je relis !

      Adishatz

      H/

    • troletbuse troletbuse 26 septembre 20:28

      @hunter
      Surtout, ne relisez pas. Vous risquez une indigestion de médiocrité. smiley


    • colibri 27 septembre 11:32
      Car la violence résultant de l’indifférenciation, c’est-à-dire par l’impossibilité de distinguer les beaux et les laids, permettrait davantage la violence

      La question n’est pas de savoir différencier les beaux des laids , il est effectivement sain de vouloir se rapprocher de la beauté , qu’elle soit physique ou morale , et qu’elle reste un modèle .

      Le problème est que les canons actuels de la beauté physique sont inatteignables pour certaines jeunes filles parce que ne correspondant pas à leur nature qui est d’etre épanouie en étant ronde , mais surtout n’ont rien à voir avec la vraie beauté des êtres .
       Les canons modernes de beauté visent à gommer la différence des sexes , la femme doit ressembler à un homme ou à une petite fille :sans seins , sans hanches , sans cuisses rondes , plus la sillhouette est chétive , voir maladive plus elle entre dans les canons .
      Tout ca parce que les couturiers sont des invertis comme dirait Proust et ne conçoivent pas la vraie beauté féminine respectueuse de la physiologie .


      Alors tendre vers la beauté oui , mais pas celle imposée par les canons actuels qui ne respectent pas les femmes .

      • colibri 27 septembre 11:45
        à l’inverse, une involution, une incitation au surpoids ou à l’obésité morbide. 

        Quand vous parlez de morbide , ce sont plutôt les canons actuels de maigreur qui confinent à la morbidité et à la mauvaise santé :aux défilés de couture c’est à celui qui aura le plus de cadavres ambulants ,
         avec bien sur une maigreur témoignant d’une mauvaise santé , des yeux cernés de noir , des silhouettes qui n’ont rien de féminin ;
        Les couturiers veulent gommer toute féminité épanouie pour promouvoir l’unisexe et garder les femmes avec un physique d ’adolescente , même les mannequins enceintes ont des jambes maigres et pas de seins .Des petites filles enceintes quoi .

        Non seulement ce n’est pas beau , mais le pire est que ca ne correspond pas à un état de santé optimal pour les femmes .Dans la vraie vie les femmes qui mangent à leur faim sans exagérations ont des rondeurs , des seins , des hanches , de la cellulite et sont en pleine santé contrairement aux squelettes des actrices à la mode et autres modèles soit disant féminin mais en réalité dont la physiologie a été stoppé à l’adolescence .

        • Nobody knows me Nobody knows me 2 octobre 16:43
          J’ai du mal à saisir qui fera les grilles pour différencier les beaux, des laids (tiens tiens, encore des cases où on dépose des gens...).
          Y a-t-il un poids limite, des mensurations précises, des couleurs d’yeux, de cheveux, de peau ?
          Je trouve ça complètement insensé.

          Au lieu de tenter de dissuader les bimbos de poster sur leur instagram, incitez plutôt les personnes qui ne rentrent pas dans les cases à s’affirmer et à faire de même.
          Mieux vaut agrandir les cases que de tenter de faire maigrir les gens pour les faire rentrer dedans.
          Je dis ça, c’est sûrement mon tempérament de feignant qui s’exprime...

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