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Salvador Dali, le succulent génie du Vingtième Siècle

« Ne craignez pas d’atteindre la perfection, vous n’y arriverez jamais ! » (Salvador Dali).

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La perfection, il ne l’a peut-être pas atteinte, mais il s’en est quand même beaucoup approché. Salvador Dali est mort à Figueras il y a trente ans, le 23 janvier 1989, à l’âge de 84 ans (il est né à Figueras le 11 mai 1904).

Incontestablement, Salvador Dali a dominé le Vingtième Siècle par son art, son surréalisme, sa peinture, ses sculptures, ses autopromotions, et surtout, ses excès. On aurait pu dire la même chose de Picasso, mais l’excentricité de Dali qui en a fait un hypernombriliste mondialisé bien avant l’arrivée des réseaux sociaux sur le Web, avec ses yeux d’illuminé, a été un accompagnement marketing efficace, à la fois agaçant mais également amusant, par sa loufoquerie farfelue de son œuvre réellement géniale, qui regroupe les deux qualités intrinsèques d’un.excellent artiste : la maîtrise totale de la technique et l’originalité exceptionnelle de la composition.

De plus, fasciné par les progrès de la science, Salvador Dali n’a pas hésité à se resservir dans ses œuvres des dernières découvertes scientifiques, comme la physique quantique, la physique nucléaire, les mathématiques avec l’hypercube (cube en quatre dimensions) qu’il a utilisé audacieusement pour une représentation de Jésus-Christ en 1954 ("Corpus hypercubus"), la génétique qu’il a évoquée en 1963 pour rendre hommage aux deux découvreurs de l’ADN, Francis Crick et James Watson ("Galacidalacidesoxyribonucleicacid"), etc., et il n’a pas hésité non plus à utiliser quelques farces techniques, comme les illusions d’optique, l’holographie et même des procédés stéréoscopiques. En ce sens, il fut un artiste complet et global. Il lisait les livres de Stephen Hawking et de René Thom.

 
 


Par provocation, Salvador Dali a publié le "Manifeste de l’antimatière" en 1958 à New York : « J’étudie, je veux découvrir le moyen de transmuter mes œuvres en antimatière. Il s’agit d’appliquer une nouvelle équation formulée par le docteur Werner Heisenberg (…). Moi qui n’admirais que Dali, je commence à admirer cet Heisenberg qui me ressemble. » (Cité par Carme Ruiz, du Centre d’Études Dalieniennes, dans "Pasaje a la Ciencia" n°13, 2010). Dans "Le Figaro", il expliqua : « Je crois que les artistes devraient avoir des notions scientifiques pour avancer sur un autre terrain, celui de l’unité. » (Cité par Carme Ruiz).

Cette curiosité scientifique le faisait fréquenter régulièrement des scientifiques dont il parla ainsi : « Ils me trouvent tous sympathique (…). Mon seul avantage est de ne connaître rien à rien, ça me permet de mettre en pratique mes caprices les plus capricieux et les plus irrationnels, en me basant sur mes petites lectures. Et comme je suis doué d’un certain génie, il m’arrive de dire des choses qui ne leur semblent pas si improbables que ça. » (Cité par Carme Ruiz).

Citées de façon très pertinente par Wikipédia, je reproduis ici les réflexions de deux illustres académiciens qui ont adoré Salvador Dali, propos qui résument assez bien à la fois l’œuvre et le personnage.

Michel Déon (1919-2016) : « Ce qui est le plus aimable, en Dali, ce sont ses racines et ses antennes. Racines plongées profondément sous terre où elles vont à la recherche de tout ce que l’homme a pu produire de succulent (selon un de ses trois mots favoris) et quarante siècles de peinture, d’architecture et de sculpture. Antennes dirigées vers l’avenir qu’elles hument, prévoient et comprennent avec une foudroyante rapidité. Il ne sera jamais assez dit que Dali est un esprit d’une curiosité insatiable. ».

Jean Dutourd (1920-2011) : « Salvador Dali, qui était très intelligent, avait compris plusieurs choses qui, généralement, échappent aux artistes, la première étant que le talent (ou le génie) est une baraque foraine. Pour attirer les clients, il faut bonimenter, avoir la langue bien pendue, faire des pitreries et des cabrioles sur une estrade. Ce en quoi Dali, dès ses débuts, excella. Il considérait qu’il était le plus grand peintre du XXe siècle, c’est-à-dire un artiste classique ayant eu la malchance de tomber dans une basse époque de son art. Les Trissotin de l’intelligentsia occidentale et les bourgeois à leur suite faisaient la loi, c’est-à-dire l’opinion. Il y a deux façons de concilier ces gens-là, dont dépendent les réputations ; la première est d’être aussi grave qu’eux, aussi imbu de sa dignité. Ils reconnaissent aussitôt un membre de la tribu et savent le lui montrer. L’inconvénient est que pour réussir une telle attitude, il faut être soi-même un peu un imbécile (…). Il ne lui restait que l’autre issue qui est la provocation, c’est-à-dire les extravagances et l’imprévu en pensée autant qu’en paroles, la sincérité brutale, le goût de la facétie, l’iconoclastie à l’égard de tout ce qui est à la mode et de ce fait est intouchable. ».

En France, ceux qui ont l’occasion d’être à Paris (habitants ou visiteurs) sont encouragés à venir visiter le "petit" musée à Montmartre consacré à Salvador Dali. J’avoue ne pas l’avoir connu quand, un jour, je me suis promené à Montmartre et me suis retrouvé par hasard face à l’entrée, et ce fut une réjouissance d’autant plus grande qu’elle était permanente. Quelques peintures, quelques sculptures, une librairie, sont là pour apporter à Paris sa petite contribution. Il ne vaut pas le Musée Picasso à Paris pour Picasso, mais il est heureux de savoir qu’il existe à Paris ce "petit" musée qui reste la plus importante collection permanente présentée en France, comprenant environ 300 œuvres (au 11 rue Poulbot, musée inauguré en 1991).

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Un autre musée est absolument à visiter par les voyageurs qui ont l’occasion de se rendre sur la côte méditerranéenne en Espagne, peu après la frontière française, à Figueras, la ville natale de l’artiste, puisque le bâtiment est lui-même une œuvre d’art monumentale de Dali, à son image excessive et loufoque, à l’emplacement de l’ancien théâtre municipal de la ville qui a été détruit pendant la guerre civile espagnole : « Je veux que mon musée soit d’un seul bloc, un labyrinthe, un grand objet surréaliste. Ce sera un musée complètement théâtral. Les visiteurs qui viendront le voir repartiront avec la sensation d’avoir fait un rêve théâtral. ». Ce musée a été inauguré le 28 septembre 1974, mérite que le visiteur y consacre toute la journée, et est la dernière demeure de Salvador Dali qui repose embaumé dans la crypte depuis le 25 janvier 1989 dans un parfait état de conservation (constaté lorsque son corps fut brièvement exhumé le 20 juillet 2017 pour un test de paternité à Madrid, test négatif pour une femme qui prétendait être sa fille).

Il existe bien sûr d’autres musés Dali, dont le plus grand est situé aux États-Unis, à Saint Petersburg, en Floride, inauguré le 7 mars 1982, regroupant la plus grande collection permanente des œuvres de Dali au monde (plus de 2 000 œuvres acquises par un couple de mécènes pendant près d’un demi-siècle) autrefois présentée près de Cleveland, dans l’Ohio.

Mais on peut aussi considérer que l’Internet est un musée global qu’on peut visiter bien assis confortablement dans son fauteuil. Je propose ici quelques œuvres que j’ai appréciées de Salvador Dali et qui ont été exposées lors de la grande rétrospective Dali au Centre Pompidou à Paris du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013.

On pourra ainsi, dans ce musée virtuel, revoir son œuvre la plus connue, "La Persistance de la mémoire" (1931) composée de plusieurs montres molles qui ont pris modèles, très basiquement, sur des camemberts coulants.

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"Le Grand Masturbateur" (1929), en plus de son titre et de sa composition provocateurs, multiplie les détails qui en font, comme très souvent chez Dali, une œuvre très riche en interprétations au point d’être analysée bien plus profondément que la volonté même de l’auteur.

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On pourra aussi regarder un coucher du soleil sans soleil mais avec œuf, "Œufs sur le plat (sans le plat)" (1932), qui fait penser à un suicide par pendaison.

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Ou encore déceler "L’Homme invisible" (1932) où l’on distinguera toujours les fesses de sa muse éternelle Gala, à une époque où il venait de la connaître, épouse de Paul Eluard.

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Le "Bureaucrate moyen atmosphérocéphale, dans l’attitude de traire du lait d’une harpe crânienne" (1933) donne une idée amusante d’une critique de la bureaucratie qui saigne le contribuable jusqu’à l’os, encore plus valable quatre-vingt-cinq années plus tard qu’à l’époque où il a été peint.

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Le troublant "Pieta" (1958) avec sa perspective révolutionnaire et sa fleur de tournesol montre à quel point, au-delà aussi de l’hyper Christ déjà cité ici, Dali a su renouveler les représentations religieuses, notamment de l’Ascension.

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La "Métamorphose de Narcisse" (1937) apporte elle aussi son lot d’imbrications et de complexité avec une vague idée du Penseur de Rodin après épuisement de la pensée (le front reposant sur un genou au lieu du menton reposant sur une main).

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Enfin, je termine modestement par cet hommage à Claude Le Lorrain, "La main de Dali retirant une Toison d’or en forme de nuage pour montrer à Gala l’aurore toute nue, très, très loin derrière le soleil" (1977) qui donne une idée de l’obsession récurrente de son amour pour Gala et de sa capacité à reproduire les grands classiques de la peinture. Et l’on comprend pourquoi Gala a été son obsession : « Je considère l’amour comme l’unique attitude digne de la vie de l’homme. ». Ce qui est un brin plus positif qu’un autre provocateur, Michel Houellebecq !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel du Théâtre-Musée Dali à Figueras.
Salvador Dali.
Jean-Michel Basquiat.
Dernières heures parisiennes pour Egon Schiele.
Pierre Soulages, l'artiste mélanthrope, a 99 ans.
Rotraut Uecker.
Egon Schiele.
Banksy.
Marcel Duchamp.
Pablo Picasso.
Le British Museum et le monde des humains.
Yves Klein.
Le Tintoret.
Gustav Klimt.
Georges Méliès.
David Hamilton.
Paula Modersohn-Becker.
Auguste Rodin.
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

Salvador Dali


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7 réactions à cet article    


  • Gollum Gollum 24 janvier 10:48

    Dali un artiste que j’adore bien plus que Picasso, qui me laisse froid..

    A consommer sans modération avec Paul Delvaux et bien d’autres...

    Vous devriez vous cantonner à ce genre de texte vous êtes bien meilleur qu’avec vos textes politiques.


    • L'Astronome L’Astronome 24 janvier 11:33

       

      Vous n’allez pas le croire, mais c’est vrai. C’est la dernière farce de Salvador Dali : quand on ouvert son cercueil en jullet 2017 pour exhumer sa dépouille, on y a retrouvé les restes de ... Pablo Picasso !

       


      • blablablietblabla blablablietblabla 24 janvier 14:26

        Rokotoarison...


        • zygzornifle zygzornifle 24 janvier 16:11

          je veux découvrir le moyen de transmuter mes œuvres en antimatière.

          Comme Macron qui veut transformer la France en anti-matière ....


          • Esprit Critique 24 janvier 16:42

            Dali , un Génie, enfin un article qui me plait !


            • Raymond75 24 janvier 16:45

              Dali était un homme d’exception, un grand artiste, qui avait fait de sa vie une œuvre d’art.

              Je me souviens, très jeune, de l’avoir croisé du côté de Montparnasse : âgé, il était un très bel homme, de grande classe, très élégant. Il était accompagné du jeune femme un peu exotique, peut être Amanda Lear ?

              Et beaucoup d’entre nous se souviennent de sa publicité pour le chocolat Lanvin : ’Je suis FOU ... du chocolat Lannnnvin’  smiley


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