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Sexe, drogues, rock & roll et dandys

Traduction de la sixième partie de la série Occult Yorkshire : Fabian Family Secrets and Cultural Engineering in the UK, par Jasun Horsley.

Partant de son histoire familiale (son grand-père, Alec Horsley, était le fondateur de Northern Dairies, devenue la multinationale Northern Foods, et son frère Sebastian était un artiste de renom), Jasun (de son véritable nom Jason) Horsley évoque, entre autres, les sujets de la société fabienne, de l'éducation, de la pédophilie, et du progressisme.

D’un point de vue évolutionniste, l’école correspond à la phase d’endoctrinement d’une gigantesque expérience d’élevage. Les fantasmes de la classe ouvrière sur le « développement personnel » furent rejetés dès le départ comme autant de manifestations de sentimentalisme qui n’avaient pas leur place dans la théorie de l’évolution.
 John Taylor Gatto, Underground History of American Education

 

Cette série a débuté comme une tentative pour mieux comprendre le chemin auto-destructeur emprunté par mon frère, ainsi que les racines empoisonnées qui le traversent. Ironiquement – ou peut-être pas – Sebastian Horsley était aussi éloigné d’un hippie ou d’un progressiste qu’il est possible de l’être (il a toutefois qualifié Jésus de dandy en une occasion). Il se moquait des hippies-mangeurs-de-graines, du politiquement correct et des valeurs New Age/progressistes, et il était infiniment plus susceptible de parler affectueusement d’Hitler que de vanter les mérites de Gandhi ou de Mère Teresa. Cela signifie-t-il que son endoctrinement fabien n’a pas fonctionné, ou qu’il s’est rebellé contre les influences paternelles en adoptant des valeurs exactement opposées (comme le font tant d’entre nous) ? Ou cela implique-t-il quelque chose de plus subtil et obscur, qui serait que le système de valeurs promu par les fabiens, les quakers, les membres de Grith Fyrd et les progressistes de gauche dissimulait un système de valeurs très différent, et qu’un loup se cachait derrière le masque progressiste ? En fait, le dandysme est bien plus compatible avec l’esthétique du « retour à la nature » de l’Order of Woodcraft et de Grith Fyrd – ainsi qu’avec le fascisme – qu’il ne le paraît de prime abord.

Le Men’s Dress Reform Party [ndt : Parti de la réforme de l’habillement des hommes] était une extension du mouvement eugéniste qui, comme le mouvement du camping et les écoles progressistes, débuta à la fin des années vingt et au début des années trente. Son objectif avoué était d’encourager les hommes à porter « des vêtements plus beaux et plus gracieux, qui rappelleraient ce qu’ils portaient durant la période élisabéthaine. » Le raisonnement était que les hommes de la classe moyenne, en s’habillant mieux, deviendraient plus attirants pour les femmes, « ce qui permettrait ainsi de renverser la perception d’un déclin évolutionniste de la classe moyenne. » Les manifestations d’été du MRDP étaient des événements réguliers durant les années trente, et une manifestation qui eut lieu en 1931 aux Suffolk Street Galleries rassembla environ un millier de personnes, dont H. G. Wells. Dion Byngham, l’homme qui vouait un culte à la pomme de pin, a même écrit à ce sujet dans le New Health Journal en 1932 : « une renaissance de la beauté pour l’homme – une beauté véritablement masculine du corps et de l’esprit, l’épanouissement d’un esprit joyeux – pourrait signifier des mariages plus heureux, de beaux enfants bien nés, une race plus belle et plus saine. »

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

 

L’une des principales influences de ce mini-mouvement fut Edward Carpenter, un des premiers fabiens, que George Bernard Shaw avait appelé « un noble sauvage », et que le Guardian avait qualifié « d’un des pères fondateurs du socialisme ». Carpenter vécut à Millthorpe, un village du Derbyshire près de Sheffield et à environ soixante kilomètres de l’école d’Abbotsholme, où il rencontra Shaw, Bertrand Russell, D. H. Lawrence, et Cecil Reddie (le fondateur d’Abbotsholme). Il entretint une correspondance avec Walt Whitman, Annie Besant, Isadora Duncan, Havelock Ellis, Roger Fry, le Mahatma Gandhi, J. K. Kinney, Jack London, George Merrill (son amant), William Morris et John Ruskin, et il connaissait aussi probablement l’artiste-pédophile Eric Gill (ils appartenaient tous deux à ce qu’on appelait « la scène de Bloomsbury »). Comme le rappelle le Guardian : « Millthorpe s’affirma comme un réseau contre-culturel s’opposant au matérialisme victorien, devenant un point de passage obligé pour toutes sortes d’artistes torturés. [...] Millthorpe était également connu pour son atmosphère de libération sexuelle ».

En découvrant tout ceci, une question me vint à l’esprit concernant toutes ces lignées royales qui connurent une période difficile : une des raisons pour lesquelles elles perdirent leur fortune et leur rang social fut-elle qu’elles devinrent gâtées et paresseuses, comme ont tendance à l’être les aristocrates, ce qui provoqua la perte de leur royaume ? Si c’est le cas, alors il se peut qu’une des manières de faire face à ce problème serait d’envoyer vos enfants dans des « écoles naturelles » où ils devront apprendre à vivre dans la nature et à développer un côté « sauvage » – ne faisant pas d’eux de bons sauvages, mais plutôt des nobles sauvages.

Mon frère aurait sans doute apprécié un tel qualificatif. Il se moquait totalement de l’eugénisme ou de la volonté de créer une race plus belle (il aurait insisté sur le fait que les gens laids et mal habillés étaient nécessaires pour que lui-même puisse sortir du lot). Il n’avait pas non plus de temps à perdre avec le camping ou les mouvements naturels. Et bien qu’il ait été obsédé par sa propre « libération » sexuelle et par l’embellissement de sa propre personne, le fait de porter de beaux vêtements pour sortir du lot n’avait rien à voir avec le désir d’attirer un partenaire sexuel, puisque d’après son propre credo, « les dandys ne se reproduisent pas ». Son intérêt pour les vêtements trouvait son origine dans un mélange particulier d’hédonisme, de narcissisme et de matérialisme, mais il n’était pas entièrement distinct d’une philosophie de vie, bien au contraire. Sans vouloir simplifier ses choix à l’excès, les préoccupations quotidiennes de mon frère étaient cependant de trois ordres : les vêtements, le sexe et la drogue. L’art et l’expression personnelle (ou le culte de sa personne) étaient tout aussi essentiels, mais c’est comme si les trois « vices » étaient les moyens d’atteindre ce but, les peintures sur son chevalet. Si nous remplaçons les vêtements par le rock and roll (i.e. la pop musique, que mon frère prétendait préférer à toutes les autres formes d’art combinées), alors le système de valeurs de la contre-culture (et les moyens imaginés pour atteindre à la libération sociale et spirituelle) est plus ou moins identique.

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

Le rock and roll, tout comme le dandysme, avait des liens avec le mouvement éducatif fabien du « retour aux sources » (« un mélange de Freud et des Peaux-Rouges », souvenez-vous). Par exemple, un membre important de la communauté de Braziers Park était Glynn Faithfull, qui avait rencontré Glaister par l’intermédiaire de l’Order of Woodcraft Chivalry. Faithfull avait été membre de l’université de Liverpool, avait étudié la renaissance italienne, et été un agent du MI6 durant la Seconde Guerre Mondiale. Il fut marié à la baronne Eva Erisso, une ancienne ballerine, et leur fille était la chanteuse et actrice Marianne Faithfull. D’après le second mémoire de Marianne (Memories, Dreams, Reflections, curieusement le même titre que l’autobiographie de Jung), ce fut Glynn Faithfull qui fut chargé de l’interrogatoire de Heinrich Himmler après qu’il se soit rendu aux forces américaines, ayant compris que la défaite des nazis était imminente. Faithfull aurait échoué à fouiller Himmler correctement, ce qui l’empêcha de découvrir une capsule de cyanure dissimulée sur ce dernier, ce qui aurait conduit au suicide d’Himmler, qui aurait été ensuite enterré dans une tombe non identifiée. Voilà un petit conte assez curieux, outre le fait que tout ceci survint durant la période au cours de laquelle des nazis étaient incorporés dans l’OSS, qui devait bientôt devenir la CIA, via l’opération Paperclip. Mais poursuivons.

Marianne naquit l’année suivante, et elle raconte qu’elle intégra Braziers Park au moment de sa création, en 1950 (elle avait quatre ans), et y vécut jusqu’à ses sept ans. Dans son premier mémoire (Marianne : An Autobiography), elle décrit des cauchemars récurrents impliquant des « entités terrifiantes » qui étaient « exactement comme mon père », des hommes étranges portant la moustache qui la chatouillaient et lui versaient du thé chaud sur le corps. Elle écrit que « chaque année, nous emmenions des enfants défavorisés dans la New Forest » pour y participer à des rituels « quasi-mystiques ».1

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

Faithfull se souvient dans Memories, Dreams, Reflections :

Les choses étaient plus folles, plus excentriques, plus chaotiques durant les premières années – certaines choses qui se passaient là-bas étaient assez étranges. [...] Ils semblaient étudier Dante et Le destin de l’homme, mais ce qu’ils faisaient vraiment c’était de baiser comme des lapins – avec ce qui étaient techniquement les mauvaises personnes. [...] Il y avait du sexe partout à Braziers. Pas vraiment une expérience positive et heureuse pour un enfant, je suppose. [...] Le mélange de pensée utopique et de sexe omniprésent pourrait sembler incongru, mais c’était vraiment dans l’esprit de l’époque – les années cinquante – qui préfigurait de façon troublante l’esprit des années soixante, caractérisé par son désir de changer le monde et son amour libre enivrant. C’était les années cinquante, intellectuelles, marquées par l’influence de Bertrand Russell, qui virent les débuts de Braziers Park et où fleurissaient toutes ces idées – des idées grandioses visant à guérir le monde – et de petits groupes d’individus s’isolant du grand méchant monde pour étudier les Grandes Idées, des idées sur la Nature de l’Homme, les fondements de la civilisation, la complexité de la communication des idées. Les débats métaphysiques s’accompagnaient d’expériences sur la conscience de groupe. Cette combinaison – la baise et Schopenhauer – était tout aussi omniprésente à Braziers qu’elle l’était dans les romans d’Iris Murdoch. [Mon père] était un philosophe de l’esprit de groupe, quasiment un technicien des dynamiques de groupe – comment composer avec l’ego au sein d’un groupe.2

Plus loin, dans un chapitre intitulé « The Girl Factory », [ndt : L’usine à filles]Faithfull décrit sa rencontre avec l’écrivain et éditeur italien Roberto Calasso, qu’elle décrit comme « un archéologue des mythes ». Faithfull raconte que lorsqu’elle évoqua son enfance à Braziers auprès de Calasso, celui-ci la compara à une histoire de l’auteur de pièces de théâtre Frank Wedekind, Mine-Haha : the Bodily Education of Young Girls [ndt : Mine-Haha : l’éducation corporelle des jeunes filles]Mine-Haha raconte l’histoire d’une école de filles située dans un château où des filles non désirées sont élevées depuis le berceau jusqu’à l’âge de seize ans, « un genre d’école de formation pour geishas où elles sont éduquées pour donner du plaisir ». À l’âge de seize ans, ces filles sont orientées soit vers le show business, soit vers la prostitution. Faithfull répondit à Calasso en insistant que « personne ne m’a forcée à venir à Londres pour y devenir une chanteuse pop. On m’a tentée, certainement, on m’a séduite pour que je le devienne, mais je n’ai pas été contrainte de devenir une chanteuse pop, tandis qu’on oblige les filles du château à devenir des artistes avec le fouet et la torture. » Calasso répondit en notant que Faithfull « avait grandi dans un lieu clos similaire [...] et à l’âge de dix-sept ans [...] fit une entrée fracassante dans le monde, entraînée, de façon étrange, pour toutes sortes de choses – politique, sexe, livres, danse, comédie, chant – qui lui furent utiles dans sa carrière. » Faithfull admit que « le concept de mentalité de groupe que mon père enseignait à Braziers a dû beaucoup m’aider à m’intégrer. C’est probablement la raison qui m’a permis de m’intégrer si aisément avec les Stones. »

Faithfull écrit : « Avant que les filles ne soient envoyées dans le monde, elles sont examinées de la tête aux pieds, à l’intérieur, à l’extérieur, la totale. C’est vraiment pervers. Quoi qu’il en soit, rien de tout ceci ne m’est arrivé, de toute évidence ». Pourquoi « de toute évidence », je me demande ? Faithfull clôt le chapitre en mentionnant une troupe de danse italienne, le Gruppo Polline, qui avait créé une performance inspirée de Mine-Haha dont les thèmes étaient « la persistance de la mémoire, l’isolation, l’hésitation quant au futur, l’alternance du statique et du frénétique, et la négation du corps résultant d’une éducation fondée sur des théories et sur l’exploitation des jeunes » (c’est moi qui souligne). Elle ajoute qu’elle a écrit la chanson In the Factory avec Polly (P. J.) Harvey, en s’inspirant d’un essai de Calasso. Elle avait voulu l’intituler « The Girl Factory », mais Harvey l’avait convaincue de changer de titre. Faithfull regretta le changement, ajoutant en guise d’explication que Polly était « assez intimidante ».3

Marianne Faithfull rencontra Mick Jagger vers le début de sa carrière musicale, en 1964-65, et il écrivit son premier succès, As Tears Go By (bien qu’ils ne se mirent en couple qu’en 1966). Jagger venait de quitter la London School of Economics, après avoir obtenu une bourse en 1961 pour pouvoir y faire ses études, et y être resté jusqu’en 1963. Cette période de deux ans correspond à la période de formation des Stones et à leur ascension en tant que groupe, pour devenir peu après « l’avant-garde du rock and roll britannique ». Avant cela, Jagger avait travaillé durant l’été 1961 dans un hôpital psychiatrique, le Bexley Hospital, où il raconte qu’il y apprit des leçons inestimables sur la psychologie humaine, en plus d’y avoir perdu sa virginité avec une infirmière !4

La légende raconte que Jagger a rencontré « par hasard » son ancien camarade de classe Keith Richards sur un quai de gare en 1961, sur la route le menant à la LSE, et le reste fait partie de l’histoire. Il existe une anecdote bien connue – je me rappelle l’avoir entendue de la bouche de ma sœur alors que j’étais adolescent – sur Mick Jagger et comment il continua à étudier pour devenir un comptable alors même que les Stones commençaient à décoller, juste au cas où ce ne serait qu’un feu de paille. Ce qu’on sait beaucoup moins (et en fait, il est difficile de le confirmer, ma seule source pour l’instant étant le chanteur Sally Stevens) est que, en plus d’avoir donné une bourse à Jagger, la London School of Economics a aussi financé les Stones en 1963. Stevens rapporte une conversation avec Derek Bell, le neveu de Gertrude Stein, datant de cette année-là :

D’après ce que je me rappelle de la conversation qui suivit, les étudiants de la LSE, durant leur première année, étaient autorisés à rédiger une demande auprès de la LSE pour financer un projet. D’après Derek, Mick avait écrit la demande de financement, se servant des Rolling Stones comme d’un modèle économique, et demandant une aide financière pour acheter de l’équipement pour qu’ils puissent améliorer leur qualité sonore sur scène. Bien entendu, pas un membre du conseil d’administration de la LSE, y compris Derek, n’avait la moindre idée de la rentabilité financière de la musique rock, bien qu’elle était évidemment en train de prendre de l’importance d’un point de vue économique, et ils avaient vaguement entendu parler des Beatles ; mais lorsqu’il fallut aborder les subtilités du métier, la LSE eut besoin d’une opinion d’expert – dans ce cas précis, moi. Le conseil d’administration voulait savoir si les Stones avaient un avenir, et je pus dire que je pensais que oui, d’après ce que je voyais. Est-ce qu’ils seraient un pari judicieux ? « Euh... Oui », d’après l’expert. Et c’est ainsi que Mick obtint un financement de la LSE grâce auquel il put acheter de l’équipement, après quoi il dit adieu à la LSE, et s’envola vers les cieux.

Que cette anecdote soit apocryphe ou authentique, les Stones devinrent le groupe le plus important du monde, après les Beatles, et Mick Jagger et Marianne Faithfull devinrent l’un des couples les plus célèbres du rock. Après sa libération de prison en 1967, Jagger passa aussi quelque temps à Braziers Park avec Faithfull.

S’il est besoin de preuves supplémentaires pour lier la culture populaire, les opérations menées par les services de renseignement, et la politique, Mick Jagger fut un temps associé au député travailliste et supposé informateur du MI5 (et peut-être du KGB, voire même de l’église de scientologie) Tom Driberg. Driberg avait été impressionné par Jagger après lui avoir été présenté en 1965, et tenta durant de nombreuses années, sans succès, de le persuader de s’impliquer activement dans la politique du parti travailliste. Driberg était membre d’un ou plusieurs des groupes auxquels appartenait mon grand-père, il fraternisa avec Richard Acland, et fut même désigné par Aleister Crowley comme étant son successeur naturel dans le rôle d’enseignant mondial !5 Encore plus inquiétant, Driberg (qui adhérait pleinement à la libération culturelle et sociale des années soixante) noua une amitié au long cours avec les jumeaux Kray, et en juillet 1964, Lord Boothby (un noble conservateur célèbre) et lui furent accusés d’avoir harcelé des hommes sur une piste de course de chiens, et d’être impliqués dans la mafia. Driberg et Boothby participèrent à des fêtes dans l’appartement des Kray, où « des garçons de l’East End, à la fois frustes et accommodants, étaient servis comme autant de petits-fours », d’après le biographe de Driberg, Francis Wheen.6 Tandis que Driberg évitait d’apparaître en pleine lumière, Boothby était poursuivi par la presse, et fut contraint de publier une série de démentis. Après la condamnation des jumeaux pour meurtre en 1969, Driberg fit pression à de nombreuses reprises auprès du Home Office pour améliorer leurs conditions de détention, demandant qu’ils reçoivent plus de visites et qu’ils aient le droit de se voir régulièrement.

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)
Tom Driberg et Lord Boothby

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)
Boothby et Reggie Kray, en compagnie de Leslie Holt

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)
Boothby et Cliff Richards

Driberg était membre du Comité 1941, mentionné précédemment, qui en plus d’Acland et d’Astor, recruta également Julian Huxley (le frère aîné d’Aldous, un eugéniste et ingénieur social) et le probable agent du MI5 Christopher Mayhew. En 1955, Mayhew participa à une expérience qui devait occuper un segment d’une émission spéciale de Panorama sur la BBC, mais qui ne fut jamais diffusée. Mayhew ingéra 400 mg de mescaline hydrochloride sous le contrôle de son ami le dr. Humphrey Osmond, et donna son autorisation pour être filmé pendant son trip. Une partie de l’enregistrement fut intégrée au documentaireLSD – The Beyond Within, diffusé en 1986. Le dr. Humphrey Osmond donna de la mescaline à Aldous Huxley l’année suivante, en 1952, ce qui fut à l’origine de la rédaction de la bible de la contre-culture, Les portes de la perception.

Comme mon grand-père faisait lui aussi partie du Comité 1941 (d’après l’historien marxiste de la LSE, John Saville – sans lien connu avec Jimmy), peut-on imaginer qu’il ingérait lui aussi de la mescaline sur la ligne de front de la révolution psychédélique ? Si ce fut le cas, je n’ai jamais été mis au courant durant mon enfance. La prise d’hallucinogènes semblait pourtant bien être au centre de l’expérience fabienne : plus de cinquante ans avant que Huxley ne popularise la mescaline, Havelock Ellis écrivait un article intitulé Mescal : A New Artificial Paradise pour The Contemporary Review de janvier 1898, faisant de lui l’un des tous premiers occidentaux à expérimenter les « enthéogènes ».

Encore une fois, mon frère poursuivit cette tradition à la lettre, et à l’exact opposé, tout à la fois : il écrivit un article pour The Observer (dont l’ancien rédacteur en chef était l’agent du MI6 David Astor, veuillez noter) sur son expérience avec l’ibogaine, intitulé Trip of a Lifetime (j’y étais même mentionné, même si mon nom n’était pas cité). Ses divers écrits sur son amour pour son addiction à l’héroïne sont plus célèbres, et il inclut des seringues (ainsi que des crânes) sur le blason qu’il se créa lui-même. En-dessous apparaissent les mots « PUTAINS, DEALERS, TAILLEURS ».

Consciemment ou pas, mon frère révélait ainsi les méthodes de l’ingénierie culturelle. Sexe, drogues, et beaux vêtements : un credo à suivre jusqu’à la mort.

➤ Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

 

Notes :

1. Faithfull : An Autobiography, par Marianne Faithfull, Cooper Square Press, 2000, pp. 6-7.

2. Memories, Dreams, Reflections, par Marianne Faithfull, HarperCollins, 2007, pp. 135-6, 141-2.

3. Ibid, cette série de citations sont tirées de The Girl Factory, pp. 218-222.

4. Mick Jagger, par Philip Norman, Doubleday Canada, 2012, p. 44.

5. Driberg accepta une invitation à dîner avec Crowley lors de la première de leurs nombreuses réunions ; c’est au cours de l’une d’entre elles que Crowley nomma Driberg au poste d’enseignant mondial. Rien de concret ne déboucha de cette proposition, mais les deux personnages continuèrent de se rencontrer.https://en.wikipedia.org/wiki/Driberg

6. Wheen, Driberg : His Life and Indiscretions, Pan Books, 1992, p. 350.

 

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Source et traduction des parties 4 à 8 de la série Occult Yorkshire.

Traduction des parties 1 à 3.


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2 réactions à cet article    


  • jocelyne 29 août 2017 10:24

    Je n’arrive plus à noter , ni les articles ni les commentaires, dommage, j’aurais bien mis un 5 à cet article, merci à vous (Helmer Food Beat vient de décéder, surement rien à voir avec la drogue smiley


    • Feste Feste 29 août 2017 20:24

      Ce bouquin de Horsley est une vraie mine d’or sur ces themes.

      Merci pour l’article

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