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Accueil du site > Tribune Libre > Sigmund Freud et la petite souris du destin…

Sigmund Freud et la petite souris du destin…

Revenons à Sigmund Freud… Cela ne pourra sans doute que nous faire beaucoup de bien. Nous le retrouvons trois ans après la publication (1889) de cet impérissable Automatisme psychologique de Pierre Janet dont il ne sera sans doute pas inutile de rappeler ici le sous-titre : Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l’activité humaine

Freud écrit :
« Vers la fin de 1892, un médecin de mes amis m’adressa une jeune personne qu’il traitait pour une rhinite chronique purulente, à rechutes. » (Etudes sur l’hystérie, pages 960-961 du PDF)

Il nous la présente sous le pseudonyme de miss Lucy R… Elle a trente ans :
« Elle avait totalement perdu l’odorat et était, presque sans interruption, poursuivie par une ou deux sensations olfactives d’ordre subjectif. » (Idem, page 961)

À la différence de Pierre Janet, dont nous avons vu qu’il officiait auprès de personnes internées et rompues dès longtemps au cérémonial du sommeil artificiel et à tout ce qui pouvait en résulter sous des formes extrêmement spectaculaires aptes à épater toute une galerie…, Sigmund Freud se heurte, chez cette jeune femme, à ce qu’il aurait pu rencontrer chez beaucoup d’autres personnes qui appartenaient toujours, elles, à la société ordinaire…
« Miss Lucy ne céda pas au somnambulisme quand je tentai de l’hypnotiser.  » (Idem, page 963)

Sans plus attendre, il en tire une décision qui pourrait nous paraître un peu paradoxale…
« J’y renonçai alors et, pendant toute son analyse, elle demeura dans un état fort peu différent de l’état normal. » (Idem, page 963) 

C’est alors qu’il évoque son second voyage en France, après son séjour de la fin 1885 et du début de 1886 auprès de Jean-Martin Charcot. Il était venu en Lorraine pour rencontrer le grand concurrent de celui-ci, et pour juger sur pièces de ce que ce très célèbre spécialiste de la suggestion pouvait véritablement réaliser au-delà des formulations parfois un peu ronflantes qu’on rencontrait tout au long de ses écrits. Nous sommes là dans l’année de publication de L’automatisme psychologique de Pierre Janet qui n’est lui-même encore qu’un inconnu :
« Quand, en 1889, je me rendis aux cliniques de Nancy, j’entendis le grand maître de l’hypnotisme, le Dr Liébault, dire : « Ah ! si nous avions la possibilité de rendre tout le monde somnambule, la thérapeutique hypnotique deviendrait la plus puissante de toutes. » Et à la clinique de Bernheim, il semblait bien qu’il existât un art pareil et que Bernheim pût l’enseigner.  » (Idem, page 963)

L’illusion ne devait guère durer :
« Dès que j’essayai de pratiquer cet art sur mes propres malades, je remarquai que d’étroites limites bornaient, tout au moins en ce qui me concernait, le champ de mon action et que lorsqu’un patient ne s’endormait pas au bout d’une à trois tentatives, je ne possédais aucun moyen de le rendre somnambule ; le pourcentage des somnambules m’apparaissait bien plus faible que celui indiqué par Bernheim. » (Idem, page 963)

Freud décide alors de viser un peu moins haut, et de s’en remettre à ce qui ne lui serait peut-être pas complètement inaccessible à l’étage du dessous : « Le degré d’hypnose qui correspondait à l’état non somnambulique  », tout en s’approchant un peu d’un certain laissez-faire, laissez-passer…

Mais là encore, une très mauvaise surprise l’attendait… Et le beau voyage à Nancy n’aurait donc servi de rien. Il allait falloir se contenter des seuls moyens du bord pour ne pas lâcher complètement le contrôle de la situation, et ne plus se faire que des ennemies :
« Je perdis bientôt l’habitude de pratiquer les épreuves destinées à déterminer le degré d’hypnose, car celles-ci, dans un grand nombre de cas, provoquaient chez les malades de la résistance et altéraient la confiance dont je ne pouvais me passer pendant ce travail psychique si important. » (Idem, pages 963-964)

Car, il s’agit pour Freud de réaliser un véritable « travail psychique  », tandis que nous ne savons pas encore du tout de quoi il peut bien s’agir… Mais revenons-en aux seules opérations techniques :
« Donc, quand une première tentative n’aboutissait ni au somnambulisme, ni à des modifications somatiques nettes, j’abandonnais en apparence l’hypnose pour n’exiger que la concentration et ordonnais au malade de s’allonger et de fermer les yeux afin d’obtenir celle-ci.  » (Idem, page 964)

Peut-être le mot « concentration » nous offre-t-il un début d’orientation…, une sorte de préfiguration de cette réduction phénoménologique, de cette mise entre parenthèses (épokhê, en grec), dont Edmund Husserl ferait état vingt ans plus tard dans ses Idées directrices pour une Phénoménologie (1913).

Mais, pour sa part, Sigmund Freud n’est, semble-t-il, pas encore disposé à couper les ponts avec… l’école française… ni avec le vocabulaire de l’époque :
«  Sans doute suis-je parvenu ainsi à obtenir le degré le plus élevé possible d’hypnose.  » (Idem, page 964)

Ce qui ne l’empêche pas de devoir s’avouer que, désormais, il n’est plus qu’un franc-tireur plus ou moins désarmé :
«  Mais en renonçant au somnambulisme, je me privais peut-être d’une condition préalable dont l’absence ferait paraître impraticable la méthode cathartique. Cette dernière ne reposait-elle pas sur le fait que les malades disposaient, dans leur état de conscience modifié, de souvenirs et d’associations non présents lorsqu’ils se trouvaient dans leur état normal ?  » (Idem, pages 964)

Or, ce sont les souvenirs et autres associations d’idées qui l’intéressent… On se demande bien pourquoi ?… Serait-ce pour n’en rien faire de particulier, sauf à pouvoir y pressentir une Lucy 2, et peut-être même une Lucy 3 ?…

N’empêche, voici que tout cela échappe au franc-tireur Freud :
«  Là où l’élargissement hypnotique du champ de la mémoire ne se produisait pas, il devenait impossible d’établir une détermination causale, détermination que le malade n’offrait pas au médecin comme une chose connue.  » (Idem, page 964)

Allons bon : une « détermination causale  », maintenant !… Mais de quoi donc ? Laissons-le nous en dire plus, et nous allons découvrir qu’il a déjà effectivement une petite idée derrière la tête :
«  Or ce sont justement les souvenirs pathogènes qui « font défaut à la mémoire des malades dans leur état psychique ordinaire ou qui y sont seulement tout à fait sommairement présents ».  » (Idem, pages 964)

Et rien qu’en passant, il nous signale que ce morceau de phrase vient de la Communication préliminaire qui figure au tout début des Etudes sur l’hystérie (1895), Communication que Josef Breuer et lui avaient rédigée dès le mois de décembre 1892, alors que, rappelons-le, le cas Lucy venait tout juste de lui être confié…

Et voici que rien que par un petit trou de souris, lui-même entrevoit ce qui n’est sans doute qu’un vague signe du destin :
« Dans ce nouvel embarras, je me rappelai avec profit avoir entendu dire à Bernheim que les souvenirs du somnambulisme n’étaient oubliés qu’en apparence à l’état de veille.  » (Idem, pages 964-965)

C'est sur ce texte que débutera le tome II de mon ouvrage "Freud et Lacan... À quoi bon ?" dont le premier volume vient de paraître en version électronique, accessible ici.


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9 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 5 juillet 10:48

    OK ! Lâchez Mélusine et son fan-club !? smiley


    • Lucy, lumière. Les aveugles ont la possibilité de sur-développer leur facultés auditives, mais aussi olfactives (surtout en cas d’incendie). A tiré Sias (rivière russe) les vers du nez qui en savait plus long que Cyrano sur un certain plaisir,....



      • eddofr eddofr 5 juillet 15:02

        Bobo cerveau !!!

        Arrêter de dire des conneries il faut !
        Du côté obscur il a basculé.

        • Milka Milka 5 juillet 21:28

          ’ Le freudisme à du plomb dans l’aile ...’

          .
          « On ne va pas attaquer les moissonneurs sur une base aussi faiblarde ? »
          .
          Jane Shepard ...

          • ZXSpect ZXSpect 6 juillet 21:08

            Avez vous pris le temps de lire la description de Mélusine et de constater combien elle pollue Agoravox, avant même de commenter

            https://www.agoravox.fr/auteur/melusine7

            (function () var pb_blacklist = [« adrunnr »,« successforyu.clickfunnels.com »,« fmovies.se »,« in-365-tagen.info »,« 5000-settimanale.com »,« shop.mazzugioielli.com »,« maxigossip.com »,« lp.yazizim.com »,« beyourxfriend.com »,« 99tab.com »,« zzqrt.com »,« canuck-method.net »,« bewomenly.com »,« playnow.guru »,« datingforyou-48e1.kxcdn.com »,« trafficnetworkads24.com »,« sistemadedinerogratis.com »,« canuckmethodprofit.co »,« consumerresearchnetwork.com »,« securemacfix.com »,« zz3d3.ru »,« zd1.quebec-bin.com »,« hot-games4you.xyz »,« om.elvenar.com »,« superpccleanup.com »,« gomediaz.com »,« judithi.xyz »,« free.atozmanuals.com »,« yoursuccess.ravpage.co.il »,« 123hop.ir »,« quizcliente.pw »,« aussiemethod.biz »,« hlpnowp-c.com »,« picbumper.com »,« shaneless.com »,« anacondamonster.com »,« altrk1.com »,« health.todaydiets.com »,« download.weatherblink.com »,« happyluketh.com »,« go.ameinfo.com »,« 50kaweek.net »,« thepornsurvey.com »,« ofsiite.ru »,« fulltab.com »,« 1000spins.com »,« time2play-online.net »,« vintacars.com »,« welcome.pussysaga.com »,« free-desktop-games.com »,« download.televisionfanatic.com »,« theprofitsmaker.net »,« sgad.info »,« algocashmaster.net »,« sunmaker.com »,« topvipdreams.com »,« watchmygirlfriend.gfpornvideos.com »,« filesharefanatic.com »,« safedownloadhub.com »,« 7awlalalam.blogspot.com »,« tvplusnewtab.com »,« trendingpatrol.com »,« moneymorning.com »,« ifileyou.com »,« classifiedcanada.ca »,« firefan.com »,"metho

            et pourtant, j’ai abrégé !!!

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