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Accueil du site > Tribune Libre > Sigmund Freud pris au piège d’un étonnant poker menteur

Sigmund Freud pris au piège d’un étonnant poker menteur

Je reprends le fil du premier cas d'hystérie étudié par Sigmund Freud...
En dehors des hallucinations dont elle est la victime, Emmy von N…souffre, plus particulièrement, de moments de bégaiement et, par ailleurs, d’une sorte de claquement irrépressible de la langue qui survient dans certaines occasions déterminées.

Ces phénomènes ne peuvent pas s’effacer en recourant à la seule suggestion sous hypnose… Ici, Sigmund Freud ne se fait pas faute de s’engager dans une investigation en direction des sources. Ainsi, dans la soirée du 9 mai, le voyons-nous utiliser la mise en sommeil hypnotique de sa patiente pour faire avancer la compréhension des troubles en question :
« Je l’interroge encore sur l’origine de son bégaiement. L’a-t-elle toujours eu ? Et à quel moment lui est venu son tic ? (le claquement de langue).  » (page 900 du PDF)

En ce qui concerne le premier, rien ne se révélera ce soir-là…
« Quant au tic, elle l’avait depuis cinq ans, à partir du jour où, assise auprès du lit de sa fille cadette très souffrante, elle avait décidé de se tenir tout à fait tranquille. J’essaye d’atténuer l’importance de ce souvenir, rien de fâcheux n’étant arrivé à l’enfant, etc. Elle, alors : « cela se reproduit chaque fois que je redoute quelque chose ou que quelque chose m’effraye. » » (Idem, page 900) 

Notons que Freud essaie d’intervenir en usant de tous les apaisements que peut procurer un minimum de raison… Quant à la suite du propos d’Emma von N…, elle recevrait l’une de ses nombreuses illustrations dans la scène qui devait se dérouler quelques minutes plus tard, c’est-à-dire après la fin de l’hypnose. Il faut ici signaler qu’elle avait accepté de se séparer de ses deux filles et de vivre dans une maison de santé où Freud pouvait lui rendre visite quotidiennement :
« Le Dr Breuer survient inopinément en compagnie du médecin de l’établissement. Elle s’effraye et fait claquer sa langue de telle sorte que les deux messieurs nous quittent très vite. Elle explique cette agitation en disant ressentir une impression désagréable toutes les fois que quelqu’un venait pendant que j’étais présent.  » (Idem, page 900)

Manifestement, il y a un arrière-plan qu’elle ne veut pas laisser voir à celui à qui elle livre certains de ses secrets… Or, curieusement…
« Dans la soirée, elle se montre pour la première fois bien disposée et loquace, manifeste un humour que je n’eus pas soupçonné chez une personne aussi grave. C’est ainsi que, satisfaite de l’amélioration de son état, elle tourne en ridicule le traitement prescrit par son médecin précédent.  » (Idem, page 901) 

Voici donc un quatrième médecin… qui aura été lui aussi dans la danse… Et celui-ci, on peut l’éreinter auprès du confrère en exercice, tout en révélant comment il a été victime d’un jeu de chaises musicales très bien préparé :
« Elle avait, de longue date, projeté de se soustraire à ce traitement sans trouver le moyen de le faire, jusqu’au moment où une remarque fortuite du Dr Breuer dont elle avait un jour reçu la visite lui en eût fourni le prétexte. » (Idem, page 901) 

Qu’aura donc lâché l’ami de Freud pour qu’il fût possible d’en venir là ? Et d’où peut provenir le malin plaisir qu’elle prend à cette petite affaire qui ne peut que susciter un certain malaise chez celui qui en devient le confident malgré lui :
« Comme je semble fort étonné en apprenant cela, elle s’effraye, se reproche violemment d’avoir commis une indiscrétion, mais se laisse, en apparence, calmer par moi. » (Idem, page 901) 

Ici, Freud comprend bien qu’il est maintenant passé dans la catégorie des possibles jouets… Mais il y a aussi quelque chose que, par ailleurs, il perd de vue. Car, le même jour, sous hypnose, il avait vu resurgir ce que nous commençons à bien connaître :
« Elle raconte encore comment, à l’âge de 19 ans, elle avait trouvé un crapaud, en soulevant une pierre, ce qui lui avait enlevé pour plusieurs heures l’usage de la parole. » (Idem, page 902) 

Rétrospectivement – c’est-à-dire dans une note ultérieure -, il ne pourra qu’en faire l’aveu :
« Un symbolisme particulier que je n’ai malheureusement pas essayé de découvrir doit s’être attaché à ce crapaud. » (Idem, page 902) 

Mais si le médecin a manqué cette piste, Emmy von N… n’a absolument pas perdu son nord à elle, et elle le lui fait savoir dès le lendemain matin :
« Pendant le massage, elle déclare se reprocher amèrement, en dépit de tout, d’avoir, la veille, trahi le Dr Breuer. Je la rassure par un pieux mensonge en lui affirmant que je connaissais déjà auparavant cette histoire.  » (Idem, page 902) 

C’est maintenant Sigmund Freud qui est engagé sur le chemin du mensonge… S’il n’en fait pas lui-même la remarque, la suite immédiate de son propos nous montre qui cela arrange d’avoir obtenu de se trouver rassurée à très bon compte :
« Grâce à cela, sa surexcitation (c’est-à-dire ses claquements de langue, la contraction de ses traits) cesse.  » (Idem, page 902)

Éloigné, comme il le constatera quelques années plus tard, des questionnements les plus significatifs, l’apprenti thérapeute croit voir tout son pouvoir là où il en est le plus dépouillé :
«  C’est ainsi que s’exerce mon influence dès la séance de massage ; elle se tranquillise, devient plus sereine et découvre, même en dehors des questions posées sous hypnose, les motifs de chacun de ses accès de mauvaise humeur. » (Idem, pages 902-903)

Ce qui est certain, c’est que, désormais, le roi est nu…
« Tout se passe comme si elle s’était approprié mon procédé. Elle semble utiliser cette conversation, en apparence menée à bâtons rompus, comme complément de l’hypnose. » (Idem, page 903)

Évidemment, les errements que l’on voit se manifester ici ne peuvent tous être portés au débit du futur inventeur de la psychanalyse : c’est tout simplement la grande affaire de la ruse de la raison. Mais, ici, entende qui pourra !

NB. Pour comprendre dans quel contexte politique de fond se situe ce travail inscrit dans la problématique générale de l'amour courtois...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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1 réactions à cet article    


  • sls0 sls0 29 janvier 2018 15:09

    Malgré que j’ai lu presque tout Freud il y a une vingtaine d’année, j’ai très peu de souvenirs de réussites validées par d’autres médecins.


    Bon écrivain mais était il bon thérapeute ? En tout cas il savait vendre sa salade comme tout bon camelot.

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