• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > SNCF - Mise à mort programmée d’un service public

SNCF - Mise à mort programmée d’un service public

L'histoire de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) commence le 1er janvier 1938, date de l'entrée en vigueur de la convention du 31 août 1937 portant sur la création de la SNCF. À partir de cette date, celle-ci se confond pratiquement avec l'histoire des chemins de fer en France, puisque la SNCF reprend la concession de la quasi-totalité du réseau ferré français, à l'exception des lignes secondaires (VFIL), jusqu'à la création de Réseau ferré de France (RFF) en 1997. Une nouvelle réforme du système ferroviaire français, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, réunifie la SNCF et RFF au sein d'un groupe public ferroviaire unique.

La SNCF est créée sous la forme d'une société anonyme d'économie mixte dont l'État possédait 51 % du capital. Elle reprend l'actif et le personnel des grands réseaux privés (Compagnies du Nord, Paris-Lyon-Méditerranée, Paris-Orléans, du Midi, de l'Est) ou publics (chemins de fer de l'État, chemins de fer d'Alsace-Lorraine).

Dès les premières années de son existence, la SNCF est soumise à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle elle subit d'immenses destructions. La France coupée en deux rattache de facto une part de régions à l'occupant. En 2006, la SNCF se verra trainée en justice pour avoir facturé le transport de juifs, tziganes et homosexuels dans des trains à bestiaux – ce dernier point ayant selon les plaignants été décidé de son propre chef.

L'après-guerre recentrera, au travers d'une entreprise organisée en six régions hexagonales, la mission dite de service public, avec l'Etat en stratège comme ce fut le cas pour toutes les entreprises publiques de l'époque. Loin de parler investissements à l'étranger ou ouverture du capital, la SNCF remplissait vaille que vaille mais de mieux en mieux le maillage national afin de permettre à tout-un-chacun de se déplacer sur le territoire – l'aérien étant, à cette époque, hors de portée de bien des bourses, et surtout pas encore rentré dans les moeurs. Parallèlement, des projets industriels d'envergure furent développés, donnant lieu à la mise sur le marché en 1983 du fameux TGV, qui révolutionnera à la fois le traffic interne et le marché sur le plan international.

C'est cet équililbre, imparfait certes, qui depuis hier grace à l'Assemblée, va a son tour, après La Poste, Air France, l'ANPE, France Telecom et tant d'autres, lentement imploser. Il ne s'agit évidemment point d'une première entorse – à ce titre l'année 2017, avec sa fermeture de lignes, de guichets et de gares fut riche en coups de canif – à la mission dite de service public payée par les francais pour eux-mêmes, mais, et la longévité de cette grêve qui n'en finit pas est à ce titre parlante, l'assaut le plus fort des intérêts privés jamais intenté depuis la création de la SNCF contre elle – et donc contre nous.

L'affaire dite des cheminots n'en constitue qu'un épiphénomène, que ceux-ci me pardonnent, mais économiquement nous sommes davantage dans le symbole – casser un régime spécial né de luttes sociales anciennes – que dans une mesure de bonne gestion – tant les erreurs de gestion commises par l'équipe Pépy se sont multipliées en 15 ans. On pourra au passage remercier les têtes de pont des syndicats internes d'avoir su aussi intelligemment contribuer au désastre, et autant s'être servis au passage – au détriment de leurs affidés…

La mise en concurrence sur le sol francais – le souhait de Bruxelles l'apatride – est la mise à mort des acquis de nos grands parents. La notion même de service public est de ce seul fait la cible. On peut garder en vie la bête et tuer l'esprit et la lettre, ce qui advient en parfaite connaissance de cause. Autrefois pilotée par des ingénieurs gestionnaires, l'entreprise publique est dorénavant livrée à des financiers avides de diversification et de profits à court terme. L'hyper segmentation de la structure juridique composée par l'ensemble des 185 filiales permet le flou et donc toutes les manipulations. RFF – la filière maintenance – en est un exemple flagrant.

426 députés vendus auront donc signé des deux mains oui à ce démantèlement qui certes se fera par palliers mais se fera. Ce qu'on nous vend par devant – la baisse des prix des billets – donnera lieu aux mêmes arnaques que le cout des télécommunications, une entente sous le tapis d'oligarchies multinationales se mettant d'accord sur le gateau à se partager et fermant volontairement toutes les lignes non rentables.

La ruralité de facto sera livrée à l'abandon, les compagnies de bus de notre ancien locataire de Bercy, actuellement à l'Elysée, se révélant pour beaucoup des flops. Le consommateur acheteur sur internet de billets électroniques se verra confronté encore davantage à une offre plétorique aux ramifications invisibles ou – pire qu'aujourd'hui – la promotion sur l'aller sera compensée par un doublement du billet retour et une impossibilité de recours faute de personnel.

Dans les trains eux-mêmes – point besoin de revoir quelques films d'anticipation – l'intelligence artificielle prendra demain ses quartiers. Déjà les controleurs et les prestations de restauration diminuent. Demain – on parie – des trains qui s'autoconduisent par ordinateurs sur un réseau dit intelligent – les voitures sans conducteur existent déjà. Un surveillant du tableau de bord en cabine de pilotage, une madame pipi pour 20 rames, deux vigiles d'une société de sécurité privée, une 1ère classe avec 50 prestations de luxe– épicetou.

Voilà. Voilà le sens de cette réforme qui est – comme toutes les réformes imposées par l'ultralibéralisme triomphant – une immense régression sociale et sociétale. Un jeu de bandes ou le haut palpe bien davantage au détriment de tous, avec l'assentiment de tous les politiciens en exercice tant à Bruxelles qu'à Paris. Le lent massacre programmé d'un bien commun. Un de nos plus beaux fleurons. Dont – merci les attentats, les antifas, les black-blocks du 1er mai, la communication elyséenne en guise de cache-sexe, Mamadou, à présent la Coupe du Monde de Foot – on aura si peu parlé en définitive, ou alors par le petit bout de la lorgnette avec l'ami Pernault et ses pauvres voyageurs se lamentant à ses micros complaisants.


Moyenne des avis sur cet article :  3.4/5   (20 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • Armelle Armelle 15 juin 10:28

    Belle plaidoirie gauchiste !!!
    Mais celle-ci ne pourra faire plaisir qu’à une poignée de citoyens, lesquels se targuaient de pouvoir « encore une fois » faire la loi dans la rue !!! sous l’agacement d’une majorité d’autres citoyens.
    Si cette cause était sans équivoque, légitime et raisonnée, l’ensemble des Français serait descendu dans la rue pour espérer conserver ce « feu » fleuron, non ?
    A travers cette réforme, les Français auront perçu la formidable occasion pour la SNCF de renouer enfin avec l’EFFICIENCE, et par la même occasion retrouver les traits d’un « véritable » service public qui aujourd’hui n’a de service que le nom.
    Le déni de réalité est décidément une maladie chronique dans ce pays, surtout quand il ne sert que les intérêts des uns au détriment de celui des autres...


    • Konyl Konyl 15 juin 11:56

      @Armelle
      Beaucoup de Français ont rapidement compris que ces grèves ne sont pas pour le plus grand nombre, on ne verra jamais les cheminots faire grève pour un sujet qui ne les touchent pas directement. A force de tirer sur la corde on creuse le déficit, et un jour il faut tout vendre ou fermer.


      Mais ces courte-vues mono-centrés ne sont pas capable de voir plus loin que le bout de leur barbecue et ne réfléchissent jamais collectifs, général. 

      Ne parlez pas d’efficience ! On va vous dire que le Service public n’est pas fait pour être rentable, il n’est pas non plus fait pour ruiner la société et les Français tout en leur crachant à la gueule avec les grèves. 


    • mmbbb 15 juin 21:17

      @Konyl c ’est un peu le cas de tout les services publics a l a francaise Souvent le contribuable citoyen est mal recu Entre la propagande et la réalité il y a un fossé , si les francais avait à coeur de defendre ce service public ils seraient dans la rue


    • Salade75 15 juin 13:29

      Bonjour,

      Mais de quel service public parlez-vous ?
      La SNCF est une entreprise publique, mais pas un service public.
      Le service public que réalise l’entreprise publique SNCF est celui du transport ferroviaire de voyageurs, au sein du service public de transport des voyageurs qui inclut tous les modes de transport.

      Il me semble qu’avant de crier au loup sur le démantèlement d’un joyau, il faudrait d’abord se poser la question de son utilité. Et en particulier dans les 50 ans à venir car les investissements dans le ferroviaire se font sur le temps long.

      Quel est l’avenir du transport ferroviaire de voyageurs ?

      En zone dense, région parisienne, abords des grandes villes, artères principales desservant ces villes, ... il parait indispensable car le nombre de voyageurs transporté par rapport à la surface consommée semble être sans équivalent.
      La pertinence sur les trajets de distance moyenne à grande vitesse semble aussi être indiscutable pour l’instant.
      Sur les petites lignes par contre, on peut légitimement se poser la question de l’adéquation du moyen avec les besoins. Faut-il vraiment payer et entretenir des infrastructures couteuses et peu utilisées alors que les moyens pourraient être mis dans les routes. On parle souvent de pollution, mais beaucoup de TER sont diesels ou bi-mode. Et quand ils ne sont pas remplis, leur bilan énergétique est moins bon que celui d’un bus qui lui pourrait l’être.
      De plus, le développement des batteries fera que demain, des bus électriques existeront, et seront moins (ou en tout cas pas plus) polluants que les trains au passager transporté. On peut aussi envisager, comme cela se teste dans certains pays déjà, de monter des « caténaires » sur les routes et d’avoir des matériels qui puissent se brancher sur ces caténaires sur les parcours principaux, et finir à la batterie ou au pétrole leur parcours. Le développement des véhicules autonomes permettrait de créer des « trains » de véhicules autonomes sur les routes principales, puis les capillaires seraient gérés individuellement.

      Si les syndicats et les partis qui soutiennent la grève avaient vraiment une volonté de défendre le service public, il me semble donc qu’ils devraient pousser l’état à poser les bases de l’organisation du transport des voyageurs dans les 50 ans à venir au mieux des intérêts (financiers, écologiques, soutien au développement ou à la revitalisation de régions, prise en compte de l’évolution démographique et des besoins associés...) des habitants plutôt que de vouloir avant tout défendre les cheminots et garder sous verre cette entreprise qui meurt de son inertie.
      Une fois cela fait, il deviendrait plus simple d’envisager sereinement le rôle, et donc l’avenir, de l’entreprise publique SNCF dans son rôle de réalisation du service public de transport ferroviaire ...


      • zygzornifle zygzornifle 15 juin 14:41

        Bof ce n’est qu’un début , d’autres suivront ....


        • Salade75 15 juin 15:03

          @zygzornifle

          Oui. L’incapacité de ses opposants à proposer des plans alternatifs autre que « on ne change rien » et « il faut augmenter les impôts des riches », bien peu mobilisateurs, ouvre un boulevard à Macron pour faire ce qu’il veut de la France


        • Spartacus Spartacus 15 juin 15:54

          Le salariés de la SNCF sont des décalés des réalités, et une mentalité abjecte et monstrueuse, totalement centrée sur eux et les clients sont considérés comme de la merde...


          Constatez le simple exemple du parking devant les gares....
          Les places juste devant et abrités, sont pour les véhicules du personnel.
          Les clients eux sont relégués au second plan... L’inverse d’un supermarché tourné vers le client.

          Les vies brisées par la grève, les emplois perdus, les relations sociales cassées, les contrats perdus, les commerce fermés, les heures perdues, les gens stressés, la vie cassée et brisée pour une caste imbécile auto-centrée...

          Les quêtes qu’ils organisent sont surtout tournées pour les indemniser eux...Vous n’en verrez pas un seul se préoccuper de l’indécence qu’ils font vivre aux autres....

          C’est vraiment une caste puante.
          Ils appellent un « acquis » un privilège, ce concept égo-centré égoïste et nombrilique d’enculage des uns sur le dos des autres...
          Et cous comprenez, ils voudraient que ce soit une rente à vie, et que tous, vous payez et qu’importe si le service est de merde.

          Vous comprenez, il faudrait que eux aient des droits supérieurs aux autres par’ce que c’est une caste « a part » des autres...

          C’est vraiment une caste puante à la mentalité abjecte a vomir....

          Regan a mis fin aux grèves de contrôleurs aériens en les licenciant tous, pour les dégâts sectaires qu’ils faisaient aux populations prises en otage dans les aéroports Américains. Depuis il n’y a que des prises d’otage grévistes qu’en europe...

          Il nous faudrait un vrai politicien patron qui vire tous ces branleurs immondes et irresponsables qui ne savent faire que du mal, et mettre cette boite en faillite...

          • mmbbb 15 juin 21:21

            @Spartacus " e salariés de la SNCF sont des décalés des réalités, et une mentalité abjecte et monstrueuse, totalement centrée sur eux et les clients sont considérés comme de la merde..." il n y a pas que la SNCF j ai le temoignage de contribuables qui se font radicalement jeter dans les tresoreries Quant a l EN n en parlons pas


          • Le Comtois 15 juin 16:19

            moi je ne prends pas le train...



            •  C BARRATIER C BARRATIER 15 juin 18:11

              Pour moi un service public qui affiche beaucoup de grèves, que ce soit la SNCF ou l"Education nationale arrive à dégouter et l’usager.

              Portant je dois tout au service public

              Les cheminots aujourd’hui n’ont pas cette vocation publique, on l’a vu au moment de maintenir la greve pendant le bac. Ils sont politisés

              Voilà ce dont je rêve

              Résistant Alfred Arnaud et instituteur pouvant changer une vie

              http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=297


              • covadonga*722 covadonga*722 15 juin 18:12

                grace a dieu les apparatchiks de la cgt vont faire subir a la sncf le meme sort que celui du port de Marseille 


                • Jean Roque Jean Roque 15 juin 23:19

                   
                   

                  Nationale : plus de pays, juste une colonie mondialiste de multiethnqiués
                   
                  Français : Boobaland est juste un supermarché : plus on le remplit de la surponte africaine, plus il y a de clients mieux c’est, qui n’ont pas besoin d’être propriétaires de chemins de fer, mais plutôt de zodiacs.
                   
                   
                   
                  « DES SOUMIS GLANDS REMPLACÉS PROPRIÉTAIRES DE CHEMINS DE FER ? QUELLE RIGOLADE ! »

                   
                  Bichon de Trump


                  • zygzornifle zygzornifle 16 juin 09:24

                    Quand ce sera privatisé on construira un pont direct pour l’Afrique avec l’argent prélevé aux cons-tribuables afin d’accueillir sans naufrage toutes leurs pontes et les compagnies privées feront comme les passeurs mais ça s’appellera un billet de train et ça sera légal vu que le gouvernement touchera taxes et TVA dessus ....


                    • zygzornifle zygzornifle 16 juin 09:30

                      Il y a un point commun entre Macron et la CGT c’est la détermination ....


                      Je me demande meme si le gouvernement actuel reculerait devant un bain de sang , c’est pas sur, Macron me fait penser a un sombre dictateur de l’histoire pas si lointaine qui enfermé dans son bunker conduisait ses troupe en marche au pas de l’oie .....

                      • Attila Attila 16 juin 11:22

                        @zygzornifle
                        « Il y a un point commun entre Macron et la CGT c’est la détermination .... »
                        Dans la mesure où Macron, comme avant lui Hollande et Sarkozy, n’est qu’un exécutant d’ordres venus de plus haut, on peut penser raisonnablement qu’il ne reculera pas. Du moins, tant qu’il se sentira à l’abri derrière les rangées de forces de l’ordre.
                        La détermination des cheminots, oui. La détermination de la CGT, après l’échec du mouvement contre la loi travail, j’ai un doute.
                        .
                        « Je me demande meme si le gouvernement actuel reculerait devant un bain de sang »
                        Face à une révolte violente, je pense comme vous.

                        .


                      • Croa Croa 16 juin 09:43

                        Ça vole bas sur ce forum. Quand prendre le train sera hors de prix et/ou dangereux, que l’essence sera aussi à prix d’or (ça viendra forcément) vous regretterez d’avoir laissé tomber ceux qui ont essayé de défendre le service public.
                        Et aussi votre « Sam-Suffit », ce petit pavillon de vos rêves encore plus loin de tout (fini les petites gares) mais relié tout de même à internet pour que vous puissiez râler de ne plus pouvoir en sortir.


                        • Arnes Arnes 16 juin 09:47

                          J’ai regardé le parcours de Laurent Brun leader CGT cheminots. Ce charmant garçon de 39 ans n’a pratiquement jamais travaillé ; Hormis quelques mois chez Carrefour suite à son échec universitaire du à son glandage à l’UNEF, grâce à papa il a pu rentrer à la SNCF où très rapidement il est devenu permanent syndical permanent.

                          Son but dans la vie semble être la contestation pour la contestation, avec en rythme de croisière la sempiternelle grève d’automne contre les modifications d’horaires et tous les dix ans LA GREVE contre les tentatives de réformes de l’état.

                          Au fait, je me pose la question : la SNCF fait des retenues sur salaire pour les grévistes, mais quid des permanents syndicaux pour qui la grève est leur raison d’être. Touchent t ils un bonus ? ou leur paye t on des heures supplémentaires ? J’aimerai savoir.

                          • picpic 16 juin 10:39
                            Il faut aussi savoir que tous les services publiques sont VOLONTAIREMENT dégradés par la bourgeoisie au pouvoir, pour que la bourgeoisie s’accapare ces marcher à moindre prix avec le consentement de la masse ignorante...
                            c’est un stratégie en place depuis un bon moment déjà...tout y passe et l’europe, c’est ça.
                            Il faut tout de même réaliser que le « privé » n’a aucun objectif humain, tout n’est que pure rentabilité et peu importe l’humain...le publique quant à lui n’a aucun objectif de rentabilité financière, il sert avant tout la société humaine...et cette différence, on la payera très très chère le jour où tout sera privatisé.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès