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Accueil du site > Tribune Libre > Stupéfiante apothéose de la distraction

Stupéfiante apothéose de la distraction

Qu'y a-t-il de commun entre l'assassinat de Kennedy, les attentats du 11 septembre, les petits hommes verts de Roswell et le complot judéo-maçonnique visant à instaurer un Nouvel Ordre Mondial ? Et qu'est-ce que les théories du complot ont en commun avec le spectacle démocratique ou les réseaux sociaux ?

Avertissement : attention, au cours de la rédaction de cet article, Kévin et un certain nombre de politiciens ont été sérieusement malmenés. Si vous êtes un adolescent pré-pubère avec un goût prononcé pour la révélation des vérités qu'on nous cache, et qu'en outre vos parents vous ont affublé du prénom ridicule de Kévin, passez votre chemin, vous risqueriez la crise d'épilepsie et je ne voudrais pas en être tenu pour responsable. Si vous êtes sectateur/abonné/socio dans la secte de JLM ou celle de Marine, et que l'idée d'une simple critique vous fait invariablement monter les larmes aux yeux, et la bile aux dents, de même, passez votre chemin ; j'étais d'humeur assassine, l'occasion était belle, et les motifs pas si futiles, même si c'est là une question de point de vue, j'imagine.

A priori, on serait tenté de répondre qu'il n'y a aucun rapport. Puis en y regardant de plus près, on verrait que tous ces sujets ont donné lieu à des théories complotistes plus ou moins farfelues, et ont fait couler des millions de litres d'encre, en pure perte, comme de bien entendu.

Comment combler du vide avec du rien

Cette réflexion m'est inspirée par l'annonce de la publication, le 21 octobre dernier, de milliers de documents déclassifiés relatifs à l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Les médias s'étaient immédiatement emparés de l'affaire flairant à cent lieues l'odeur du bon argent qu'un tel sujet ne manquerait pas de rapporter sous forme de revenus publicitaires. C'est de bonne guerre, me direz-vous. Oui, mais on sent quand même « un peu » qu'ils en font des tonnes pour appâter les Kékés, usant de superlatifs parfaitement déplacés, justifiant, sans avoir l'air d'y toucher, que complot il y a bien eu. Eh oui, quand vous publiez sous la rubrique « vérité », cela soulève au moins deux questions :

  • Jusque-là, on ne nous aurait pas dit « la vérité » ?
  • Que doit-on en conclure lorsque le mot clé « vérité » ne se trouve pas devant le chapo de l'article ?

Bref, vous l'aurez compris, il faut bien vendre les pubs, quitte à raconter n'importe quoi, et ceci est d'autant plus clair qu'au moment de la publication de cet article, les documents n'étaient pas encore accessibles au public. Qualifier de « vérité » des documents dont on ne sait rien relève à tout le moins du putaclic. D'ailleurs entretemps, le président américain a rétropédalé et a décidé de retirer du lot bon nombre de documents estimés trop sensibles pour être publiés. Ay caramba, on est repartis pour dix ou vingt ans de suspense supplémentaire... Mais quand connaîtra-t-on enfin la « vérité » ?

C'est là qu'est l'os, et c'est bien le premier propos de ce billet : la « vérité », vous ne la connaîtrez jamais, sur cette question comme sur tant d'autres, et ce sur quoi je voudrais attirer votre attention, c'est que cela n'a absolument aucune importance. Rien, nada, zéro.

Supposons que je dispose d'une machine à remonter dans le temps, que je m'y installe avec, comme destination, Dallas, le 22 novembre 1963, quelque part dans les fourrés bordant la voie de chemin de fer d'où est vraisemblablement parti le coup de feu qui a tué JFK. Oui, je sais, c'est complotiste, mais bon, je suis moi-même tireur, et je n'ai encore jamais vu une balle emporter une partie non négligeable de sa cible dans la direction opposée à la trajectoire de la balle... Et puis, bon, on s'en fout un peu. Disons qu'arrivant sur place, j'y découvre M. John Smith, ex-militaire de son état, originaire du New Jersey. Petit homme bedonnant, la cinquantaine, coiffé d'un Stetson de couleur crème, vêtu d'un costume anthracite à rayures, et arborant des lunettes de soleil en dépit du fait que nous sommes à la fin du mois de novembre, et que le soleil est au plus haut. L'homme trimballe nonchalamment une vieille pétoire Mannlicher-Carcano sous le bras, et il n'est manifestement pas là pour chasser le cul blanc... Je tiens mon assassin. Je reviens à notre époque et m'attelle immédiatement à la rédaction de l'article du siècle : à moi la gloire ! À moi la richesse, les nanas et les plages de sable chaud. Ce sera champagne et foie gras à tous les repas, voyages en classe affaire, adios la médiocrité, et qui sait, peut-être le Pulitzer dans la foulée... Hum, ça vous fait quoi, à vous, de savoir que JFK a été assassiné par John Smith ? Avouez que ça vous en touche une sans vraiment secouer l'autre, n'est-ce pas ? Ah, mais il restera à savoir pourquoi M. Smith a assassiné le président américain qu'il était si beau et qu'il avait une femme si élégante, et l'avenir devant lui ! Quoique, non, devant lui c'était la fin de l'histoire qui avançait vers lui à toute vibure. Et quand bien même j'y retournerais pour cuisiner un peu le discret M. Smith, et que je lui extorquais des aveux complets impliquant directement sa Sainteté le pape et quelques cardinaux pour faire bonne mesure, ça changerait quoi ? Vous saisissez que ce ne sont pas les faits qui sont importants, mais l'ignorance de ceux-ci, le voile de mystère qui entoure les circonstances de cet assassinat, et c'est cela qui a donné naissance à une quantité astronomique de théories plus improbables les unes que les autres ?

Que l'on parle de l'assassinat de JFK, du 11 septembre ou des petits hommes verts, on pédale dans la choucroute, par la force des choses. Il s'agit d'une activité puérile, et essentiellement vaine. Il n'en est jamais rien sorti, et rien n'en sortira jamais. Ça reste de l'enquête de salon à l'usage des Kévin qui ont un tortellini trop cuit en lieu et place du cerveau et rien à faire de leur vie.

On pourrait dire, bien sûr, que « la recherche de la vérité » compte plus que tout, mais vous aurez noté que ceux qui prônent ça le font surtout dans un intérêt qui n'a que peu en commun avec la recherche désintéressée de la vérité. Si j'étais taquin, j'ajouterais que si la vérité venait à être connue, c'est leur petit business qui s'écroulerait aussitôt.

Et sérieusement, si complot il y a, pensez-vous naïvement que la CIA autoriserait la publication de documents pouvant mener à l'élucidation de l'affaire, voire à l'incrimination de quelque mandarin des cénacles du pouvoir de l'époque ? Ah oui, j'oubliais, Kévin il est trop fort, il a regardé la série complète des « NCIS - enquêtes spéciales » et « X-Files » n'a plus aucun secret pour lui. Tous ces vieux barbons du FBI complètement à la ramasse avec des méthodes datant d'un demi siècle n'avaient évidemment aucune chance de trouver la clé de l'énigme. C'est un complot, et il le prouvera (#oupas).

Pendant ce temps, quelque part dans le vrai monde, en 2017

La situation ne s'arrange pas vraiment. Normal, les Kékés enquêtent, quand ils ne roupillent pas jusqu'à midi — c'est un travail intellectuellement épuisant, l'enquête — et quand ils ne partagent pas avec leurs milliers d' « amis » les résultats de leurs nocturnes cogitations, ils pestent contre les lois toujours plus scélérates, les politiciens toujours plus véreux, et l'oligarchie qui nous maintient dans l'esclavage, plus ou moins.

Mais à part un véritable génocide d'arbres (qui n'avaient rien fait à personne) pour imprimer ces inepties, les centaines de Mégawatts-heures gaspillés en pure perte pour faire fonctionner les serveurs qui hébergent ce genre de littérature, et, disons-le, quelques centaines de milliers d'andouilles qui ne commenceront à être vraiment utiles lorsqu'elles seront recyclées sous forme d'engrais, mais qui en attendant privent probablement quelqu'un, quelque part  — peut-être même un futur Leonard de Vinci — de manger à sa faim ; je ne vois rien de très concret qui serait de nature à faire avancer quoi que ce soit dans le bon sens.

Tout ça reste désespérément vide. Oh bien sûr qu'il faut s'indigner, mais surtout, surtout, il faut agir ! Accepter une violence en ne faisant rien d'autre que la détourner ou faire semblant de l'ignorer, c'est l'intégrer dans son univers normal, quelque part la justifier, et en concevoir une rage sourde qui finit toujours par se retourner contre vous tout en vous maintenant dans un état où vous devenez peu à peu incapable d'identifier la cause de vos tourments. Qui n'a pas déjà ressenti cela ?

Face à la violence, face à la profonde injustice sociale de notre société, il y a certes plus d'une réponse possible, mais la plus mauvaise de toutes, sans doute, c'est la résignation qui s'exprime par l'inaction.

L'homme politique providentiel comme outil de distraction

On ne doit pas attendre l'homme politique providentiel, le vrai changement ne viendra pas par là. On peut bien collectionner les affiliations politiques comme d'autres collectionnent les figurines panini, en se disant que « ce coup-ci, c'est le bon, voilà le sauveur que nous attendions ». Sauf que lui, tout ce qu'il attend, ce sont vos suffrages et qu'ensuite, vous vous teniez bien à carreau jusqu'aux prochaines élections.

Le changement c'est d'abord un état d'esprit, c'est une révolte intérieure, avec un but, des idéaux. C'est seulement ensuite qu'il peut prendre forme concrètement. Pas besoin de faire la révolution, pas besoin de couper des têtes, pas besoin d'user de la force, il suffit de dire « non ». Ceci a été largement théorisé par Etienne de La Boétie[1], et mis en pratique par Gandhi, un petit homme épais comme un Tuc et haut comme trois pommes : il n'en a pas moins fichu dehors l'empire colonial le plus puissant de l'époque.

Cette critique ne vise pas précisément Jean-Luc Mélenchon, bien qu'il illustre à merveille le politicien-marronnier qui refleurit à chaque élection, avec des idées toujours nouvelles, toujours bien consensuelles, tellement si fort dans l'air du temps. Puis inexplicablement, il s'effondre dans les sondages à deux semaines du scrutin, et cette chute est toujours plus ou moins corrélée à une campagne systématique de dénigrement de la presse mainstream, qui quelques jours avant ne jurait que par lui et où il avait son rond de serviette. Et on dira que cette fois, on y était presque, et qu'on fera mieux la prochaine fois, parce que soyez-en sûr, il y aura une prochaine fois. Il y a toujours une prochaine fois.

On pourrait appliquer strictement la même grille de lecture à l'autre bout de l'échiquier politique, en la personne de Marine, ou plus exactement, de la dynastie des Le Pen, une petite entreprise familiale de production de râteaux depuis 50 ans.

En fait, j'ai tendance à croire que ces deux extrêmes ne sont que les faces d'une même pièce, que nous pourrions appeler « opposition crédible ». Eh oui, il faut bien quelqu'un pour s'opposer au champion de Dame Brigitte, et tant qu'à faire, autant que cela se passe entre gens de bonne compagnie. On ne voudrait pas tomber sur un preux chevalier qui ignorerait les fondamentaux de la joute galante et s'imaginerait qu'il peut mettre à bas le royal Choupinay, favori de la cour, qu'il est si mignon et qu'il a des pensées si tellement profondes. Alors briser des lances, oui, mais faudrait pas que ça finisse dans l'oeil de l'intéressé, on en a vu mourir comme ça.

À ceux qui me demanderont ce que viennent faire ici Mélenchon et Le Pen, je répondrai qu'ils font partie des accessoires que la société du spectacle met en scène pour vous maintenir dans l'illusion de la possibilité d'une alternance, alors que la démocratie s'est éclipsée à l'entracte, sur la pointe des pieds. Ils sont, tout comme les théories du complot, tout comme les réseaux sociaux, des distractions, des amusettes, et rien de plus.

Et j'ajoute que ce qui précède est un billet de blog, une opinion. Personne ne vous force à y adhérer, personne ne vous a forcé à le lire. Je n'ai rien contre JLM, et rien « pour » non plus. C'est juste un politicien comme un autre. Et il se trouve qu'il était déjà sur terre (et candidat) lors de l'extinction massive des dinosaures, et qu'on est en droit — que dis-je — il serait salutaire de s'interroger sur le caractère providentiel[2] de l'intéressé.

Et qu'on ne vienne pas me parler de mes opinions, elles vont très bien, merci pour elles. Mais pour moi, être de gauche n'est pas synonyme d'adhérer à un mouvement politique quelconque, et encore moins de s'interdire toute critique sur base d'une sorte de logique tribale : « toi yen a bartaba, toi yen a pas taper sur chef des bartabas ». Si vous acceptez ce genre d'allégeance sans renâcler, vous êtes mûr pour la dictature.

Péroraison

Ce que je reproche aux complotistes, c'est d'être des marionnettes du système en croyant lutter contre lui, et ceci vaut tout également pour les éternels perdants que sont Mélenchon et Le Pen, emportant avec eux des millions de militants, pour la plupart de bonne foi. En sont-ils conscients ? Je ne saurais répondre à cette question à la place des intéressés, je me contenterais de noter que s'ils l'étaient, ils ne seraient plus des victimes, mais des alliés objectifs de l'oligarchie, et leurs militants, des idiots utiles.

Toujours est-il que la réponse à cette question n'a pas beaucoup d'importance : quand tout, absolument tout se passe comme si c'était le cas, nommer la chose est dérisoire en comparaison de ses conséquences bien réelles dans votre vie de tous les jours, et cela, c'est un peu difficile à réfuter.

Ce billet ne vient pas de nulle part, il est le fruit d'un constat, et d'une réflexion qui s'étend sur plusieurs années. Il est amer, sans doute, mais notre condition ne l'est-elle pas ? Je vois une société qui part en eau de boudin dans la plus parfaite indifférence générale, chacun s'occupant tantôt de tapoter sur son smartphone, tantôt de balancer des vidéos de chatons sur les réseaux sociaux, s'éloignant toujours plus du monde réel pour ne plus vivre que par procuration dans un monde totalement virtuel et déshumanisé. N'en est-on pas arrivé à voir débouler des applications qui permettent d'appeler les enfants quand il est l'heure de passer à table ? N'en est-on pas arrivé à une époque exécrable ou La Poste propose, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de maintenir du lien social avec nos petits vieux, nos parents, ceux qui nous ont faits et nous ont tout donné sans rien attendre en retour ? Est-ce cela, être humain en 2017 ? Ne comprenez-vous pas que tout, absolument tout est fait pour tuer jusqu'à l'idée même de solidarité, et sa moindre expression ? Les États, les régions, les syndicats, les classes sociales que l'on dresse les unes contre les autres et jusqu'au coeur des familles, qui sont pourtant le noyau central de toutes les civilisations depuis la nuit des temps. Il ne devra subsister qu'un nuage d'électrons qui se maintiennent mutuellement à distance par l'action de leur charge électrique, et qui pourront être accessoirement polarisés par les médias quand il s'agira de leur faire avaler telle ou telle réforme sociale, ou lorsqu'on choisira de les distraire avec telle ou telle polémique bien insignifiante, que l'on montera en épingle pour l'occasion. Du pain et des « Je ». Glorification du moi, au travers d'idoles de pacotille vivant des aventures auxquelles je ne puis prétendre. Aventures chimériques qui ne servent qu'à occulter l'immense désert qu'est devenu notre vie intérieure.

Avez-vous remarqué comme toutes les « valeurs » véhiculées par les médias et la société de consommation se situent souvent aux antipodes des valeurs ancestrales, fondées sur le respect de chacun, et l'organisation de la société autour du noyau familial, du village, de la région et finalement du pays ? La différence tient à ceci : ces valeurs étaient avant tout empiriques et sont le fruit d'une longue évolution naturelle, alors qu'aujourd'hui, les valeurs qu'on invoque ne sont que des lubies de pure fabrication, à tel point qu'il faut les emballer dans un marketing improbable pour parvenir à les imposer. Ce ne sont plus des valeurs, désormais, ce sont des produits de consommation. Remplacez les valeurs par des produits, vous transformerez les humains en clients.

Cette brume, opportunément déversée sur vos yeux comme le voile d'Athéna, vise en premier lieu à vous empêcher de reprendre le contrôle de votre propre existence, et ensuite de comprendre que vos préoccupations sont les miennes, que nous ne sommes rien sans les autres, mais qu'avec les autres, nous formons un tout qu'on appelle l'humanité. Cette humanité devrait pouvoir se développer harmonieusement dans son environnement, sans permettre qu'il soit saccagé pour assouvir les passions dévorantes des plus déviants de l'espèce. De même cette humanité devrait se préoccuper des plus faibles, de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.

Là où vous voyez un État de plus en plus opprimant, une hydre omnipotente au service de quelques oligarques, capables de contrôler les médias, les partis politiques et jusqu'à votre propre existence dans ce qu'elle a de plus sacré (votre corps, celui de vos enfants, vos pensées), je ne vois qu'une brochette d'arrivistes tétanisés de trouille parce qu'eux savent bien que leur pouvoir ne repose sur rien. Qu'ils pourraient être balayés en moins de deux semaines si seulement le bon peuple se redécouvrait souverain, ce qu'il n'a jamais cessé d'être, au fond. Pas besoin de violence, ils n'attendent que ça pour faire un exemple et inspirer durablement la terreur à tous ceux qui se piqueraient d'être libres. L'histoire de France fourmille de tels épisodes, durant lesquels le pouvoir en place n'a jamais hésité une seconde à écraser l'insurrection dans le sang pour se maintenir. Étrangement, la seule insurrection qui ait abouti durablement est la révolution de 1789 qui a remplacé le pouvoir de la noblesse par celui des banquiers. 

Pour terminer, voir dans cet article une attaque contre Kévin ou les militants de la France insoumise équivaudrait à regarder le doigt quand on vous montre la lune. Je sais faire la différence entre les bourreaux et les victimes, entre les exploiteurs et les exploités, entre les manipulateurs et leurs proies.

Notes

[1] Etienne de La Boétie : est un écrivain humaniste et un poète français, né le 1er novembre 1530 à Sarlat et mort le 18 août 1563 à Germignan, dans la commune du Taillan-Médoc, près de Bordeaux. La Boétie est célèbre pour son Discours de la servitude volontaire. Il fut l’ami intime de Montaigne qui lui rendit hommage dans ses Essais. Source Wikipedia

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre.

[2] Providence : [Souvent avec une majuscule] Puissance supérieure, divine, qui gouverne le monde, qui veille sur le destin des individus. Malédiction ! (...) est-ce qu'il y aurait réellement une Providence qui me poursuivrait et me terrasserait à la veille du triomphe ? (Ponson du Terr., Rocambole,t. 3, 1859, p. 126).C'est une pensée à quoi l'homme s'abandonne volontiers, qu'une Providence aurait spécialement veillé sur lui, bâti sur lui de grands projets (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 291).

 

Article original sur LeVilainPetitCanard
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94 réactions à cet article    


  • diogène diogène 3 novembre 15:29

    Plus on s’est trompé dans la vie, plus on donne de leçons !


    • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 3 novembre 16:17

      @diogène

      Et si l’on comprend que vous ne savez rien de ma vie, j’imagine que ça s’adresse à Merluche, et c’est vrai qu’il s’est beaucoup trompé (Maastricht, PS, toussa).  smiley


    • leypanou 3 novembre 15:51

      Le changement c’est d’abord un état d’esprit, c’est une révolte intérieure, avec un but, des idéaux  : je rajouterai que la révolte ne peut pas être seulement intérieure car malgré tout, on peut toujours faire quelque chose dans la limite de ses moyens.

      Qu’ils pourraient être balayés en moins de deux semaines si seulement le bon peuple se redécouvrait souverain : tout est déjà mis en place pour que ceci n’arrivera jamais, du moins le croient-ils.

      Vous croyez que toutes les lois anti-terroristes sont seulement pour les terroristes ? C’est comme un couteau çà : il n’est pas seulement pour le boucher.


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 3 novembre 16:05

        "Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ; et généralement de m’accoutumer qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible.

        Descartes Discours de la méthode (1637)


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 3 novembre 16:18

        @Jeussey de Sourcesûre

        Joli ...


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 3 novembre 16:20

        @Philippe Huysmans

        il est des domaines dans lesquels on peut choisir son voisin du dessus...

      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 3 novembre 16:20

        @leypanou

        Je ne doute pas une seule seconde de la férocité de nos élites, quand c’est la peur qui commande, tous les coups sont permis, à commencer par les plus vachards.

        Mais dans la formule de Gandhi, par exemple, toute la vachardise des colonisateurs n’a rien pu faire. On peut tirer sur quelques péquins qui ramassent du sel pacifiquement, mais disons que d’une manière générale, l’occupant s’est surtout retrouvé confronté à une absence. C’est dur à tuer, l’absence.


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 3 novembre 16:26

        @Philippe Huysmans

        « C’est dur à tuer, l’absence. »


        et les idées encore plus

      • vesjem vesjem 4 novembre 10:24

        @Jeussey de Sourcesûre
        Es-tu certain qu’on maitrise sa propre pensée ?
        Ne crois-tu pas plutôt, qu’elle se « produit » de façon inéluctable et incontrôlable ?
        Et donc que la société du monde fonctionne pareillement à toute réflexion individuelle ?


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 4 novembre 11:22

        @vesjem

        Comme un cerveau dont les neurones seraient les individus ? La formule est tentante, le petit dans le plus grand, comme les matriochkas.

        Allons plus loin et poussons la comparaison, alors : j’ai exprimé l’idée d’électrons se maintenant à bonne distance en raison de leur charge électrique. Vous exprimez l’idée de neurones, mais il y a une solide différence : les neurones sont interconnectés par les synapses et s’influencent les uns les autres. On pourrait les appeler « lien social » ou « solidarité ».

        On peut spéculer à l’infini sur ce qui anime le monde, au sens premier, reste que lorsqu’on l’observe, on comprend que la volition de certains est incomparablement supérieure en effet à celle des masses. C’est l’expression même de la dictature.

        Que la pensée se produise de façon incontrôlable est une aberration : une réflexion est toujours le fruit d’éléments précurseurs, le cerveau fonctionne sur base d’information d’entrée, qui sont combinées par un additionneur statistique, et qui à la fin seront passées à différents cribles (centres d’intérêt, exactitude, pertinence ou urgence).

        Sauf à penser qu’on est des pauvres petites choses incapables de développer une idée par eux-mêmes, ce qui serait assez bien dans l’air du temps -> infantiliser pour aliéner.


      • Christian Labrune Christian Labrune 4 novembre 13:28

        @Jeussey de Sourcesûre
        Tiens, voilà que notre conspirationniste en chef sur AgoraVox se met à lire Descartes ! Il essaierait donc de se soigner un peu ? Quelques pilules de doute hyperbolique, il est vrai, ne sauraient faire du mal à personne.

        Je crains cependant que le conspirationnisme ne soit de ces affections chroniques contre lesquelles on ne peut pas grand chose.

        En tout cas, un grand merci à l’auteur pour cet article qui déconstruit si bien la fabrique des crédules. Ils finissent généralement enlisés jusqu’au cou dans la servitude volontaire. Tout ça n’est pas bien beau à voir.


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 4 novembre 13:37

        @Christian Labrune

        Aucune situation n’est vraiment désespérée. Aussi bien Kévin que les militants des « zom politiques providentiels » se sont, de fait posés les bonnes questions : c’est la réponse facile qui est piégeuse.

        Aucune dictature ne peut durer éternellement, parce qu’elle suppose toujours le contrôle d’un très grand nombre par un tout petit nombre. Il est impossible de changer ce facteur de l’équation sauf à transformer l’homme en fourmi, ou tout autre hyménoptère.

        On peut (et on le fait) inventer des distractions, user de moyens de contrôle des masses comme les médias et la lucarne magique, la cupidité des élites n’ayant pas de limite, on arrive toujours à un point où l’élastique finit par casser, et le balancier repart dans l’autre sens, pour un nouveau cycle historique.


      • vesjem vesjem 4 novembre 19:22

        @Philippe Huysmans
        Pas parlé du tout d’électrons ni d’analogie neurones/électrons ;
        Si prendre de la hauteur par rapport aux évènements sociaux, politiques ou autres, pour mieux analyser l’ensemble ,te satisfait, il te faut maintenant t’élever encore plus haut et plus profondément pour constater que les cognitions et les actions de tout être vivant ne sont que réactions à sollicitations extérieures ;
        Il en est de même pour l’interaction entre groupes hétérogènes ou non, simples ou complexes au sein du monde du vivant ;
        Pose-toi la question : peux-tu cesser de penser ou d’élaborer une cognition ; réponse : non ;
        De cette constatation découle l’évidence que ta pensée ou ton action sont des automatismes en réaction à ...
        Alors on peut toujours « décortiquer » les interactions entre individus ou groupes d’individus à partir d’une certaine « altitude », mais ces interactions et le temps échappent inéluctablement à la maîtrise de quiconque, à la seconde qui va suivre ;
        L’impression d’exister et l’égotisme qui y est corrélatif nous empêche d’envisager cette proposition  ; 


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 4 novembre 19:38

        @vesjem

        Ca reste une approche déterministe basée sur des stimuli, et donc efface par là même l’acte de volition, l’indépendance, comme si nous pensions par accident ou par conditionnement ?

        On reçoit certes des stimuli, mais on les filtre en fonction de son « caractère », de son « expérience », et de ses intérêts du moment. 

        Donc je ne peux pas être d’accord avec ça mais vous avez bien le droit d’avoir vos opinions, après tout.


      • vesjem vesjem 4 novembre 22:36

        @Philippe Huysmans
        le caractère n’est-il pas inné ?
        l’historique dépend-t-il du présent ?
        les stimulus ne sont-ils qu’extérieurs ?, non, ils dépendent également de la physiologie du sujet à l’instant du choix de l’option
        ces 3 facteurs concourent pour définir l’option ou la direction , qui est donc indépendant de toute volonté ou libre-arbitre


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 5 novembre 11:53

        @vesjem

        Oui, des marionnettes. J’ai compris. Et ce n’est pas du tout mon opinion, point. Et chacun a bien le droit d’avoir la sienne.


      • vesjem vesjem 5 novembre 13:47

        @Philippe Huysmans
        non, pas des marionnettes ; ce n’est pas ce que j’ai écrit


      • arthes arthes 5 novembre 16:28

        @vesjem

        Mais qu’est ce qui nous empêche alors de cesser de penser concepts et de laisser alors la pensée libre afin qu’elle s’impregne « d’autre chose » ?
        L’empathie par exemple, n’est ni compassion, ni identification, ni contagion émotionnelle, mais une faculté de détacher sa pensée de son « soi ego » , donc affranchi de tous préjugés et préceptes moraux afin de plonger dans « l’les sous bassements de de l’âme de l’autre » et d’en recevoir une compréhension qui échappe à celui la même qui est observé 
        A ce moment la, il y a bien une possibilité pour l’homme d agir sur sa pensée ne serait ce qu’en la libérant pour la laisser s’imprégner d’autres nourriture d’une essence autrement plus fécondante pour l’esprit que les stimulis matérialistes assommants qui stérilisent la pensée tout en l’asservissant..



      • vesjem vesjem 6 novembre 11:17

        @arthes
        L’empathie n’échappe pas (je le crois) au principe ; elle nait de l’appréhension que le malheur de l’autre puisse arriver, par apprentissage ou expérience des aléas de la vie, à ses dépends d’abord, puis à ceux qu’on aime, ensuite à quiconque souffre ;
        Mais, de mon point de vue, il faut raisonner en micro temps ; celui qui voit se « générer » la pensée ou l’action par la synthèse transitoire, indépendante de toute décision ou volonté consciente, découlant du potentiel génétique ou physiologique et de l’historique (inconsciente également au moment du choix apparent de direction de la pensée ou de l’action) du sujet sollicité ;

        je ne sais pas si je suis assez clair ; c’est difficile de se mettre en situation et d’admettre ce principe, tant le concept est « brouillé » par l’instinct de vie, le narcissisme naturel, les réflexes de cognitions ou les habitudes ;
        La mémoire même est une gêne pour la réflexion instinctive en ce domaine car sont imprimés en nous ces concepts, des milliers de fois ressassés, de responsabilité et de culpabilité  


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 6 novembre 12:02

        @vesjem

        Sauf votre respect, vu d’ici ça ressemble surtout au discours confusionniste type, votre machin.

        Nous ne pensons pas par nous-mêmes, nous sommes conditionnés (donc incapables de libre arbitre donc logiquement infantilisés, etc).


      • vesjem vesjem 6 novembre 16:09

        @Philippe Huysmans
        je sais, c’est pas gagné ; relis le plusieurs fois en te concentrant ; ce n’est pas une moquerie


      • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 6 novembre 18:36

        @vesjem

        Bof, les plus courtes sont les meilleures, j’ai lu relu et rerelu mon texte, et sa rédaction m’a pris deux jours. Du coup je le connais jusqu’à la dernière virgule et il n’y a pas grand-chose qui ne soit directement le fruit d’une réflexion qui ne date pas d’hier.

        Ce sera mon dernier com sur la question, bonne soirée,


      • vesjem vesjem 8 novembre 09:15

        @Philippe Huysmans
        le confusionnisme peut naître dans l’esprit qui ne réfléchit pas


      • vesjem vesjem 10 novembre 15:44

        @Philippe Huysmans
        ce sera ton dernier com, jean-pierre ?


      • francois 3 novembre 16:29

        A ma droite Rosemar, A ma gauche Huysmans.

        Pour le moment Rosemar est largement en tête aux points.


        • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 3 novembre 16:36

          @francois


          Pour l’instant, c’est elle qui a le point. Faut pas chercher à le cacher, parce que si on raconte des histoires, on n’est pas crédible mais  attends, fillette, ça n’est pas terminé, Huysmans peut espérer reprendre le point. Et c’est clair que si la jeunesse se met en mouvement, ça y est, c’est parti ! 

        • egos 3 novembre 18:42

          Ce billet ne vient pas de nulle part,

          soit, mais il parait ostensiblement se diriger dans cette direction.

          • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 3 novembre 23:03

            @egos

            Excellente critique de fond, j’en parlerai à mon cheval. Egos, eh ?


          • L'enfoiré L’enfoiré 3 novembre 19:28

            Bonsoir Philippe,

             « ça vous fait quoi, à vous, de savoir que JFK a été assassiné par John Smith ? »

            D’abord il faut être né pour l’avoir vécu. Les années 60 ont été très troublées et quand le 22 décembre 1963 a sonné, tonnerre de surprise que tous ceux de la génération en âge de penser se souviennent de ce qu’ils faisaient quand ils l’on appris.
            Ca Trump s’en rend compte, puisqu’il en a fait partie et il pourrait en faire usage pour lui-même en faisant ressortir des réponses partielles.

            Il faudrait que tu lises cet excellent livre « Pourquoi les pauvres votent à droite ? » de Thomas Frank qui explique l’inexplicable à première vue et qui explique aussi le pourquoi de l’accession de Trump à la présidence.

            Préambule :

            A la fin des années 1960, la concurrence internationale et la peur du déclassement transforment un populisme de gauche (rooseveltien, conquérant, égalitaire) en un « populisme » de droite faisant son miel de la crainte de millions d’ouvriers et d’employés d’être rattrapés par plus déshérités qu’eux. C’est alors que la question de l’insécurité resurgit. Elle va embourgeoiser l’identité de la gauche, perçue comme laxiste, efféminée, intellectuelle, et prolétariser celle de la droite, jugée plus déterminée, plus masculine, moins « naïve ». Cette métamorphose s’accomplit à mesure que l’inflation resurgit, que les usines ferment et que l’« élite », jadis associée aux grandes familles de l’industrie et de la banque, devient identifiée à une « nouvelle gauche » friande d’innovations sociales, sexuelles et raciales. Les médias conservateurs n’ont plus qu’à se déchaîner contre une oligarchie radical-chic protégée d’une insécurité qu’elle conteste avec l’insouciance de ceux que cette violence épargne. Au reste, n’est-elle pas entretenue dans ses aveuglements par une ménagerie de juges laxistes, d’intellectuels jargonnants et autres boucs émissaires rêvés du ressentiment populaire ? « Progressistes en limousine » là-bas ; « gauche caviar » chez nous.

            Comme tu dis, les complots comblent des besoins d’infos troubles.
            Une petite chanson de 1967 : « on nous cache tout, on nous dit rien »

            2017, n’a rien inventé.


            • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 3 novembre 22:32

              @L’enfoiré

              Pas te vexer Guy, mais il n’y a pas de gauche aux USA. Un centriste y passerait pour Staline himself.


            • L'enfoiré L’enfoiré 4 novembre 10:14

              @Philippe Huysmans

              Pourquoi me vexerais-je ?
              On a la gauche qu’on peut mais pas nécessairement qu’on veut.
              Je connais les States et l’esprit américain, un peu mieux que toi, vois-tu.


            • Philippe Huysmans Philippe Huysmans 4 novembre 21:09

              @L’enfoiré

              Je te l’ai déjà dit, l’Amérique et les zaméricains je les emmerde à pied, à cheval et en voiture. Tant qu’ils restent de leur côté de l’Atlantique, je n’en ai strictement rien à faire.

              Malheureusement ils ont tendance à s’étaler, un peu partout.


            • L'enfoiré L’enfoiré 3 novembre 20:00

              « La politique médiatisée, une fois » est un billet qui en 2010, faisait la différence entre la manière de produire de l’information pour les médias français et belges qui était faites dans un « Question à la une » (dont la vidéo n’est bien sur plus accessible).
              Nous étions encore à l’époque de Sarko.
              Il faudrait refaire l’analyse à notre « époque macronée »
               

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