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Sur les langues régionales, dialectes et autres…

Il était une fois… une fausse histoire vraie.

Jean-Marie, né l’année de la publication de « L’Assommoir » dans un hameau pauvre du Vivarais (43), bien qu’ayant « fait maître » dès 6 ans, n’ayant jamais lu autre chose que La Dépêche, et écrit pas beaucoup plus que sa signature, était bilingue. Il parlait assez bien le français, mais surtout la langue d’Oc du Vivarais – dit autrement : le patois de tous ses gens qui n’avaient fréquenté « les écoles » que dans la mesure où les travaux nécessaire à leur vie et à celle de leur famille le permettaient, c’est-à-dire pour de courtes périodes et de façon intermittente.

Les journées étaient rudes l’hiver, et longues en été. Des sabots bourrés de paille aux pieds, des guenilles pour vêtements et souvent une faim qu’il soignait comme les autres jeunes en grignotant les croûtes du gros pain qu’il allait chercher au village, voilà l’ordinaire de sa jeune vie. Et quelques taloches bien appuyées pour le punir de ses bêtises. Souvent au cul des vaches et toujours à des travaux pénibles par manque d’outils et de savoir-faire. C’était encore le moyen-âge qui reculerait avec l’arrivée du noir sur les mauvaises routes, et surtout de l’électricité. Le progrès, la machine, l’industrialisation…

Il « maria une payse » qui n’avait pour tout bien que son ardeur au travail et le désir de sortir de cette condition misérable pour devenir avec lui des bourgeois, être enfin respectés ! Jean-Marie et Anne-Marie partageaient le même bilinguisme. Leurs affaires prospérèrent car si la culture de Jean-Marie était réduite, il savait compter les sous ; et mieux encore les faire se multiplier en développant l’usine textile qu’il avait créée avec sa femme à partir de rien ! « Le travail et l’économie », tel était la base-line de son business plan.

Cette prospérité retomba sur ses trois enfants et ses petits-enfants, sans toutefois leur transmettre le même bilinguisme. Si Jean-Marie et Marie parlaient patois entre eux, avec quelques mots de français pour combler certaines lacunes du vocabulaire technique de cette la langue d’Oc ; et aussi avec certains de leurs ouvriers et ouvrières, comme avec les paysans, issus de la même souche campagnarde, ils s’exprimaient en français avec leurs enfants qui furent élevés par une bonne illettrée (Marie travaillait à l’usine) qui compensait son handicap en leur étant dévouée chaque jour, à l’exception du dimanche pour aller le matin à la messe, et l’après-midi au foot. Le fils Marcel qui avait fait des études techniques à Saint-Etienne comprenait le patois, mais répondait toujours en français à ses interlocuteurs. Ses deux sœurs l’avaient relégué dans les curiosités locales, une langue morte en quelque sorte. C’était l’évolution que l’on constatait dans toutes les familles, y compris chez certains ouvriers.

Les petits-enfants n’ont retenu que les quelques mots que leur répétaient le grand père : « chia que des galiards ! », pour leur rappeler que la vie n’était pas faite pour s’amuser ! Ils seraient aussi bilingues, mais avec l’anglais et l’espagnol comme deuxième langue. Et c’est ainsi qu’en deux générations se perdit dans cette famille l’usage d’un patois. Même les gens les moins instruits ne parlent plus patois ; l’apprendre à l’école ?, une idée que personne n’a eue depuis… 

Il a fallu attendre un demi-siècle pour que quelques Bobos parisiens (pléonasme) veulent le parler et ouvrir des écoles pour l’enseigner comme première langue ! Les Français se tourneraient-ils vers les langues régionales car ils n’ont pas été fichus d’apprendre correctement la langue de leurs voisins, l’espagnol, l’italien, le portugais, l’allemand… et même l’anglais. Sans toutefois reculer pour faire tendance en disant « story » pour histoire, « base-line », « job » and so on.


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8 réactions à cet article    


  • Lampion Séraphin Lampion 4 juin 10:53

    « Les Français se tourneraient-ils vers les langues régionales car ils n’ont pas été fichus d’apprendre correctement la langue de leurs voisins »

    C’est pas comme le président.

    Lui, il fait des efforts.

    Il dit :

    « start-up nation »

    « La démocratie est le système le plus bottom up de la terre »

    « task-force anti-Daech »

    « civic tech, greentech, cleantech »,

    « silver économie et crowdfunding »,

    « entrepreneur is the new France ».

    Voilà l’exemple à suivre. Les gallo-romains parlaient-ils latin ou gaulois dans les salons ?


    • Et hop ! Et hop ! 4 juin 14:20

      C’est la liquidation de la paysannerie et la désertification des campagnes depuis 1945 qui ont fait disparaître les patois.


      Ensuite c’est la télévision qui a imposé la langue française, ce que l’École républicaine n’était pas arrivé à faire.


      • Gaulois gaulliste Gaulois gaulliste 7 juin 01:39

        @Et hop !
        Ca n’a peut être pas aidé ce que vous dites mais l’argument principal favorisant la domination du français sur les patois a été la mobilité due aux chemins de fer, depuis 1850 mais surtout après 1900 le temps que le réseau se développe suffisamment.

        Avant lui, le « microcosme » des paysans se limitait a quelques kilomètres, voire dizaines, autour de leurs villages. Avec le chemin de fer, le français s’est imposé comme langue de communication dans tout l’hexagone et par la suite il fut un outil de promotion sociale qui acheva les patois.


      • sirocco sirocco 4 juin 14:22

        Dans plusieurs arrondissements de Paris, Marseille... dans la plupart des communes de la banlieue parisienne... on n’entend plus parler français sur la voie publique. Ou alors très rarement, entre personnes qui se cachent et chuchotent de peur d’être entendues.

        Ce phénomène gagne inexorablement les villes de province de plus de 2000 habitants, sauf peut-être lors de quelques événements auxquels participent des gens de la campagne, comme les marchés.

        L’anglais n’est pas en cause. Il n’y a pas de recrudescence de « How much ? » mais plutôt de « Combien ouro ? » À vous de deviner la langue envahissante...

        Sic transit gloria mundi.


        • Gerald 4 juin 16:31

          @sirocco
          Il y a les barbares qui jappent plus qu’ils ne parlent... Une langue de l’âge de pierre... Alea jacta est ! 


        • Gaulois gaulliste Gaulois gaulliste 7 juin 01:42

          @sirocco
          Peut être vrai mais ce n’est pas de l’arabe en devanture des échoppes ou des prospectus de la boîte aux lettres.

          L’attaque se fait par le haut et par le bas.


        • Lampion Séraphin Lampion 4 juin 14:56

          il parait que les séries télévisées en patois des Amognes non sous-titrées sont inventables aux chaines de télé privées , même en France ! 

          Il suffit pourtant de consulter le lexique, mais les gens ne veulent plus faire aucun effort.


          • Un des P'tite Goutte Un des P’tite Goutte 5 juin 15:15

            Oui, les patois, dialectes et autres langues régionales, c’est bien beau, pittoresque et ça me rappelle ma jeunesse et grand-père et c’était mieux avant.

            Je n’y vois qu’un intérêt : s’opposer à une oppression, une suprématie comme cela a été le cas en Bretagne, peut-être dans le pays basque  quoique j’y vois là-bas beaucoup de « je m’la pète, supérieur à toi, vil estranger », et autres exemples plutôt révolus en France.

            Quand à enseigner une langue régionale par l’EN ! Quel délire !, on flatte les élus locaux et votants potentiels, mais ...déjà que l’humanité a du mal a s’en tirer avec ses milliers de langues, pourquoi en rajouter ? Connaître les langues étrangères participe, même un minimum, a plus de compréhension et susceptibilité d’humanisation ici-bas. Nous nous devons de diminuer les distances culturelles, linguistiques qui nous séparent des autres pays, à plus forte raison, je pense, quand ces derniers sont potentiellement ennemis (par leurs gouvernants, évidemment).

            Quand à la francophonie à tout prix, eh bien d’avoir voyagé et voyagé, j’avoue que je ne comprends pas : le fait est accompli, l’anglais est dorénavant la langue du voyageur, la langue mondiale. Je l’ai même vu utilisé comme langue d’échange entre deux chinois ainsi que deux indiens qui venaient de régions éloignées. Les tenants à tout prix du retour du français sur la scène mondiale me rappellent de stupides Iraniens voulant éliminer Israël : trop tard, la situation est installée.

            Maintenant, qu’avec l’approbation des populations concernées, le français demeure la ou une langue couramment parlée de pays d’Afrique et d’Asie, tant mieux. On serait là, vis-à-vis de l’anglais dans une position à défendre, avec relégation de ce dernier en deuxième ou troisième langue. 

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Gerald


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