• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Svetlana Alexievitch, Paul Auster : Préférez-vous les histoires vraies (...)

Svetlana Alexievitch, Paul Auster : Préférez-vous les histoires vraies ?

 

 

« La fin de l’homme rouge » de Svetalana Alexievitch » et « Je pensais que mon père était dieu » de Paul Auster : Deux livres qui sont des compilations de témoignages, réunis l’un par un Américain, et l’autre par une habitante de l’ex empire soviétique. Des histoires d’hommes et de femmes souvent ordinaires, qui, avec leur humanité souvent poignante, nous en disent beaucoup plus que l’histoire officielle.

        Mon père ne lisait pas. Sauf le journal. Les romans, il s’en moquait. A la fin de sa vie, comme il ne pouvait plus trop travailler, il se mit à lire tout de même « des histoires vraies ! »...l’autobiographie d’un mineur du nord, par exemple, racontant la guerre, les grèves et les coups de grisou. Ca lui parlait, cette vie de gueule noire siliconée, qu’avait bouffé de la viande enragée, entre corons et tranchées. Il lui fallait le coup de tampon du certifié authentique, ce label "histoires vécues", qu'on trouve dans les faits divers des jounaux. Qu’est-ce qu’il aurait pensé de ces deux histoires ? Parfois si stupéfiantes qu’un auteur de fiction hésiterait à les coucher sur le papier, de peur d’être jugé peu crédible. D’autres sont si horribles et déchirantes qu’on préférerait vraiment qu’elles soient sorties de l’imaginaire d’un esprit fou ! Des histoires dignes des mille et une nuits, au risque parfois de ne pas fermer l’œil de la nuit.

       Il lisait donc "Détective" pour les crimes en petit, et " L'humanité", pour les crimes de masse. Il ironisait sur les séries qui nous scotchaient à l’écran noir et blanc.

     «   Ils font semblant de se taper sur la gueule. Disait-il. Mais à la fin du tournage, ils vont tous boire un coup ensemble ! »

       « Mais tais toi donc, disait ma mère, en s’essuyant les yeux avec son mouchoir. Si t’aimes pas ça, pas la peine de chercher à dégoûter les autres  ! »

         On l’aura compris, mon père préférait les troquets aux lieux de tournage, et les salles enfumées et braillardes aux décors en carton pâte. Il parlait beaucoup, se transformait en tribun de comptoir, s’engueulait avec les autres, racontant beaucoup d’histoires, et avait un gout manifeste pour l’exagération.

       Peut-être que Paul Auster ou Svetalana Alexievitch aurait apprécié mon père, un homme ordinaire qui avait appris à lire, et à nager, en gardant ses vaches en basse Bretagne. Et la cordonnerie, en étant réfractaire, se cachant des boches pendant la guerre. Le hasard et la nécessité avaient été toujours ses deux moteurs. Il en sortait une vraie philosophie, apprise avec la cordonnerie, la boue des chemins, et le cuir dur des brodequins. Il pouvait vous dresser la psychologie d’un homme rien qu’en regardant ses semelles. La façon d’user de l’avant, de l’arrière, ou sur les cotés en apprenait beaucoup sur lui, son métier, et sa façon d’être et de penser : Un flic, un curé, un paysan, ne frappent pas le sol de la même façon. 

      « Il faut être très prudent par rapport à ses mérites personnels, disait-il. Généralement, ceux qui ont réussi pensent que le hasard y est pour rien, oubliant la cuillère d’argent qu’ils avaient en bouche à leur naissance.. »

    Je range souvent mes bouquins par thèmes, ou intérêts, sur mes étagères. Cela me rassure, semble tenir le désordre et l’absurdité de la vie à distance. Il y a ceux que je n’ai pas encore lus, ceux que j’enverrais à la ressourcerie, et ceux que je veux absolument garder. Du moins encore un temps. Les polars sont à part. Ce sont les plus rassurants. Car à la fin ils identifient un coupable à la vie ! 

     Ces deux livres appartiennent à ceux que je conseillerais à n'importe qui. Je me demande si je ne devrais pas faire une étagère en rapport aux histoires vraies, écrits par de grands romanciers, au risque souvent de leur vie. Je vous en livre quelques uns, qui me viennent en tête. Pas de la petite bière quand même….. « De sang froid » de Truman Capote. « Ébène » de Ryszard Kapuscinski . « Hommage à la Catalogne » et « Le quai de Wigam » d’Orwell. « L’île de Sakhaline » D’Anton Tchekhov….

   Ne pas oublier les œuvres d’Albert Londre, parcourant le monde de Cayenne à la Chine, avant de sombrer mystérieusement avec le « Simon Bolivar » . Ils furent une belle poignée, étalés sur un un siècle et demi, à marquer l’opinion, à participer souvent au changement du monde et des mentalités. 

     Peut-être que Zola abandonnant ses romans pour se dresser avec son « J’accuse  », en première page du journal « L’Aurore » marqua-t-il quelque chose, dans ce mélange des genres ! Auster et d’Alexievitch n’accusent personne. Ce sont des témoins, des passeurs. Ils font partie de ces conteurs qui laissent l’exaltation et l’indignation à ceux qui prennent la parole. Mais sans doute faut -il une empathie naturelle, afin de transcrire aussi bien les témoignages. .

     Svetalana Alexievitch https://bit.ly/2GzUvF4 a eu le prix Nobel de littérature, mais Paul Auster https://bit.ly/2WX44Uv pourrait sûrement y prétendre, car il possède aussi ce sens de l’universel qui rend le travail du traducteur beaucoup plus facile. Tous deux ont sensiblement le même âge, et s’ils n’ont pas traversé les mêmes expériences, ils se sont intéressés à l’homme de la rue, ce petit homme qui traverse l’histoire, tente de survivre, et pourvu qu’on les laisse s’exprimer, apporte son bout de puzzle à la fresque.

       Auster a mis un certain temps à émerger. Il est l’écrivain du nomadisme, du hasard, de l’imprévu, des coïncidences et des coups d’œil du destin, qui semble jouer aux dés avec vous, à moins que ce soit à la roulette russe !

       En 2000, il lance un appel à la radio : «  J'ai expliqué aux auditeurs que je cherchais des histoires. Celles-ci devraient être vraies, elles devraient être brèves, mais il n'y aurait aucune restriction quant aux sujets ni au style. Ce qui m'intéressait le plus, ai-je précisé, c'étaient des histoires non conformes à ce que nous attendons de l'existence, des anecdotes révélatrices des forces mystérieuses et ignorées qui agissent dans nos vies, dans nos histoires de famille, dans nos esprits et nos corps, dans nos âmes. En d'autres termes, des histoires vraies aux allures de fiction. Les gens allaient explorer leurs vies et leurs expériences personnelles, mais en même temps ils s'associeraient à un effort collectif, à quelque chose de plus vaste que chacun d'eux »

      173 récits vont émerger parmi les milliers qu’il reçoit. Des récits brûlants comme une lampée de whisky bu cul sec. Ou de vodka….Pari réussi. La vie a vraiment l’air d’une fiction. Est-ce dieu, ou plutôt le diable, qui vous fait un clin d’œil la-haut ?…

   Des histoires parfois très courtes, mais ayant une force incroyable !Au travers des 42 états parcourus, jeunes et vieux, femmes esseulées, précaires, gagnants et perdants dressent un portrait d'une amérique étrange. Le lecteur, tout à son imaginaire, superposera inconsciemment les tableaux de Hooper, les bouquins de Carver, les musiques de country ou de blues. Les récits sont liés souvent à une rencontre étrange, déterminante, à un traumatisme, une illumination, un de ces fils qui conditionne le déroulement du destin, et qui nous ferait croire que cela était écrit dans le grand livre. Peut-être que la croyance en l'irrationnel, et en la main du destin, nous sont-ils utiles pour ne pas basculer dans la folie ?

"Notre salle à manger se trouvait sur le coté nord de la maison. Il y faisait toujours sombre. Sur la table j'aperçus un papier jaune froissé, et en un instant terrible tout me devint évident. Sur ce papier étaient marqués les plus redoutés de ces années de guerre : Nous avons le regret de vous informer ! "

       Une lettre qui s’est trouvée aussi sur les tables de millions de familles soviétiques.

       "La fin de l'homme rouge", ou " le temps du désenchantement", est une magnifique fresque, issue de dialogues, d'interviews, d'enregistrements, que Svetlana Alexievitch a collecté pendant des années. Elle a parcouru l'ex immense empire, stylo et carnet en poche, ou posant un magnétophone sur des coins de table de datcha perdue, ou de palais moscovite ; revenant parfois plus tard, quand la parole était difficile. Anciens colonels de l’armée rouge à la retraite, ex prisonniers du goulag, enfants d’apparatchiks, habitants des anciennes provinces soviétiques, mère de milicienne disparue, jeune femme arriviste ne vouant plus son énergie qu’à une cause, la sienne….C’est une formidable immersion dans l’histoire, la géographie, et la sociologie de ce bloc si longtemps fermé.

      Que reste-t-il de l’homo sovieticus  ? Cette histoire est une plongée dans des sortes d’enfer concentriques, se contenant les uns avec les autres. A la différence du totalitarisme nazi, le soviétique fut rallié par des gens idéalistes, pétris de valeurs humanistes, qui acceptèrent pourtant souvent d’avaler des couleuvres, de se soumettre et de collaborer à un régime d'oppression impitoyable. Mais peut-on liquider cette histoire en un jugement si péremptoire ? Ce empire a représenté un espoir pour deux ou trois générations, et a fasciné assez les intellectuels et les révolutionnaires du monde entier, pour qu’ils oublient leur codes des humanités ordinaires, s'en remettant à la promesse de lendemains meilleurs.

      L’auteur n’est pas là pour juger. Mais les témoins le font souvent à sa place, avec colère, regret, émotion, ou amertume. Les victimes dans ces histoires à double ou triple fond deviennent parfois eux mêmes bourreaux, ou complices, ce qui explique embaras, et ambivalence. Beaucoup restent malgré ce qu'ils ont vécu nostalgiques de cet empire qui se faisait respecter, et engendrait chez eux un sentiment de fierté. Le ciel tout à coup s'est effondré, disent ils souvent. 

     Nous sommes là dans les années 90, ce moment où l’on casse les statues de Marx et de Staline, où l’on vend sur le marché de Moscou, des médailles militaires et des uniformes de maréchaux. "Etait-ce la peine d'avoir écraser les nazis pour capituler sans combattre, et vendre notre âme à Mac Donald ?" Ils ne reconnaissent plus leur pays, et déplorent que leur idéal ait été bradé contre un rêve en toc, celui du marché capitaliste. 

    L’état tout puissant qui subvenait à tout, et qui régulait les écarts de richesse, a laissé place à une jungle mafieuse, ultra libérale, bradant les entreprises d'états les unes après les autres, voulant semble-t-il réaliser cette globalité que le communisme rêvait de mettre en place…

     Les professeurs constatent désabusés que personne ne s’intéresse plus à la culture classique, à Tolstoï, à Tchekhov... Les autodafés de livres qu’Hitler avait entrepris sont devenus inutiles. Les oeuvres de Marx et de Lenine sont amenés au pilon, à la décharge, victimes du désintérêt total plus que de la police de la pensée. Ce pays qui comptait un nombre extraordinaire d’érudits et d’ingénieurs, est fasciné par les images en toc de l’occident, et se suicide d’une façon inexplicable, en laissant beaucoup de ces citoyens médusés, tétanisés, sur le bord du gouffre, abandonnés par l'état, obligés de faire la manche pour survivre. Si la révolution soviétique fut quelque chose de totalement inédit dans l’histoire du monde, sa chute atypique le fut tout autant.

     «  Je me souviens de cet éclat que les gens avaient dans les yeux au début de la perestroïka. Je ne l’oublierai jamais. Ils étaient prêts à lyncher tous les communistes. Ils étaient prêts à les envoyer dans les camps. Les livres de Maïakovski et de Gorki s’entassaient dans les poubelles. On mettait les œuvres de Lénine au pilon….J’en ai récupéré…. Oui je ne renie rien ! Je n’ai honte de rien ! Je n’ai pas retourné ma veste, je n’ai pas gratté ma peinture rouge pour me repeindre en gris. Il y a des gens…. Si les rouges arrivent, ils les accueillent à point ouvert. Si c’est les blancs, ils accueillent les blancs…. » (Ilena Iourevna.) . 

   Il faudra un certain temps pour que les supporters de la révolution poussée par Eltsine battent leur coulpe, et s’aperçoivent qu’on les a bien trompés, et que si les supermarchés sont maintenant bourrés de marchandises et de gadgets, bien peu d’entre eux peuvent les acheter. "Comment avez-vous pu être si naïfs ?" Se voient reprocher les anciens communistes, par une jeunesse qui ne connait rien à l'histoire, ne veut pas entendre parler de la révolution de 17. Cette nouvelle génération qui apporte ici aussi son témoignage, et sa vision du pays, veut faire de l'argent rapidement, voyager, prendre du bon temps.

       Et Pourtant certains arrivistes de la première heure, celle des années 90, où il fallait profiter d'un opportunité inédite, et être filou et malin, pendant que les autres rêvaient, ou ne croyaient pas ce qui se passait, confessent une nostalgie parfois pour le monde d'hier. On se partageait un saucisson dans la cuisine, en discutant littérature, disent ils, émus, évoquant ce passé où la communion et l'entraide étaient la grande richesse. La sainte et grande Russie n’a que faire de ces gadgets et de trop de confort, concèdent ils, en remontant dans leur Mercedes.

       Force est de reconnaître dans ces paradoxes les traits allant du comique à la passion exagérée et aveugle, traitant de cette âme russe insaisisable et passionnée, que les grands auteurs Russes ont su exploiter dans la littérature.

       Ah ! Les cuisines ! Voilà où semble-t-il se logeait l’âme russe, pendant des décennies...L’occidental découvre dans ce livre combien c’était des cocottes minutes de la culture et de socialité. Il semble qu’on ait davantage rêvé de changer le monde dans les cuisines soviétiques, que dans les salons français du dix huitième siècle. Mais la roue tourne, les nouveaux témoins sont contents que Poutine soit un nouveau tsar. Rétablir déjà la dignité du pays, disent il...Il faudra attendre ces dernière années, pour que les objets déclassés de l’ex union soviétique soient de nouveau à la mode, et que les jeunes se remettent à lire « Le capital ».

       

   En lisant ces témoignages, on réalise que la Russie a vécu en un temps très court, et à un niveau d’ampleur inégalée ce que nous vivons nous mêmes à l’instant  : Le glissement insidieux de la culture vers la barbarie, où l’argent roi, et la vulgarité, sapent ce qu’on estimait sacré, et éternel. Cela est parfois si cruel, ou révoltant, qu’on préférerait que cela soit de pures fictions, si improbables, que l’on dirait alors : « Des choses pareilles heureusement ne se passent pas dans la vraie vie »

    Ainsi, on pourrait se croire protégé de l’indicible, de la monstrueuse cruauté des hommes, quel que soit le pays que l’on habite. Étoile entourée de bleu, ou de rouge. Les idéaux ne valent plus grand chose quand la mort semble toute proche, et qu'un pied vous écrase la figure. Il y a heureusement dans ces histoires, la figure du bon samaritain, qui fait reprendre confiance en l'humanité.

     Ainsi dans le livre de Paul Auster, cet Américain de la première génération, qui se souvient de ses années de jeunesse, en Hollande. Il a 11 ans, en 44, sur fond de débâcle Allemande, quand la wechmacht recrutait de tous jeunes soldats :

      

« Toutes les mères se retournèrent. C’était le bruit d’un enfant qui pleure. Sur le seuil de la maison de M.Campen, un soldat était assis, son fusil appuyé contre lui, le visage caché dans sa capote. Il tentait de ravaler ses sanglots, et puis renonça. ….Une mère s’approcha de lui et lui parla doucement, en allemand. « Qu’est-ce qui ne va pas, demanda-t-elle » ...Elle se penchait vers lui en lui parlant, et quand elle eut fini, elle se releva et nous annonça : » Cette guerre doit être presque terminée. Il a seize ans et n’a eu rien à manger aujourd’hui….Un officier allemand marchait dans la rue à peu de distance. J’avais peur, et très froid. Les mères réussirent à revenir à temps. Une pomme de terre cuite, un bout de pain, une pomme ridée passèrent de main en main jusqu’au garçon. L’officier arrivait. L’enfant redevint un garçon. « Danke ! » Dit-il. Et puis il se leva et reprit son fusil. Les moteurs des camions démarrèrent. Nous pouvions rentrer. Jusqu’à la fin de la guerre, pendant toute ma vie, j’ai gardé le souvenir de ce soldat qui pleurait. Il avait le même âge que ma sœur ! » (Mieke C. Malandra- Lebanon, Pennsyvalnie)

          Une pomme de terre, que Vassili Grossman ancien combattant de Stalingrad évoque dans « Vie et destin », un roman très autobiographique, où il dépeint cette grande âme que le petit peuple retrouve, dans les moments difficiles, à travers le portrait de cette vieille femme le cachant dans sa datcha minuscule, au péril de sa vie, et lui offrant le peu qu’elle possède.

      Cette âme miséricordieuse, qui vous réconcilie avec l’humanité, est présente dans bien des récits de souffrance. On la trouve non seulement dans « La guerre et la paix » de Leon Tolstoï, quand le prince Pierre, promis au poteau d’exécution par les soldats de Napoléon, se voit offrir une pomme de terre par un mendiant tout aussi affamé que lui. Et plus jamais, une fois sauvé, lui qui n'avait jamais manqué de rien jusqu'alors, sa vie ne sera comme avant. Ce sont bien les épreuves, qui révèlent la valeur des hommes !

     Le Dickens des « grandes espérances » me vient autant en mémoire que « Les misérables » de Victor Hugo. La même évocation d’ anciens taulards, de réprouvés, qui avaient fait résilience et surent inverser le destin, et donner une caresse, un abri au chien errant, au lieu de lui foutre un coup de pied au ventre. Les contes des mille et une nuits nous avaient déjà prévenu : Combien de princes se sont endormis un soir en un palais luxueux, pour se réveiller au matin, sur un lit de pierres, dans un désert glacé ? 

   Le désenchantement ressemble parfois à cette « saudade » Portugaise, faite d’un spleen à propos du pays natal qu’on a quitté, dont on n’a pas fait le deuil. Le thème de l’exil, de l’exode permanent, à la recherche d’une frontière illusoire, du pays d’après, est constitutionnel de bien des histoires américaines :

     « J’ai toujours envié les gens qui peuvent retourner sur les lieux de leur enfance, ceux pour qu’il existe un endroit où ils se sentent chez eux. » Nous dit, à travers Paul Auster, un certain Timothy Akerman-(Californie).

      Pour l’ex homme rouge, l’éclatement de l’empire a abouti à la prise de conscience douloureuse qu’il n’était plus question maintenant d’avoir des contacts avec leurs voisins d’avant, cette l’époque où l’homo sovieticus avait aboli les concepts de nationalisme entre les provinces de l’empire. Alors, chacun s’est souvenu qu’il était Arménien, Géorgien. Ou Russe. Ou on leur a rappelé. Les pogroms ont commencé un peu après…C’est alors qu’une des témoins d’Alixievitch auraient très bien pu rencontrer Une de ceux d’Auster, sur une plage du Pacifique...

     «  Tout le monde est parti. Pour sauver sa peau. Nous avions des amis qui vivaient en Amérique, à San Francisco. ...C’était si beau. L’océan est partout. Je passais des jours entiers au bord de la mer à pleurer. C’était plus fort que moi. J’arrivais de la guerre, d’un pays où n’importe qui peut se faire tuer pour une bouteille de lait...Un vieux monsieur marchait sur le rivage. Il disait que la beauté et l’océan, ça guérit. Il m’a consolé longtemps...Les larmes coulaient encore plus fort….Les mots gentils me faisaient pleurer plus que les coups de feu à la maison. Plus que le sang. Mais je n’ai pas pu vivre en Amérique. Je voulais retourner à Douchambé, et si c’était dangereux de rentrer, je voulais vivre le plus près de chez moi. Nous avons déménagé à Moscou  ! »

    Ainsi, les deux livres se sont mis à raisonner en moi de l’un à l’autre, moi qui n’a jamais mis les pieds ni en Russie, ni aux états unis, sauf en imagination. 

 

 

 

 Mon père aurait sûrement adoré. La Russie le fascinait. Il avait applaudi comme tant d’autres à l’exploit de Gagarine, après la raclée infligée aux boches…C'était la suite logique de Stalingrad, la mère des batailles, et de l'engagement. Les russes, (curieusement il ne disait pas les soviétiques) représentaient l'espoir des ouvriers. Mais l'amérique le bluffait quand même. Même s'il critiquait les richards, il s'extasiait devant les bagnoles et les motos Harley, qui rendaient les mobylettes Peugeot un peu misérables.  

      Finalement on ne prend conscience de sa pauvreté que lorsque la richesse qu’on ne soupçonnait pas se pose à coté de vous. C’est ce que ce sont aperçu aussi bien des Russes, au détour de la chute de l'empire soviétique.

      Faut dire que nous habitions tout près d’une des ces grandes bases américaines, avant que De Gaulle ne les vire. C’est de là que venait Gary, « l’américain » un copain de mon père. Un type qui passait de temps en temps à la maison, laissant des cartouches de blondes « Camel » et « Lucky Strike », et des tas de bombecs pour les gosses. Bien sûr, quelques bouteilles de calvados passaient dans le coffre de la grosse voiture américaine en guise d’échange. La gnôle ? Elle venait d’un autre copain de mon père.... Un Al Capone Normand, surnommé « Goupil » ferrailleur de son état, qui larguait les flics avec une traction avant de 15 chevaux semant des clous derrière elle, quand il le fallait, grâce à une trappe ingénieuse qui s’ouvrait ! Exactement comme la voiture de James Bond. Mon père m’avait garanti que c’était lui qui lui filait les clous, « à trois pointes ».

     Mais motus et bouche cousue !Mais même à dix ans, c'était difficile de croire à toutes les histoires de mon père. Celle ci me faisait vraiment sourire. Il m'avait appris l'exaltation, mais aussi le septicisme...

    Un jour, Gary, l’aviateur Américain, nous prêta sa Ford "Thumderbird". Grande comme notre salle à manger. Elle brillait de tous ses chromes, et ses ailles sur le coté lui faisaient comme celles de la fusée Apollo....

    On est parti à la mer, faire les plages du débarquement, un après midi d’été, en mode décapotable. Ç’aurait pu être un voyage vers la lune, et j’aurais pu croire que mon père était dieu, comme dans le titre du bouquin de Paul Auster. Mais je voyais bien que ce n’était qu’un rêve. Et que les cordonniers resteraient les plus mal chaussés. A vrai dire on n’était pas plus à l’aise à l’arrière, les quatre gosses, sur la grande banquette, que mon père au volant, qui faisait le mariole comme un mauvais acteur, en klaxonnant sur trois temps. 

  Même s’il souriait, je me demandais s’il n’avait pas comme moi l’impression de trahir notre minuscule Simca 5... Les nouveaux riches en Russie ont-ils eu aussi ces états d'âmes stupides ? L’impression d’être des personnages de publicité, posant dans une vitrine, et ayant renié leur identité.

 

 

 

 Entre Arromanches et Omaha Beach, Les barges de débarquement dessinaient encore de longs chapelets noirs sur la mer.

     Difficile de s’imaginer que le sang avait coulé là on l’on se baignait. Des jeunes gens venant d’états aussi exotiques que la Californie ou le Nevada étaient partis de l’autre coté de la mer pour nous délivrer. Cela méritait le respect. 

     Fallait pas s’approcher trop près des pontons couverts de crustacés, car elles se resserraient parfois, comme des tenailles de cordonnier le faisaient sur de vieux clous rouillés.  Rien que de faire un tour dans un atelier de cordonnerie vous familiarise avec une chambre de tortures. J’avais beaucoup d’empathie pour les godasses martyrisées. Mais c’était la condition pour renaître, avec une semelle neuve. La guerre restait comme un crabe pas tout à fait mort qui lançait parfois une patte, très vite, et vous choppait. Les bombes et les mines enfouies continuaient à tuer 15 ans après la fin de la guerre...

     Quant à celle d’Algérie, elle était en cours, le fils de l'épicier en était revenu tout cabossé, et silencieux. Il ne me faisait même plus faire le tour du village avec son scooter triporteur, à l'arrière, coincé entre les caisses de bière, et de limonade. 

     

 

J’avais trouvé enfoui dans le sable une boite de rationnement, en fer blanc, toute cabossée. C'était marqué" Emergency ration".. Ma soeur m' a fait la traduction. A n'ouvrir qu'en cas d'absolu necessité. Mais quand s'aperçoit on qu'on se trouve dans une necessité absolue ?... Elle était oxydée par le sel. Je l'ai portée à mon oreille. Richard Anthnoy disait que " la réponse était dans le vent"... Mais elle sentait juste le moisi. Un peu comme un bouquin jauni.

     Deux cousines ont épousé des aviateurs de la base des amerloques, et sont parties la bas, où tout était soi-disant plus beau, plus haut. Entre missions spoutnik et Apollo, on les a perdues de vue. Longtemps une carte postale en couleurs est restée collée sur le buffet : Des palmiers, des tropiques. Honolulu..... En Normandie, c’était l’été pourri. Les amerloques avaient laissé un vide ! Les commerçants n'étaient pas contents. Plus tard, à l’époque de la guerre du Vietnam, j’ai appris que mes cousines avaient le mal du pays. Tant d’histoires perdues dans le vent, qui ne seront jamais écrites.

    Quant à Goupil, le contrebandier de bouteilles de calva, et sa traction avant allongée, j’ai appris 30 ans plus tard qu’il s’était fait arrêté par la police. Un article dans "Le réveil Normand" lui rendait les honneurs de l'histoire vraie, incontestable, écrite noir sur blanc, entre nécrologie et météo.  

    « Le Al Capone du calva Normand se fait enfin coincer ! »

     Peut-être n’avait-il plus de clous pour semer les flics, maintenant que mon père était mort ?

    Et dire que je ne l'avais pas cru !

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.8/5   (5 votes)




Réagissez à l'article

17 réactions à cet article    


  • François Vesin François Vesin 18 février 10:30

    « Ca lui parlait, cette vie de gueule noire siliconée,

    qu’avait bouffé de la viande enragée, entre corons et tranchées  »

    Vous vouliez dire silicosée (atteint de la silicose) !


    • nono le simplet nono le simplet 18 février 10:49

      @François Vesin
      on dit pourtant « la silicon valley » là où les start-up vont au charbon ...


    • velosolex velosolex 18 février 10:57

      @François Vesin
      Effectivement quelques fautes de frappe, et d’orthographe, qui disparaitront avec un joint de silicone.
      J’ai toujours du mal avec les finitions.
      Ce qui fait que j’essuie les plâtres. 


    • Paul Leleu 18 février 21:05

      @velosolex

      oui... les siliconnées c’est plutôt en Californie !

      mais à part ça merci pour l’article... personnellement le livre d’Alexievitch m’a beaucoup parlé... je le trouve très nuancé, et touchant à des choses de l’âme.

      je dois dire que le road-moovie soviétique a ceci de particulier par rapport aux machins américains, c’est qu’il est en prise avec l’Histoire, avec la grande histoire... les soviétiques mêlent dans leur vie la grande et la petite histoire... je pense que ça donne une résonnance tout à faire unique au livre d’Alexievitch.

      (cela dit sans russophilie particulière, d’ailleurs)


    • velosolex velosolex 21 février 22:01

      @Paul Leleu
      Le livre d’Alexievitch a ce mérite immense de faire parler toutes sortes de Russes, de ne pas juger, et de donner une image de la russie et de l’ex urss compréhensible, bien loin de nos propres critères. C’est pourtant universel. Un livre qui à mon avis est peut être bien plus profitable que ceux proposés par des tour operator, même si cela donne envie d’aller faire un tour là bas. 


    • nono le simplet nono le simplet 18 février 10:47

      les histoires vraies ont plus d’imagination que tous les romans du monde


      • JL JL 18 février 10:57

        @nono le simplet
         
         ’’les histoires vraies ont plus d’imagination que tous les romans du monde’
         
        c’est parce qu’on ne les a pas encore inventées.
         
         « Tout ce qu’on invente est vrai  » Gustave Flaubert
         


      • nono le simplet nono le simplet 18 février 11:07

        @JL
        ah ... madame Bovary ... beau roman inspiré de la réalité mais, c’est vrai, si bien écrit qu’il en invente une autre ...


      • velosolex velosolex 18 février 11:07

        @nono le simplet
        Salut. L’histoire « vraie » a ce mérite de mettre en partition des notes de musique disparates, et de parvenir à faire une symphonie parfois, avec des éléments de récupération, qui mis à bout parviennent à faire des fresques semblables aux 1001 nuits. Les 1001 nuits, des histoires inventées, sont une addition de récits oraux, enrichis par les conteurs, les siècles, qui finissent pourtant par composer une sorte de mythe, qui se rapproche d’un réel fantasmé. Parfois ainsi les deux genres se confondent. En tous cas elles tiennent à la qualité des passeurs, qui ont la capacité ou non d’éteindre ou d’allumer un texte, et de le faire vivre ou non. Une histoire vraie, c’est peut être avant tout une histoire qu’on a envie de croire.


      • velosolex velosolex 18 février 11:23

        @JL
        Avec sa « madame Bovary c’est moi » Flaubert en une ellipse élégante résume la question.
        Il a écrit tout de même un roman de voyage, ce merveilleux « voyage par les monts et les plaines », qui est un résumé de celui qu’il fit avec Maxime du Camp en Bretagne, tous deux en leurs jeunes années. Comme tous les écrits de voyage, c’est évidemment plein de partis pris, donc de mensonges, la vérité n’étant pas du ressort des conteurs, mais des géomètres.
        Rien de tels pourtant que les récits de voyage, pour révéler les hommes à eux mêmes, leurs clichés, leurs limites, et les vues de l’esprit de l’époque.
        Mais les romans n’échappent pas à la règle, à ceci prêt que l’auteur ne rencontre la contradiction que s’il la crée, de façon fictive, au travers de ces personnages. Les récits de vie ont cette force brute du témoignage, et suscitent des images en rapport chez le lecteur. Même si celui ci reconnait un mérite à un bon romancier, l’histoire vécue à une âpreté en elle, qui grandit le récit, au moins dans la tête de celui qui la lit, et participe à son succès. Ca peut être une grosse ficelle, pratique pour pousser au cul des écrits qui sans cette appellation non contrôlée, ne tiendraient pas debout à l’édition. Le récit de l’aventurier, depuis Jack London revenant du Klondike fait toujours recette, et certains parviennent même à changer la boue en filon d’or


      • JL JL 18 février 11:18

        ’’«   Ils font semblant de se taper sur la gueule. Disait-il. Mais à la fin du tournage, ils vont tous boire un coup ensemble ! »

        ’’

         

         En fait, il se protégeait pour ne pas céder à l’émotion.

         

        Pour moi c’est Jacques London le plus grand.

         

        ’Il y a heureusement dans ces histoires, la figure du bon samaritain, qui fait reprendre confiance en l’humanité.’’

         

         C’est peut-être en cela que les histoires inventées diffèrent de la réalité ?


        • velosolex velosolex 18 février 11:42

          @JL
          Stevenson ( son « voyage avec un âne dans les cévennes », et ses récits sur l’Amérique, mais aussi sur les iles du pacifique,) préfigurent London. Ils appartiennent encore à cette époque où le monde n’est pas encore tout à fait bouclé. Plus tard Jack Kerouac continuera le voyage, mais sur des routes balisées, qu’il illumine seulement de ses rencontres et de son style. Mais il récusait d’être un beatnik. Il refusait d’appartenir à un mouvement. London et Kerouac ont vécu finalement assez mal leur notoriété, et sont morts jeunes, maitrisant mal leurs addictions, et le regard des autres sur leur œuvre. Tout à coup transformés en phénomène de foire, d’auteurs dont on n’attend les livraisons et les messages.
          Difficile de ne plus être un anonyme, quand on a décidé de vivre comme un témoin le mitard, le coltard ou les épreuves au milieu des autres.
          La gloriole a son revers.
          Elle vous éjecte de cette chaleur naturel des membres d’un équipage. Vous voilà devenu capitaine. Pire : Armateur : Il faut maintenant inventer les histoires que vous viviez hier. 
          Finalement ce que beaucoup d’hommes vivent en passant de la jeunesse à la vieillesse. 


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 18 février 14:06

          Merci pour cet hommage à la littérature. Pas plus tard qu’hier, je tentais de comprendre le parcours de vie de mon grand-oncle (ou grand père (mystère, frère de l’autre) qui était né dans une forge, celle de ses parents flamands de surcroît. il était un grand adepte des mots croisés (en français) et chapelier à la cours de Suède. C’est en lisant un polar d’Acte très fascinant (avec des retours dans le passé qui se superpose au présent) que de nombreux wallons issus de la forge sobt montés vers la Suède.Le Tailleur de pierre (titre original : Stenhuggaren) est un roman policier de Camilla Läckberg, publié en Suède le 1er juin 2005. La version française paraît le 3 octobre 2009 aux éditions Actes Sud dans la collection Actes noirs.


          • velosolex velosolex 18 février 14:36

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            Bonjour
            Je garde la référence. Le roman de forge m’a ramené au « cavalier suédois », de Léo Perutz un écrivain qui me fait penser d’ailleurs à Auster.https://bit.ly/2SXb1po Perutz est un écrivain fascinant, né dans le mitteleurope du début du siècle, qui le rapproche aussi autant au niveau du traitement de l’absurde à Kafka. Peut être bien est ce qui tient tous ces auteurs, d’ailleurs. Le bousculement des frontières géographiques, à coïncidé avec les barrières mentales. « Le cavalier suédois » est un chef d’œuvre, dont on peut faire plusieurs lectures. Un thème très similaire à sa production ordinaire, si l’on peut dire. « Le tour du cadran » étant un autre livre fascinant. Hitchcock s’en est inspiré dans « les 39 marches », avec les deux protagonistes qui se trouvent par hasard attachés par la même paire de menottes. Ce qui est le lot de beaucoup sur cette terre, où nous cherchons à nous défaire des liens et des entraves. Perutz raménera sans cesse ce thème de l’absurde et du hasard pour contrecarrer toutes les ambitions humaines
            Je lisais beaucoup Torgny Lindgren il y a quelques années. Son roman « Bethsabée » m’avait fasciné et ramené à ces grandes fresques poético historiques panthéiques dont en France Joseph Delteuil fut un bel exemple 


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 18 février 14:51

            Amusez-vous à faire une liste des romans qui vous ont le plus marqué. Perso, c’estMamevil de Robert Merle en 1979, parce que c’était à un tournant de ma vie. Mais je ne sais lequel je placérais en premier, ayant lu au moins 6000 livre (plus les La Pléiades avec annexes et autre ajouts). Alors, comme cela parmi tant d’autre : le tableau du maître flamand d’Arturo Pérez-Reverte, en sautant bien sûr Dostoïesvki, Sternbers, Faulkner, Blaise Cendrars,...Je m’excuse pour les oubliés. 


            • velosolex velosolex 18 février 15:57

              @Mélusine ou la Robe de Saphir.
              Ceux qui m’ont le plus marqués, ne sont pas forcément ceux que je retiendrais maintenant si je les découvrais. Les livres sont comme des rencontres, la juxtaposition d’une époque, de son propre parcours de ses questionnements. « Le voyage » de Celine m’avait beaucoup marqué à 18ans, comme des romans de Miller, ou de Kerouac, car ils faisaient un pied de nez aux paradigmes de la morale. La célébration de l’homme, au travers la nature reste pour moi quelque chose qui reste intact. Ainsi Giono, et Thoreau n’ont pas pris une ride. Je pense aussi au « robinson ou les limbes du pacifique » qui m’avait beaucoup ému. « La montagne magique » m’avait bouleversé, je l’ai relis dernièrement. Bien sûr les romans russes, Tchekov surtout, mais Tolstoï et Dostoïevski. J’oublie pas des perles comme « l’Oblomov » de Gotcharov, ou tous les lymphatiques se retrouvent un peu. Le « crime et chatiment » lu à quinze ans m’a bouleversé. Ainsi que les « nourritures terrestres » de Gide, qui m’avait donné la fièvre. J’ai toujours mon vieux Rimbaud que j’ai emmené au bout du monde, et qui a été le seul livre français que je relisais pendant des mois, jusqu’à cette petite cabane en bois accrochée à l’Annapurna. Je me souvient aussi de la ferveur silencieuse que nous avions tous à écouter de petits livres qui devinrent grands dans la démesure, et les jeux d’ombres, quand je passais trois mois dans une grotte dans le sud de la France, et que nous nous faisions les uns après les autres la lecture. Un « Eugène Dhabit » Hotel du nord, qui nous semblait alors bien exotique. Depuis le début de l’année, j’ai lu « la captive » de margaret Atwood, très bon livre, tout autant que « le tueur aveugle….En ce moment je dévore » l’arbre monde" https://bit.ly/2Nauopu de Richard Powers , un livre formidable, fait de 1000 voix de mille branches, qui résonne en moi de sa sève


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès