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Synthèse vaguement critique du « Manifeste du parti communiste »

Etant naturellement sympathisant marxiste sans toutefois rien comprendre au "Capital" de Marx, je navigue depuis un bout à l'estime. Entre la fascination pour une théorie citée par tous les bords, censée être la colonne vertébrale des progressistes de gauche, et la haine engendrée par l'incompréhension face au langage du vieux Karl (ressassé parfois absurdément par quelque aboyeur mal dégrossi) et la mythologie sanglante des mises en application de la doctrine, vous pourrez imaginer comme la schizophrénie n'est jamais loin.

Devant la pression des évènements, et sous l'influence des quelques rares trolls authentiquement communistes qu'il nous reste (dont Isga est très certainement l'expression la plus pure, qu'il en soit remercié ici), je suis donc parti à la recherche du grimoire qui pourrait me révéler la doctrine de manière simple et concise : une édition Librio à 2 euros du Manifeste du parti communiste. Pour le dire vite : à ma grande surprise, le texte que j'avais laissé pourrir sur une étagère (j'avais du lire au moins le titre..), m'est apparu à la fois comme très beau littérairement parlant, impressionant au niveau intellectuel, et effrayant quand il en arrive aux applications politiques.

Evacuons tout d'abord les questions d'intendance : oui, j'avais besoin d'un bouquin, je ne saurais me satisfaire d'un écran lorsqu'il faut s'y mettre sérieusement. Sinon, il y a aussi : http://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htm , et bien d'autres. C'est donc armé d'un stylo et d'un petit bouquin de 90 pages que j'ai courageusement entrepris mon exploration spéléologique. Je vous propose ici une synthèse qui se veut la plus fidèle possible, afin de permettre à d'autres moins enclin à sa lecture de se faire une idée, et dans l'espoir de dégager une structure adaptée à la critique et/ou au rafraichissement des idées. Elle sera toutefois entrelardée de critiques personnelles façon strogonoff, qui je le crains n'iront pas très loin, mais bon faut bien se faire plaisir. On remarquera d'entrée de jeu la caractère désespéré et possiblement inutile voire mutilatoire de ma démarche, puisque je cherche à faire la synthèse... d'une synthèse. Les citations exactes du texte à ma disposition seront dans des paragraphes en retrait, tout le reste peut m'être reproché pour les siècles des siècles, amen.

 

 

Prologue

Physiquement, le bouquin est attribué aux auteurs Karl Marx et Friedrich Engels, publié en première édition en févier 1848. Toutefois, un paragraphe en fin de prologue indique :

"[...] des communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont rédigé le Manifeste suivant, qui est publié en anglais, français, allemand, italien, flamand et danois."

Je ferai ici confiance à Wikipédia pour résoudre le paradoxe : "Ce texte n'est pas l'œuvre d'une personne isolée mais une commande de la Ligue des communistes. Karl Marx a rédigé le texte final sur la base de textes et discussions préparatoires au sein de la Ligue des communistes, et notamment sur la base d'une contribution de son ami Friedrich Engels. Le slogan final — « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » — avait été adopté par la Ligue des communistes plusieurs mois auparavant.

Il est d'abord paru anonymement, puis a été réédité plus tard avec mention de Karl Marx et Friedrich Engels comme auteurs, sous le titre Manifeste communiste."[1]

(notons au passage l'hypothèse d'un plagiat évoqué sur cette même page wikipédia)

Mis à part ce détail de proprité intelectuelle, le prologue introduit brièvement 2 idées :

  • Le communisme fait parler de lui.

  • il est temps de publier un manifeste, à opposer aux conneries diverses fantasmées par les uns et les autres.

Le manifeste est divisé en 4 chapitres, je me cantonnerai ici à synthétiser le premier, nommé "Bourgeois et Prolétaires". Si le dieu de la procrastination me lâche un peu les basques, et si l'intrigue des chapitres suivants continuent à me tenir en haleine, je continuerai éventuellement l'exercice pour les autres chapitres.

 

 

Synthèse du chapitre I : "Bourgeois et prolétaires"

Quelle magnifique première phrase nous avons là :

"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de la lutte des classes."

Simple, lapidaire, prophétique, excessivement sûre d'elle : on n'avait pas le droit de commencer comme ça une dissertation, mais bon là c'est Marx et Engels quand même.. Notons qu'une note postérieure de Engels mériterait de figurer clairement dans une rubrique "glossaire" :

"On entend par bourgeoisie la classe des capitalistes modernes, propriétaires des moyens de production sociale et qui emploient le travail salarié. On entend par prolétariat la classe des ouvriers salariés modernes qui, privés de
leurs propres moyens de production, sont obligés pour subsister, de vendre leur force de travail. (Note d'Engels pour l'édition anglaise en 1888)."

Cette définition est à mon sens très importante pour le débat : non seulement elle fonde la théorie, mais encore elle permet de comprendre les eructations des marxistes employant sans arrêt les adjectifs bourgeois, petit bourgeois, prolétaires... Il ne s'agit pas de TOC ou d'un syndrôme de la Tourette, il ya bien à l'origine une signification précise et travaillée, qui prend sa place au sein d'un raisonnement logiquement viable.

Une deuxième note d'Engels vient préciser/atténuer la portée de cette première phrase, en expliquant que depuis la rédaction du texte, les découvertes sur la préhistoire avaient montré l'existence d'une société "communiste primitive". Il rectifie donc l'affirmation en limitant sa validité à "l'histoire transmise par les textes".

On résume ensuite l'histoire de l'humanité comme une succession d'oppositions entre dominants et dominés. Cette opposition fondamentale se décline au cours des âges sous différentes formes, et finit toujours

"soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte."

Précisons qu'à ce stade, mise à part la distinction dominants/dominés, les auteurs ne voient pas de simple binarité honteusement manichéiste, critique souvent faite au marxisme :

"Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des
patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves ; au moyen âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de corporation, des compagnons, des serfs et, de plus, dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière. "

C'est justement le capitalisme qu'ils désignent comme cause d'une simplification profonde de la hiérarchie sociale :

"le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement
opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. "

C'est de mon point de vue dilettante une subtilité interessante : le marxisme ne tient pas forcément à imposer une binarité, il dit constater la création de cette binarité par le système capitaliste en place. Ce type de raisonnement est récurrent, montrant un aspect quasi prophétique de l'idéologie bien qu'elle soit basée sur une méthode rationnelle. La prophétie tient dans la nature du capitalisme lui même, qui analysée à travers la distinction bourgeois/prolétaires, et sous l'hypothèse que les rapports sociaux sont définis par les modes de production, annonce que le capitalisme, par son efficacité même, secrétera lui même les armes qui le feront tomber.

On en voit encore la trace dans la suite su texte, qui introduit un historique accéléré des transformations de la classe bourgeoise au cours des temps : du serf moyenâgeux au citoyen des villes, jusqu'au bourgeois dominé par la féodalité mais qui l'explose de l'intérieur sous l'effet du développement fulgurant des transactions commerciales.

"La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication."

"[...] la bourgeoisie, depuis l'établissement de la grande industrie et du marché mondial, s'est finalement emparée de la souveraineté politique exclusive dans l'Etat représentatif moderne."

Les deux phrases qui suivent cette présentation révèlent assez bien cette subtilité quand au rôle de la bourgeoisie dans le système communiste : à la fois oppresseur et producteur des outils de la révolution.

"Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière.

La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. "

S'en suit une envolée quasi lyrique sur l'efficacité ravageuse de la révolution bourgeoise, je ne peux résister à l'envie de la publier en entier :

"Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans
pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque,
de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et
impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale.

La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des
salariés à ses gages.

La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent. "

Haaa, les eaux glacées du calcul égoïste.. Cette présentation est suivie d'une affirmation revouvelée de la puissance de la bourgeoisie, mais également d'une certaine perception de la nature humaine :

"C'est elle qui, la première, a fait voir ce dont est capable l'activité humaine. Elle a créé de tout autres merveilles que les pyramides d'Egypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques ; elle a mené à bien de tout
autres expéditions que les invasions et les croisades"

On nous dit donc que la bourgeoisie a révélé au monde le potentiel gigantesque de l'espéèce humaine. Le communisme ne fait que critiquer l'utilisation affreuse de ce potentiel, il ne le remet pas en cause mais souhaite au contraire l'utiliser autrement, de manière plus juste et efficace, les deux adjectifs ayant à mon avis un lien fort dans la doctrine communiste.

On enchaine direct sur une constatation qui n'a fait que devenir de plus en plus éclatante, et qui révêt donc un caractère au moins en partie universel :

"La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode
de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette
agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes."

On nous donne là une caractéristique apparemment propre à définir le capitalisme, par rapport aux modes d'exploitation précédents qui n'étaient pas non plus en mode bisounours.

La description qui suit de l'objectif forcément mondialiste du capitalisme est toute aussi frappante :

"Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les
vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées,
industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les
parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de
l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins
des productions de l'esprit Les oeuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des
littératures nationales et locales naît une littérature universelle.

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de
ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à
adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. "

Beaucoup de choses à noter dans ce passage : mondialisation forcée et nécessaire, destruction des industries nationales, rappel du rôle révolutionnaire quasi irrésistible de la bourgeoisie contre les réactionnaires. J'ajouterais d'un point de vue tout personnel, que la formulation "elle se façonne un monde à son image" décrit exactement ce que je ressens du point de vue scientifique face aux pseudo-théories néo libérales. On part d'axiomes simples pour modéliser le système économique (le fameux agent économique pleinement rationnel, libre et informé qui génère la non moins fameuse "main invisible"). Ces axiome sont évidemment faux, en tout cas des approximations, ce qui ne pose pas de problème, en physique on appelle ça une "modélisation" : tant qu'on a pas mieux, on garde. Ce qui pose problème, c'est que le système néo libéral semble faire ce qu'il faut pour que le monde devienne effectivement compatible avec la théorie. D'un point de vue scientifique, on a l'équivalent d'un physicien-dieu qui modifie les lois de la nature pour qu'elles collent à sa théorie et ses intérêts personnels.

Un petit passage particulier aborde la relation ville/campagne, qui ne manquera pas de faire réagir quelques habitués de Avox je pense :

"La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d'énormes cités ; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et par là, elle a arraché une grande partie de la
population à l'abrutissement de la vie des champs."

Ca commence comme le regret d'un décroissant/d'un réactionnaire (la campagne soumise à la ville), ça finit dans un gros coup de poing contre la poésie du fier campagnard (la vie des champs, ça abrutit). Le travail des champs n'est pas plus noble ou poétique que le travail en usine, c'est un abrutissement comme un autre. C'est assez logique considérant la note d'Engels sur la "préhistoire communiste" : si le communisme se réfère à un modèle passé, cela sera sûrement un modèle pré-propriété privée de la terre, donc pré-sédentarisation, donc pré-agriculture. J'avancerai donc que le modèle de référence, à choisir, serait plutôt les chasseurs-cueilleurs que les paysans. Mais c'est bien sûr une réflexion très éloignée de la doctrine, étant donnée la volonté farouche du communisme de promouvoir le progressisme contre la réaction.

Autre caractéristique fondamentale, la centralisation, de tout :

"La bourgeoisie supprime de plus en plus l'émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit
nombre de mains. La conséquence totale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers
différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier. "

Comme déjà évoquée, la centralisation nationale est vue comme une conséquence du mouvement de concentration des moyens de production, elle ne peut être qu'à son service. Elle reste toutefois susceptible de plier devant la force dévastatrice des développements ultérieurs du capitalisme : quand il n'a plus besoin d'une structure, ou plutôt quand elle est un frein à son développement, et bien il la lessive, tout bêtement.

A moins qu'il ne soit semblable à un ado plein d'énergie et débordant de connerie insouciante :

"Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemblent au magicien qui ne sait
plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées."

Cette vision trouve son point d'orgue dans le morceau de bravoure suivant, encore frappant de modernité, et qui décrit les crises comme symptôme de l'emballement capitaliste :

"Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s'abat sur la société, - l'épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu'une famine, une
guerre d'extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance ; l'industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop
de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que
les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l'existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit
pour contenir les richesses créées dans son sein. - Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l'autre, en conquérant de nouveaux
marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour
abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même. "

La description des crises de surproduction, comment elles arrivent, et comment le système réagit pour neutraliser les mécanismes de contrôle, me font surieusement penser à ce que je vois tous les jours au 20H. Je vois toutefois de moins en moins la trace de la dernière phrase.. Mais le manifeste continue sur sa lignée : la capitalisme génère les outils de sa propre perte, et parmi eux l'outil fondamental pour la capital comme pour son reversement est le prolétaire.

"Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires. "

Le prolétaire est décrit, au sein du capitalisme, comme une marchandise comme les autres, elle aussi soumise à la concurrence. On pointe en outre une conséquence de l'introduction du machinisme et de la division du travail : le boulot est encore plus merdique.

"Le développement du machinisme et la division du travail, en faisant perdre au travail de l'ouvrier tout caractère d'autonomie, lui ont fait perdre tout attrait. Le producteur devient un simple accessoire de la machine, on
n'exige de lui que l'opération la plus simple, la plus monotone, la plus vite apprise. Par conséquent, ce que coûte l'ouvrier se réduit, à peu de chose près, au coût de ce qu'il lui faut pour s'entretenir et perpétuer sa
descendance. Or, le prix du travail, comme celui de toute marchandise, est égal à son coût de production. Donc, plus le travail devient répugnant, plus les salaires baissent. Bien plus, la somme de labeur s'accroît avec le
développement du machinisme et de la division du travail, soit par l'augmentation des heures ouvrables, soit par l'augmentation du travail exigé dans un temps donné, l'accélération du mouvement des machines, etc. "

Ce qui pointe également l'absurdité du "travailler plus pour gagner plus" : des siècles de progrès technique n'ont fait qu'augmenter la quantité de travail à fournir, conséquence étrange et paradoxale pour une feignasse comme moi..

On remarquera cependant que ce type de raisonnement n'est éventuellement pour certains types de prolétaires modernes, en particulier avec le développement de l'outil informatique. On pourrait également réinjecter de l'idéologie là dedans, en disant qu'effectivement, un employé condamné à utiliser Windows et sa tripotée d'absurdités informatiques mais juteuses capitalistiquement, est bel et bien abruti par son travail, là où un fier militant du logiciel libre reprend le contrôle de son outil de production et se dirige au contraire vers l'acquisition de compétences nouvelles et l'autonomisation face à la bête (toutefois je ne me lasse pas de rappeler que le coeur siliconé de la bête reste du ressort exclusif de la machinerie capitaliste).

Sur le caractère total et inévitable de la prise en main du prolétaire par le monde capitaliste : tout ça ne se résume pas à X heures de travail par jour :

"Une fois que l'ouvrier a subi l'exploitation du fabricant et qu'on lui a compté son salaire, il devient la proie d'autres membres de la bourgeoisie : du propriétaire, du détaillant, du prêteur sur gages, etc., etc. "

Généralisation du crédit, abrutissement du marketing, pressions sociales diverses, cauchemar climatisé, on peut voir beacoup de choses dans cette simple phrase.

Un autre passage intéressant concerne le devenir des petits bourgeois, cette partie pas forcément plus riche que les prolétaires, mais qui possède son outil de production :

"Petits industriels, marchands et rentiers, artisans et paysans, tout l'échelon inférieur des classes moyennes de jadis, tombent dans le prolétariat ; d'une part, parce que leurs faibles capitaux ne leur permettant pas d'employer
les procédés de la grande industrie, ils succombent dans leur concurrence avec les grands capitalistes ; d'autre part, parce que leur habileté technique est dépréciée par les méthodes nouvelles de production. De sorte que le
prolétariat se recrute dans toutes les classes de la population. "

Là encore, la prophétie indique que tout va dans le sens de la prolétarisation généralisée, donc de la mise en danger de plus en plus crédible des bourgeois en minorité. Dans ce cadre, les petits patrons d'aujourd'hui ont tout intérêt à défendre par anticipation les droits des travailleurs : ils le seront aussi tôt ou tard.

Une autre subtilité que je n'avais jamais perçue (et que j'ai peut être encore loupé d'ailleurs), concerne la mise en garde contre les "fausses révolutions", pilotées par la bourgeoisie profitant de la dispersion des prolétaires et de leur fantasme de revenir à un mode de production où ils gagneraient en autonomie :

"La lutte est engagée d'abord par des ouvriers isolés, ensuite par les ouvriers d'une même fabrique, enfin par les ouvriers d'une même branche d'industrie, dans une même localité, contre le bourgeois qui les exploite directement.
Ils ne dirigent pas seulement leurs attaques contre les rapports bourgeois de production : ils les dirigent contre les instruments de production eux-mêmes ; ils détruisent les marchandises étrangères qui leur font concurrence,
brisent les machines, brûlent les fabriques et s'efforcent de reconquérir la position perdue de l'artisan du moyen age.

A ce stade, le prolétariat forme une masse disséminée à travers le pays et émiettée par la concurrence. S'il arrive que les ouvriers se soutiennent par l'action de masse, ce n'est pas encore là le résultat de leur propre union,
mais de celle de la bourgeoisie qui, pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle le prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire. Durant cette phase, les prolétaires
ne combattent donc pas leurs propres ennemis, mais les ennemis de leurs ennemis, c'est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue, propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois. Tout le mouvement historique
est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie ; toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise. "

Même l'union des prolétaire, vertu cardinale pour une révolution communiste (je vous spoile la phrase de fin : "PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !"), peut être détournée par la bourgeoisie. Le texte rappele toute fois que là aussi, la force de concentration capitaliste ne peux que favoriser, cette fois à son insu, l'union des prolétaires.

On voit en outre apparaitre la figure du martyr prolétaire : l'objectif transitoire de la lutte, c'est la lutte elle même, quel que soit son échec sanglant :

"Parfois, les ouvriers triomphent ; mais c'est un triomphe éphémère. Le résultat véritable de leurs luttes est moins le succès immédiat que l'union grandissante des travailleurs Cette union est facilitée par l'accroissement des
moyens de communication qui sont créés par une grande industrie et qui permettent aux ouvriers de localités différentes de prendre contact. Or, il suffit de cette prise de contact pour centraliser les nombreuses luttes locales,
qui partout revêtent le même caractère, en une lutte nationale, en une lutte de classes. Mais toute lutte de classes est une lutte politique, et l'union que les bourgeois du moyen âge mettaient des siècles à établir avec leurs
chemins vicinaux, les prolétaires modernes la réalisent en quelques années grâce aux chemins de fer. "

On pensera évidemment à l'avènement d'internet : si les moyens de communication efficaces favorisent l'union prolétaire et l'avènement de la révolution, on devrait s'attendre à une cyber-révolution de la mort qui tue. (je ne la vois personellement pas vraiment venir, sinon par coup de buzz qui finissent en LOL bien inoffensifs pour l'instant)

Par la suite le texte continue dans une typologie étonamment précise de tous les "faux révolutionnaires" à bien identifier lorsque l'heure de la bataille approche :

"Enfin, au moment où la lutte des classes approche de l'heure décisive, le processus de décomposition de la classe dominante, de la vieille société tout entière, prend un caractère si violent et si âpre qu'une petite fraction de
la classe dominante se détache de celle-ci et se rallie à la classe révolutionnaire, à la classe qui porte en elle l'avenir. De même que, jadis, une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la
bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu'à la compréhension théorique de l'ensemble du mouvement historique.

De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au
contraire, en est le produit le plus authentique.

Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais
conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles
défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat.

Quant au lumpenprolétariat, ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne ; cependant, ses
conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction. "

Le passage sur le lumpenproletariat (sous prolétariat dans ma version livre) m'a particulièrement frappé : je ne connaissais pas cette attitude définitive du communisme envers les plus faibles. Ma foi, ça nous sort un peu des niaiseries habituelles. Je trouve dans ce genre de listes, à la fois une approche très séduisante et convaincante, mais aussi le penchant de la doctrine pour la classification à outrance et la désignation limite paranoïaque d'ennemis en pagaille. On pourra mettre ça sur le dos d'une vision fondamentalement pessimiste de la nature humaine : elle est une relation dominant/dominé, et une mise en compétition de tous contre tous. Un des axiomes de base du libéralisme économique, posant l'humain comme étant naturellement guidé par son seul intérêt, est finalement également au fondement du communisme. Seulement là où la première doctrine l'accepte et en fait le coeur de son développement, la deuxième le rejette et prévoit une structure capable de le faire disparaitre.

Seul le prolétaire reste le véritable garant de la révolution prolétarienne (mais pas le lumpen..), logique. Cela dit, l'affirmation suivant ne tient peut être plus aujourd'hui :

"Les conditions d'existence de la vieille société sont déjà détruites dans les conditions d'existence du prolétariat. Le prolétaire est sans propriété ; ses relations avec sa femme et ses enfants n'ont plus rien de commun avec
celles de la famille bourgeoise ; le travail industriel moderne, l'asservissement de l'ouvrier au capital, aussi bien en Angleterre qu'en France, en Amérique qu'en Allemagne, dépouillent le prolétaire de tout caractère national.
Les lois, la morale, la religion sont à ses yeux autant de préjugés bourgeois derrière lesquels se cachent autant d'intérêts bourgeois. "

Le prolétaire n'a rien à perdre, le prolétaire n'a rien de commun avec le bourgeois, le prolétaire est uniformisé par la capitalisme triomphant. Qu'en est-il aujourd'hui ? Je dirais que dans la société française, le prolétaire a des choses à perdre (par ex. le fameux "modèle social"), il a des intérêts en commun avec la bourgeoisie (l'exemple le plus excessif reste pour moi les clips de gangsta rap), et il est certes uniformisé mais sur le modèle bourgeois justement. Tout ça diminue je pense la portée de cette belle phrase :

"Les prolétaires n'ont rien à sauvegarder qui leur appartienne, ils ont à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée antérieure. "

Que ce soit matériel ou symbolique, j'ai le sentiment que pas mal de prolétaires actuels ont le sentiment qu'ils ont bien quelque chose à perdre, et que la propriété privée reste une sécurité pour eux (ce que Proudhon pourrait sûrement discuter mieux que moi).

Une nouvelle précision importante pour le faux marxiste que je suis :

"Tous les mouvements historiques ont été, jusqu'ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l'immense majorité au profit de l'immense majorité. Le
prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toute la superstructure des couches qui constituent la société officielle."

Bel objectif il est vrai, et j'aime l'image de la sous classe explosant les strates supérieures en relevant la tête et en retrouvant sa dignité, sa liberté.

Nous approchons de la fin, mais le texte est dense, voici un passage concernant la nation, et qui a souvent provoqué maints débats dans les fils de commentaire endiablés d'Avox :

"La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu'elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d'abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout,
avec sa propre bourgeoisie. "

La phrase peut être interprétée de plusieurs manières différentes, suivant les penchants.. Mais le message pragmatique est clair : chacun s'occupe déjà de sa merde, une espèce de principe de subsidiarité dans la révolution.

La fin du chapitre ne fait selon moi que reprendre des idées déjà évoquées sur la prophétie du capitalisme générant sa propre perte. Je la retranscris cependant en partie :

"[...] pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude.

[...]

L'ouvrier moderne au contraire[du serf moyennageux], loin de s'élever avec le progrès de l'industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre,
et le paupérisme s'accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. l est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d'imposer à la société, comme
loi régulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est obligée de le laisser déchoir
au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui."

Le capitalisme, contrairement aux systèmes de domination précédents, en demande toujours plus et en donne toujours moins : il n'a pas de limites. On peut donc toujours parier sur un seuil futur où les conditions de travail seront tellement inacceptables, pour un nombre toujours croissant de personnes, que l'union se fera et la révolution éclatera. Comme déjà dit, j'ai des doutes quand je vois la situation actuelle, mais la prophétie me semble valable à plus ou moins long terme. Il est en outre évident que le système accélère de toutes les manières possible et de manière exponentielle, une révolution impensable le lundi peut donc tout à fait devenir inévitable le mardi.

Le chapitre se finit par un rappel de la puissance centralisatrice du capitalisme, et de son outil l'industrie, qui contribue à unir le prolétariat :

"L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital ; la condition d'existence du capital, c'est
le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l' industrie, dont la bourgeoisie est l'agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l'isolement des ouvriers
résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l'association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de
production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables. "

Je terminerai sur une question : quid de ce dernier paragraphe dans une société "post industrielle" ? Certains prédisent déjà l'avènement d'une société sans salariat, sous l'action des nouvelles technologies. De fait, la part d'emplois non salariés en france recommence à croitre depuis 2007 après une chute continue et persistante [1]. La vision nationale est très certainement trop limitée pour être décisive, et nous n'assitons peut être qu'à une réaction politique factice d'un sytème en crise : inciter les sans emploi à devenir bourgeois. Cette tactique pourrait cependant être la prochaine tentative de prolongation et d'accentuation de l'épiphanie caitaliste, comme elle pourrait être le signe de l'avènement d'une société fondamentalement différente. Dans cette société, et pour reprendre le raisonnement communiste : les moyens de production sont profondément modifiés, donc les rapports sociaux le sont aussi.

PS : Cette "synthèse" était bien une escroquerie : j'ai du copier-coller pas loin d'une moitié du texte original.. Moralité : allez le lire, et pis c'est tout.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_du_Parti_communiste

[2] http://www.insee.fr/fr/themes/series-longues.asp?indicateur=part-non-salaries


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134 réactions à cet article    


  • diogène diogène 21 juin 2014 17:38

    « Certains prédisent déjà l’avènement d’une société sans salariat. »


    C’est déjà le cas dans tous les pays où les enfants travaillent : en Chine, en Inde, au Bengla-Desh, en Malaise... mais aussi dans les pays où l’esclavage est toujours pratiqué, ne serait-ce qu’à Paris, dans des familles résidentes qui importent des jeunes femmes compatriotes de leur pays d’origine pour les soumettre à une exploitation totale non rémunérée.

    Les fondements de la pensée de Marx reposent sur le concept hégélien de sens de l’histoire. Depuis son apparition , l’humanité progresserait, même si c’est à travers des luttes (de classes).

    Il semblerait que la régression ne soit pas impossible, pourtant.

    • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 22:40

      Je suppose qu’un marxiste convaincu vous répondrait que ça n’est qu’une affaire de temps : un jour la grande majorité sera salariée, partout dans le monde, face à l’imbattable extension du capitalisme et sa concentration à des échelles toujours plus grandes(sauf que la ref [2] semble indiquer un frémissement contraire).

      Je ne connais pas du tout Hegel, mais il y a effectivement cette « flèche du temps » un peu partout dans ce que j’ai lu, j’ai utilisé le terme « prophétique » pour traduire cette idée.

      J’en profite pour préciser que la dernière référence dans l’article est notée [1] mais fait en fait référence à [2], toutes mes confuses.


    • coinfinger 21 juin 2014 18:32

      Faut mettre le Manifeste dans le contexte Européen de 1848 . Cette révolution Européenne n’a pas aboutit à ce que l’on pouvait croire et n’a pas donné le méme resultat en Allemagne et en France . Ce qui méritait une réflexion profonde Marx et Engels faisant l’expérience qu’ils étaient loin du compte en matiére Théorique et Pratique .
      Donc un conseil , mettre le Manifeste aux toilettes comme papier , si possible , et au contraire ouvrir le Capital et avec circonspection .
      La lutte des Classes est une découverte/invention d’un historien Français , vivant sous la Restauration . Elle explique la Révolution Française , par la transformation de la lutte des races commencées sous les Mérovingiens , en lutte des Classes vers l’an Mil . ( apparition du Français , de la notion de France , etc ...) d’où la conclusion qu’on peut en tirer à la Restauration , c’est que le Match n’est pas terminé et qu’il y aura prolongation avec méme causes , mémes effets . Alors , non seulement Marx et Engels n’ont retenu qu’une moitié de la leçon Mais ont schinté complétement la révolution industrielle qui donne un tout autre tour à la question . D’où l’Idée qu’il existe peut étre une autre base encore à toute cette écume .


      • CN46400 CN46400 21 juin 2014 19:38

        Quel autre ouvrage, vieux de plus de 150 années, est encore capable d’allumer pareilles polémiques ? Pour du papier chiottes c’est pas mal.......


      • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 22:45

        @coinfinger Vous parlez bien de lutte des *races* ? quelle sens faut il donner à ce mot dans ce contexte ?

        Concernant le shuntage de la révolution industrielle, je ne suis pas d’accord, leur doctrine a au moins prévu les faits saillants : développement rapide, concentration, spécialisation, machinisme, explosion successive des pouvoirs passés pour continuer à dégager de la marge..


      • César Castique César Castique 21 juin 2014 23:11

        « Quel autre ouvrage, vieux de plus de 150 années... »


        Tous les autres livres servant de supports à une religion, comme par exemple la Thora, la Bible, le Coran... 

      • Michel Maugis Michel Maugis 21 juin 2014 23:17

        @coinfinger


        Vous faites l’ erreur de tous les anti-communistes et de ceux qui ne veulent pas comprendre ce qu’ est le marxisme, parce que cela les dérange quelque part.

        Non, Marx n’ a ni inventé ni découvert la lutte des classes. C’ est encore un abus que de le dire. Abus pour dénaturer le marxisme bien sûr.

        La grande découverte de Marx est d’ avoir synthétisé l’ Histoire de l’ Humanité, en disant qu’elle n’ était que l’ histoire de la lutte des classes.

        C’ est le propre de la conception et analyse marxiste que d’ aller au delà des détails, du bruit, de la mauvais herbe idéologique, pour découvrir l’ essentiel de tout processus. Et la formation de la société humaine est un processus. La lutte des classes en est le moteur, et on le voit encore de plus bel de nos jours, même si l’ idéologie dominante ( bourgeoise) emploie une armée d’ idéologues presstitués pour le camoufler.

        Mettre le manifeste dans le contexte de 1848, n’ en fait pas un ouvrage obsolète comme vous semblez l’ affirmer. Si cela était vrai, alors faudrait aussi remiser des Newtons et autres.

      • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 23:24

        @Michel Maugis

        C’ est le propre de la conception et analyse marxiste que d’ aller au delà des détails, du bruit, de la mauvais herbe idéologique, pour découvrir l’ essentiel de tout processus.

        Je dois dire que c’est dans ce que vous dites là que je verrais la trace d’une foi. Parceque je sens bien la volonté matérialiste, la modélisation pertinente, mais peut-on vraiment être sûr, par exemple, que les axiomes de base ne sont pas un tant soit peu subjectifs ? Je me pose déjà la question en sciences dures, alors imaginez pour un machin aussi complexe que la modélisation de toute l’histoire humaine..


      • Aristoto Aristoto 21 juin 2014 19:12

        Attention lsga va débarquer ! Je prépare le pop corn smiley !


        • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 22:45

          ha ! j’y comptais bien mais il met un temps fou à venir !


        • Julien30 Julien30 22 juin 2014 09:38

          Il est trop occupé à préparer l’union mondiale du prolétariat, le plus triste c’est qu’il a l’air d’y croire vraiment !


        • kalachnikov lermontov 21 juin 2014 20:49

          « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes. »

          La note d’Engels ne précise ni n’atténue rien. Il persiste dans son erreur qui est : ethnocentrisme et anachronisme.

          Dans la préhistoire, il y avait vraisemblablement une société sans idée de propriété ; le concept même de chasseur-cueilleur l’implique puisque n’étant pas sédentaire et suivant les cycles naturels (migrations de troupeaux, etc), tu ne peux physiquement amasser, juste le strict nécessaire qui en ce temps est abondant (l’homme fait avec ce qu’il a sous la main) ; et la nature étant un frigo à la porte ouverte dont le contenu se renouvelle constamment l’idée-même de posséder ne peut t’effleurer l’esprit, c’est absurde.
          Et cela aussi est une pierre dans le jardin de tous ceux qui au fond pensent que l’homme est mauvais par nature et qu’il lui faut panpan cucul (un ordre pour le tenir). Non, les vices de l’homme sont apparus plus tard ; disons qu’ils sont la rançon du confort matériel.

          A l’époque dont on parle, c’est-à-dire avant l’apparition de l’agriculture, il y a a la surface du globe 3 millions d’individus à tout casser (je donne ça comme ordre d’échelle, je n’ai plus les chiffres en tête).

          L’apparition de l’agriculture et la sédentarité qu’elle implique - il est difficile de donner une prééminence chronologique à l’une ou l’autre - vont entraîner une augmentation de la population (ne pas croire que c’est lié à une meilleure nourriture et donc qu’avant on crevait la dalle, les raisons semblent être autres) et l’apparition de choses ultérieures comme travail, propriété, monnaie.
          Hors de la sédentarité, ces choses n’ont pas lieu d’être ; ça n’effleure pas l’esprit, ça n’a aucune nécessité. Le travail, par exemple : auparavant, l’homme a faim, il cueille un fruit ou tue le gibier qui passe, il n’a pas peur du lendemain, la nature est abondance ; plus tard, il lui faut travailler. car ce n’est plus la nature qui subvient à ses besoins, c’est lui-même.
          De surcroît, tu peux observer qu’un basculement s’opère qui ne peut qu’entraîner le mental vers l’abstraction et la rationalisation ; parce qu’auparavant l’homme vit dans l’immédiat alors qu’avec l’agriculture il bascule dans la médiateté et est contraint sous peine de se mettre en péril d’envisager l’avenir.

          L’âge précédent l’apparition de l’agriculture a laissé dans la mémoire un souvenir si vif qu’il est appelé l’âge d’or par tous les mythes. Pour cette raison que, en effet, tous les fléaux humains étaient inconnus.

          Ce qui est vrai. L’erreur humaine, ce n’est pas les bourgeois ou je ne sais quoi, c’est l’apparition de l’agriculture. Le reste n’est qu’effets et conséquences.

          Pour percuter tout cela, un simple regard sur une chronologie suffit :

          homosapiens, c’est 100 000-120 000 ans de durée (ce sont des échelles évidemment, car on ne peut avoir de dates précises) ;
          l’apparition de l’agriculture,c’est -12 000
          la population, c’est dans la première période quelques millions sur 100 000 ans de durée ;
          depuis l’agriculture à aujourd’hui, soit 15 000 ans de durée : 8 milliards d’individus ;
          Sur le plan technologique, de tout ce qu’on a retrouvé, concernant les 100 000 années précédent l’agriculture, ça se limite quasiment au pagne ;
          les dernières 15 000 années, on est passé du pagne à la fission nucléaire.


          • diogène diogène 21 juin 2014 21:43

            Le mythe du paradis perdu n’apporte aucun éclairage nouveau au sujet traité !

            Outre que tout le monde ne pense pas que la vie des Pygmées ou des Papous soit enviable, pas plus que leur espérance de vie de 25 ans, on peut penser, si on se coule dans votre perspective, que le déclenchement de nos malheurs bien plus d’une conséquence de l’avènement de l’agriculture que de la croissance exponentielle de population qu’elle a permise. Et cette conséquence, c’est l’invention de la propriété privée.

          • kalachnikov lermontov 21 juin 2014 22:25

            @ Diogène

            N’entres-tu pas dans ce cadre ?

            "Que ce soit matériel ou symbolique, j’ai le sentiment que pas mal de prolétaires actuels ont le sentiment qu’ils ont bien quelque chose à perdre, et que la propriété privée reste une sécurité pour eux."

             Le mytho, c’est Marx et son pote qui inventent un communisme primitif complètement fantasmatique. Leur théorie est une élucubration qui s’élève depuis cette première phrase que j’ai citée ; ils sont partis de ce que l’on appelle une pétition de principe, laquelle en l’espèce n’a aucune valeur absolue mais seulement relative. Le fait qu’ils aient justement mis cette note pour pseudo atténuer/truc signifie juste qu’ils se sont aperçus en route que leur théorie n’étaient que château de cartes ; d’où la tentative d’arrimer leur fantasme à un passé fantasmatique, histoire de le justifier. Or, on peut déterminer aujourd’hui que cette justification est complètement chimérique. Donc,le marxisme n’est rien d’autre qu’une religion, au sens on y croit ou on n’y croit pas ; et comme toute religion,elle se transforme en opium, lequel est un analgésique servant à supporter la souffrance. En attendant mieux. Voilà pourquoi la révolution prolétarienne n’a pas lieu et n’aura pas lieu.

            De surcroît, où as-tu vu que je préconisais comme idéal politique la vie des Pygmées ? Cette civilisation préhistorique et celle sur laquelle se base le marxisme sont deux formes historiques, point.

            Contrairement à ce que tu penses, il y a un fossé aussi large entre un papou et un pygmée qu’entre un pygmée et toi. Et ces gens sont aussi éloignés de la civilisation préhistorique que nous le sommes. La culture de ces peuplades est infiniment complexe, bien plus qu’on ne se le figure ; simplement elle n’est pas technologique. On ne va pas refaire la controverse de Valladolid. Si ?


          • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 22:56

            @lermontov

            je bloque pas mal aussi sur cette première phrase et la note qui l’accompagne. C’est sans doute une des choses qui me dérange le plus au final (mais je me doute que le manifeste est un peu trop succinct pour aborder ce pb fondamental). Par rapport à ce texte en particulier, je vois une forme de contradiction entre la vision communiste d’une humanité fondamentalement « mauvaise » (en gros, état de nature avec dominants/dominés), et la vision issue des travaux sur la préhistoire qui montre au contraire des sociétés primitives naturellement « communistes ». Je mets des guillemets, puisque dans le langage marxiste qu’est ce qu’un chasseur-cueilleur ? un prolétaire parcequ’il ne détient pas son outil de production (=> la nature), ou un bourgeois qui s’approprie ce qu’il veut quand il veut ? Peut être pourrait-on dégager une notion de « prolétaire de la nature », une mise en retrait de l’homme qui accepte ne *pas* posséder ces outils de production naturel, le concept de nature étant lui même le seul bourgeois symbolique ?

            Je rejoins finalement à la fois votre position et celle de diogène : l’agriculture, qu’est ce d’autre que l’appropriation par l’homme des outils de production naturels ? Et par la même elle serait indissociable de la propriété privée des moyens de production.


          • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 22:57

            @lermontov

            Donc,le marxisme n’est rien d’autre qu’une religion, au sens on y croit ou on n’y croit pas ; et comme toute religion,elle se transforme en opium, lequel est un analgésique servant à supporter la souffrance

            Les hommes sont-ils seulement capables de créer autre chose que ce que vous décrivez là ?


          • kalachnikov lermontov 21 juin 2014 23:10

            Oui, contrairement à ce que M.Maugis dit ci-dessous, non seulement le marxisme n’est pas ce qu’il y voit, mais il existe bien en plus une conception du monde de ce type. Elle a à peu près 100 000 ans, s’est transmise sans livre, de façon universelle. Ca s’appelle le chamanisme.


          • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 23:17

            Bon, il faudrait détailler : personellement je pense que tout ce que nous faisons est sous tendu par une/des foi(s). Par conte cette foi ne nécessite pas forcément un formalisme « dieu », i.e. une puissance surhumaine et surnaturelle incarnée dans un/des individus comme je le vois.

            Le chamanisme a des « esprits » si je ne m’abuse, j’aurais tendance à les différencier des dieux car ils ne sont pas conçus comme surnaturels, mais bien *dans* la nature. Par contre cela réclame aussi une foi, une foi peut être aussi discrète que celle du physicien face au principe d’incertitude, mais une foi quand même.


          • kalachnikov lermontov 22 juin 2014 00:19

            @ Robert

            Le chamanisme est une conception du monde selon laquelle tout n’est qu’énergie et échange d’énergie*. Dans cette conception, le monde existe en double ; il y a d’une part la sphère matérielle visible (que dans notre conception occidentale nous appelons le monde) et d’autre part une sphère qui serait comme une ombre ou une enveloppe et qui elle est invisible mais sensible. Dans le chamanisme, ce qui arrive dans la sphère matérielle est conséquence ou effet de ce qui se passe dans la sphère invisible. En quelque sorte, cette sphère cachée est celle de la machinerie.
            Cette sphère n’est pas accessible à l’homme commun, seul le chamane a ce pouvoir. C’est la nature qui élit le chamane, on le reconnait à certains signes ; il n’est pas choisi par les hommes, le pouvoir ne se transmet pas héréditairement. Simplement, il a des facultés psychiques particulières. Selon des études scientifiques, certains de ses traits rapprochent beaucoup de nos maladies psychiatriques occidentales ; mais il n’est pas fou. De ce fait, il vit hors de la communauté, en ermite. Il n’est pas chef ; c’est littéralement un prophète au sens littéral du terme (’interprète du dieu’, en grec).
            (Il y a des variantes locales, en particulier en Amérique du Sud ; le chamanisme sibérien semble le plus ancien et comme vous le savez le peuplement de l’Amérique s’est fait par le détroit de Béring. Le chamanisme amazonien apparait donc comme une altération ou pour penser comme le chamane une adaptation. C’est un phénomène plastique, qui repose sur un dialogue constant avec une nature - constituée des deux sphères - toujours changeante. D’où l’inutilité de fixer les choses dans un livre.)

            (*il ne s’agit pas d’énergie au sens où nous l’entendons. En quelque sorte, ce qui est est la résultante d’un jeu de forces constant. Le chamane n’a pas la possibilité de modifier ces forces, leur jeu, ou bien seulement à la marge. Il n’a que le pouvoir de lire et comprendre. Et par là, dans la sphère immédiate prévenir, atténuer.)

            ’Esprit’, ’dieu’, sont en fait à entendre dans ce sens d’énergie, d’onde. Il n’y a rien d’anthropomorphe ; cet anthropomorphisme vient de ce que certains, dans un but de domination, ont appliqué une lecture morale aux mythes.
            Votre acception du mot ’surnaturel’ (= chimérique, imaginaire) est inexacte ; c’est-à-entendre au sens des 2 sphères. surnaturel = qui se trouve dans la sphère invisible quoique sensible ; m^me sens littéral que métaphysique.


          • kalachnikov lermontov 22 juin 2014 00:28

            @ Robert

            Vous dites : ’un prolétaire parce qu’il ne détient pas son outil de production (=> la nature), ou un bourgeois qui s’approprie ce qu’il veut quand il veut ?’

            ’détenir’ (= posséder) ; ’s’approprier’. L’idée est : propriété.

            Il ne peut y avoir de communisme (ou son antagonisme le capitalisme) dans un tel monde parce que la propriété est inconcevable et n’a pas de sens.


          • Robert Biloute Robert Biloute 22 juin 2014 00:52

            @lermontov

            tout ça me parle beaucoup, mais pour l’instant je n’ai justement abordé le sujet que par l’amérique du sud, du genre castaneda, les tribus amazoniennes.. vous auriez des lecture à conseiller sur le chamanisme sibérien ?

            Votre acception du mot ’surnaturel’ (= chimérique, imaginaire) est inexacte ; c’est-à-entendre au sens des 2 sphères. surnaturel = qui se trouve dans la sphère invisible quoique sensible ; m^me sens littéral que métaphysique.

            http://www.universalis.fr/encyclopedie/surnaturel/

            j’étais plutôt dans le genre transcendance : "En fait, le mot surnaturel, qui de lui-même marque seulement une supériorité sur la nature (sans énoncer de quelle nature, de quelle supériorité il s’agit), est souvent pris dans un sens lâche« 

            et vous semblez me décrire quelque chose qui est assez proche de :  »Chez les Grecs, le surnaturel s’oppose à la nature physique et il signifie ce qui lui est immédiatement supérieur, à savoir la nature intellectuelle, ce qui appartient à l’intelligence, à l’intelligible"



          • Robert Biloute Robert Biloute 22 juin 2014 00:56
            @lermontov

            Il ne peut y avoir de communisme (ou son antagonisme le capitalisme) dans un tel monde parce que la propriété est inconcevable et n’a pas de sens.

            Je dirais : tant qu’il n’y a aucune pression sur les ressources.

          • kalachnikov lermontov 22 juin 2014 03:01

            @ Robert

            Cette conception du monde a eu cours jusqu’en 1789 (je prends cette date symbole). Après la conception du monde se rétrécit à la stricte sphère matérielle. C’est ce que pointe Nietzsche avec son fameux ’Dieu est mort’ (le mot ’dieu’ ici signifie conception métaphysique de la vie).

            Et vous avez raison, on la trouve chez les Grecs. Chez Socrate/Platon, par exemple, il explicite cette conception dans le Phèdre. Il nomme la sphère invisible ’la Beauté’ et dit qu’on ne peut l’atteindre qu’ainsi : il compare l’être à un chariot tiré par deux chevaux, l’Instinct et la Raison, et il faut que ces montures tirent de concert vers elle ; si elles tirent à hue et à dia, comme l’on dit, on ne peut y accéder.
            [Vous avez raison jusqu’à ’intellectuelle’ parce que ça m’apparait aventureux ensuite ; les Grecs plaçaient le siège de l’intelligence dans le diaphragme (ou le foie, les entrailles, selon les Cités, cf Corinthe et le mythe prométhéen p.ex). Ils faisaient une distinction nette entre intelligence (sous entendu des choses,qui impliquent donc une relation avec l’extérieur) et l’intellect qui est en circuit fermé.]

            Je n’ai pas de références à vous fournir parce que je lis à la sauvage ; tout ce que je cite est de mémoire.

            Je peux cependant encore vous dire qu’une des différences fondamentales entre chamanisme sibérien et amazonien est dans l’utilisation de psychotropes. Chez les Sibériens, c’est le son de tambour qui sert de ’véhicule’ (mais chez les derviches, c’est la danse p ex ; les média sont multiples selon les endroits ; des ascèses aussi ont été développées).
            Ensuite, pour déterminer ce qui est chamanique ou non, il ne faut pas se fier à l’explicite. Par ex, quand Mahomet dit que le Coran est la parole de Dieu, qu’il la tient de Dieu, ce qu’il veut dire c’est qu’elle est de l’autre sphère et a trait à l’autre sphère. Idem lorsque le Christ parle de rendre à César ce qui est à César (ie sphère matérielle vs sphère ’spirituelle’ ). Ou bien : ’Je ne suis pas venu réformer la Loi (édictée par Moïse)« = ’je parle de l’autre sphère, pas de l’immédiate ». Ou bien : ’Je suis dans le monde mais je ne suis pas de ce monde’.

            Je ne saurais trop vous conseiller de lire de l’ethnologie puisque vous avez des interrogations concernant la famille. Ce qui fonde toute société est vraisemblablement la canalisation et l’orientation de la pulsion sexuelle via les incestes (détermination de qui peut s’unir avec qui). Chaque peuplade a un système social d’une complexité inouïe.

            Puis, fiez-vous à vos pas. Nous avons un guide peut-être, c’est ce que vous appeleriez la foi. Bon, je ne jette pas la pierre à Marx, vous savez, je l’apprécie bien ; il n’y avait pas ces connaissances à l’époque.
            Ce qui m’horripile chez les marxistes, c’est qu’ils dépeignent en creux un monde carcéral. Autant se tirer une balle tout de suite. J’ai le même problème avec les coranistes et autres qui, au fond, veulent tous faire un pénitencier à ciel ouvert à leur sauce. C’est mon chagrin : mes congénères ne conçoivent pas la liberté, ils n’imaginent la vie qu’avec des barreaux aux fenêtres.


          • kalachnikov lermontov 24 juin 2014 15:46

            "l’agriculture, qu’est ce d’autre que l’appropriation par l’homme des outils de production naturels ? Et par la même elle serait indissociable de la propriété privée des moyens de production."

            Ce que vous appelez appropriation, c’est le remplacement de la volonté de la nature par celle de l’homme. Le substrat est naturel mais l’homme le détourne comme il détournerait une rivière. Avec l’expérience, le résultat est calamiteux et on peut déduire qu’il n’entre pas du tout dans les vues de la nature qu’il y ait des champs. En fait, nous avons nous-même créé le problème et chaque fois que je l’ai observé, chaque fois que nous avons donné à quelque chose une destination autre que celle voulu par la nature, chaque fois nous avons créé un problème pour nous et nous seuls. Et chaque fois, nous entêtant, nous avons persisté.
            Vous retrouvez de fait l’opposition nature/culture (entendu que la culture est une antinature par essence).


          • Vipère Vipère 21 juin 2014 21:52

             

             

            A tout prendre 25 exaltantes années bien remplies, m’irait mieux que 100 ans de médiocrité à attendre la faucheuse !


            • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 22:58

              Comme l’a dit le grand philosophe Kurt Cobain : « It’s better to burn out than to fade away »

              Cela dit, je ne vois pas le rapport avec l’article, et ça m’intrigue !


            • Michel Maugis Michel Maugis 21 juin 2014 22:34
              Article très sympathique, merci à l’ auteur

              Cependant, ¡je voudrais faire la remarque suivante.

              Le Capital et le Manifeste ne sont pas le marxisme ! C’ est du marxisme.

              C’ est un abus de langage de le dire, grande réussite de l’ idéologie bourgeoise, pour masquer la partie essentielle du Marxisme, c’ est à dire le matérialisme dialectique, une philosophie matérialiste et une méthode dialectique.

              Le marxisme est la seule conception du Monde, de la Terre, de l’ Homme, de la société, de la Nature qui se passe de dieu(x). En fait le marxisme est l’ athé-isme, et non un a-théisme, c’ est à dire une vulgarité qui veut se présenter comme une conception du monde, par la seule négation des conceptions théistes existantes.

              Le Capital, comme le Manifeste sont DU marxisme apliqué à l’ économie, à l’ histoire.

              • Pyrathome Pyrathome 21 juin 2014 22:57

                Le marxisme est la seule conception du Monde, de la Terre, de l’ Homme, de la société, de la Nature qui se passe de dieu(x). En fait le marxisme est l’ athé-isme, et non un a-théisme, c’ est à dire une vulgarité qui veut se présenter comme une conception du monde, par la seule négation des conceptions théistes existantes.
                .
                Le marxisme peut se passer de Dieu, certes, mais Dieu peut-il se passer du marxisme  ?
                Chavez, (et bien d’autres...) est un exemple du paradoxe !


              • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 23:02

                @Michel Maugis

                Vous avez raison et je m’en doutais, et je dois même avouer que si j’avais été moins feignant, j’aurais enlevé toute référence au marxisme.
                Comme dit, je ne maitrise pas et j’ai bcp de mal à entrer dans la théorie marxiste, le manifeste était une occasion de l’aborder de manière « simplifiée ».

                Le marxisme est la seule conception du Monde, de la Terre, de l’ Homme, de la société, de la Nature qui se passe de dieu(x)

                J’ai du mal à y croire.. mais bon je suis physicien donc un peu pédant sur ce sujet ;)


              • kalachnikov lermontov 21 juin 2014 23:16

                « Le marxisme est la seule conception du Monde, de la Terre, de l’ Homme, de la société, de la Nature qui se passe de dieu(x). »

                Non, c’est une religion sans idole mais évidemment avec son Livre, la pensée du prophète gravée dans le marbre, un autre Coran, ses petits clercs qui remettent dans le droit chemin de l’orthodoxie, et si t’y crois pas, ben t’es un infidèle, pardon je voulais écrire ’un bourgeois’


              • Michel Maugis Michel Maugis 21 juin 2014 23:30

                @Robert Biloute


                Je vous recommanderais la lecture de l´Anti-Dühring de Engels

                et aussi le Marxisme de Henri Lefebre.

              • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 23:32

                @Michel Maugis

                merci pour les références


              • Michel Maugis Michel Maugis 22 juin 2014 00:17

                @Pyrathome


                « Le marxisme peut se passer de Dieu, certes, mais Dieu peut-il se passer du marxisme ?
                Chavez, (et bien d’autres...) est un exemple du paradoxe ! »


                Non, il ne peut pas, car chasser le naturel, il revient au galop. Dieu n’ est qu’ un concept imaginé par l’ homme, tandis que le marxisme existe avant Marx, et même avant l’ apparition de la vie sur Terre, et donc avant l’ invention de dieu.

                Le matérialisme dialectique existe dans la nature, avant qu’ apparaisse l’ esprit, produit de la vie et donc de la matière.

                Par contre les marxistes ne peuvent se passer de l’ existences bien réelle des croyants. Ils doivent en tenir compte ( n’ est ce pas Poutine ?).

                Quant à Chavez, je ne vois pas le paradoxe, Il ne peut qu être apparent. Chavez est un marxiste, ce que les anti-communistes savent parfaitement.

                ps : Poutine aussi est un marxiste.
                La restauration du capitalisme en Russie, est une mesure Marxiste excellente,
                C’ est l’oeuvre du marxiste Gorbi. j’ appelle cela le Gambit de Gorbi

                Aussi : tous les papes sont des marxistes, et foncièrement athées depuis leurs origines. Ils en savent quelque chose depuis plus de 2000 ans. Je veux dire des marxistes en défense de la classe oppressive depuis toujours. C’ est d’ ailleurs la raison de l’ existence des papes, généraux des génocides, colonisations, et maintenant de la recolonisation.


              • kalachnikov lermontov 22 juin 2014 00:46

                @ M.Maugis

                "Dieu n’est qu’un concept imaginé par l’ homme, tandis que le marxisme existe avant Marx, et même avant l’apparition de la vie sur Terre, et donc avant l’invention de dieu."

                Le marxisme selon toi est Dieu puisque tu lui prêtes tous les attributs que l’on prête à Dieu (’je suis l’alpha et l’omega...’)

                Et donc, selon toi-même, le marxisme n’est qu’un concept.

                Conception métaphysique de la vie = 100 000 ans
                conception matérialiste= 300 ans et tout est quasi détruit, nous sommes au bout du rouleau.

                Par pragmatisme, en théorie, je choisis Dieu, de la même façon que par pragmatisme j’opte plus pour Marx que pour le capitalisme, cette doctine de clébards. (en théorie, parce que ’Dieu est mort’ entretemps.)


              • César Castique César Castique 22 juin 2014 12:02

                « ...avec son Livre, la pensée du prophète gravée dans le marbre, un autre Coran, ses petits clercs qui remettent dans le droit chemin de l’orthodoxie... »


                ...et son salut, son paradis. que les petits clercs appellent « émancipation », et qui est à l’opium du peuple, ce que la méthadone est à l’héroïne.




              • epicure 23 juin 2014 05:17

                Mais pourquoi tant de monde dit n’importe quoi sur la matérialisme ?

                Le matérialisme existe depuis la philosophie grecque et même en inde.

                Par exemple le philosophe Epicure était un philosophe matérialise 2000 ans avant Marx.
                Et ce sont les concepts matérialistes antiques qui vont générer la science moderne.
                Par exemple la chimie moderne serait impossible sans la notion inventée par les matérialistes : l’atome.


              • christophe nicolas christophe nicolas 21 juin 2014 23:14

                Qu’on m’explique le communisme dan votre couple..... voir votre belle mise en commun.... Hypocrite, hypocrite, hypocrite...


                • Robert Biloute Robert Biloute 21 juin 2014 23:19

                  vous pourriez développer ? ça m’intrigue parceque justement, je trouve que la famille est un exemple de structure ou peuvent encore survivre des principes de mise en commun quasi naturels.


                • kalachnikov lermontov 22 juin 2014 15:32

                  @ Robert

                  La famille est une construction sociale ; elle est la résultante des incestes (les unions qui sont interdites ou permises). Ce que vous entendez par famille, c’est la famille judéochrétienne, propre à cette culture ; elle a été établie par Moïse.
                  Mais partout,que ce soit dans l’Histoire [Abraham vit par exemple sous le mode matriarcal et c’est bien pour cela qu’il a pu se marier avec sa demi-soeur, Moïse bouleversant cet ordre], ou sur terre, il y a une quantité invraisemblable de notions de famille. Par ex, concernant la question des incestes (toujours à entendre au sens d’unions permises ou proscrites, l’interdi fils/mère est un inceste, il n’y a pas d’inceste absolu), vous pouvez aller jusqu’à trouver des peuplades où se cotoient dans la même société des inverses comme polygamie et monogamie.
                  Vous avez des peuplades où le rôle de l’homme est ignoré ; donc, le concept de père n’existe pas. D’autres où ce rôle dans la conception est connu mais où il est ignoré et l’on construit un système social justement pour supprimer cette idée du père. Etc, etc.

                  Croyez bien que je me suis marré lors du mariage pour tous avec les opinions des uns et des autres. La monogamie, l’hétérosexualité seraient naturelles ! L’homosexualité serait naturelle ! La réalité est que tout est artificiel/culturel parce que résultant de la canalisation/orientation de la pulsion sexuelle à travers le système social.


                • Robert Biloute Robert Biloute 22 juin 2014 16:06

                  certes, mais il y a toujours l’idée d’organiser l’élevage des enfants, ces prolétaires ultimes ! je veux dire on doit bien s’occupper d’un truc gratuitement, pasque le truc en question est incapable de produire quoi que ce soit. bon vous me direz : c’est aussi un investissement..

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