• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Thelma, ou la mort du Père

Thelma, ou la mort du Père

Les films d'aujourd'hui, en voulant faire profession d'amour, sont parfois porteurs - à leur insu - d'une violence inouïe. La critique ci-après du film Thelma (2017, Joachim Trier) vaut pour beaucoup de productions filmiques qui, à rebours de l'intention qu'elles se donnent, promouvoient le désordre et la destruction. Spoilers, évidemment.

Thelma est un film de Joachim Trier sorti sur grand écran en 2017, dans lequel on découvre une héroïne au saphisme balbutiant qui, soumise à la religiosité de sa famille, va devoir confronter avec douleur au regard parental sa nouvelle orientation sexuelle.
 
La naissance (ou plutôt cette mise au jour) d'une telle pulsion est un cas banal : beaucoup de jeunes d'aujourd'hui ne sauraient, à en croire quelques-uns, la véritable orientation qui les poussera vers tel ou tel sexe – cette orientation n'étant parfois pas établie, toujours à les en croire, jusqu'à un âge tardif (c'est-à-dire la puberté). Mais reste une autre difficulté capitale pour la protagoniste (prénommée Thelma) : sa religiosité à cause de laquelle elle ne peut vivre sainement sa sexualité. Ici s'ajoute, de surcroît à la confrontation entre la religiosité et la sexualité, une confrontation au père : non seulement Thelma est religieuse et ne peut pas vivre son homosexualité en transgressant au préalable les édictions divines qu'elle accrédite, mais elle ne peut pas vivre sa sexualité, de toute façon, au nom de l'autorité de son géniteur – lequel, probablement, ne supporterait pas une fille de cette espèce.
 
Or, outre l'homosexualité et puis le père, s'ajoute enfin, en dernier, comme un équivalent magique d'une homosexualité restreinte, une capacité télékinétique latente... De là, les choses vont s'aggravant et forment le scénario du film – le pouvoir métapsychique de la jeune femme étant presque un prétexte pour l'intrigue. Car, sans doute, la télékinésie est une métaphore pour le lesbianisme naissant, et tout le film est une histoire au sein de laquelle on contemple le pugilat épique entre père religieux (devrait-on dire Père religieux, avec un P majuscule ?) et fille révoltée de proche en proche.
 
En tous les cas, toutes ces volées fictives de bois vert m'inspirèrent déjà une méfiance qu'à l'avenir j'entretiendrais davantage.
 
Inquiétude justifiée à la fin de ce combat dialectique entre le bien et le mal (c'est-à-dire entre la fille et le père) quand le bien, Thelma, outrepasse la décence en brûlant vif le père... Outrepasse la décence, puisque le père n'est coupable de rien. À l'opposé, le paternel a toujours tenté de ménager sa fille pour le moins anormale (alors que lui-même est très croyant), en prenant soin d'elle coûte que coûte. Cependant, rien n'y fait – le père est brûlé vif au dépit de la mansuétude.
 
Cette mort par le feu est bien entendu symbolique. Et persiste tout le long du film un message sous-jacent...
 
Car voilà, le film tient d'une violence symbolique intolérable : le combat faussement glorieux de la fille lesbienne contre l'autorité patriarcale-religieuse est mesquin. 
 
Le père mort brûlé, c'est bien évidemment le Père abattu. La représentation symbolique du patriarcat qu'une fille pubère démolit en développant son potentiel, toujours restreint, loin de l'obstacle parental. Mais que signifie une telle révolte ?
 
Avant tout, c'est une manifeste ingratitude. Le père est tué par caprice. Thelma elle-même reconnaît, à un moment du film, que son père a mis tout en oeuvre pour la protéger du mieux possible. Et ne voit-on pas également le petit frère de l'héroïne tué à cause de cette dernière ? La méfiance de ses parents est donc légitime. Si bien qu'avec du recul, on touche au meurtre rancunier... Sans le vouloir, le message de Joachim Trier est implicitement clair. Il dit : « Affranchissez-vous des contraintes. Soyez libres. Et ne soyez pas redevables. »
 
Or, c'est le contraire du message de tolérance LGBT qu'il incarne ! Le meurtre – et toutes les autres formes de violence verbale ou physique – vont à rebours de l'altruisme de gauche. Ce qui veut dire qu'en vérité, ces gens-là si prompts à prêcher moralement la bonté, sont aussi les premiers à mettre des claques et à porter, en leur sein, un message de haine contre la société dont le traditionalisme les empêcherait de laisser libre cours à leurs pulsions... Ce faisant, ils correspondent en tout point à ceux qu'ils combattent, c'est-à-dire les conservateurs dont ils jugent – à tort ou à raison – qu'ils sont davantage ressentimentaux que les progressistes aux mœurs courtoises. Thelma, ce film, découvre en somme la rancune secrète qu'entretiennent les égalitaristes pour les conservateurs. En plus, qu'ils détestent les conservateurs est une chose, mais qu'ils tuent le Père, alors que de toute évidence le Père n'avait rien fait de mal, c'est le comble de la violence gratuite contre laquelle ils s'érigent. À y regarder, c'est mettre cul par-dessus la tête l'intention du film qui, censément, eût voulu enseigner davantage d'acceptation, quand son personnage principal n'accepte pas les individus qui s'opposent (faiblement) à elle.
 
Et puis quoi encore ? Quelle est cette philosophie d'enfant gâté ? Jésus infligerait-il des coups après qu'il eût demandé au préalable de tendre la joue gauche ?
 
Si on tient à professer une doctrine de tolérance, alors autant ne pas être demi-habile (ce mal du siècle), c'est-à-dire promouvoir quelque chose d'un côté mais glisser sous le tapis, au moment opportun, l'application du principe qu'on porte au moment où, au débotté, celui-ci est soumis à la rigueur du terrain. Si les mouvements de gauche sont les fils inconscients du christianisme, ils n'ont pas tous ses qualités – dont la probité fait partie.
 
Le problème, ensuite, c'est que la mort par le feu métamorphose la pitié qu'on pouvait avoir, peut-être, pour Thelma, en une attitude plus indifférente vis-à-vis de son sort, ceci en vertu du caractère haineux de son geste courroucé. En d'autres termes : cette fin a pour effet de détruire l'intringue qui nous apitoie.
 
En définitive, ce film est au fond dangereux...
 
Non pas de façon directe dans le sens qu'à la longue, les jeunes homosexuels vont massivement se révolter contre leurs pères, mais parce que, plus prosaïquement, ce film n'enseigne pas une bonne leçon de vie. Et il aurait suffit de peu : seulement dire qu'il faut savoir reconnaître le bien parfois là où on ne voit que du mal. Ainsi cela aurait-il pu par hasard civiliser davantage, et favoriser la concertation au conflit.

Moyenne des avis sur cet article :  1.41/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • En tout homo réside un IAGO, usant de sa seule arme, celle qui qui le conduira face à la STATU« R »E du commandeur. Enfin,...



      • Si l’homosexuel est celui qui est le plus opposé A LA LOI du PERE, Il est paradoxalement celui qui rétablira en premier le PATRIARCAT. HEIL. lire le fameux RDV psychanalytique de Rudolph Nouréev sachant sa mort proche,..Comme un dernier sursaut. Mais c’est le père qui succomba, transgressant toutes les lois. https://www.babelio.com/livres/Grimbert-Rudik-lautre-Noureev/677669. Lecture fascinante. Mais je me suis mise à construire un autre scénario : et si PHILIPPE GRIMBERT avait résisté. 


        • V_Parlier V_Parlier 20 août 10:41

          Ce film semble en effet dangereux mais il expose tout naturellement cette dangerosité inhérente à l’anti-conservatisme forcené qui se propage en Europe, et pas seulement au sein de l’oligarchie. On a déjà dépassé le stade de la séduction trompeuse, on ne cache plus le vrai fond. (Un croyant peut d’ailleurs dire que ce film est tout simplement satanique. Toute la symbolique relatée dans l’article va dans ce sens).

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès