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Accueil du site > Tribune Libre > Tu n’en reviendras pas, toi qui courais les filles...

Tu n’en reviendras pas, toi qui courais les filles...

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On est touché par ce poème qui dénonce la guerre et ses horreurs, qui fustige un mépris manifeste de la vie humaine, lors des nombreux conflits qui ont déchiré, maintes fois, les peuples, comme ce fut le cas pendant la guerre de 14-18. On est ému par ce poème d'Aragon mis en musique et interprété par Léo Ferré.

 

"Tu n'en reviendras pas... tels sont les premiers mots du texte : le poète s'adresse familièrement à un jeune homme, il le tutoie comme un ami qui paraît proche, il évoque brièvement sa jeunesse, toute sa vivacité, son amour de la vie, dans cette expression : "toi qui courais les filles.."

 

Et sans transition, il nous montre ce jeune homme fracassé et terrassé, dont il a vu "battre le coeur à nu", une blessure terrible l'ayant anéanti.

Aragon nous fait voir le geste du brancardier qu'il était, lors de la première guerre mondiale avec ces mots : "quand j'ai déchiré ta chemise".

Puis, il s'adresse à un "vieux joueur de manille" et en contraste, on perçoit son corps qu'un "obus a coupé par le travers en deux". La violence de la blessure restitue toute l'horreur de la guerre qui brise des êtres humains.

Fauché par un obus, alors qu'il "avait un jeu du tonnerre", ce vieux joueur de manille est lui aussi une victime soudaine d'une guerre brutale.

 

L'expression réitérée : "Tu n'en reviendras pas" évoque le caractère inéluctable de la guerre, la mort, le plus souvent, ainsi que la stupeur horrible qu'elle suscite.

Puis, le poète parle à un "ancien légionnaire" condamné à "survivre sans visage, sans yeux"... il évoque, ainsi, les blessures atroces dont ont été victimes de nombreux combattants de la guerre de 14.

 

Le texte devient, ensuite, plus impersonnel avec l'emploi du pronom indéfini "on", suggérant la foule des soldats partis à la guerre.

"On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu..."

L'incertitude est au bout du chemin, on voit aussi ceux qui "attendent la relève", espérant échapper à cet enfer.

 

Le train qui emporte ces soldats vers le front est évoqué avec des impératifs : "roule au loin, roule train..."comme si personne ne pouvait échapper à cette fuite en avant de la guerre. Ce train devient comme une figure du destin.

Le poète nous fait voir des "soldats assoupis", éreintés, se laissant bercer par la "danse" du train, qui devient un réconfort, comme le soulignent les douces sonorités de sifflante et chuintante ... "Les soldats assoupis que ta danse secouent
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou."

Il nous fait percevoir leur profonde humanité : on sent "le tabac, l'haleine, la sueur" de ces êtres voués à la mort, au désespoir.

L'interrogation qui suit traduit un désarroi, une désespérance : elle insiste sur la jeunesse de ces êtres envoyés à la guerre, et sur un avenir fait de "douleurs"...

"Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs..."

Une veilleuse les éclaire à peine, leur donnant par métaphore, "la couleur des pleurs...", symboles de leurs souffrances.

 

La dernière strophe souligne un destin tragique et inéluctable : ponctuée par l'adverbe "déjà" en début de vers, cette strophe met en évidence l'idée d'une mort inscrite dans la pierre : "Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit..."

 

La pierre personnifiée semble avoir déjà remplacé l'être humain voué à la mort, c'est elle qui pense à la place de l'homme, lui qui devient un simple mot sur une pierre tombale, et tout s'efface, même le souvenir des amours qu'ont connues ces soldats.

La dernière phrase résonne comme une disparition totale du simple soldat mort à la guerre : "Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri."

 

Ce poème dénonce, avec force et émotion, toutes les horreurs de la guerre, le processus de déshumanisation qu'elle entraîne, les vies qu'elle anéantit à jamais.

 

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/11/tu-n-en-reviendras-pas-toi-qui-courais-les-filles.html

 

Vidéos :

 

Les paroles :

http://www.paroles-musique.com/paroles-Leo_Ferre-Tu_Nen_Reviendras_Pas-lyrics,p11281

 


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16 réactions à cet article    


  • JulietFox 10 novembre 2018 17:05

    @ Rosemar

    Changez de pseudo, car la horde des trolls s’abat sur vous sans même vous lire.


    • rosemar rosemar 10 novembre 2018 18:42

      @JulietFox

      Cela se confirme : ils on vraiment du temps à perdre...


    • phan 11 novembre 2018 07:05

      @rosemar
      Oh ! je suis tétanisé !


    • rosemar rosemar 11 novembre 2018 09:46

      @rosemar

      Je corrige : ils ont...


    • rosemar rosemar 11 novembre 2018 09:54

      @rosemar

      vraiment du temps à perdre...


    • phan 11 novembre 2018 20:52

      @Ptdr

      Désolé je ne suis qu’un humble ouvrier spécialisé, 2ème échelon ; comme dirait un certain Canard Laquais, professeur de Lettres, mon passage en CE2 est fortement compromis !
      Mes plates excuses à Rosemar, le Français n’est pas ma langue maternelle !
      Maintenant Je Sais : Ptdr veut poèter plus haut que son luth, a toujours un peu de merde derrière les oreillesRIP Françis !

    • Ouallonsnous ? 12 novembre 2018 11:23

      @rosemar

      Bel article Rosemar, mais pourquoi l’illustrer d’une photo de troupes étrangères, même si nous avons eu des alliés, l’essentiel de l’effort de guerre fut assumé par la France ?


    • covadonga*722 covadonga*722 10 novembre 2018 20:57

      « on est touché par ce poème » , rien du tout c’est quoi ce ton comminatoire ? ce « on » de majesté de « l’éduqué du sachant le bien le beau et le juste » 

       votre monde étriqué de paix n’existe pas , que savez vous de ce qui git sous la pierre ? car ils y avait de tout et aussi ceux la des types qui vous aurait soulevé

      le cœur.

      Le grand troupeau décrit par Giono , ce troupeau de bleu vêtu n’était pas un uniforme 

      magma de victimes comme il vous complaît de la croire .Vous etes tous si disert 

      sur la chose guerrière « doctus cum libro »Ma chére que savez vous de l’odeur de la peur , de cette terreur tétanisant les plus assurés et transformant un frêle 

      instit en égorgeur .....Vos assurances à tous ,ont besoins d’ oripeaux littéraires 

      vous les poèmes , l’autre les livres validés par les oukases de la bien-pensance etc....

      Vous réussissez le tour de force intellectuel a voir d’une seule couleur d’un seul geste d’un seul moment réduisant a un seul axiome « beurk la guerre » .Un maelstrom de vies de millions de gens jetés sur des milliers de km2 pendant une éternité de 4/5ans.

      Junger cela vous cause ?fi un allemand !

      alors lui peut être, il parle de ce que sont certains hommes ,des hommes de cette boucherie mais aussi des hommes qui ont été et seront de toute éternité , car ne vous en déplaise seul vit et survit ce qui combat ,les hommes le refusant devienne tot ou tard des esclaves les société et les civilisations disparaissent de ne plus vouloir ou savoir le faire ....

       
      « car on nous méprisera vigoureusement hein, Norbert ?
      des inutiles des incapables des attardés ! nous rappellerons de si sales souvenirs ! et puis rien qu’en existant   nous affirmerons qu’une guerre reste possible et on nous accusera de la regretter de la préparer en la souhaitant » 

      R Vercel , capitaine Conan


      • In Bruges In Bruges 12 novembre 2018 10:22

        @covadonga*722
        On ne saurait mieux dire que ce passage de Vercel.
        Une boucherie reste une boucherie, mais, à l’instar des victimes d’accidents d’avions tous « béatifiés au tarif de groupe » après le crash, il y avait de tout chez les morts, ceux-là comme les autres.
        Oui, vraiment, « que savez-vous de ce qui git sous la pierre ? ».



        • gaijin gaijin 12 novembre 2018 08:46

          un hussard noir de la ripoublique qui invite un anarchiste a commémorer un massacre .......il ne suffit pas d’aimer les poètes encore faudrait il les écouter ....

          en voilà un autre :

          https://www.youtube.com/watch?v=EidP8vzJXUc

          « Chaque fois que j’ouvre mon journal je pense a cette traversée

          on avait de la flotte jusqu’à la ceinture , et le vieux con nous dit d’avancer ...

          .......... »


          • L'enfoiré L’enfoiré 12 novembre 2018 10:26

            Bonjour Nabum,

             J’ai eu aussi mon billet qui devait parler de l’armistice.

             Pourtant, je ne commence par cela.

             Je parle de STJN, vous ne savez pas de quoi il s’agit bien entendu.

             En France, on parle en réunissant les initiales des mots avec plaisirs.

             Je l’ai fait aussi...« SJTN, une commune des extrêmes d’entrée de jeu ».

             Si vous ne voyez pas le lien qui est caché, je l’avoue, demandez... smiley


            • L'enfoiré L’enfoiré 13 novembre 2018 10:28

              @Mandyvila,

               « ramener tout à lui » ?
              Je ne sais à qui vous adressez cette remarque.
              Supposons que ce soit à moi.
              Moi, cela fait presque 14 ans que cela dure.
              Je n’écris absolument pas pour les autres. J’écris pour moi.
              C’est fou, non ?
              Dernièrement, j’écrivais un billet intimiste « Savourer l’instant ».
              Cela avait plu à notre antenne radio locale « Vivacité ».
              Ils m’ont téléphoné pour me demander de participer.
              Ce que j’ai fait. Trouver la bonne formule, corriger, corriger encore, à essayer de trouver ce qui le plus « in », le plus « top » et savoir qu’on ne trouvera jamais.
              « Ramener les choses à moi », ben voyons, c’était le but,...
              Ridicule... 
              L’exhibition citoyenne... oui, cela peut être.
              Si vous n’écrivez pas, vous ne connaissez pas le plaisir que cela peut être. C’est un travail de solitaire pour se plaire à soi en se foutant du regard oblique des passants honnêtes, comme chantait Brassens..
              Avox en 2005 était venu me chercher. Après un gros temps de réflexion, j’ai accepté.
              Veni, vidi, pas vici et parti...
              Ben je viens voir, je commente parfois et parfois quand les billets tiennent la route, je prends et j’insère sur ma balle.
              Vous avez dit bizarre, comme c’est étrange... smiley


            • Shaw-Shaw #Shawford 13 novembre 2018 10:32

              @L’enfoiré

              Salut et LOL : c’est Fufu qui s’adresse à toi, ou un de ses clones de chez Disons.

              Toussa c’est juste sa façon de s’exhiber ici, sachant que t’as droit à son strip-tease intégral obscène là-bas toute la sainte journée ! smiley smiley


            • kalachnikov kalachnikov 13 novembre 2018 10:32

              @ L’enfoiré

              L’animal Furtif est impuissant. Même ce plaisir de la branlette que vous vantez lui est inconnu.


            • Shaw-Shaw #Shawford 13 novembre 2018 10:36

              @kalachnikov

              On s’accorde sur ♀ , pardi ! smiley smiley smiley

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