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Un Hippolyte Taine amateur de sensations fortes

Au-delà de Pierre Janet, avec Hippolyte Taine, le Struggle for life de Charles Darwin se trouve transporté dans le monde des sensations… l’enjeu étant de définir ce qu’il faut tenir pour réel…

En tant que telle, la première sensation produit une illusion que doit venir corriger une autre sensation… pour que la réalité « vraie » se dégage. Notre psychologue expérimental tient beaucoup à cette chronologie-là. Il va d’ailleurs nous en démontrer immédiatement la pertinence :
« Les deux opérations, qui sont l’illusion et son redressement, sont si promptes qu’elles se confondent en une seule. Mais supprimez le redressement ; la première, qui est l’illusion, subsistera seule, et sa persistance inaccoutumée après la dissolution du couple manifestera sa présence fugitive dans le couple intact.  » (De l’intelligence, tome 1, page 95)

Sans « redressement  », la sensation initiale – nécessairement illusoire – se manifeste dans toute sa criante nudité : elle était donc bien là depuis le début… dans le couple « raisonné ».

Nous avons réussi à la faire sortir du bois… comment l’y faire revenir ?…
« Cela nous conduit à considérer des cas où le redressement ne puisse se faire. Ce qui le produit d’ordinaire, c’est la présence d’une sensation contradictoire. » (Idem, page 95)

Il nous faut contrarier cette maudite sensation illusoire… Dans le cas d’un amputé, il sera toujours possible de lui montrer que l’orteil dont il croit toujours recevoir des sensations n’est décidément plus là. Nous aurions produit ce que Taine appelle un « réducteur spécial  » : il répond à une sensation précise en lui en opposant une autre sur le même terrain… orteil contre orteil. 

Il peut arriver que cette manoeuvre échoue. Dans ce cas, constate la psychologie expérimentale…
« […] c’est le réducteur spécial, à savoir la sensation contradictoire, qui, dans ce conflit, subit elle-même l’effacement au lieu d’ôter à son adversaire l’extériorité.  » (Idem, page 101. Taine souligne)

L’« extériorité  », c’est-à-dire ce qui bénéficie du jugement de réalité.

Ne jamais oublier qu’au-delà du « réducteur spécial  » qui est une arme de précision, il existe la grosse artillerie dont notre Hippolyte va pouvoir nous dire immédiatement deux mots. Elle concerne certains hallucinés un peu trop têtus à qui il va être possible de faire bénéficier d’un « remède général » :
« […] toute secousse reporte l’attention sur les sensations réelles ; un bain froid, une douche, l’arrivée d’un personnage imposant ou inattendu les tire de leur effacement et de leur nullité, les rétablit plus ou moins et pour un temps plus ou moins long, et par suite ranime avec elles la sensation particulière qui est le réducteur spécial de l’illusion.  » (Idem, page 104)

Nous le voyons, le remède général ne fait que venir à la rescousse du réducteur spécial… qui peut retrouver une pertinence – malheureusement rien que momentanée – au sein du couple des sensations antithétiques… Tout ceci est d’une simplicité édénique. En voici quelques échantillons :
« Le malade que la clarté d’une bougie délivre à l’instant de ses illusions, le malheureux dont les voix se taisent lorsque la conversation devient intéressante, l’aliéné qu’une brusque affusion d’eau froide ramène à son bon sens, sont guéris pour un temps plus ou moins long par l’énergie plus ou moins durable restitués au réducteur spécial.  » (Idem, page 109)

Et encore celui-ci…
« Pareillement, dans une paralysie faciale, le visage déformé par la rétraction des muscles gauches reprend sa forme ordinaire, si l’application de l’électricité rend peu à peu leur force aux muscles droits. » (Idem, page 109)

La voie est ouverte… On aurait tort de ne pas essayer de pousser le bouchon un petit peu plus loin encore… Mais, pour sa part, Hippolyte Taine veut empoigner l’humain en tant que tel, et non plus seulement chez les hallucinés. Il lui semble désormais disposer de tout ce qu’il lui faut pour régler quelques question essentielles :
« On peut, d’après ces exemples, se former une idée de notre machine intellectuelle. » (Idem, page 123)

Tout commencera par un grand coup de balai :
« Il faut laisser de côté les mots de raison, d’intelligence, de volonté, de pouvoir personnel, et même de moi, comme on laisse de côté les mots de force vitale, de force médicatrice, d’âme végétative ; ce sont des métaphores littéraires ; elles sont tout au plus commodes à titre d’expressions abréviatives et sommaires, pour exprimer des états généraux et des effets d’ensemble. » (Idem, pages 123-124)

Mais elles sont parfaitement incapables d’entrer dans le matériau qui constitue l’humain dans son fond… et qu’avec la psychologie expérimentale à la française nous allons pouvoir toucher directement jusque dans sa chair :
« Ce que l’observation démêle au fond de l’être vivant en physiologie, ce sont des cellules de diverses sortes, capables de développement spontané, et modifiées dans la direction de leur développement par le concours ou l’antagonisme de leurs voisines. » (Idem, page 124)

Struggle for life… Nous aurions pu le deviner.

Mais puisque nous y avons mis le pied… va falloir suivre.

NB. Pour comprendre comment ce travail s'inscrit dans une problématique générale de lutte des classes...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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