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Un long dimanche de fiançailles

Un long dimanche de fiançailles (1) Hiver 1917, cinq soldats condamnés à mort pour automutilation sont amenés au front pour subir leur châtiment. Mathilde, envers et contre tous et toutes les évidences, refuse d’admettre la mort de son fiancé, un des cinq condamnés. Elle va chercher à savoir ce qui s’est réellement passé. Au prix d’une véritable enquête policière. Premières images : une plongée vers le champ de bataille et la tranchée permet de découvrir, accrochée par un bras, à un arbre, un morceau de statue encore blanche du Christ, avant de voir la colonne, le premier condamné et entendre son histoire. La deuxième plongée identique montre, cette fois, le corps d’un cheval, noir, la tête coincée entre deux branches. Souffrance, destruction annoncées des hommes abandonnés et des bêtes...

Le film respecte fidèlement l’esprit du livre, malgré des changements importants au niveau du scenario. Une voix off reprend le texte du narrateur, accompagné d’images qui renforcent le coté dramatique de cette guerre. Où la couleur joue son rôle, à dominante grise pour les scène de guerre et jaune pour les scène de la vie loin du front. Pour chaque condamné, les images vont au-delà de simples illustrations du texte et lui donnent chair, l’accomplissent. Elles montrent leur humanité, les circonstances qui les ont amenés là et leur vie antérieure, professionnelle, amoureuse et pour Bleuet, toute sa vie. Le tout entrecoupé de plusieurs « attention au fil  », fil de téléphone qui traverse la tranchée à hauteur d’homme, seul lien avec le monde des vivants, avec l’espoir d’une grâce éventuelle du président Poincaré.
 

Le film commence comme le premier chapitre du livre, la pluie a remplacé la neige… Les cinq condamnés, encadrés par d’autres militaires, sont présentés l’un après l’autre, par leur matricule. Le 2124, Bastoche, le 4077, Six-Sous, le 1818, Cet Homme, le 7328, Ange ou Droit commun et le dernier, Bleuet, le 9692. Bastoche, menuisier à la Bastille et son amie Véronique… Six-Sous, soudeur à Bagneux qui sait, de tradition familiale, qu’un jour la justice sociale… et qui essaie d’en convaincre ses camarades… Ange, Droit commun de la Belle de Mai, à Marseille, qui a écopé de cinq ans de prison pour une question d’honneur… Cet Homme, enfant de l’Assistance, paysan de la Dordogne que les gendarmes sont venus chercher à la ferme, déclenchant un coup de vent soudain qui couche les blés et fait voler le chargement de sa charrette. Et Bleuet, le fiancé de Mathilde.

 

Un long dimanche de fiançailles

Un long dimanche de fiançailles narre les effroyables conditions de la vie quotidienne des soldats, dans les tranchées, au front (2) qui les conduit à la déshumanisation, à la folie… automutilation qui ne peut aboutir qu’au Conseil de guerre, assassinat jouissif à la baïonnette d’un jeune Allemand sans défense, exécution d’un Français par une balle dans le dos parce que, drapeau blanc, il avance vers le front allemand, proclamant qu’il n’est pas français mais corse… sans parler des cadres de l’armée qui, pour améliorer les statistiques de l’activité du front, envoient les condamnés, entre les lignes, dans la terre sans homme. Ils seront comptés comme morts au combat… avec la complicité passive de toute la hiérarchie qui, simplement, exécute les ordres.

Un long dimanche de fiançailles porte surtout sur la quête têtue, obstinée, invraisemblable de Mathilde pour retrouver la trace de Manex, Bleuet, disparu.Cette recherche est contée, à travers des échanges épistolaires un peu fastidieux dans le roman, atténués dans le film. Notamment par l’image du facteur qui apporte le courrier à Mathilde, traitée façon Tati, arrivant à bicyclette sur le gravier de la ferme et même jusque dans la cuisine. Cette enquête et la vie de Mathilde permettent au lecteur d’entrevoir, peu à peu, par des images lumineuses dans le film, ce qu’était, ce qu’aurait pu être la vie de tous ces malheureux.

Un long dimanche de fiançailles

Un long dimanche de fiançailles n’échappe pas à certains stéréotypes. En dehors de Manex-Manech, le personnage central qui est basque, les héros positifs sont évidemment de Paris, Bastoche, et de la banlieue parisienne, le soudeur Six-Sous de Bagneux. Le personnage négatif est corse, évidemment proxénète, Droit commun, et sa belle protégée, brune, dangereuse amoureuse et fière justicière. Quant au détective Germain Pire, il est comme tous les méridionaux, hâbleur au fort accent sympathique, compatissant, n’hésitant pas pour retrouver Tina, l’amante de Droit commun, à s’aventurer dans la Corse, pittoresque et dangereuse, où règne l’omerta et à la poursuivre jusque sur son lieu de travail où il est montré en train de subir une toilette et un défilé professionnels. Mais serviable et finalement relativement efficace.

L’essentiel est cependant l’histoire d’amour, depuis leur enfance, de Mathilde et Manex – MMM, Mathilde aime Manex, Manex aime Mathilde – dans un beau paysage autour du phare symbolique. Mais les amours des autres personnages sont traités avec la même finesse, augmentant le contraste entre la dureté de ce que ces hommes vivent à la guerre et la sensibilité des scènes d’amour : jeux de langue préliminaires de Véronique et Bastoche qui se retrouvent mais impossibles entre Manex et Mathile, impossibles par leur très jeune âge et la vitre interposée ; déshabillage-offrande, à la lueur d’allumettes, de Mathilde à Manex, d’Élodie à Bastoche, incertaine, perdue entre obligation acceptée et désir inavoué, ouvrant une liaison éphémère aux résultats inattendus, stériles et dévastateurs. Elle n’aura pas le sixième enfant qui permettrait le retour de son mari et sera cause d’une rupture amicale et d’une rupture amoureuse. Troubles fantasmés de la fidèle Mathilde.

Finalement, Un Long dimanche de fiançailles un film sur les malheurs de la guerre, un film policier, un film d’amour, avec cependant un filet d’espoir.

Un long dimanche de fiançailles

1 – Un long dimanche de fiançailles, film de Jean-Pierre Jeunet, 2004, 134 mn, d’après le roman de Sébastien Japrisot, Denoël, 1991, 367 p.

2 – Dans Un long dimanche de fiançailles, se retrouvent bien des choses qui étaient déjà dans A l’Ouest, rien de nouveau avec, quelquefois, un esprit différent : les soldats qui montent au front et qui voient des cercueils ou des hommes qui creusent des tombes – on anticipe- , attention fil, avec l’espoir de la grâce, l’importance des bottes qui changent de propriétaire – pour survivre – les rats que l’on chasse - ici malheureusement, le personnage indispensable pour trouver de la nourriture – Kat et Poux – le sergent intraitable mais pas sadique ici...


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2 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 16 octobre 2017 11:59

    Bonjour, Paul

    Personnellement, j’ai apprécié tout autant le livre de Japrisot que le film de Jeunet.

    Les deux se placent pourtant sur des registres très différents, plus romantique et dramatique dans le livre, plus axé sur un baroque flamboyant dans le film - superbement photographié - de Jeunet.

    Un film où l’on reconnaît des inspirations à la Délicatessen ou Amélie Poulain, avec des scènes carrément déjantées comme les exécutions perpétrées par Tina Lombardi (Marion Cotillard). C’est sans doute ce parti pris baroque qui a gêné une partie des spectateurs et des critiques.


    • Dudule 16 octobre 2017 14:02

      J’ai adoré et le film, et le livre. Le film reste assez fidèle au livre en transposant certaines situations qui ne changent pas la trame de l’intrigue, bien respectée (l’Italien devient un Corse, etc.).

      La mise en scène est soignée, les images superbes, les acteurs tous remarquables, et le spectateur ne s’ennuie pas une seconde.

      Bien que dans un genre un peu moins onirique et loufoque (avec quand même pas mal de scènes assez drôles), un autre excellent film sur la 1ère guerre mondiale est « Capitaine Conan » de Tavernier.

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