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Accueil du site > Tribune Libre > Un monde sans héros ni salauds

Un monde sans héros ni salauds

Alors que Hollywood, traditionnellement démocrate mais toujours soucieuse de ne pas heurter le patriotisme des spectateurs américains, continue d’entretenir une relation ambiguë entre star-system et politique, entre nuit des Oscars et élection présidentielle, il semblerait que de plus en plus de réalisateurs sortent des rangs de l’industrie du cinéma pour réaliser leurs œuvres comme ils l’entendent.

medium_hollywood.jpg Il semblerait qu’au pays du billet vert, ces mêmes réalisateurs aiment de moins en moins qu’on leur impose des idées qui ne sont pas (ou plus) les leurs. Est-ce une soudaine envie de poser les questions qui fâchent en se demandant pourquoi les médias ne le font pas ?! Est-ce l’internet qui change peu à peu les mentalités en drainant des images parallèles qui ne cadrent pas avec les représentations revues, corrigées, révisées par le pouvoir et que les médias diffusent sans états d’âme. Ou est-ce un mal bien plus grand qui ronge ce pays et que l’on nomme « désillusion » ?!

Plusieurs films aux dénominateurs communs, La Guerre en Irak et Le Retour au pays après les combats, vont débarquer sur nos écrans. Si certains de ces films n’amèneront pas grand-chose sur le plan de la réflexion politique quant à l’ingérence des Etats-Unis en Irak et les conséquences de celle-ci, d’autres en revanche sont à souligner de par les intentions claires et cette fois-ci sans ambiguïté de leurs auteurs. Pour ceux-là, le temps des caricatures et des leçons d’héroïsme est révolu, reléguant définitivement l’époque où un Rambo gagnait à lui tout seul les guerres perdues sur le terrain, lui préférant un monde sans leurres.

f2dbe88bdbdf14b2cb98e7035a1c891e.jpgDeux films sont à retenir : Dans la vallée d’Elah de Paul Haggis et Redacted 24c95c60d34e8c55a41dbf4c67ceb8a5.jpgde Brian de Palma, car ils en sont le parfait exemple. Ces deux réalisateurs ont pris l’habitude d’aller glaner sur le web les infos que les médias traditionnels occultent. « Cherchez sur YouTube "soldats morts en Irak", "viol", "meurtre" et vous trouverez tout... », explique Brian de Palma qui, dans Redacted, retrace sous forme éclatée, fragmentaire, à travers différents formats numériques (téléphone portable, caméras de vidéo-surveillance...) l’histoire vraie d’une Irakienne de 15 ans violée par des soldats américains puis assassinée... Soulignons juste que le docu-fiction au vitriol de Brian de Palma a bénéficié de l’argent venu de structures indépendantes et ne voit défiler aucune star à son générique.

Paul Haggis, lui, a commencé à travailler sur le projet de la Vallée d’Elah en 2003 à l’époque où, Bush bénéficiant de 80% d’opinions favorables, on disait que remettre en question la guerre relevait de l’antipatriotisme et revenait à être du côté des terroristes. Imposant clairement son programme par le fameux : « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ! », la part belle était faite aux patriotes exacerbés par de vieilles rancœurs et aux fous de guerre excités par des discours enflammés, muselant au passage « l’opposition peureuse ». « Hollywood était terrifié » raconte Haggis « personne n’avait envie d’être considéré comme un traître. Et puis un certain nombre de réalisateurs se sont interrogés : Qui est-il pour nous dire ce qu’on doit penser ? Pour désigner les bons et les méchants ? »

On se souvient des premiers artistes à avoir essuyer la colère, voire la haine, de leurs concitoyens : un Sean Penn black-listé, une Susan Sarandon menacée, tous deux en raison de leurs prises de position contre la guerre en Irak34eed7e9f7822265f365b3b2a8867bc6.jpg et du discours non moins engagé de Tim Robbins, le 15 avril 2003, lors d’un déjeuner donné au National Press Club de Washington, intitulé « On peut arrêter un petit tyran  ».

Il faudra quatre ans et l’appui d’un Clint Eastwood pour que Paul Haggis puisse mener à bien son projet avec un financement monté principalement sur des capitaux étrangers. La trame de son scénario est simple, sa réalisation modeste, il n’y a ni effets spéciaux, ni attentats spectaculaires, et aucun discours outrancier. Haggis s’est juste attaché, de façon lancinante et oppressante, à suivre un vétéran du Viêtnam, Hank Deerfield, incarné par un Tommy Lee Jones (d’une sobriété bouleversante), dans une enquête douloureuse pour élucider la mort de son fils tout juste revenu d’Irak. Au travers de la puissance hallucinatoire d’images retrouvées sur le téléphone portable du fis de Hank, c’est tout le fiasco de la guerre qui ébranle notre vétéran. Haggis s’est appuyé sur un phénomène que nul gouvernement ne peut contrôler : les images que les soldats tournent sur le front et diffusent ensuite sur l’internet et qui constituent aujourd’hui les seules images vraies de la guerre. Une guerre dans ce qu’elle a de plus tragique et de plus sale, qui peut amener, de façon circonstancielle, des héros à devenir des salauds. Une guerre qui n’est qu’un monstre enfantant des monstres et qu’aucun patriotisme aveugle ne peut cautionner.

Et si Haggis a pris un titre qui fait référence au combat inégal que livra David contre Goliath, il faut peut-être y voir, au-delà de la symbolique, le signe d’un désaveu, voire d’un rejet de cette trop grande fierté américaine qui aura amené la majorité de ce peuple à appuyer une politique basée sur la terreur et le mensonge. 60a8cb3b88a3f58e8cba6ddbd8c3507a.jpgUne trop grande fierté que Haggis, au travers de son film, désigne comme un défaut majeur, voire un péché d’orgueil, et qui valut à Goliath de perdre la tête.


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7 réactions à cet article    


  • GRL GRL 14 novembre 2007 10:44

    Sans déconner , cà finirait par bouger ? Mais apres combien d’années , mais combien d’années à arroser le monde, sans rire , apres le film « d’extermination d’amérindiens » , « d’extermination de sudistes », le film « d’extermination de vietnamiens » , le film « d’extermination d’allemands » , le film « d’extermination de Japonais », le film « d’extermination d’aliens » ( alien = etranger génerique), puis « d’extermination de terroristes » menaçant la planete" heureusement tous abbatus à moins une sur le chrono de la bombe , par de pauvres sauveurs de monde isolés et incompris et nus , ... pffff , mais quelle culture cinématographique maladive , paranoïaque, exterminer , exterminer , depuis la guerre de 40 , l’Amerique des images extermine pour vous ... , alors , indécence suprême ou réel virage , l’on tourne , l’on scénarise les moments d’histoire qui ne sont pas encore écrits , les guerres qui se déroulent en ce moment , la guerre d’Irak , le 11 septembre, et l’on se plait à penser que peut etre maintenant , grace à ces images rapportées directement des lieux du conflits , la veine cinématographique suivante trouvera peut etre un nouveau message plus proche de la prise de conscience que de l’invitation au massacre ?...

    Devons nous réellement croire à un mouvement de résitance de la part d’Hollywood ou gober une nouvelle façon de faire de la propagande anti guerre , de calmer les esprits occidentaux les plus agités , à l’heure cynique ou semblent s’achever les préparatifs des nouvelles attaques de l’occident vers les pays pétroliers entourant la Caspienne ? ?

    Vous me direz , je n’ai qu’à aller voir les films en question . C’est ce que je vais faire de toute façon. Merci à l’auteur.

    GRL


    • TALL 14 novembre 2007 10:54

      Merci à l’auteur de citer ces films, mais ce n’est politiquement pas nouveau. Il y a eu aussi ce genre de film après la débâcle du Vietnam. Notamment le célèbrissime Apocalypse now, entre autres.


      • La mouche du coche La mouche du coche 15 novembre 2007 07:44

        oui ces films ne sont pas du tout des contre-pouvoirs. Ils servent aux américains à évacuer leur culpabilité pour continuer de plus belle sur le terrain. Nous français avons les nôtres bien sûr.


      • TALL 15 novembre 2007 11:25

        Bien vu, la mouche !


      • jamesdu75 jamesdu75 15 novembre 2007 01:19

        Merci a l’auteur pr ce trés bon article et trés court la ou certain en aurait mis des tartines.

        A noter que Paul Haggis avait fait « Crash » (Collision en france) qui même si il est américain montre les defauts d’intégration des pays occidentaux par apport aux pays plus pauvres.

        Dans la même veine on pourra citer Syrianna qui montre comment on peut creer d’un modeste paysans un terroriste.

        Ou prochaienement un trés bon films que j’ai vus. Lions et agnaux de et avec Robert Redford, Meryl Streep et Tom Cruise.


        • Frankie Frankie 15 novembre 2007 17:46

          A Tall, bien plus qu’un film politique ou un film de guerre, Apocalypse Now est avant tout un voyage initiatique, une quête du double, une réflexion sur l’homme dont la portée va bien au-delà du contexte de la guerre du Viêt Nam. Coppola y traite de la folie humaine en des circonstances de guerre. Haggis n’a pas renouvelé le genre, mais là où son film tape dans le mille, c’est dans le traitement de l’information au travers d’une guerre dont les américains savent très peu de choses. Les effets de la médiatisation de la guerre du Viêt Nam ont énormément contribué à changer l’opinion publique américaine ; or dans le conflit Irakien (et on le voit bien dans le film d’Haggis), les media ont fait le jeu de l’administration en place : il se peut qu’intervienne une autre prise de conscience comme ce fut le cas après la chute de Phnom Penh et celle de Saigon deux ans après le repli des forces américaines qui a révélé l’ampleur de la défaite et ébranler le prestige du leadership des Etats-Unis.

          A GRL et la mouche : Il semblerait que l’être humain ait une faculté inouïe à digérer rapidement l’histoire, et c’est peut-être en raison de cette mémoire défaillante qu’il recommence encore et encore les mêmes erreurs. Que ces tentatives made in USA soit une façon de se déculpabiliser ou une propagande à l’envers, je pense que la prise de conscience d’où qu’elle vienne doit être soulignée et saluée. smiley


          • TALL 16 novembre 2007 10:02

            Effectivement, Apocalypse Now est un film à plusieurs lectures, l’une n’excluant pas l’autre. Et j’aurais pu citer d’autres exemples.

            A +

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