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Un peuple et son président

Après le moment de gloire où tout, et beaucoup, semblait lui sourire, à l‘intérieur et à l’extérieur, face à Trump, Merkel, le plus jeune président de la Cinquième république, flanqué de ses amis compétents, est à la tête de l’exécutif le plus puissant des pays démocratiques. Champion des équations. Face à son peuple.

Après le moment de gloire où tout, et beaucoup, semblait lui sourire, à l‘intérieur et à l’extérieur, face à Trump, Merkel, le plus jeune président de la Cinquième république, flanqué de ses amis compétents, est à la tête de l’exécutif le plus puissant des pays démocratiques. Champion des équations. Face à son peuple.
La réforme de trop, l’augmentation de la taxe sur les carburants, entraîne vers la contestation de toutes les mesures austéritaires, prises par lui-même (conseiller du président Hollande, ministre du même ou président) et ses prédécesseurs : première contestation ayant obtenu un résultat, insuffisant, mais un résultat, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps, malgré les protestations mouvementées, variées des syndicats, des Nuit debout

Nuit debout était une ébauche et un avertissement : mouvement, né en en dehors de toute organisation, à la suite d’une manifestation sur la loi Travail au printemps 2016. Cependant, Nuit debout se rattachait encore aux luttes traditionnelles avec la volonté d’avancer vers la convergence des luttes. Et en plus, des assemblées populaires mettant en avant de multiples réformes et une nécessaire démocratie directe. C’était comme l’ont dit certains une forme moderne d’action politique, hors partis, hors syndicats, sans chef, sans programme... (Albert Ogien), non le premier mouvement social post-marxiste (Gaël Brustier) mais sa préfiguration.

Aujourd’hui, ce sont des personnes de rien, des fainéants, des Gaulois irréformables , des illettrés qui s’opposent à une mesure gouvernementale, une augmentation de la taxe sur les carburants. Utilisant les réseaux sociaux, en dehors de toute structure associative, syndicale, politique, ils créent un Objet Social Non Identifié lançant l’occupation des ronds points. Ce ne sont pas des ouvriers qui occupent leur usine, des étudiants qui occupent leur faculté, ce n’est pas la population des grands centres urbains qui occupent des places publiques comme d’autres l’ont fait ailleurs et avant eux.

Ce sont des personnes des zones dites périphériques, des petites villes dans les régions, sans tradition de lutte collective, qui, directement touchées, réagissent spontanément. Loin du centralisme gouvernemental ou contestataire, la force du mouvement, c’est d’être un mouvement national, spontané, constitué de multiples groupes plus ou moins importants, dispersés dans toute la France. Force dans le moment revendicatif mais difficulté pour la prise de décisions...

A l’occasion d’une taxe de trop qui touchait surtout une population peu ou mal représentée au niveau social, au niveau politique, probablement souvent abstentionniste, n’appartenant pas aux forces sociales organisées ou mesurant l’impuissance de ces forces traditionnelles, associations, syndicats, partis, n’ayant souvent jamais manifesté, les Gilets jaunes ont mis le doigt sur l’injustice fiscale, sociale et politique, sur les inégalités qui s’accentuent et rencontré un soutien populaire rarement aussi fort et aussi durable.

Avec le gilet jaune, obligatoire dans chaque voiture, devenu symbole de la révolte. Ces personnes très diverses (statut, métier, âge) ont un besoin absolu de leur voiture pour leur vie quotidienne et leur travail, elles décident d’occuper les ronds points....
Pour leur première mobilisation, un coup de maître, inédit.

Ronds points et dos rond.
Face à cette inconnue de leurs équations, non prise en compte dans leurs algorithmes, les nouveaux compétents ont le même réflexe que les anciens ! Dos rond silencieux du président. En attendant que ça passe ! Aussi peu structuré, sans porte parole, cet OSNI, jacquerie moyenâgeuse, poujadisme provincial, allait mourir dans les marais. C’était oublier la force virale des réseaux, pourtant depuis longtemps vilipendés !
Le phénomène se répète chaque samedi, ne faiblit pas, avec un énorme soutien de la population d’après les sondages. Malgré les violences largement mises à la une.
Macron essaie de reprendre la main et la maîtrise des horloges.
Cependant, pour lui, c’est toujours l’heure d’hiver.

Une petite carotte.
Vient la tentative classique de la carotte : quelques milliards vont régler la question, diviser les Gilets Jaunes, affaiblir l’importance du soutien et on pourra reprendre les équations budgétaires selon les critères de Maastricht avec une Commission européenne compréhensive. Pour ce champion de l’Union européenne et de sa politique économique.
Donner peu, de manière emberlificotée, n’est pas la bonne manière. Cependant, pour la première fois, le pouvoir avait cédé, partiellement. Les sages manifestations syndicales, répétées, en criant sinon ça va péter, n’ont rien obtenu depuis longtemps. Ça ne pétait pas. Les gouvernements, celui de gauche en premier, passaient outre aux manifestations, au soutien de la population. Les concessions limitées de Macron, obtenues malgré, peut-être à cause des violences de certains manifestants, montraient que c’était possible. Il fallait pousser, avec l’appui de la population.
Parties de la taxe sur les carburants, les revendications s’élargissaient et conduisaient les manifestants à s’attaquer au président, légitimement, car tout vient de lui – il avait demandé qu’ils viennent me chercher - et même à son mandat…

Un gros bâton.
La violence médiatisée, l’approche des fêtes familiales de fin d’année étaient favorables pour frapper un grand coup. Au sens propre du terme.
Avec la plus forte répression policière de manifestation depuis la guerre d’Algérie ! Avec des discours provocateurs et des dommages collatéraux jamais vus. Pour faire peur aux manifestants, peur de blessures graves, peur d’inculpation pour participation. Peur à la population devant de tels affrontements. Par le discours et les images.
Insuffisance de a répression. Menaces physiques, menaces socio-économiques, perte de PIB, perte d’emplois temporaires pour les fêtes, fuite de touristes, rien n’y fait ! La participation faiblit, elle ne tarde pas à repartir, significative. Avec le soutien de la population, moindre mais toujours majoritaire.

Une grosse carotte. Le Grand Débat National ! Libre et non faussé ?
Le président Macron prend enfin conscience de la gravité de la situation. Il n’est pas de Gaulle. Il ne peut pas lancer une référendum-plébiscite à l’issue très incertaine. Mais, dépassant Clemenceau, - quand on veut enterrer un problème, on crée une commission - il lance le Grand Débat National pour enterrer les Gilets Jaunes.
Reste à voir comment les choses vont tourner. Le 24 janvier 1789, Louis XVI convoquait les États Généraux pour le mois de mai…

Mauvais début pour le débat : la présidente de la Commission nationale du débat public qui devait garantir la qualité de la consultation, démissionne. Il lui a paru indécent de gérer un dialogue qui porte sur le pouvoir d’achat alors que son confortable salaire était publié dans les journaux.
Elle devait cependant être de qualité, pour avoir conscience du problème. Pour oser le dire. Pour avoir été remplacée par cinq garants dont les revenus ne doivent pas être bien différents des siens, mais au bien penser assuré : deux choisis par le gouvernement et trois par les présidents de l'Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental.

Le président Macron est l‘initiateur de ce Grand Débat National, libre et non faussé, et, bien sûr, l’organisateur. Il en fixe le cadre, le calendrier, les limites. Ouvert à toutes les suggestions si elles sont intelligentes - traduire si elles sont conformes - tout en affirmant qu’il ne changera pas de cap.

Le président cache à peine son jeu en se rendant pour la deuxième rencontre à Souillac où il a lancé sa campagne présidentielle. Cette fois, au compte de l’État, c’est à dire du contribuable. A quatre mois des élections européennes. Les premières rencontres avec les maires de deux régions donnent un premier goût de cette tournée : débat organisé par le préfet qui choisit les maires qui prendront la parole, présidé par un ministre.

Les buts du débat sont clairs : occuper longuement, largement le terrain, plus facile, pense-t-il, pour lui que pour les Gilets Jaunes ; faire émerger de la consultation les mesures intelligentes qu’il a déjà décidé de prendre, refuser celles, non intelligentes, qui ne lui conviennent pas ; je ne changerai pas de cap !

Les revendications des Gilets Jaunes sont essentiellement de deux types, financières, elles concernent la justice sociale, le pouvoir d’achat, les fins de mois... et institutionnelles, elles portent sur la démocratie et surtout sur la démocratie directe…

Les premières sont directement du ressort du président, du gouvernement. Ils peuvent facilement les faire voter par l’Assemblé nationale, si c’est nécessaire, étant donnée l’énorme majorité dont ils disposent.
Les principales sont connues : suppression de l’augmentation de la taxe sur les carburants (elle n’a été qu’ajournée), retour de l’ISF, augmentation du Smic (non une prime), diminution de la TVA sur les produits de première nécessité, niveau des retraites, augmentation du nombre de tranches pour les impôts sur le revenu, impôts sur les GAFA, chasse à l’optimisation et à l’évasion fiscales, suppression du CICE… Il est possible d’en ajouter d’autres… rétablissement de l’APL (qui semble oubliée de tout le monde), rétablissement des emplois aidés, suppression de certaines niches fiscales…

L’annonce des décisions peut être rapide. Problème : elles mettent en question la politique du président qui a dit clairement qu’il ne changerait pas de cap. Tout dépend du rapport de forces que sauront établir les Gilets Jaunes et leurs soutiens dans la population.

Les secondes veulent sur un renforcement de la démocratie et, surtout, l’instauration d’une forme de démocratie directe. Elles sont plus longues à élaborer, surtout si elles nécessitent une réforme de la Constitution.
La limitation du nombre de parlementaires et de leurs moyens ? Le président l’acceptera facilement. Il l’a déjà prévue. Elle renforce le pouvoir de l’exécutif et accentue le caractère présidentiel du régime ce qui ne constitue probablement pas un renforcement de la démocratie. La prise en considération du vote blanc ne devrait pas poser de grave problème. L’acceptation peut être rapide dans le principe.

La question est bien différente quand il s’agit du Référendum d’initiative citoyenne.
Dans le cadre de l’Union européenne, la Charte des droits fondamentaux, adoptée en 2000, assure le droit de pétition devant le Parlement européen (1 million de signatures). En France, depuis la loi constitutionnelle de 2008, le Conseil économique social et environnemental peut être saisi par voie de pétition (500 000 personnes majeures, de nationalité française ou résidant régulièrement en France). Ce droit de pétition ne semble pas avoir fait progresser la démocratie, de façon significative, ni en Europe, ni en France.
Une acceptation de principe ne suffit pas. Il est nécessaire de veiller, à la virgule, aux conditions de mise en place et d’exécution du référendum : sujets, formulations de la question, nombre de signatures... Cela suppose des mois de surveillance, de dialogue, plus ou moins conflictuel, pour que la mesure soit vraiment applicable. Et donc une vigilance des Gilets Jaunes ou de ce qui suivra sur le long terme, non quelques semaines mais quelques mois…

C’est dire l’importance de la forme que se donneront les Gilets Jaunes dans les semaines qui viennent pour se concentrer sur l’essentiel de leurs revendications : justice fiscale, justice sociale, démocratie que le président veut noyer dans une consultations tous azimuts : tous les sujets, tous les Français.
A chaque concession, si concession il y a, la même question reviendra. Faut-il arrêter le mouvement ? Peut-on le continuer indéfiniment… On l’a bien vu après le discours du 10 décembre où certains semblaient pouvoir se satisfaire des annonces de Macron.

Différentes propositions ont été avancées.

Participer aux élections européennes conduirait à la tentation de mettre au point un programme sur de nombreuses questions qui ne sont pas, de façon explicite, dans les revendications des Gilets Jaunes… d’où un risque de division. Accentué au cas où plusieurs listes se feraient concurrence entraînant à un partage des voix et à aucun élu.
De plus, d’après les sondages, une liste Gilets Jaunes enlèverait des voix surtout au Rassemblement national et à la France insoumise et renforcerait le président.

La tentative d’organisation d’une assemblée des assemblées comme celle de Commercy pourrait être une forme de coordination dans la durée pour maintenir une certaines unité sur l’analyse de la situation et son évolution. Et les contre-mesures éventuelles à prendre pour peser. Cela ne sera pas facile.

Être reçu par le président de la République renforcerait la reconnaissance des Gilets Jaunes reçus comme interlocuteurs privilégiés à condition que la délégation soit représentative de la majorité d’entre eux et ne constitue pas un facteur de division. Il est peu probable que Macron fasse des propositions alors que le Grand Débat est en cours. Si ce n’est pour tâter e terrain ou diviser.

Quoi qu’il en soit la période s’annonce difficile pour les Gilets Jaunes au moment où la campagne électorale pour les élections européennes commence dans une Union européenne en grande crise tandis que la maison brûle sans que personne en soit préoccupé.

La force des Gilets Jaunes est son indépendance mais encore plus son unité dans les revendications, justice fiscale, justice sociale, justice territoriale, démocratie qu’ils devraient faire endosser par les candidats aux élections européennes, sans relâcher leur vigilance face au président et au gouvernement.

C’est aussi, et peut-être surtout, le soutien continue rencontré dans la population avec l’espoir que se mobilisent tous les militants qui partagent leurs buts, qui sont dans des associations, partis ou syndicats dont la crédibilité n’est guère plus grande que celle des journalistes. Et qui trouveraient là l’espoir de changer les choses.

 


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3 réactions à cet article    


  • Arogavox 23 janvier 09:20

    « La civilisation, la vraie, se construit non sur des complicités faciles,

    des démissions, des esclavages mais sur des refus, des ruptures »
     Théodore Monod

     (D’ailleurs c’est pas seulement la civilisation qui se construit sur des ruptures, mais l’univers lui-même)

    Deux objectifs à viser en même temps :

     l’un, à court terme :

      stopper le désastre par une sanction marquante qui dissuadera définitivement les pervers de re-tenter des dérives dictatoriales

     l’autre, sans aucun délai (à la fois à court, à moyen, et à long terme) :

     que chacun puisse ramener sa fraise ! (par des cahiers de fraises permanents :

      chaque fraise apportée étant connue de tous, et pondérée par tous en continu ; chacun n’apportant à chaque instant qu’un égal poids total de cautionnement à l’addition de tout ce qu’il cautionne ...   égalité de cautionnement officiel = égalité de pouvoir partagé)


    • baldis30 23 janvier 18:05

      Bonjour,

      le titre me choque par l’usage du possessif

      « un peuple et son président »

      Cette possession concerne une partie du peuple , le reste utiliserait plutôt un démonstratif comme « ce » ou à la limite l’article défini « le » laissant l’indéfini « un » à une entité lointaine et imaginaire ou dans l’histoire à des réminiscences brunes en complétant par « un Reich » !

      A moins que le possessif indique un désir psychiatrique ...


      • Daniel0 23 janvier 20:52

        Bonsoir, bizarre ce site, des seaux du purin déversé sur "macrote, la marionnette du grand capitalisme (petite allusion sur la banque Juive...) allié des mierdas, de mèche avec les oligarchies (yes ! Je l’ai placé !)... J’arrête là. Une question...Pourquoi sur ce site citoyen pas un mot sur l’ubertstrouphfureur, Mélanchon, qui finira comme Doriot dans les poubelles de l’histoire avec la blonde (fausse) walkarie Marine ?

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