• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Une crise politique en gilet jaune

Une crise politique en gilet jaune

Lorsqu’on oublie la réalité, elle se rappelle toujours à soi.

Alors on se rassure comme on peut :

- les gilets jaunes se disent « a-politique ». Ils sont donc évidemment… de droite, entend-on… à droite.

- les gilets jaunes demandent un contrôle direct sur la politique nationale. C’est donc qu’ils rejoignent totalement notre VIe République insoumise, entend-on… chez les autoproclamés « insoumis ».

- les gilets jaunes représentent « la France des oubliés », avec laquelle nous sommes naturellement en phase, entend-on… à l’ex Front National.

 

Aussi absurde que cela paraisse, les gilets jaunes ont même été repeints… en écologistes fervents, le temps d’une brève « convergence des luttes », le jour de la marche pour le climat.

 

Au-delà de l’évidente contestation anti-Macron, commentée ad nauseam, rappelons donc quelques évidences fâcheuses pour tout le monde :

 

Tout d’abord sur un mouvement non pas « apolitique », mais totalement politique dans ses interrogations et ses revendications :

Qui paye quoi ? Où va l’argent ? Quel modèle social faut-il (ré)inventer ? Quelle démocratie à l’heure où elle est mal en point ? Comment rompre avec 40 ans de dérives ? Quel avenir pour nos enfants ?

Plus qu’apolitiques, les gilets jaunes sont « trans-partisans », et rejettent fortement la « politique partisane », la célèbre « politique politicienne ».

 

Sans doute l’autre évidence, mais il faut la rappeler tellement elle saute aux yeux. Si des sujets majeurs de politique nationale doivent être discutés lors de « carnavals » en jaune fluo sur les ronds-points, c’est qu’il y a bien quelque chose qui ne passe plus avec la classe politique.

En premier lieu, évidemment, l’actuelle majorité présidentielle, en place par défaut.

 

Mais pas plus une « opposition » en peau de lapin, qui devrait, elle, porter cette contestation.

 

Passons brièvement sur les étranges amnésies d’une écologie politique qui tient le haut du pavé idéologique depuis si longtemps, et a allumé la mèche avec la taxation plus verte des carburants. À les entendre, Nicolas Hulot ou Yannick Jadot ne sont responsables… de rien. Comme le communisme du temps de l’URSS, l’idée de base est excellente, mais elle a été mal appliquée. Cette défense qui ressemble furieusement à une défausse ne trompe plus personne.

 

Passons aussi sur le parti socialiste, à genoux après 5 ans de François Hollande, sur lesquels on ne peut pas revenir ici, qui semble entré dans un irréversible déclin.

 

Chez les ex UMP, difficile de faire oublier la dérive clientéliste de la Primaire de la droite et du centre, avec le programme de François Fillon (et de tous les autres), taillé pour « sa base » (indépendants, professions libérales, et surtout retraités), et elle seule :

Extinction du salariat par l’ubérisation, mais retraite par répartition. Retour au 18e siècle avec des smartphones et des bribes d’État Providence.

Pourquoi vouloir être salarié (ou encore pire : fonctionnaire !), alors qu’il est si simple de vendre des fromages de chèvres sur internet, en auto entreprenariat, depuis le fin fond du Massif Central ? Tel fut l’essentiel du programme socio-économique de l’autre « grand parti de gouvernement », qui vaut bien le plus récent « il n’y a qu’à traverser la rue pour trouver du travail ».

 

Difficile aussi d'ignorer que depuis 2017, les choses ne se sont pas vraiment améliorées au sein de ce qu'il faut bien appeler « la Droite la plus bête du monde ».

 

Sous les yeux incrédules des Français, une « Guerre des étoiles » pour le leadership s'est engagée entre des formations rabougries, Les Républicains (purgés des derniers centristes sous la direction de Laurent Wauquiez), l'ex Front National (« revenu sur ses fondamentaux »), et Debout la France (qui « rassemble » des fragments des deux autres et ambitionne de dégager la synthèse de bonnet blanc et blanc bonnet).

Avec pour conséquence un mimétisme des discours, c'est à dire concrètement, puisque ses cadres n'ont pas d'autre horizon, l'alignement sur le projet « Fillon-Manif pour Tous » : identité, immigration, islamisme, terrorisme.

Un programme très limité, qui n'est lui-même rien de plus qu'une actualisation du fameux discours chiraquien sur l'« insécurité » , il y a de ça plus de...15 ans.

 

Pas beaucoup de recours à trouver du côté de la Droite la plus bête du monde, FN/RN inclus, qui cherche et trouve des référents étrangers inopérants pour la réalité française :

Gouvernements conservateurs des anciens pays de l'Est, comme la Hongrie de « l'illibéral conservateur » Viktor Orban, qui restent nettement bénéficiaires de l'Union européenne et du libéralisme économique (même si ce n'est pas autant qu'ils le souhaiteraient, ce qui explique des insatisfactions fortes).

Démocratie ethnique, du style « Noirs et Blancs » aux États-Unis, alors que la France est totalement dépourvue d'institutions ségrégationnistes ou de marquage social clair.

Des tropismes maintes fois répétés, qui sont aussi révélateurs qu'inquiétants :

Et s'il s'agissait tout simplement de transposer l'intégralité du « modèle hongrois » à la France, avec un niveau de vie qui rejoindrait celui des pays de l'Est, plus « compétitifs », en le complétant par une lutte contre l'Islam qui promet d'être éternelle 1, ?

De même si l’ont suit jusqu’au bout le parallèle avec les États-Unis, l’issue ne risque-t-elle pas d’être analogue à celle décrite par Emmanuel Todd : une exploitation cynique des ressentiments raciaux des Blancs dans les années 80 par «  certains politiciens […] pour accélérer l’effondrement du système socio-économique égalitaire hérité du New Deal et de la fin de la Seconde Guerre mondiale  ». Et ainsi aboutir au démantèlement « pour tous » d’un État social supposé « trop favorable aux Noirs », le discours sur « les valeurs » se traduisant concrètement par des baisses d’impôts répétitives sur les plus riches 2. Voilà qui a le mérite d'être clair sur ce qui peut nous attendre.

 

À ce propos, il convient de rappeler une autre évidence :

Même si la Droite la plus bête du monde s'est donnée beaucoup de mal pour ethniciser les gilets jaunes 3, même si ses représentants savent parler haut et faire croire à leur considérable influence (l'émanation terminale de la Manif pour tous se voyait déjà en faiseuse de rois pour 2017 : on a vu ce que ça a donné), il n'a jamais été question d'émeute ethnique depuis le 17/11/2018.

Voilà qui donne en quelque sorte la juste valeur de sa « clairvoyance ».

 

Qu’en est-il de la « force montante » à gauche, les insoumis, de Jean-Luc Mélenchon ?

On peut dire beaucoup de choses sur des thématiques « insoumises » qui compilent en réalité la plupart des « dadas » en vogue à gauche :

Priorité à l’institutionnel, avec une VIe République parfaite (comme un certain Arnaud Montebourg), ce qu’il faut d’écologisme, une pincée d’anti-colonialisme (comme dans les années 60), une louche de défense des Palestiniens, la paquet sur la laïcité (contre l’Église uniquement, comme en 1905), « faire payer les riches », antifascisme (comme en 1936)...

 

On peut aussi avoir beaucoup de réticences, surtout quand on commence à atteindre un grand âge, envers un dirigeant qu'on a connu longtemps en « chien de garde » du parti socialiste, jusqu'à sa (tardive) « insoumission » en... 2008. Il est vrai que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Malgré cela, sans doute d’ailleurs grâce à cela4, Jean-Luc Mélenchon paraît certainement le plus à même d’offrir une solution de rechange à l’ultime avatar de la politique euro-libérale incarnée par le macronisme.

Toutefois…

Si la France entière a pu voir la candidature de Marine Le Pen s'effondrer en direct lors du fameux « débat raté », où elle s'est d'emblée posée en opposante à Emmanuel Macron et a pris acte de sa défaite... avant même le 2e tour, Jean-Luc Mélenchon ne porte-t-il pas, lui aussi, son propre « débat raté » ?

 

La question nationale, et sa consœur sur l’immigration, restent, plus que jamais, l’angle mort de son « insoumission ».

En témoigne un discours grossièrement clientéliste, ethnicisé à l’envers, où « les banlieues » et la Seine Saint-Denis, sont censés représenter « l’avenir ».

Ou sur les « migrations » expliquées uniquement par un tiers-mondisme tout droit sorti des années 60 (« les guerres de l’OTAN », « le pillage des ressources »), ignorant superbement qu’elle sont aussi dictées par la recherche d’un mieux disant social et salarial, et font peser un danger mortel pour un système social mis en place dans un cadre strictement national 5.

 

Les résultats électoraux semblant au rendez-vous, la stratégie ne semble pas prête de changer. Cependant, on peut se demander il ne s’agit pas plutôt ici de reprendre une rente de situation, auparavant détenue par le PS, qui peut même bloquer la progression nécessaire pour toucher « 50 % des Français plus un ».

Une rente (peut-être) capable d’enthousiasmer une partie de la population, mais d’en rebuter une partie encore plus grande. Un peu comme le nouveau FN.

 

Au final, le paysage politique français se caractérise par des mouvements classiques déconsidérés, tandis que les deux forces dites « alternatives » sont celles qui, justement, se révèlent incapables de construire un projet alternatif.

Mieux.

L'opposition irréductibles entre un « Rassemblement national » (qui n’a pas précisément montré de grandes capacités pour « rassembler »), et des Insoumis autoproclamés 6, pérennise (pour l’éternité ?) la division de(s) (l’) électorat(s) demandeur(s) d’une véritable alternative. Et assure en conséquence le maintien de la politique habituelle.

Un coup d’œil sur ce qui s’est produit en Italie, où « populistes de droite » et « populistes de gauche » gouvernent ensemble, contraints et forcés, est cruellement révélateur7 :

Même si les résultats de cette expérience italienne restent incertains, ces formations ont au moins eu le mérite de savoir prendre leurs responsabilités.

Ce n’est semble-t-il pas demain la veille que ça risque de se produire en France.

Après la démission de Macron, faut-il demander le renvoi politique de la famille Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon, et de Laurent Wauquiez ?

 

1 Ce n’est pas le moindre des mérites de Florian Phillipot, dans son livre Frexit. UE : en sortir pour s’en sortir, éd L’Artilleur, 2018, de démonter ce parallèle absurde, intelligible par un enfant de 10 ans : la France n’est pas la Hongrie, ni par la taille, ni par son rapport au budget de l’Union européenne, ni par son histoire, ni par son niveau de vie, ni même par son rapport à l’immigration ( p 93-94).

2 Voir Où en sommes nous ? Une esquisse de l’histoire humaine, éd Seuil, 2017, p 316-320

3 D'une certaine manière, on ne peut pas lui donner tout à fait tort. Vu depuis la télé, un faciès maghrébin en gilet jaune passe totalement inaperçu.

4 On peut rappeler l’élection de François Hollande en 2012, qui avait pour tout programme… « être le mieux à même d’empêcher la réelection de Sarkozy ». Comme quoi l’indigence d’un programme n’est pas si handicapante.

5 Soulignons toutefois qu’un salutaire réflexe de survie politique lui a fait refuser le « revenu universel » défendu en 2017 par un Benoît Hamon pour le compte PS, entré dans une phase de démagogie terminale. Si cette mesure serait peut-être pertinente dans une société homogène coupée du monde, elle est intenable dans une société ouverte à tous les vents de la mondialisation, où « universel » serait vite pris au sens littéral du terme.

6 On se souvient de la croisade anti Marine Le Pen assez ridicule de Jean-Luc Mélenchon en 2012 à Hénin Beaumont. Du côté de l’ex FN, le sectarisme est non moins présent, puisque pour nombre de cadres, le « gauchisme » débute avec Philippot.

7 En même temps qu’elle est l’exemple même démontrant que l’instauration d’institutions parfaites revient à poursuivre son ombre :

le paysage politique issu des élections législatives italiennes du 4 mars 2018 rendait potentiellement le pays ingouvernable. Toutefois, les institutions démocratiques ne sont qu’un cadre, certes imparfait, mais que la pratique des hommes réussit toujours à assouplir… Encore faut-ils qu’ils soient de bonne volonté.


Moyenne des avis sur cet article :  1.77/5   (13 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • Arthur S François Pignon 28 décembre 2018 16:57

    Manifestement, vous n’avez pas fini de louvoyer.


    • Arogavox 28 décembre 2018 18:56

      Des institutions « démocratiques » ?

       Pilotées par des gens très sûrs d’eux, en compétition pour prétendre « incarner » plus de 67 millions d’âmes ! 

        

      Ce qu’en disait le philosophe-logicien :

      «  L’ennui dans ce monde, c’est que les idiots sont sûr d’eux et les gens sensés pleins de doutes. Bertrand Russel »

       


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 28 décembre 2018 22:48

      @François Pignon

      Qu’est-ce vous voulez mon pôvre :

      on ne peut qu’envier les croyants, qui savent tout sur tout, tout le temps smiley


    • gaijin gaijin 28 décembre 2018 17:20

      crise politique ?

      oui

      mais aussi crise sociale

      et crise civilisationnelle


      • berry 28 décembre 2018 17:58

        En tant que propriétaire de la marque, Florian Philippot réclamera 100 € à tous ceux qui portent un gilet jaune sans autorisation.

        https://nordpresse.be/florian-philippot-reclamera-100e-a-portent-gilet-jaune-autorisation/

        Oui, je sais, c’est une blague.


        • zygzornifle zygzornifle 29 décembre 2018 08:53

          Tout simplement un raz le bol général ....


          • patwa 29 décembre 2018 10:38

            Oubliez les rond point mon amis, jusqu’au printemps du moins.

            Ils restent des point d’acces aux mouvement, mais le gros des jaunes s’est fedéré-aglutiné-inscrit dans le contexte municipal, on recu une sale et organisent des assamblée populaire.

            Les plus chanceux ont carrément fusioné avec le conseil municpal, disposent des ressources de la police municipale et de la fonction territoriale locale. Cette partie la de la France est sauvée, elle vas tourner suisse en local, par arêté municipal.

            Les moins chanceux s’appuient « sur la droite », et ont des locaux privés fournis par des volontaires, des bénévoles, des partisans. Il s’organisent en opposition locale ou envisage de soutenir lalane ruffin flyrider chouard au élections d’en Reich.

            Vous étes 500 a m’avoir déclaré de vive voix que bloquer les civils, les particuliers étais inutiles. Vous constaterez que les retraités en jaune ne vous bloquent pas et que les rouge-bleu font du filtrage non bloquant, selon une concession.

            Vous étes 200 a m’avoir demandé du concret, et je vous ai fait signé la piéton réforme constitutionelle clef en main, évolution simple et solide de ll’initiative partagé a 25%+300K vers l’initiative populaire a 700.000K

            Il y a 300K signature sur le site,. L’association article 3 smap les versification d’identité et vous répondez, elle est en acier cette liste. Cette putain de liste est de la légitimité, elle est comme une élection, comme une votation.

            Venez au rond point, demander aux vieux décorés ou est l’assemblée !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès