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Une victime expiatoire de la terreur des Etats nucléarisés du monde présent : l’Ukraine

 

Introduction : triomphe éphémère des Etats prédateurs

 

 L’invasion présente de l’Ukraine par la Russie devrait nécessairement poser à tout être humain, doué de raison, un cas de conscience profond en raison d’un fait inacceptable moralement et éthiquement. En effet, ce qui se passe en Ukraine sous nos yeux curieux, qui est une figure de répétition d’un fait passé dans les années 1990-1991, s’apparente au constat suivant : au sujet de l’Ukraine, on peut dire qu’il y a deux poids deux mesures suivant la puissance nucléaire des Etats de notre monde présent.

 En effet, on se souvient encore qu’en 1990-1991, les Etats-Unis d’Amérique, sous l’égide de l’ONU (Organisation des Nations Unies), avaient entrepris une guerre quasi mondiale contre l’Irak du président Saddam Hussein. Il s’agissait alors de libérer le Koweit qui avait été brusquement envahi par les troupes de ce dernier. Rappelons brièvement les faits. A la suite de l’échec de sa guerre meurtrière contre l’Iran, qui s’était soldée par la débâcle des armées irakiennes, Saddam Hussein, sans doute, pour se racheter aux yeux de son peuple humilié, ordonna à son arme d’envahir le Koweit le 2 août 1990 ; une opération qui avait été faite par surprise. Il le fit pour deux rasions majeures. D’une part, ce petit Etat est très riche en matière de ressources pétrolières, entre autres. Et comme Saddam Hussein avait provoqué la ruine économique et financière de son pays, il nourrissait l’espoir de piller les richesses de ce petit pays pour compenser ses faillites. D’autre part, Saddam Hussein avait revendiqué le Koweit comme un territoire irakien à l’instar des délires de V.V. Poutine par rapport à l’Ukraine de nos jours. Certes, le Koweit a fait partie de la province Ottomane de Bassora. A ce titre, il avait été revendiqué par Saddam Hussein comme un territoire irakien légitime ; soit une partie intégrante de la nation irakienne. Or la famille Al-Sabah, qui régnait sur ce territoire, avait conclu en 1889 un accord de protectionnisme avec le Royaume-Uni. Et en 1922, celui-ci fixa la frontière entre les deux pays, faisant de chacun d’eux une entité politique souveraine et autonome, comme l’Ukraine et la Russie.

 C’est pourquoi, en vertu du statut d’Etat autonome du Koweit, membre de l’Onu, le 29 novembre 1990, la résolution 678 du Congrès de Sécurité des Nations Unies autorisa le recours à la force des armées internationales contre les troupes irakiennes si elles s’avisaient d’occuper le Koweit au-delà du 16 janvier 1991[1]. Donc, sou l’égide de l’ONU et le leadership des Etats-Unis d’Amérique, une coalition de 35 pays envoya de troupes dans le Golfe persique dans le cadre d’une double opération : d’abord, le « Bouclier du désert » pour protéger l’Arabie Saoudite – disons pour protéger sa livraison du pétrole indispensable aux industries du monde occidental et non pas les Saoudiens eux-mêmes comme peuple menacé alors par une guerre imminente. A la limite, ils auraient toujours pu mourir ; personne n'en aurait cure d’un tel éventuel désastre en termes de vies humaines. Ensuite, la « Tempête du désert » pour libérer le Koweit de l’occupation par cette même armée. Ainsi, la coalition de ces forces militaires internationales repoussèrent rapidement l’armée irakienne en forçant Saddam Hussein à une capitulation le 28 février 1991.

 Or la situation présente de l’agression et de la possible invasion de l’Ukraine par la Russie présente une figuration similaire ; mis à part les mensonges d’Etat dont Poutine est devenu le grand spécialiste de nos jours qui sont, à ses yeux seuls, la fin qui justifie tous les moyens, même les moins légitimes au regard du droit international. En effet, tout le monde sait que l’Ukraine est un Etat libre et souverain, membre de l’ONU au même titre que la Russie. La première a été agressée et amputée des parties de son territoire depuis 2014 par la seconde qui rêve d’empire russe ou soviétique d’antan, comme si ce qu’on appelle communément le temps ne change guère de réalité. Mais, le fait étrange et incompréhensible tient au constat que personne ne lui vient au secours, comme si l’Ukraine est devenue un Etat voyou déclaré comme tel par les Etats-Unis d’Amérique. Ni ce dernier pays, censé être fort puissant, ni l’Onu et tous ses membres ne se mobilisent, comme en 1990, pour lui venir en aide militairement. Tout se passe comme si l’on préfère laisser l’Ukraine et, surtout, ses peuples en totale déréliction ; voire dans son désarroi. Si, donc, il n’y a point de coalition des Etats, comme on l’a fait pour défendre le Koweit, ni des Etats-Unis d’Amérique, ni des autres Etats, à commencer par l’Europe occidentale, membres de l’ONU, en vue de défendre le droit international en boutant hors de l’Ukraine les forces russes, cela signifie qu’ils ont tous peur de la Russie et de ses armes nucléaires. Que signifie alors leur soi-disant puissance ?

 Certes, on peut aisément comprendre l’effroi de ces Etats dits puissants parce que la Russie est un Etat nucléarisé : il disposerait de puissantes armes nucléaires ; plus performantes même, dit-on, que celles des Etats-Unis d’Amérique dans leur état présent ? C’est pourquoi, pour justifier leur crainte de la Russie, plutôt de Poutine, ils mettent en avant l’argument fallacieux d’une possible troisième guerre mondiale – et tout le monde se hâte d’y croire - susceptible de provoquer l’usage des armes nucléaires. En d’autres termes, les soi-disant « nations puissantes », détentrices d’armes nucléaires sont, au fond, de petites choses qui ont peur les unes des autres. A l’inverse, au lieu de mesurer réciproquement les forces des unes par rapport aux autres, on remarque qu’elles sont plutôt promptes à foncer sur les petits Etats ou sur ceux qui sont démunis d’armes nucléaires comme l’Irak, l’Afghanistan ou encore l’Ukraine. Les pays nucléarisés deviennent, ainsi, des puissances prédatrices qui se repaissent des corps des petits Etats et, donc, de leurs habitants. Autrement, comment comprendre que l’ONU et les autres Etats, dits puissants, n’aient pu se mobiliser pour punir la Russie de la violation du droit international comme le monde uni l’avait en 1991 ? Il s’agit là, pour le genre humain, d’un scandale absolument abominable.

 Or on éviterait d’être des spectateurs passifs de la mort d’un peuple si l’on pensait autrement les réalités humaines. Car, on le voit, le monde occidental supposé puissant, entre autres, s’abstient de venir en aide militairement aux Ukrainiens par peur de Poutine et de ses armées nucléaires, en délaissant ceux-ci à leur sort désespéré. Mais ils défendent vaillamment leur pays, même s’il s’agit de plus en plus d’une Ukraine au bord de ses forces physiques et morales ; dans ses craintes d’une possible déstabilisation de son statut d’Etat souverain. C’est pourquoi un tel état de choses n’arriverait pas si l’on s’était avisé de penser autrement le genre humain.

 

I – Une vision du monde multimillénaire erronée

 

 Aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire des descendants d’Homo sapiens (il convient plutôt de l’appeler « l’Homo malens » ou homme non pas savant, mais malin : celui dont l’essence est habitée par le mal ou faite du mal), on est étonné par la permanence de certains de ses actes dont notamment la volonté de scission de certains d’entre ses membres du tronc commun qu’est le genre humain. Ils ne s’étaient nullement avisés de se percevoir comme membres différents, mais appartenant à une même espèce vivante : le genre Homo… sapiens. Bien au contraire, les différents groupes ou peuples se sont employés à opérer leur scission par rapport au tronc commun comme genre d’êtres vivants en se pensant comme tels ou en revendiquant d’être les seuls qui bénéficient du statut de vrais Humains. Pourtant, cette prétention est vaine puisqu’il est absolument impossible, d’un point de vue génétique, de se percevoir, ainsi, sans en intégrant, malgré soi, les autres composantes du genre humain. Il n’y a ni plus humains ni moins humains sur la surface de notre commune Terre. On voit, ainsi, que ces fameux groupes ont vécu dans l’illusion de représenter l’Humanité par excellence. C’est même un rêve permanent qui a toujours hanté des membres du genre humain en vertu du poids de la conscience duonique[2]. Pour le montrer, nous nous en tiendrons deux exemples dans l’histoire des Humains.

 D’abord, la religion : C’est l’une des toutes premières figures de tentative de scissions des différents groupes humains. Ce sont surtout les religions du Moyen-Orient (la Mésopotamie et la Perse) et du Proche-Orient (Les Hébreux, même si eux aussi viennent de la Mésopotamie) qui ont provoqué de telles fractures dans la famille de l’espèce humaine. De telles tentatives ont été facilité par l’intervention imaginaire de dieux omnipotents et tutélaires d’un peuple. Ce faisant, les dieux de ces peuples étaient eux-mêmes en permanence en conflit par rapport à d’autres dieux de la même envergure. Le paradoxe tient au fait que, hormis le dieu Yahvé des Hébreux – celui-ci est décrit dans l’Ancien Testament comme un dieu jaloux : un seul peuple pour un seul dieu comme le roi Josias l’a décidé et institué vers le VIIe siècle av. J-C.-, tous les autres grands dieux de cette partie de la terre, qui menaient le destin de leurs peuples par la puissance secrète du cerveau humain, transcendaient les territoires des peuples qui les avaient inventés. Ce fut le cas du dieu Baal, qui avait pu atteindre le statut de dieu universel grâce à son culte fort bien adapté à l’idiosyncrasie culturelle des peuples en occupant un espace plus grand, et plus vaste en matière de territoire que le Yahvé de Moïse. En effet, le culte de Baal s’était étendu de la Mésopotamie, par le Proche-Orient jusqu’en Occident (l’Europe sous l’Empire romain). Autrement dit, le panthéon des peuples était riche de dieux, de déesses et de leurs icônes qui gouvernaient les peuples et, par leurs interprétations, les conduisaient à des conflits les uns contre les autres, parfois interminables. Ces groupes d’êtres humains faisaient ces guerres sans en être réellement conscients, si ce n’est sur la foi d’une prédilection prétendue exclusive que leurs dieux leur avaient accordée. La plupart du temps, puisque ces dieux étaient nationaux, naturellement ils s’imprégnaient de la psychologie de leurs peuples élus en étant eux-mêmes enclins à l’ostracisme par rapport aux peuples voisins, jaloux des succès et de la grandeur des autres dieux et de leurs peuples. C’était le cas du Yahvé de l’Ancien Testament. Tel est le sens de ce passage de l’Exode (20 : 5) : « Tu ne te prosterneras point devant elles les autres idoles, et tu ne les serviras point ; car moi, l'Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent… »[3].

 De nos jours, il reste encore, de cette nébuleuse des dieux nationaux, des théologies et de leur influence excessive, tyrannique même des classes sacerdotales sur la conscience des croyants, entre autres ; voire des relents de violence, de guerres et de haine qui condamnent le genre humain à une répétition de la durabilité des mêmes sentiments d’hostilité réciproque. Ils contredisent, ainsi, l’idéal flatteur selon lequel l’Humanité connaîtrait un soi-disant progrès. A titre d’exemple, on peut retenir deux religions qui continuent à empoisonner les liens entre les Humains en réduisant la part de la qualité éthique dans les liens réciproques de leurs adeptes. Il s’agit du christianisme et de l’islam.

 Or, sur l’influence néfaste des religions, en général, et sur leur domination perverse sur

les consciences humaines, en particulier, Rousseau avait pris soin de nous mettre en garde, dès le XVIIIe siècle, contre la manière pernicieuse dont la classe sacerdotale opère pour avoir une domination monopolistique sur les êtres humains. Il a insisté sur le fait que « tout ce qui rompt l’unité sociale ne vaut rien. Toutes les institutions qui mettent l’homme en contradiction avec lui-même ne valent rien ». Parmi toutes les figures de religions qu’il cite, comme « la religion de l’homme et du citoyen », la religion des lamas (le Bouddhisme tibétain), le christianisme ou « la religion du prêtre », la religion du pouvoir temporel théocratique, etc., il pense que cette dernière a des tendances dangereuses pour la liberté du sujet. Car elle se fonde sur « le principe qu’on ne doit avoir d’autre pontife que le prince ni d’autres prêtres que les magistrats. Alors mourir pour son pays, c’est aller au martyr, violer c’est être impie ». Il ne s’agit ni plus ni moins qu’une mauvaise religion « en ce qu’étant fondée sur l’erreur et sur le mensonge elle trompe les hommes, les rend crédules, superstitieux, et noie le vrai culte de la divinité dans un vain cérémonial. Elle est mauvaise encore quand, devenant exclusive tyrannique, elle rend un peuple sanguinaire et intolérant ; en sorte qu’il ne respire que meurtre et massacre, et croit faire une action sainte en tuant quiconque n’admet pas les dieux. Cela met un peuple dans un état naturel de guerre avec les autres, très nuisible à sa propre sûreté »[4]. On trouve, dans ces passages de Rousseau exactement l’autre versant d’une figure de religion moderne qu’on appelle la politique. Comme la religion, elle pousse, elle aussi, ses thuriféraires à la haine de l’autre à travers des menteries honteuses et indignes des êtres rationnels c’est-à-dire capables d’esprit crique, selon lesquelles, ce sont toujours les autres qui sont à l’origine des malheurs supposés des peuples auxquels ils appartiennent. En ce sens, toute la politique, qui est un espace de jeu enfantin, voire imbécile où il s’agit de dire n’importe quoi et de démontrer tout ce que l’on veut pour exister. Ce qui signifie que ceux qui s’adonnent aux joutes verbales théâtrales pour tromper leurs peuples par la démagogie en les forçant à faire d’eux, par leurs choix électoraux, des roitelets, l’espace d’une mandature. La politique, aussi, pousse leurs tenants, leurs doctrinaires à la guerre sans raison valable ni légitime, si ce n’est par leur mégalomanie egolâtre de besoin d’espace ; quitte, pour cela, à anéantir les autres peuples qu’on érige au rang d’objet de haine gratuite comme nous en sommes témoins impuissants de nos jours en Ukraine.

 Il est manifeste qu’un tel état d’esprit spécifique à un peuple et à sa religion incline nécessairement au rejet des autres comme s’ils n’appartiennent pas au même genre de vivants ayant le même et unique destin sur notre commune Terre. Ce faisant - nous l’avons déjà démontré dans nos travaux de philosophie (texte inédit) – ces phénomènes humains s’expliquent par la pesanteur de la conscience duonique. Il s’agit d’un monstre psychique que notre cerveau a secrété pour divertir les sujets humains de devoir agir sous le seul angle de la conscience claire et lucide. Cette dernière est la dimension fondamentale de la lumière de la raison qui peut, seule, hisser un singulier au sommet de l’accomplissement de son humanité. Or cette conscience (duonique) est aussi à l’œuvre dans d’autres dimensions des réalités humaines qui opèrent des scissions, des divisions par rapport au tronc commun du genre humain.

 Ensuite, l’une des figures de telles errances résultent de l’idée de communauté de sang ou même d’onomastique. Pour peu que l’on se donne la peine de parcourir la préhistoire du genre humain ou, si l’on veut de l’Homo sapiens, un fait s’impose comme une évidence irréfragable. En effet, de tous les vivants, celui-ci a été le moins pourvu en moyens de défense et de survie. C’est ce que démontre, entre autres données du passé, le mythe de Prométhée et d’Epiméthée dans le Protagoras de Platon. Tout indique qu’initialement la nature semble avoir été avare par rapport à lui. Mais il s’agit, au fond, d’une erreur de calcul ou d’un manque d’intelligence, voire de prévoyance rationnelle de leur artisan. Car la faute en incombe à Epiméthée qui, bien que manquant de bon sens ou qui n’était pas réfléchi, s’était pourtant avisé d’accomplir la mission divine de pourvoir tous les vivants de tout ce qui est nécessaire à leur survie sur la terre, une fois qu’ils émergeraient à la lumière en sortant des entrailles de la terre qui les a fécondés. Or celui commença par pourvoir tous les autres êtres vivants, exception faite du genre humain, de toutes les qualités appropriées à leur survie. Lorsqu’il s’est agi de faire autant pour l’espèce humaine, il fut bien embarrassé puisqu’il ne lui restait plus aucune qualité nécessaire à sa survie. En venant examiner l’oeuvre de Prométhée, au terme de ses travaux, Prométhée fut fort désappointé par le fait que si, effectivement, toutes les autres espèces vivantes étaient bien pourvues de qualités pour survivre à la surface de la terre, il n’en était point, ainsi, du genre humain. Car celui-ci se retrouva « nu, sans chaussures ni couverture ni armes et le jour approchait où il fallait l’amener du sein de la terre à la lumière »[5]. On connaît la suite de ce mythe : comme ultime solution pour sauver le genre humain d’une possible disparition de la surface de la terre, Promothée a eu l’audace d’aller voler à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts avec le feu. Comme l’écrit Platon, « sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile… L’homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie… » C’est ce qui explique, en raison de ce dénuement initial – il est nu, il est fragile, etc., - que le genre humain (l’Homo sapiens) sut inventer des subterfuges remarquables pour faire jeu égal, voire pour surpasser et les autres espèces vivantes non humaines, et même les différentes familles d’hominidés comme l’homme du Neandertal. Pire, il réussit à les éliminer toutes pour pouvoir triompher seul sur la surface de la terre.

 Parmi les moyens qu’il inventa à la fois pour mettre fin à son errance sur tous les territoires – sous cet angle il était la proie facile de toutes les différentes espèces de prédateurs dont les autres hominidés – et pour survivre, il inventa le principe de la communauté. Toutefois, il n’y pas une communauté, mais des multitudes de communautés - les petits groupes erraient épars sur toute la surface de la terre – en s’implant partout dans des lieux ou des territoires propices à leur expansion et à leur propension à s’attacher à l’homophilie pour dompter leur terreur de l’étranger, porteur potentiel de danger pour sa vie. Mais, très vite, avec l’émergence des langues et des cultures, ces communautés constituées et devenues étrangères les unes aux autres, entrèrent en conflit les unes par rapport aux autres. En réalité, on ne peut parler de « races » - ce terme n’a aucun sens en science et en anthropologie -, mais d’émergence de groupes ; à la limite, il s’agirait d’« ethnie » qui, par l’habitude de vivre ensemble, de partager les mêmes données et les mêmes valeurs spirituelles, d’échanger des biens nécessaires à leur survie, voire d’établir des alliances matrimoniales, etc., ils en sont venus à constituer un corps physique et moral. En celui-ci, les membres des groupes trouvent une figure d’identité ou de reconnaissent de soi comme appartenant à une même entité humaine ; mais pas forcément au même genre humain.

 Dès lors, ces entités communautaires, qui se contemplent dans le miroir de l’homophilie, finirent par oublier qu’elles appartiennent, d’abord, à un même genre de vivants pouvant s’inter-reproduire et avoir des descendants, c’est-à-dire à la même espèce de vivants, soit le genre Homo sapiens. Il en a résulté des conséquences qui tendent à séparer le genre de lui-même et en lui-même en rendant deux données fondamentales du genre humain impossibles : l’unité et l’universalité.

 D’une part, des communautés humaines prétendent qu’un privilège leur est échu par la nature qui rend compte de leur rang d’aristocrates – mais personne ne peut le démontrer, pas même ceux-ci -. C’est le cas des nobles qui prétendent avoir hérité d’un soi-disant « sang bleu », qui leur confère, de fait, leur statut de noblesse, entre autres mythologies de ce genre. Or l’analyse biochimique du sang humain prouve que celui-ci est composé des mêmes cellules que celui de tous les êtres humains vivants. Aucune d’entre elles ne porte un indice particulier qui conférerait à des individus un statut particulier. Le sang, affirment les biologistes, est un tissu composé d’un fluide salé, le plasma dans lequel trois types de cellules circulent. Il s’agit des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes[6]. Donc, il n’y a point d’aristocrate par nature ou en vertu d’un supposé sang noble qui le distinguerait du reste des membres du genre humain. De même, on ne naît pas « bourgeois » - c’est un hasard de naissance ou un statut résultant d’une conquête personnelle -. Même si l’on naît dans une famille qui destine les enfants à devenir comme leurs parents, à savoir bourgeois, pour autant, on ne naît pas moins ni plus humain. Qu’on le veuille ou non, qu’on le nie ou non, tout sujet humain est astreint, jusqu’à la fin de sa vie, à la même et unique condition de son humanité singulière. Certes, nous sommes tous différents par des caractéristiques physiques ou psychologiques et semblables en vertu de cette condition humaine même que nous avons tous en partage. Il n’y a ni supérieur ni inférieur, hormis les croyances culturelles infondées, fruits de préjugés courants, qu’on peut véhiculer tout au long de son existence. Même si ces différences constituent un casus belli au quotidien – ce sont là des faits d’intelligences médiocres, de politiciens véreux et cyniques, obtus et étroits d’esprit -, il n’en demeure pas moins que la nature, soit notre commune Terre -Matrie, se complaît depuis nos origines communes, dans sa contemplation de cette belle diversité unique, qui ne devrait pas être une source de conflit ou de vaines guerres temporelles.

 D’autre part, certaines communautés s’entêtent dans les croyances multimillénaires, comme une sorte d’autoglorification de soi, selon lesquelles elles seraient des êtres humains élus par leur dieu. C’est le cas de la religion israélite. Mais, ceci est propre aux seuls adeptes de cette religion et ne concerne nullement tous ceux qui sont Juifs par leur nom. Toutefois, en dehors de leurs propres croyances en un dieu qui les aurait choisis comme son peuple, hormis ses propres écrits relatifs à son histoire, rien, ni les documents théologiques des grands peuples de ses époques, ni les récits historiques d’aucun autre peuple ne prouvent en quoi que ce soit qu’il s’agisse effectivement d’un peuple choisi par un dieu quelconque. Ainsi, en s’attachant à la belle représentation spirituelle de soi, comme une entité humaine à part de toutes les autres, parce que persiste la croyance que l’on serait élu par un dieu, on opère nécessairement une scission du tronc commun qu’est le genre humain. Cette mise à distance de soi par rapport aux autres a conduit, au cours de l’histoire, à diverses figures d’agression, de violences inouïes ou d’holocaustes ; hier et aujourd’hui.

 Aussi, quels que soient les privilèges, les avantages des communautés, elles doivent, d’abord, se percevoir en tant qu’humaines non pas exclusives, mais essentiellement en tant que membres absolus du genre humain ; et, ensuite, vivre ses choix spirituels ou religieux. Car quoi qu’on dise, quoi qu’en pense, la volonté de césure d’une communauté donnée du genre humain est, du point de vue de la nature, absolument infondée et impossible. C’est de la pure spéculation religieuse, théologique ou politique. Nous sommes tous fondamentalement des sujets humains avant d’être des Grecs, des Romains, des Egyptiens, des Russes, des Ukrainiens, des Européens, des Africains, des Asiatiques, des Américains, des Océaniens, etc. Dès lors, si nous étions tous conscients de cette donnée universelle, on éviterait des guerres comme celle de Poutine en Ukraine ou comme toutes celles qui sont en devenir dans les prochaines années. Autrement, si l’on ne prend en compte cette donnée essentielle en tant que mêmes membres du genre humain, alors on se situe toujours dans l’erreur de la perception de l’Humanité.

 

II- La division du monde humain

 

  On ne s’interroge pas assez sur le commencement de la pensée philosophique essentielle de l’être humain. En se fondant sur le principe et le sens même du concept d’Anthropos, soit l’Humain en général, des philosophes ont toujours eu à cœur de penser et de chercher à savoir qui il est essentiellement et de manière générale. Une telle approche de l’Humain est beaucoup plus universelle que celles des sciences de la matière, en particulier, les sciences du vivant. En effet, celles-ci se sont évertuées depuis le début du XIXe siècle environ, à le penser en matière de différences. Comme elles l’ont soutenu de façon répétitive, les « races », disons plutôt les populations sont humaines sont différentes dans leurs cultures, leur niveau de civilisation, mais aussi – ce qui est évident -, par leur physique. Puisque ces sciences ont été produites par des sujets humains, il en ressort de leurs élucubrations deux types d’êtres humains.

 D’une part, c’est à partir du niveau de civilisation, c’est-à-dire le développement économique, le progrès des arts et des sciences, etc., des peuples qui a conduit les auteurs dans les sciences du vivant à inventer des indices manifestes pour penser la supériorité présumée des uns et l’infériorité inférée des autres. D’où leur regard exclusivement laudateur des œuvres et des Humains eux-mêmes qui font montre de tels indices de civilisation. Ceci était d’autant plus aisé à établir et à soutenir que les auteurs de ces sciences étaient eux-mêmes issus des peuples érigés à un rang sommital.

 D’autre part, tous les autres peuples qui ne bénéficiaient pas de tels critères laudatifs de civilisation étaient considérés purement et simplement comme des primitifs, soit des êtres à mi-chemin entre l’animal et l’Humanité prétendument civilisée. Pire, ils sont situés au niveau le plus bas qui se puisse imaginer. Ce faisant, les auteurs (biologie et sciences humaines, entre autres champs de savoirs) de ces sciences ont opéré, sans le vouloir expressément – du moins, on peut le supposer – une figure de scission des peuples en deux catégories : ceux qui sont en adéquation par rapport à l’idéal que l’on se donne de ce que doit être le genre humain ; et tous ceux qui en sont déclassés, qui se situent en dehors de la première catégorie lumineuse, brillante, accomplie, etc. Bref, ils ne méritent pas d’être fondamentalement reconnus comme des sujets humains à proprement parler.

 Certes, malgré cette volonté intrinsèque de la Philosophie de penser l’universel dans le genre humain, des philosophes comme Aristote, dans l’Antiquité, et plus tard, des philosophes du XVIIIe siècle au XXe siècle, n’ont pas hésité à opérer une telle classification dans leur manière de penser l’Anthropos. Ils se sont, eux aussi, égarés par rapport à ce qu’il est : l’Humain en tant qu’Humain. Alors, ils s’en tenu à sa périphérie et non pas à son essence même en prenant uniquement en compte certains effets de son agir, comme les arts, notamment de la guerre - en fait celle-ci est la figure permanente de la cruauté tapie au cœur du genre humain, en le réduisant, malgré ses fastes contemporains, à ses origines d’animal égaré et effarouché sur la vaste terre – et les techniques. Or, du point de vue de son être même, rien ne distingue un sujet humain d’un autre. En d’autres termes, les êtres humains sont astreints aux mêmes conditions d’existence, de vie fondamentalement fragile et précaire. La moindre bactérie peut, sans difficulté aucune, nous ôter la vie, l’espace d’un instant infime. Car nous sommes tous des mourants en sursis, mais nous n’en avons pas généralement conscience tant que les conditions de notre existence nous sont favorables. C’est cet état de fait qui conduit les chefs d’Etat à déclarer la guerre à d’autres peuples par besoin factice d’espace ou par volonté de domination pathologique. Ils provoquent, ainsi, la destruction massive de vies humaines ou non comme s’ils étaient eux-mêmes immortels. Or ils sont, eux aussi, des composantes éphémères du genre humain qu’ils haïssent par leur agir même. En fait, ils ne sont ni au-dessus, ni en-dessous, ni même hors de lui. Ce sont, comme tous les autres à l’instar des fétus de paille, des êtres fragiles, insignifiants que le courant de la vie draine nécessairement vers l’horizon ultime de la mort ; soit le gouffre angoissant qui attire et anéantit tout ce qui a pour principe le souffle vital que tout un chacun doit rendre, ainsi, à la nature à laquelle il appartient éternellement.

 Donc, ce qui importe dans la pensée de l’Anthropos ou, si l’on préfère, du genre humain, c’est, en dernier ressort, l’universel et non pas le particulier. Il ne s’agit pas de nier ce dernier – il est une réalité irréfragable -, mais de considérer essentiellement le Tout, soit le genre humain, qui est également irréfutable et dont le particulier dépend. Car, et en ce sens, le particulier ne désigne pas seulement l’individu mais aussi les groupes, les communautés, les diverses figures d’ethnie, les clans ; bref, les regroupements d’êtres humains qui pourraient aspirer à se considérer comme le centre du genre humain. D’où la mise à l’écart des autres groupes humains. Car une telle opération de mise à distance d’un groupe par rapport au tronc commun, comme nous l’avons vu auparavant, est toujours susceptible de générer des conflits, de provoquer une volonté de négation physique ou culturelle par la décision arbitraire d’un chef d’Etat tel que nous en sommes témoins de nos jours, en raison de la folie de V. Vladimir Poutine, le nucléocrate de la Russie, qui s’imagine dans les vêtements du dieu suprême des peuples slaves comme si le destin l’avait choisi pour régner sur eux du haut de ses minimes mensurations.

  Hélas, ce sont toujours les élites qui causent tant de dégâts chez le genre humain. Tout se passe comme si les classes supérieures sacerdotales, aristocratiques et seigneuriales ont inventé la politique, le pouvoir dominateur sur les consciences des peuples comme un excellent moyen de vivre sans travailler. En ce sens, Rousseau, rappelant Rabelais, fait remarquer : « Bien loin qu'un roi fournisse à ses sujets leur subsistance il ne tire la sienne que d'eux, et selon Rabelais un roi ne vit pas de peu. Les sujets donnent donc leur personne à condition qu'on prendra aussi leur bien ? Je ne vois pas ce qu'il leur reste à conserver » (In Du contrat social, Livre 1, chapitre De l’esclavage). D’un autre côté, ce sont toujours ces souverains, détenteurs du pouvoir exécutif qui décident de la mise à mort d’un peuple ou des peuples déclarés comme ennemis non pas de leurs peuples – les peuples, il est évident, ne sont pas naturellement en état de guerre les uns contre les autres -, mais du fruit de leur propre folie. Sur ce point aussi, la thèse de Rousseau ne souffre d’aucune contestation. En effet, en dehors de la peur de l’autre ou de la méfiance par rapport à tout autre humain qui nous est étranger, il n’y a, en réalité, aucune raison de vouloir sa mort lors d’une rencontre occurrente. Tout être humain se sentant menacer désire défendre seulement sa vie comme la loi naturelle lui en donne le droit absolu. Donc, la déclaration de guerre à un peuple et le massacre massif des Humains qui en résulte relève de la volonté des souverains. C’est en ce sens que Rousseau écrit : « Mais il est clair que ce prétendu droit de tuer les vaincus ne résulte en aucune manière de l’état de guerre. Par cela seul que les hommes vivant dans leur primitive indépendance, n’ont point entr’eux de rapport assez constant pour constituer ni l’état de paix ni l’état de guerre, ils ne sont point naturellement ennemis. C’est le rapport des choses & non des hommes qui constitue la guerre ; & l’état de guerre ne pouvant naître des simples relations personnelles, mais seulement des relations réelles, la guerre privée ou d’homme à homme ne peut exister, ni dans l’état de nature où il n’y a point de propriété constante, ni dans l’état social où tout est sous l’autorité des lois ». (In Du contrat social, Livre 1, chapitre De l’esclavage).

 Dès lors qu’une grande partie du genre humain vive sous l’angle de la conscience duonique – la définition philosophique de l’Anthropos est tout à fait conforme à la réalité : il est doué de raison et d’une conscience qui l’éclaire suffisamment pour ne point laisser de place aucune à une dimension de la psyché que Freud et ses disciples ont appelé l’inconscient -. Or on ne peut appeler « inconscient » que le fonctionnement mécanique du corps. En ce sens, la conscience duonique est une partie de la conscience qui manquerait de clarté et de lucidité. On comprend alors qu’il y ait encore des individus, dans la champ de la politique, qui est une figure de religion, qui cèdent aux trompettes de l’extrême-droite, en Europe et partout dans le monde. Pour nous en tenir au cas l’Europe contemporaine, on peut prêter attention aux données suivantes : lors des élections fédérales au Bundestag de 2021, l’Allemagne – du moins les électeurs allemands - s’est montrée grandissime en réduisant à une minime partie les mouvements politiques de l’extrême-droite de ce pays. A l’inverse, en France, l’on se hâte de dérouler le tapis rouge devant la marche des partis politiques de l’extrême-droite ; lesquels bénéficient de la part d’une certaine presse, peu éclairée, de larges espaces de temps pour débiter leurs démagogies porteuses de désordres sociaux. L’on fait preuve, ainsi, de mémoire courte ou d’oubli rapide par rapport aux drames et aux tragédies de la Deuxième guerre mondiale, une affaire d’hier seulement : la tentative d’extermination des Juifs de l’Europe par les Nazis, les souffrances abominables des peuples écrasés ou enterrés sous les bombes des Nazis, puis des Alliés ; voire la violence inouïe de la Gestapo et ses maîtres nazis à l’égard des résistants en France et le sang des peuples sous occupation européenne pour sauver la France de l’ignominie, etc.

 Tout semble indiquer que, dans ce cas de figure, les idées vénéneuses de ces partis véhiculent toujours la violence, l’agressivité et la division pernicieuse des citoyens et des peuples qui croient élire librement des candidats alors qu’ils sont bel et bien manipulés à leur insu. Aussi, pourrait-on soutenir, il y a chez les êtres humains deux données antithétiques : celle qui dérive de l’étroitesse de l’esprit et celle qui provient d’un esprit au spectre large et capable d’une analyse critique des phénomènes humains et, donc, d’une vision du monde universelle. La première secrète les divisions, les scissions au sein du genre humain. Quant à la seconde, elle est fondamentalement l’expression de l’ouverture de soi à l’autre ; plus essentiellement, de l’unité spirituelle universelle du genre humain. C’est en ce sens que Nietzsche écrit, à juste raison : « En face d’un monde d’« idées modernes » qui aimerait confiner chacun dans un coin et dans une « spécialité », un philosophe serait contraint - s’il pouvait y avoir des philosophes aujourd’hui - de placer la grandeur de l’homme[7], la notion même de « grandeur », dans l’étendue et la diversité de l’esprit, dans une totalité faite de multiplicité : il fixerait même le rang et la valeur d’un homme d’après l’ampleur et la diversité de ce qu’il peut supporter et assumer selon la portée qu’il sait donner à sa responsabilité[8] ». En d’autres termes, Nietzsche invite l’humanité à gravir des sommets pour accomplir une nouvelle dimension de son essence, exceptionnelle, grandissime par son esprit et son intellect ; et, donc, à rejeter ces platitudes indigestes qu’on appelle, avec complaisance, des opinions politiques.

 Hélas, en raison de la forte inclination de la conscience duonique d’une grande partie du genre humain, le choix du mal l’emporte très souvent sur la propension au Bien. Vladimir V. Poutine, de nos jours, démontre manifestement cette tendance générale des Humains. L’Etat ukrainien et ses peuples ne sont rien d’autre que des victimes expiatoires sur l’autel d’Erebos, attrait du monde obscur et des forces du mal qui existent bel et bien à travers les structures élémentaires de notre commune Terre. Et Erebos apparaît comme le souverain qui gouverne, à sa convenance, le champ psychique du genre humain, en particulier, l’agir de tout pouvoir exécutif en ce monde.

 

III- Sens de l’échec de l’esprit universel de la Philosophie et du message jésuiste

 

 La Philosophie, quel que soit l’horizon de la terre où elle est enseignée, vise toujours à ce qui est universel dans le genre humain ; idée qui prône la réalité suivante : au-delà de la diversité et des différences spécifiques de ses membres, il constitue un tout génétique. Il en est de même de ses qualités intrinsèques. En effet, tous les sujets humains sont doués de raison, de conscience qui les inclinent, entre autres faits singuliers, à édifier des Etats où devraient se réaliser la cohésion, l’unité, la propension bonne envers autrui. A l’inverse, ce devrait être la chasse impitoyable aux sentiments porteurs de conflits, d’agressivité, aux tentatives de prédation des biens des autres. Ce devrait, donc, être une propension vers le sens du mieux vivre avec autrui, soit du respect, de l’amour et de la recherche de l’amitié ; ce qui est un sentiment magnanime susceptible d’élever l’être humain au rang de son accomplissement en tant qu’Humain. Les valeurs qu’elle lui inspire sont édifiées à cette fin : c’est le début de la morale élargie (ou restreinte), autant que faire se peut, de bien se conduire en tant que membre d’une entité humaine quelconque. En d’autres termes, il s’agit essentiellement, pour les consciences claires et lucides, de regarder tout être humain, en tant que membre du genre humain, comme un avènement dans le Cosmos parce qu’il est une singularité dans cette vie.

 C’est également la visée de l’éthique, soit la conduite bonne ou mauvaise de l’individu, du particulier ou du singulier selon la brillance et la qualité des actions, la nature ou la conscience plus ou moins éclairées des sujets humains. En ce sens, le singulier, comme un être humain, se situe au rang d’une figure sommitale de l’accomplissement de l’idée que l’on peut se faire de ce qu’est, en soi-même, l’Humanité moralement magnanime. Sans doute, cet universel philosophique comprend naturellement des composantes particulières, mais qui peuvent générer un état de désordre dans la volonté générale d’unité et de concorde visée par l’esprit philosophique entre les membres du genre humain. Il s’agit pour la Philosophie, tout autant que, après elle, la science fondamentale, de la volonté saine et bonne de rechercher les organons les meilleurs pour édifier une meilleure intelligence mutuelle possible entre tous les membres de ce tronc commun qu’est le genre humain, en soi indivisible, si ce n’est arbitrairement par les artifices des individus sous domination des forces obscures.

 Dès lors que cette mission de la Philosophie n’a pas été atteinte depuis plus de 4000 ans, au moins, on est en droit de penser qu’il s’agit d’un échec, non du fait de l’esprit philosophique lui-même qui est, en soi, toujours sain. Mais il s’agit de la pesanteur de la conscience duonique sur les réalités humaines qui sont toujours telles qu’elles doivent être, c’est-à-dire aveugle et obscurantistes. Donc, cet échec n’est pas imputable à la Philosophie elle-même qui est, par essence, la propension à l’amitié de tous. C’est le triomphe de la conscience duonique chez la majorité des membres du genre humain qui est seule la cause efficiente de cette tragédie répétitive.

 Tel s’explique aussi un autre échec au sein du genre humain : celui de l’enseignement de Jésus. La finalité de celui-ci est de créer, dans le genre humain, en tant qu’entité totale unifiée, la fraternité spirituelle universelle qu’aucune religion avant lui ni même après lui n’avait envisagé suivant sa manière grandiose d’élever l’Humanité au rang du divin. En effet, aussitôt après sa mort, ses disciples se sont engagés dans des querelles d’influence à la fois au niveau des communautés qu’ils ont créées ; mais même ils ont été animés par la volonté de prééminence par rapport à l’ensemble de ces communautés. Donc, au lieu d’initier le bel esprit insufflé par le fondateur de ce mouvement de fraternité spirituelle universelle, ils ont semé, au contraire, les germes de la volonté de domination des uns sur les autres, voire des divisions, des scissions de manière indéfinie entre les composantes de cette institution unique en son genre. Ils ont, ainsi, signé, dès le commencement, la fin de ce creuset de la belle unité du genre humain fondé par Jésus.

 Pourtant, les actes des Apôtres le proclament, à juste titre près de 100 après sa mort ; des passages sublimes de l’œuvre humaniste fondée par Jésus. C’est en ce sens que Paul écrit (Galates, 3-29) : « Il n’importe donc plus que l’on soit Juif ou non Juif, esclave ou libre, homme ou femme ; en effet, vous êtes tous un dans la communion avec Jésus-Christ. Si vous appartenez au Christ, vous êtes les descendants d’Abraham et vous recevez l’héritage que Dieu à promis » (La Bible de Jérusalem). C’est une oeuvre à la fois d’une vie bonne entre les êtres humains en ce monde, soit tout au long de la durée temporelle de ce monde ; et spirituelle au sens où il n’y a point de faille qui existerait au sujet des modes d’être des esprits. Car les divisions des êtres humains sont le fait essentiel des nécessités du corps qui, dans la recherche effrénée de ses plaisirs, génère des conflits, des guerres, des violences entre les individus et entre les communautés humaines. Telle est la raison ultime qui explique que les composantes du genre humain ne puissent vivre en paix de manière durable ou sempiternelle. Car tant que le genre humain n’aura pas atteint le rang sommital du progrès moral et éthique – et non pas seulement matériel - des Néron, des Catilina, des Napoléon Bonaparte, des Hitler, des Staline, des Pol Pot, etc., il y en aura toujours parmi les membres du genre humain ; comme V. Vladimir Poutine, qui impose la légitimité du meurtre d’un Etat à grande échelle. Et puisqu’il proclame aux yeux ébahis du monde que sa guerre est légitime, il demeurera, comme pour ses autres semblables tyrans, généralement impuni. C’est une ignominie dont nous sommes tous coupables par défaut d’actes concrets. Pire, nous sommes coupables de n’avoir pu agir, chacun à sa manière et à son niveau pour empêcher cette guerre ou pour l’arrêter à temps. Car concernant l’Ukraine, qu’un Etat prédateur, la Russie de Poutine, est en train de le détruire, les composantes politiques du genre humain n’avaient pas encore atteint ce haut niveau d’indifférence en terme devoir (militaire) d’assistance à personne en danger. En revanche, les peuples européens, qui ne sont pour rien dans cette guerre, accomplissent tout leur devoir de solidarité vis-à-vis des Ukrainiens.

 

CONCLUSION

  L’état présent des savoirs humains ne constitue nullement un quelconque progrès au sens classique de ce terme. Certes, on peut comprendre ce mot au sens figuré, comme « le développement, l’accroissement des choses » (Le Robert) c’est-à-dire des connaissances et des savoirs appliqués et de leurs figures orgueilleuses, excessives que sont les technologies. Celles-ci sont destinées à satisfaire les besoins et autres nécessités vitales du genre humain. Étant essentiellement utilitaires, elles sont aveugles, voire fort bien limitées dans la mesure où elles sont incapables de répondre aux questions fondamentales, existentielles et métaphysiques que tout sujet se pose.

 Ainsi, on ne peut soutenir raisonnablement que nos savoirs contemporains connaissent un progrès - ce qui présupposerait une intentionnalité, une finalité que le genre humain s’est données et qu’il vise à réaliser, à atteindre – par rapport aux connaissances rationnelles des mondes humains du passé et surtout, par rapport à la qualité morale du genre humain et étique des individus. Telle était la finalité des philosophes des Lumières dans leur ensemble. Autrement, on ne comprendrait pas le retour récurrent de l’état latent de guerre permanente. La décision de V.V. Poutine de commettre des meurtres massifs en Ukraine vient nous rappeler brutalement et frontalement que le genre humain demeure toujours une frange barbare malgré le bel habillage de ses sciences et de ses technologies qui l’illusionne sur ce que peut être son état de progrès. Soit dit en passant, le genre humain véhicule continûment des périodes de troubles et de désordres généraux qui dépassent, dans leur manifestation, son entendement en réduisant à l’impuissance presque totale sa vision raisonnable et claire des phénomènes dont il n’est que la proie. Leur surgissement est toujours subreptice, leur manifestation désastreuse et incontrôlable. Sa logique de destruction des vies et des œuvres humaines est implacable. Et comme un ouragan, il dure autant que c’est possible, puis se retire comme il était venu, c’est-à-dire sans aucun contrôle ni maîtrise de la part du genre humain. En ce début du XXIe siècle, nous assistons, impuissants, à des prémisses, à des germes du fléau récurrent qui ravage l’Humanité peu sensible de telles tragédies parce que ses calculs de prévision de tels phénomènes naturels sont erronés, sa raison morale et prédictive divertie et les impératifs de son corps le perd quasi totalement dans les recherches effrénées de ses plaisirs.

 Au regard de ce qui se passe en Ukraine, il importe désormais d’inverser la législation internationale pour protéger les peuples contre la folie et l’égolâtrie des chefs d’Etat prédateurs. Il ne s’agira plus, pour les Etats, de faire des guerres offensives ou défensives les uns contre les autres. Dans la préparation d’une guerre offensive comme celle que Poutine mène actuellement en Ukraine en tant que président d’un Etat nucléarisé, tous les pays de la terre, petits ou grands, membres de l’ONU, doivent se coaliser rapidement pour faire face à tout Etat prédateur, nucléaire ou non, qui s’en prend à un autre. C’est à cette seule condition que le genre humain peut éviter le meurtre gratuit des habitants d’un pays, tel l’Etat offensé de l’Ukraine en fait la douloureuse expérience sous nos yeux sidérés. Au lieu de nous alarmer, nous semblons prendre ce fait comme un jeu enfantin dans l’attente malsaine que le plus fort l’emporte sur le plus faible. Quels étranges contemporains sommes-nous devenus ? Quels êtres humains insensibles, déraisonnés ? Osons-nous encore dire que sommes des êtres humains quand nous nous contentons de contempler les malheurs d’autrui sans pouvoir agir militairement ? A qui le tour demain ?

 

[1] On trouvera plus de précisions sur ces faits historiques dans le livre de Charles-Philippe David : La guerre du Golfe. L’illusion de la victoire (Edit. Art Global, Montréal 1991).

[2] Nous avons longuement analysé ce concept dans notre texte inédit : Essai sur la réunification de la Philosophie et de la Science- De la Philosophie des profondeurs-

[3] La Bible de Jérusalem (Desclee de Brouwer, Paris 1975)

[4] Du contra social (Garnier Flammarion, Paris 1966, p.175)

[5] Protagoras – Emile Chambry - (Garnier/Flammarion, Paris 1967, p.p. 52-53)

[6] On peut trouver des données riches et intéressantes dans l’excellent ouvrage d’Olivier Garraud et de Jean-Daniel Tissot : Il était une fois le sang. Il révèle notre santé et notre hérédité (Humensciences, coll. « Dites 33 », Paris 2021)

[7] C’est nous qui soulignons ces passages.

[8] F. Nietzsche : Par-delà le bien et le mal, (§ 212, Idées/Gallimard, Paris 1971, p. 150)


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8 réactions à cet article    


  • Lynwec 18 mars 10:05

    L’auteur néglige la possibilité (étudiée par ailleurs, cherchez un peu) que Saddam Hussein, manipulé pour faire la guerre contre l’Iran, soit devenu inutile, l’ayant perdue (un moustachu ayant perdu sa guerre d’extermination contre les Slaves fut aussi jugé inutile et lâché par ses sponsors).

    Inutile, puis encouragé par la CIA et les promesses de ne pas être puni, Saddam attaqua le Koweit.

    Quelques couveuses plus tard (les rieurs, au fond, un peu de calme) et s’étant payés la fiole des membres de l’ONU par les bons soins de Colin Powell, les USA qui eux, tiennent toujours leurs engagements, passèrent à l’action .

    La guerre, pas bien (sauf si c’est les gentils qui la font...)

    L’auteur,ayant fait mine de ne rien savoir en début d’article, enchaine avec la rhétorique des pays prédateurs (la Russie ! Aucun autre pays sur Terre, les prédateurs parlent uniquement le russe,c’est connu) et déroule la propagande standardisée que nous connaissons bien, avec l’ignoble guerre déclenchée en février 2022 dans un pays où régnait pourtant la paix et l’harmonie.

    Honnêtement, vivant à plusieurs milliers de km, en fait, tout ça ne me concerne guère. Ce qui me concerne, c’est qu’on nous prenne pour des demeurés après la manipulation de masse du covidisme, on nous sert la version ukrainisme.

    Déjà donné...

    Sans commentaires.


    • samy Levrai samy Levrai 18 mars 10:06

      Gros travail de propagande pour neuneus, juste une insulte à l’intelligence comme savent le faire les conditionnés.


      • Roberto Rastapopulos Kaa 18 mars 10:10

        Pensée profondément réactionnaire, mais c’est mieux que pas de pensée du tout, une caractéristique commune à de nombreux messages médiatiques d’intox.


        • leypanou 18 mars 11:01

          à l’instar des délires de V.V. Poutine par rapport à l’Ukraine de nos jours  : d’habitude ceux qui parlent des délires de V.V. Poutine sont déjà en train de délirer sans s’en rendre compte.

          Je me suis arrêté là, car le reste n’est que du bla bla illisible.


          • L’invasion présente de l’Ukraine par la Russie devrait nécessairement poser à tout être humain, doué de raison, un cas de conscience profond en raison d’un fait inacceptable moralement et éthiquement.

            J’aime ce genre d’introduction. Cela me permet de faire l’économie de la lecture de la suite. Le gain de temps est appréciable.


            • microf 18 mars 16:14

              @Giordano Bruno - Non vacciné

              Entièrement d´accord avec vous, toutefois je mettrai quand même á l´attention de l´auteur ceci :

              Nelson Mandela.

              https://youtu.be/WA67pvbgDK4

              If there is a country that has commited unspeakable atrocities in the world it is the United States of America.

              They don´t care for human beings. Fifty seven years ago, when Japan was reteating on all fronts, they decided to drop an atom bomb on Hiroshima and Nagasaky, killed a lot fo innocent people, who are still suffering from the effects of those bombs.

              Those bombs were not aimed against the Japanese, they aimed against Soviet Union to say, look, this is the power that we have, if you dare oppose what we we do, this is what is going to happen to you.

              Because they are so arrogant, the decided to kill innocent people in Japan who are still suffering from that. Who are they now to pretend that they are the policemen of the world ?

              Traduction version francaise :

              S’il y a un pays qui a commis des atrocités innommables dans le monde, ce sont les États-Unis d’Amérique. Ils ne se soucient pas des êtres humains.  Il y a cinquante-sept ans, alors que le Japon reculait sur tous les fronts, ils ont décidé de larguer une bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaky, tuant beaucoup d’innocents, qui souffrent encore des effets de ces bombes. Ces bombes n’étaient pas dirigées contre les Japonais, elles visaient l’Union soviétique pour dire, regardez, c’est le pouvoir que nous avons, si vous osez vous opposer à ce que nous faisons, c’est ce qui va vous arriver. Parce qu’ils sont si arrogants, ils ont décidé de tuer des innocents au Japon qui souffrent encore de cela. 
              Qui sont-ils aujourd’hui pour prétendre qu’ils sont les gendarmes du monde ?

            • André 18 mars 17:04

              À l’auteur de cette absurdité…

              Une lecture seulement acceptable pour les attardés, ou les ignorants au moins comme l’auteur de l’article.

              La structure entière de l’article est basée sur les délires imaginaires de l’auteur, plutôt que sur des faits réels.

              Une perte de temps à lire ces balivernes.


              • I.A. 18 mars 17:29

                Plutôt culotté, votre gloubi-boulga.

                Pour l’exemple du Koweït, vous reconnaissez expressément qu’une famille (Al-Sabah) a joué l’indépendance de sa très riche région en concluant un accord (hydrocarbures) de protectionnisme avec... le Royaume-Uni  !

                Il n’y a rien qui vous choque ? Colonialisme et prosélytisme religieux, c’est supérieurement humain, je suppose ?
                Si les Américains venaient aider la Bretagne ou la Corse à se séparer de la France, vous trouveriez ça normal ?
                Parce que figurez-vous que l’occident a passé son temps à faire ce genre de saloperies en Afrique, en Amérique Latine, en Asie et en Orient !! Pas pour la liberté des peuples, non : pour des minerais ou du pétrole.

                • La capitale du Koweït : Koweït-city (pas très local, comme nom).
                • La principale religion du Cap-Vert ou du Bresil ? Le catholicisme !!

                Quant aux instances internationales, vous vous gargarisez avec l’ONU, mais vous faites bizarrement l’impasse sur l’OTAN, beaucoup moins sympathique.

                À propos d’exemples de violation des droits : la campagne de bombardement de la Yougoslavie le 24 mars 1999, ça vous dit quelque chose ?

                Vous n’êtes ni chrétien ni philosophe, mais bien un crétin doublé d’un manipulateur.

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