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Accueil du site > Tribune Libre > Vatican II, le Concile en questions par Monseigneur Marc AILLET

Vatican II, le Concile en questions par Monseigneur Marc AILLET

Plus de cinquante ans après sa clôture, le deuxième Concile du Vatican continue de faire couler beaucoup d’encre. Ce dernier « a promulgué 16 textes dont l’autorité varie : il y a quatre grandes Constitutions, neufs décrets et trois déclarations  », comme le précise l’auteur. En quatrième de couverture, nous pouvons lire : « Dissiper tous les malentendus qui encombrent souvent la vie ecclésiale et qui empêchent encore aujourd’hui le Concile Vatican II de porter les fruits que l’on peut légitimement en attendre. » Il est intéressant de constater que la présentation du livre expose une idée que tous les esprits lucides et honnêtes expriment depuis des lustres : les bons fruits du Concile tardent vraiment à venir. A qui la faute ? A un texte mal écrit ? Mal compris ? Mal interprété ? Pourtant ce Concile fut : « annoncé comme le printemps de l’Eglise » mais en réalité « il a ouvert une période de crise. » L’Evêque de Bayonne, qui est par ailleurs docteur en théologique, tente de répondre à ces épineuses questions - et à d’autres - avec cet ouvrage se présentant sous la forme d’un entretien avec questions réponses. Il en ressort un texte dialogué et clair qui se veut pédagogique. Contrairement à de nombreux de clercs, il ose aborder ce sujet majeur, à savoir les enjeux du Concile et sa réception, en tentant avec ses idées, son histoire et son parcours d’expliquer cette histoire douloureuse. Y parvient-il ? En partie seulement selon nous…

Monseigneur (Mgr) Aillet rappelle que « Jean XXIII affirme que la doctrine de l’Eglise est certaine et immuable  » à celles et ceux qui déjà dans les années 1960 voulaient en changer la moelle substantifique. Il poursuit sa pensée lors de la question consacrée à l’aggiornamento en précisant ce qui suit : « ce mot italien qui signifie mise à jour, est celui qui définit le mieux dans l’esprit l’objectif du Concile. A condition de ne pas confondre cette mise à jour avec une remise en question comme l’auraient voulu certains, ou une mise au goût du jour qui signifierait une adaptation aux idéologies et aux modes du moment. » Malheureusement certaines idées développées, telles que la collégialité, la liberté religieuse, le dialogue interreligieux, par des acteurs de premier plan du Concile Vatican II laisse apparaître plus qu’une remise en question de la doctrine séculaire… Comme le rappelle très justement l’évêque, beaucoup de catholiques regrettèrent et regrettent encore : « que le Concile ne se soit pas contenté de rappeler les formules dogmatiques déjà définies pour condamner les erreurs d’aujourd’hui et prévenir les fidèles contre l’apostasie. » Mgr Aillet ne semble pas faire sienne l’analyse de certains catholiques dits de tradition qui expliquent que le Concile Vatican II ne fut pas un concile dogmatique mais pastoral, même s’il écrit : « Vatican II n’a pas défini de nouveaux dogmes ». Effectivement, nous lisons dans la préface écrite par Mgr Aillet lui-même, au sujet des textes conciliaires : « (qu’) il y avait des motifs dogmatiques et pastoraux importants ». Il prend même le soin d’apporter des précisions supplémentaires : « l’ecclésiologie du Concile Vatican II est une ecclésiologie fondamentalement théologique. Car en fait, le Concile Vatican II ne fut pas un Concile ecclésiologique mais bien un discours sur Dieu, et cela non seulement à l’intérieur de chrétienté mais face au monde. » Cependant, plus loin, Mgr Aillet prend le contre pied de ce qu’il annonçait plus tôt dans le livre en tentant de décrypter la pensée du Pape d’alors : « sans doute le Pape Jean XXIII avait-il souhaité que l’enseignement du Concile soit présenté de manière pastorale, considérant que Vatican II ne devait pas faire porter son effort sur des discussions d’ordre théologique. » Il poursuit avec cette idée : « il reste qu’en voulant donner à son enseignement un caractère surtout pastoral c’est bien la doctrine immuable qu’il cherche à exposer de manière plus accessible aux hommes et aux femmes de notre temps : en ce sens Vatican II, est aussi un concile doctrinal. » Ces explications contraires, confuses, et les différentes précisions apportées sur la nature du Concile paraissent quand même déconcertantes… Ceci étant dit, Mgr Aillet accepte pleinement et sans réserve ce Concile : « J’adhère à Vatican II car j’y reconnais une expression conforme à la tradition bimillénaire de l’Eglise. » Selon lui : « Vatican II est une expression de la foi de l’Eglise pour notre temps, mais il ne peut être en rupture avec le passé, sans être infidèle à la foi de l’Eglise elle-même. » Ainsi sur la « Messe versus populum  » son propos est on ne peut plus pertinent : « Pour beaucoup c’est l’un des acquis essentiels du Concile. Pourtant, contrairement à des idées reçues, le Concile n’a rien dit sur la question. Si la pratique s’est généralisée après le Concile, ce n’est pas parce que des directives ont été données par le législateur, en l’occurrence le Saint-Siège ». A l’aune de cette pensée non pas lumineuse, mais tout simplement conforme à la doctrine catholique, nous espérons du fond du cœur que tous les prêtres de son diocèse, à commencer par lui, célèbrent la Sainte Messe à l’endroit… Il enfonce le clou, sans mauvais jeu de mots, en rappelant que : « L’esprit est indissociable de la lettre qui l’incarne précisément : de même qu’il n’est pas possible d’atteindre la divinité du Christ qu’en passant par son humanité, de même on ne peut rejoindre l’esprit du Concile qu’en passant par la lettre.  »

A la lecture de cet ouvrage des questions s’imposent : pourquoi donc certains clercs prirent leurs fantasmes et leurs erreurs doctrinales pour la réalité en les imposant au mépris du respect des règles et de la tradition ? Pour quelles mystérieuses raisons ceux qui agirent ainsi ne subirent-ils pas des légitimes réprimandes infligées par l’autorité suprême ? Malheureusement, l’évêque de Bayonne élude ces questions fondamentales, alors qu’à nos yeux elles s’avèrent essentielles pour la compréhension des évènements. L’auteur revient sur la « Semaine Noire » en rappelant les luttes et les combats qui se jouèrent lors des derniers jours de la troisième session, au point que Paul VI dut lui-même intervenir pour jouer la carte de l’apaisement entre les différents protagonistes. D’une manière générale, l’avis plus que favorable de Mgr Aillet à l’endroit de Daniélou et Lubac ne nous inspire pas positivement, pour ne pas dire plus… Il termine son livre entretien par une note d’espoir en forme de prière. Effectivement, il a composé une prière à Marie dans laquelle il L’implore « O Cœur Immaculé de Marie, Mère de l’Eglise, soyez notre refuge.  » afin qu’Elle nous guide : « pour accueillir cette nouvelle Pentecôte tant désirée. » Qu’Elle l’entende et l’exauce.

 

Franck ABED


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20 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 16 septembre 10:33

    Vatican 2 ?? Demandez aux frères trois points ^^


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 18 septembre 13:29

      @bouffon(s) du roi

      Joli palmarès d’étoiles mon cher moi-même ^^ ..à croire qu’il n’est pas bon de parler de ... mais chut ! smiley


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 18 septembre 13:41

      @Elric de Melniboné

      Exact, ne partageant pas les mêmes moi-même, on pourrait être confondu ^^


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 18 septembre 13:53

      @Milieu défensif au Red Star

      Je me demande si c’est pas un mythe ça aussi.. à force ^^


    • bob14 bob14 16 septembre 10:59

      Va T’y Quand...ou la foire aux illusions...


      • Parrhesia Parrhesia 16 septembre 12:09

        >>> Monseigneur (Mgr) Aillet rappelle que « Jean XXIII affirme que la doctrine de l’Eglise est certaine et immuable  »<<<

        Puis :

         >>> Il poursuit sa pensée lors de la question consacrée à l’aggiornamento en précisant ce qui suit : « ce mot italien qui signifie mise à jour, est celui qui définit le mieux dans l’esprit l’objectif du Concile. A condition de ne pas confondre cette mise à jour avec une remise en question comme l’auraient voulu certains, ou une mise au goût du jour qui signifierait une adaptation aux idéologies et aux modes du moment. »<<<

        Or, la chose qui résulte de ces mots est l’arrivée sur le trône de Saint-Pierre du Pape François. Ce pape est, comme chacun sait, militant affiché d’une harmonie syncrétique accrue des trois Religions du Livre, vœux pieux au demeurant fort louable.

        Mais dans cette « harmonie » des trois Religions du Livre, le catholicisme traditionnel finira à coup sûr dilué, ainsi que le reste de la chrétienté pour peu que les chrétiens orthodoxes de W. Poutine et les Grecs, pour ne citer qu’eux, finissent par être d’accord avec le pape François. Heureusement, là c’est loin d’être acquis !

        On peut évidemment faire semblant de croire fermement qu’il ne s’agit pas d’une «  adaptation aux idéologies et aux modes du moment » !!! Au point où nous en sommes !

         Mais qui pourrait bien aujourd’hui nous fournir l’assurance que cette nouvelle situation, si parfaitement conforme aux ambitions et aux élucubrations sociétales mondialiste, le hasard faisant bien les choses, n’est pas le fruit des manœuvres du Nouvel Ordre mondial ?

        Et par conséquent, qui pourrait bien aujourd’hui nous fournir l’assurance que la communauté catholique occidentale ainsi passée par les mixeurs du N.O.M. ne subira pas le même sort que les communautés chrétiennes du Proche et du Moyen-Orient, et autres lieux oubliés par les media main-stream ? Qui ?

        Sans parler du sort réservé à notre laïcité traditionnelle !


        • Christian Labrune Christian Labrune 16 septembre 18:23

          Or, la chose qui résulte de ces mots est l’arrivée sur le trône de Saint-Pierre du Pape François. Ce pape est, comme chacun sait, militant affiché d’une harmonie syncrétique accrue des trois Religions du Livre, vœux pieux au demeurant fort louable.

          @Parrhesia
          L’Eglise catholique est relativement increvable et elle aura survécu à bien des horreurs dont on aurait pu croire qu’elles lui seraient fatales. Dans le premier tiers du Xe siècle, de Serge III à jean XII, l’épisode que les historiens désignent sous le terme de « pornocratie » aura été assez croustillant, et il y aura eu bien d’autres scandales. L’affaire des indulgences aura été la cause de la réforme luthérienne ; les méthodes des Borgia ne furent pas toujours « très catholiques », c’est le moins qu’on puisse dire, et les procès de Giordano Bruno puis de Galilée, enfin, achevèrent de la discréditer définitivement aux yeux de ceux qui disposaient d’un cerveau.

           Au début du XXIe siècle, alors que nos sociétés occidentales, comme dit Marcel Gauchet, sont « sorties du religieux » les cardinaux auront enfin élu le premier pape islamiste. Oubliant la leçon de Pie V qui avait organisé cette lutte contre les Ottomans dont résulta la grande bataille victorieuse de Lépante en 1571, voilà qu’il se prend pour François d’Assise allant à Damiette prêcher le sultan Al-Kamel ! S’il avait poussé jusqu’au bout sa logique, il serait allé à Raqqa et il n’aurait probablement pas risqué d’y perdre la tête : il y a déjà longtemps qu’elle lui fait défaut.


        • petit gibus 16 septembre 13:05
          Ils en sont encore à se disputer sur les dogmes de Vatican 2 ?
          Moi qui croyait qu’ils étaient passés sur ceux de Vatican 4  smiley

          Un retour à l’esprit du fondateur Jésus...
          n’est pas pour ces théologiens pour demain ! ! !

          • Christian Labrune Christian Labrune 16 septembre 16:37

            D’une manière générale, l’avis plus que favorable de Mgr Aillet à l’endroit de Daniélou et Lubac ne nous inspire pas positivement, pour ne pas dire plus…

            à l’auteur,
            Cette réserve m’attriste un peu. Je me souviens très bien du Cardinal Daniélou, plus médiatisé que Henri de Lubac dont l’influence, cependant, ne fut pas du tout négligeable.
            Je n’avais jusqu’à ces dernières années aucune raison particulière d’aller au cimetière de Vaugirard où m’a conduit un jour le goût que j’ai toujours eu pour ces sortes d’endroits si favorables à la méditation, mais depuis que j’y ai découvert la tombe de Jean Daniélou, j’y retourne quelquefois, pour réparer une injustice.
            A gauche et à la tête de ce grand tombeau collectif, et d’une simplicité très conforme à l’enseignement de Jésus-Christ, où gisent, dans l’attente de la résurrection des morts, plus d’une dizaine d’ecclésiastiques plus ou moins connus, on voit très clairement une plaque de marbre blanc portant le nom du Cardinal de Lubac. Ce nom me fit penser, forcément à Jean Daniélou, mort en épectase dans un établissement de la rue Saint-Denis, un jour du mois de Marie de 1974. Où pouvait-il être, lui, ce cher homme dont je me rappelais très bien la grande et brillante habileté, si digne de la Compagnie de Jésus dont il avait été assurément un des plus beaux fleurons dans les débats de ces années-là. Je lus tous les noms sans voir le sien, mais en faisant le tour de la sépulture, je constatai que, symétriquement à celle du Cardinal de Lubac, du côté droit , il y avait une autre plaque de marbre identique, dont l’inscription était recouverte par un pot de fleurs que je m’empressai de déplacer un peu. Et là, immédiatement, le nom de Jean Daniélou apparut dans la grande lumière de l’été.

            Une année plus tard, je fis le même voyage -je devrais plutôt dire pèlerinage ! - vers la tombe de ce saint-homme. A la place du chapeau cardinalice qu’avait si bien mérité Jean Daniélou il y avait encore une fois le même répugnant pot de fleurs.
            Passant, si tu vois ces immondices couvrant encore le chef de Daniélou, je t’en prie, repousse-les quelque peu. C’était un homme des lumières, et il n’a jamais mérité une si sale obscurité !

            P.S.- Je suis athée, Dieu merci, mais j’aimais bien Daniélou.


            • Christian Labrune Christian Labrune 16 septembre 16:55

              ADDENDUM

              https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article1931

              En consultant cette page, on trouvera deux courts articles et des gros plans sur les plaques portant les noms des cardinaux que j’évoquais. Pour la circonstance, l’auteur du site aura bien dû, lui aussi, déplacer le pot de fleurs. Pourquoi un pareil ostracisme funéraire ?


            • Pascal L 16 septembre 23:52

              L’Eglise Catholique est toujours l’Eglise de Jésus Christ, malgré les trop nombreuses tentatives de prise de pouvoir que l’on voit ici ou là. L’amour de Dieu est une chose tellement extraordinaire pour l’humanité que peu, même chez les Catholiques, en prennent la pleine mesure. Il faut sans doute se référer aux grands saints comme Saint François, Sainte Claire, les 2 Thérèse et beaucoup d’autres pour commencer à comprendre. Le mieux étant évidemment de découvrir pleinement cet amour donné par Dieu lui-même à ceux qui en font la demande.

              Il reste que le Concile Vatican II est un grand concile qui a permis de mettre au propre des mécanismes qui étaient non formalisés dans notre compréhension des mystères de Dieu. Le Cardinal John Newman avait déjà préparé le terrain vers 1850. Il n’a rien révolutionné, mais reconnu pleinement le fait que notre compréhension des dogmes évolue avec le temps, l’action de l’Esprit-Saint et les progrès de la science. Aucun mot des Evangile n’est remis en cause, mais nous comprenons mieux les textes aujourd’hui que dans les premiers siècles de l’Eglise et l’Evolution des dogmes en est le reflet.

              Par ailleurs, le rôle des laïcs a été précisé et c’est là la plus grande source d’incompréhensions. J’ai connu une période (maintenant révolue dans ma paroisse) où le conseil pastoral dictait au prêtre son travail. Le seul pouvoir dans l’Eglise doit rester au Christ et nous sommes tous à son service. L’Esprit-Saint est là pour nous insuffler les actions à faire. Tous le monde ne se met pas à l’écoute de l’Esprit-Saint et beaucoup tentent de gérer l’Eglise comme une entreprise. Chaque prise de pouvoir est une négation du Christ et une catastrophe pour l’Eglise.

              • Christian Labrune Christian Labrune 17 septembre 11:29

                Il faut sans doute se référer aux grands saints comme Saint François, Sainte Claire, les 2 Thérèse et beaucoup d’autres pour commencer à comprendre.

                @Pascal L

                Ce qu’on peut surtout comprendre en lisant les grands mystiques ; je pense à Thérère d’Avila ou Jean de la Croix, c’est qu’ils auront été, bien malgré eux - et Dieu sait si j’ai toujours eu plaisir à les lire - les grands précurseurs de l’athéisme.
                Le chrétien ordinaire qui n’a pas beaucoup réfléchi mord aisément à l’hameçon qu’on lui tend. On lui dit : après ce monde, il y en aura plusieurs autres, qui ne sont pas équivalents. Mieux vaut le paradis que l’enfer. Comment te retrouver demain in paradisum ? C’est tout simple, on va te donner une recette facile à mettre en oeuvre. C’est encore la manière de voir du bourgeois Pascal avec son sordide argument du pari qui est un simple calcul d’intérêt.
                Mais les grands mystiques répugnent à ces sortes de calculs, leur éthique est celle d’une morale plus aristocratique, et rien ne leur paraît plus vulgaire que de vouloir à tout prix réaliser son salut personnel : il n’y faut pas penser. Plus facile, cependant, à dire qu’à faire : les pièges de l’amour-propre sont nombreux. D’où la simplification radicale de la réforme protestante : pas de salut par les oeuvres, c’est Dieu qui décide, et on pourra bien faire tout ce qu’on voudra pour essayer de plaire à Dieu, si on est prédestiné à être damné, on le sera.
                Cette morale aristocratique des grands mystiques rejoignant l’Ethique dAristote, très bien relayée aussi par les jansénistes dans la France du XVIIe siècle finira par faire apparaître la réclame diffusée dans les églises comme quelque chose de très vulgaire et d’hypocrite. Dès la seconde édition des Maximes, La Rochefoucauld, grand pourfendeur de la notion d’intérêt, supprimera toutes les références à Dieu. Enfin, il suffit de lire la scène du pauvre dans Dom Juan pour voir ridiculisée, et à juste titre, la morale à quatre sous du christianisme. Que fait le « pauvre », dans les bois ? Il prie « Pour la prospérité des gens de bien qui lui donnent quelque chose ». Il sera bien difficile pour les riches, dit l’Evangile, d’entrer dans le royaume des cieux, mais notre ermite n’a pas de scrupules à prier pour que leur richesse augmente, pourvu que cela puisse avoir quelques retombées pour lui dans ce monde et dans sa maigre bourse.
                Evidemment, des auteurs comme Bossuet (que j’admire par ailleurs infiniment) ne laisseront pas de poser la légitimité, pour le chrétien, de désirer le salut et de tout faire pour l’obtenir, et de condamner par conséquent le quiétisme de la pauvre Madame Guyon, Mais le mal était fait, et le catholicisme ne pouvait plus être qu’une religion pour le petit peuple et ces ignorants qui s’incarnent très bien dans le personnage de Sganarelle. Religion tout juste bonne à imposer une morale minimale à ce que Voltaire appellera bientôt « la canaille ».


              • Christian Labrune Christian Labrune 17 septembre 12:04

                . Le mieux étant évidemment de découvrir pleinement cet amour donné par Dieu lui-même à ceux qui en font la demande.

                @Pascal L

                Amour donné un peu chichement tout de même : la « nuit obscure » dont parle Jean de la Croix, c’est quand même pas une vraie partie de plaisir !

                Vous écrivez encore :
                " nous comprenons mieux les textes aujourd’hui que dans les premiers siècles de l’Eglise et l’Evolution des dogmes en est le reflet."

                C’est surtout qu’il y aura eu, à la fin du IVe siècle, c’est-à dire bien tardivement, de très habiles bricoleurs pour nous fabriquer, à partir du néo-platonisme et d’une métaphysique de l’UN héritée de Plotin, ce symbole de Nicée-Constantinople qui n’a, de fait, pas grand chose à voir, dans sa formulation définitivement dogmatique, avec la prodigieuse et très anarchique prolifération conceptuelle des premiers courants gnostiques.


              • Olivier 18 septembre 09:41

                @Christian Labrune
                Difficile de davantage se tromper sur le sens profond du catholicisme. Ce que veut le catholique ce n’est pas une « récompense » (comme le musulman aura chaque jour 72 vierges à déflorer au paradis d’Allah), c’est un accomplissement en suivant le modèle du Christ, à la fois dans l’esprit et dans la lettre. Vous parlez de « morale à quatre sous » du christianisme : en tout cas elle vise à ce que l’homme s’améliore. Ce n’est pas que propose le protestantisme : « pas de salut par les oeuvres, c’est Dieu qui décide, et on pourra bien faire tout ce qu’on voudra pour essayer de plaire à Dieu, si on est prédestiné à être damné, on le sera. »

                A quoi bon un libre-arbitre alors ? Si je suis un assassin de masse mais que Dieu a décidé d’emblée que je serai sauvé alors tout va bien, puisque mes oeuvres ne comptent pas ? 

              • Christian Labrune Christian Labrune 18 septembre 13:18

                @Olivier
                J’ai pris soin de distinguer la religion des grands mystiques, très sensibles à la question d’un salut qui serait la récompense des oeuvres - ce qui constitue un redoutable problème éthique, et ils le savent -, de la religion populaire où l’Eglise, par tous les moyens (dont les représentations pitcurales de l’enfer et du paradis), durant des siècles, s’est efforcée de faire peur au chrétien pour l’induire à bien se tenir : carotte et bâton. L’homme sans culture philosophique ne s’interroge évidemment pas sur la question de son intérêt, rien ne lui paraît plus légitime que de le satisfaire, aussi bien dans ce monde que dans l’autre, et la doxa chrétienne, fort longtemps, s’en est tenue à propager cette vision des choses pour le moins simpliste.
                Vous posez la question du libre-arbitre en des termes tels que je pourrais penser que vous m’accusez d’en faire bon marché, mais quand je rapportais les conceptions luthériennes, qui sont bien conformes à ce que j’en écrivais, cela n’impliquait nullement mon adhésion. De fait, je suis beaucoup plus proche, comme Descartes qui fut un élève des jésuites, de leur conception de la liberté, mais les Jésuites ont toujours oeuvré pour la plus grande gloire de Dieu (donc de l’Eglise !), se sont efforcés de prendre doucement les hommes tels qu’ils sont, à la différence des jansénistes, pour augmenter autant qu’il était possible les séductions de la religion et attirer le plus grand nombre. Beaucoup d’historiens vous expliqueront que si les églises se sont peu à peu vidées au XVIIIe siècle, c’est à cause de la sévérité désespérante des curés jansénistes : les considérations fort subtiles sur la grâce, héritées de la tradition augustinienne n’étaient certes pas de nature à séduire des esprits fort peu à même de les entendre.
                Que reste-t-il aujourd’hui du christianisme et de son « sens profond » ? Les chrétiens ne croient plus à l’enfer, Dieu merci. Ils ignorent tout, pour la plupart, de l’histoire des conciles et des subtilités de la théologie. Ne reste qu’une morale de base un peu comparable au confucianisme, à laquelle tout le monde, et même l’athée que je suis, pourra souscrire sans la moindre difficulté. je ne vois là-dedans aucune espèce de « profondeur » ou de transcendance.
                Certains pourront bien imaginer, dans leur rêverie, qu’ils sont en relation directe avec Dieu, et qu’il existe bel et bien, parce que cela leur permet de ne pas affronter le sentiment pénible de leur contingence et d’échapper à la déréliction, mais c’est aussi creux que les élucubrations des ces braves gens qui s’adonnent à la « méditation ». Je voudrais bien savoir ce qui se passe dans leur tête dans ces moments-là. Probablement pas grand chose, si ce n’est le vide parfait. Rien qui ressemble en tout cas à l’effort vers la cohérence philosophique dans les « Méditations métaphysiques » de Descartes !


              • Olivier 18 septembre 09:29

                « Dissiper tous les malentendus qui encombrent souvent la vie ecclésiale et qui empêchent encore aujourd’hui le Concile Vatican II de porter les fruits que l’on peut légitimement en attendre. » 

                Cela sonne comme une mauvaise plaisanterie. Des malentendus qui durent 55 ans, c’est du jamais vu ! Je dirais plutôt : une intention de transformation de la religion catholique elle-même déguisée sous l’apparence d’une meilleure adaptation au monde. 
                Quant aux fruits que devait apporter Vatican II, ils sont déjà là et ils sont malheureusement empoisonnés, avec des séminaires et des églises vides, et un M. Bergoglio « pape » de substitution suite au limogeage de Benoit XVI qui n’avait pourtant pas fait des étincelles. 
                En fait avec Vatican II c’est une nouvelle religion qui s’est mise en place, qui n’a plus de catholique que le nom ; une religion fondée sur un humanitarisme bon marché et une complaisance infinie aux modes du politiquement correct, le tout avec un vague vernis christique. 
                On tombe souvent d’ailleurs dans l’apostasie et l’hérésie pure et simple, comme la réhabilitation de Luther ou les complaisances envers l’Islam, massacreur des chrétiens d’orient sans un mot de protestation de M. Bergoglio. Il est vrai qu’il en est maintenant à défendre la thèse du réchauffement climatique. Il ne lui restait plus qu’à rejoindre Nicolas Hulot pour que le fond soit atteint.

                • Christian Labrune Christian Labrune 18 septembre 13:57

                  M. Bergoglio « pape » de substitution suite au limogeage de Benoit XVI qui n’avait pourtant pas fait des étincelles.

                  @Olivier,
                  Si vous étiez un vrai catholique, vous sauriez que la parole du Saint-Père, lorsqu’il s’exprime ex cathedra, est infaillible.
                  Il ne vous reste donc plus, si vous ne tenez pas à devenir hérétique, qu’à bénir nos « frères » jihadistes du Califat.
                  Certes, ils auront égorgé, crucifié ou décapité bien des chrétiens, mais cela fait autant de martyrs pour une prochaine légende dorée. Et ceux-là sont au ciel, assurément. Quand on connaîtra mieux ce qui est arrivé aux chrétiens d’Orient, plusieurs seront béatifiés, Dieu merci, et ce sera une puissante consolation.


                  • Olivier 18 septembre 17:18

                    @Christian Labrune


                    Ce qui est infaillible est la doctrine de l’église telle que l’ont mise en place Jésus-Christ et les apôtres. Le pape n’est infaillible que tant qu’il sert fidèlement cette doctrine et qu’il la met en oeuvre, (la meilleure preuve en étant qu’il peut être déposé s’il devient hérétique).
                    Sur les massacres des chrétiens d’orient, j’avoue que votre ironie me paraît franchement déplacée et même injurieuse, quand on sait le calvaire que vivent ces gens. Mais on reconnaît souvent un « humaniste » à ses indignations sélectives...

                  • Christian Labrune Christian Labrune 18 septembre 18:50

                    Sur les massacres des chrétiens d’orient, j’avoue que votre ironie me paraît franchement déplacée

                    @Olivier
                    Depuis les premières exactions des jihadistes du Califat, je n’ai eu connaissance que d’une seule manifestation, à Paris, de soutien aux chrétiens d’Orient, C’était devant la mairie du XVIe arrondissement. Nous n’étions pas trois cents, et pas tous catholiques puisque j’y étais. Vous me ferez difficilement croire qu’il ne se trouve pas quelques dizaines de milliers de chrétiens dans les paroisses de Paris, qui auraient pu consentir à perdre deux heures et ’un ticket de metro. Ils auraient même pu y aller à pied, en pénitents, avec des pois chiches dans leurs godasses, ça aurait été excellent pour leur salut.

                    A la même époque on voyait dans l’entrée de l’Eglise Saint-Merry, près de Beaubourg, une espèce de bricolage hideux en contreplaqué figurant un édifice composite censé représenter la réunion hyper-oecuménique des trois religions « du Livre ». S’il n’y avait eu que la Synagogue, si souvent représentée comme une femme aux yeux bandés dans certaines de nos églises alors qu’à Chartres, dans le transept, les Evangélistes, d’une manière un peu plus intelligente, sont portés sur les épaules des prophètes de la Torah, j’aurais applaudi des deux mains, mais voir dans une église chrétienne le croissant vert d’un islam qui était ailleurs en train de décapiter, c’était un scandale à faire vomir. Le pauvre prêtre normand n’avait pas encore été égorgé, mais il n’était pas besoin d’être prophète pour savoir qu’on irait fatalement vers ces sortes d’horreurs.
                    Mon ironie n’est donc que le reflet très exact de cette atroce inconséquence d’un catholicisme désormais résolu à ne rien voir et même à se cracher dessus s’il le faut, prenant ainsi le parti du totalitarisme le plus abject, avec tous les idiots utiles de l’islamo-gauchisme.

                    En ce qui concerne l’infaillibilité pontificale, je viens de lire l’article de Wikipedia qui en traite, et si vous le consultez, vous verrez clairement et distinctement qu’il faut suivre le pape pour tout ce qui concerne les questions de foi et de morale, et même pas seulement, comme je le croyais, lorsqu’il s’exprime « ex cathedra ». Au reste, en évitant de rien faire pour soutenir les chrétiens d’Orient, ceux de de Paris qui s’étaient dispensés d’être à la manifestation que j’évoquais plus haut étaient déjà tout à fait disposés au sacrifice sanglant d’eux-mêmes que leur imposaient naguère les dernières déclarations d’un évêque de Rome soulignant que l’intérêt des migrants, fussent-ils terroristes, devait prévaloir sur celui des citoyens de nos pays européens.

                    Votre reproche concernant mon ironie m’a un peu énervé, d’où ce ton exagérément polémique, mais je vois bien que vous êtes aussi ulcéré que je le suis par l’actuelle agonie d’un catholicisme dont il va devenir de plus en plus difficile de se réclamer. N’ayez donc pas peur (comme disait le Polonais !)... de l’hérésie.


                  • Christian Labrune Christian Labrune 18 septembre 19:23

                    ADDENDUM

                    Conclusion du quatrième chapitre de sa Constitution Dogmatique sur l’Église Pastor Æternus, promulguée solennellement par le Pape Pie IX, le concile Vatican I en 1870 :

                    […] nous enseignons et proclamons comme un dogme révélé de Dieu :Le pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église.Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition qu’il soit anathème.

                    Qu’on se le dise !!!

                    Wikipedia, infaillibilité pontificale

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