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Accueil du site > Tribune Libre > Vernon Subutex, le chef d’oeuvre de Virginie Despentes

Vernon Subutex, le chef d’oeuvre de Virginie Despentes

Vernon Subutex, roman fleuve en 3 volumes – sauf erreur – constitue le sommet d’une des plus grandes plumes françaises que nous ayons en stock, et sans doute le portrait le plus juste, le plus sans concession et le plus empathique que j’aie jamais lu sur notre époque. C’est une œuvre à l’ambition élevée et un roman plus qu’abordable, que la caissière de Monoprix qui fait trois heures de train pour aller bosser peut lire le matin ou le soir. C’est une œuvre populaire dans le sens noble, ou l’auteur, humaniste au cœur rempli de compassion, montre à la fois le meilleur et le pire de l’humain, et se tient à distance de tout jugement, déplorant des comportements et respectant les êtres, ses personnages, auxquels par son style empathique elle prête ou rend la beauté. Certains destins dérapent nous dit-elle mais les êtres demeurent bons et fragiles et en proie à la dureté d’une époque toute particulière qui ne va pas dans le bon sens. Perdus et perclus dans une ville pieuvre ou règne violence et égoïsmes et esprit de compétition, ils se débattent avec les moyens du bord, et ce n’est pas leur faute si le sort s’acharne sur leurs épaules, la vie est devenue ce qu’elle est, dure, épouvantablement dure. Ne jugeons pas nos autres, écoutons les et donnons-leur la parole, voyez comme c’est difficile pour eux et pour nous tous, restons solidaires et remettons des ponts entre nos différences quelles qu’elles soient car nous sommes tous humains dans le même bateau.

Le roman part d’un personnage, Vernon, ancien disquaire fichu à la porte de son affaire et à la porte tout court. Et qui va, après un passage hilarant à Pole Emploi, contacter un à un tous les êtres qu’autrefois, 20 ans plus tôt, il fréquentait dans son magasin de disques de rock et de punk.

Ce Vernon est un Christ des temps modernes et Vernon comme une traduction de la Sainte Bible dans une Babylone Paris. Pauvre, sans le sou, accueilli puis chassé ici et là, il va être le fil conducteur de ces destins avec ceux d’autrefois, destins brisés pour la plupart où toutes les illusions une à une se sont pris le mur de la réalité dans la tronche. Egoïsmes, solitude, trahison des idéaux, tout y passe et ce miroir de d'où on vient où on arrive est d’une absolue justesse, et triste, o combien.

L’auteur alors donne à chacun des êtres la parole à la première personne et entre dans leur âme. Certains êtres choisis sont de sacrés loustics, un violeur, un militant FN, un magouilleur. Jamais elle ne les juge et au contraire montre ce qui explique cela, ces drôles de routes sales, comment ça a dérape etc… La force empathique de l’auteur est telle et son regard perçant si aiguisé qu’elle parvient au miracle de nous les faire tous aimer sans exception.

Puis – dans le 2e volume, lumineux après les ténèbres du premier, comme dans la Bible, exactement comme dans la Genèse -son Jésus- Vernon s’en va rassembler tout ça et recoller les morceaux au Parc des Buttes Chaumont, tout près de là où habite l’auteur et où j’habitais moi-même. Un Parc absolument merveilleux, magique … A … Rosa Bonheur. Et là, le Jésus de Virginie crée miracle sur miracle et le roman devient aussi beau que Peter Pan ou Harry Potter.

C’est qu’il y a du Wendy chez cette si belle personne qui se prénomme Virginie. Sa voix et son regard, si doux, qui chuchotent et caressent. Je me souviens cette interview où elle confiait qu’ ayant quitté tôt l’école elle ne savait pas que pour écrire il lui fallait un bureau, et qu’elle ne fit l’acquisition de celui-ci qu’après avoir publié plusieurs livres à succès. Cette confidence si parlante m’avait alors retourné le cœur. Celle que je considère avec Houellebecq comme la meilleure en France - Houellebecq qui lui aussi est un humaniste, désabusé certes mais humaniste ça oui, relisez La carte et le territoire, ce chef d’œuvre - est une pure autodidacte, bien plus douée que tous ces bourgeois qui pullulent dans la littérature choisie par les maisons d’éditions qui a mon sens n'est guère que bourgeoise et donc tout sauf universelle.

Aux antipodes du MOI JE germanopratin, notre ange de Belleville écrit pour nous autres, et nous lit notre monde avec douceur. Et amour. Tant d’amour.


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13 réactions à cet article    


  • chantecler chantecler 14 août 10:47

    Merci ,
    Ca donne envie de lire bien que je ne sois pas un fan de V.D .
    Si sur agx il y avait davantage de tolérance et d’écoute de l’autre et moins de violence et de dingueries ... !


    • Julien30 Julien30 14 août 11:01
      La foldingue qui regrette que les hommes ne s’approprient pas davantage les vêtements des femmes et ne mettent pas plus de robes et de talons hauts, qui trouvent beaucoup d’excuses aux terroristes (http://www.lesinrocks.com/2015/01/17/actualite/virginie-despentes-les-hommes-nous-rappellent-qui-commande-et-comment-11547225/) et aucune aux hommes blancs hétéros très méchants qui les poussent les dits terroristes à agir tellement ils sont méchants avec eux, bref qui recrache tout le logiciel de la gauche sociétale la plus tarée, franchement non merci.


      • lisca lisca 14 août 11:09

        Cet article, c’est de l’ironie ?
        Que t’arrive-t-il Christophe ? Si tu n’es pas un collectif, si tu écris vraiment à titre bénévole !
        Sainte Despentes ! Non mais sans blague !
        Elle n’arrive pas à vendre son machin ? Elle a toute la presse aux ordres pour sa pub !


        • sophie 14 août 11:14

          Une personne qui m’enchante, merci.


          • Julien30 Julien30 14 août 11:27
            @Sophie

            « J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée. Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb. Je les ai aimés dans le mouvement de la focale écartée en grand, leur geste devenait aussi une déclaration d’amour – regarde-moi, prends-moi en compte. On ne tire pas sur ce qu’on ne voit pas.

            Je les ai aimés dans leur maladresse – quand je les ai vus armes à la main semer la terreur en hurlant “on a vengé le Prophète” et ne pas trouver le ton juste pour le dire. Du mauvais film d’action, du mauvais gangsta-rap. Jusque dans leur acte héroïque, quelque chose qui ne réussissait pas. Il y a eu deux jours comme ça de choc tellement intense que j’ai plané dans un amour de tous – dans un rayon puissant.  »

            Enchanteur en effet...


          • Agafia Agafia 14 août 12:32

            @Julien30

            Ben c’est Christophe,l’auteur qui le dit :

             « notre ange de Belleville écrit pour nous autres, et nous lit notre monde avec douceur. Et amour. Tant d’amour. »

            Voilà.... Tant d’amour pour de gros salopards assassins... Vous n’aurez pas ma haine blablablabla.... Les blancs sont tous méchants, les autres ont tous des excuses blablablabla.... Du pur islamo-gauchische 100% hallal ^^ Une pure collabo.

            Quant à l’article, voici un plaidoyer qui ne me touche guère, perso je n’ai accroché la plume de Despentes, et je la trouve aussi bourgeoise que les autres, bourgeoise dévoyée, mais ça fait longtemps que c’est à la mode.

            Je me sens bien plus rock n’roll qu’elle.... 

          • Julien30 Julien30 14 août 15:30

            @Agafia
            Oui beaucoup d’amour et de compassion pour les cinglés et les assassins, qu’ils sont mignons et touchants, beaucoup moins pour les victimes par contre, à peine mentionnées. On peut imaginer la réaction de membres de familles des victimes tombant sur ce délire malsain, mais bon en même temps ce sont sans doute essentiellement des blancs hétéros oppresseurs...


          • christophecroshouplon christophecroshouplon 14 août 20:40

            @Julien30 et celui du dessus.

            Vous ne comprenez absolument RIEN a la litterature, a vos ages c est desolant. Voos commentaires aigris et bas de plafond sont desolants, un gosse de banlieue vous depasse sans probleme. Triste

          • Julien30 Julien30 15 août 00:45

            @christophecroshouplon
            Pourquoi un gosse de banlieue en particulier ? Vous avez du mépris pour les gosses de banlieue ? Je me contrefous du livre de cette pauvre fille, je ne parle pas ici littérature et vous le savez. Vous esquivez par des insultes pour éviter de vous prononcer sur les propos que j’ai cité. Soyez courageux, vous en pensez quoi de ce passage ?


          • chantecler chantecler 15 août 10:01

            @christophecroshouplon
            Oui, bon !
            Je ne vais pas me précipiter pour acheter les VS .
            La « littérature » n’excuse pas tous les propos .
            J’attendrai d’autres avis et sans doute que le T3 paraisse en ldp .


          • Mister hyde 14 août 12:37

            Bonjour, je n’ai pas lu ce nouveau livre de Despentens , j’avais par contre lu a l’époque « bye bye blondie » et « baise moi », si vous ne les avez pas lu, je vous les conseille, ils sont vraiment bien. Le premier raconte une histoire d’amour entre deux punks rencontrés en HP, le second est plus violent et traite de deux gamines basculant dans l’ultra violence tout en étant sur la route, un peu a la orange mécanique.


             Si jamais vous ne les avez pas lu, je vous les conseille , ils sont bien écrits et pour ceux qui ont eu une vie dans les mouvements qu’elle évoque, on ne peut que constater qu’elle ne fait pas que raconter une histoire mais s’inspire bien de vécu personnel. Même si ces 2 livres sont des fictions ; nous voyons très bien qu’elle sait de quoi elle parle.

            • sarcastelle sarcastelle 14 août 13:06

              Virgine Despentes a écrit un chef d’oeuvre ? 


              • legrind legrind 14 août 17:25

                D’abord je dois dire que je ne supportes pas Despentes idéologue. Ensuite j’ai été happé par le 1er tome de VS , plus que les comparaisons que trouve à côté de la plaque, à Balzac c’est le côté roman feuilleton populaire qui m’a accroché, une des grandes forces de son histoire est que Despentes donne une chance à chaque personnage , ensuite l’aspect cour des miracles bobos-freaks commencé à ma me lasser dans le 2eme tome que je n’ai pas trouvé aussi percutant que le 1er, j’attends la lecture du 3eme avec une certaine appréhension, un article m’ayant spoilé une conclusion que j’ai trouvé « despentesienne ».

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