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Accueil du site > Tribune Libre > Véronèse et le mystère de ses deux doigts écartés

Véronèse et le mystère de ses deux doigts écartés

Non, je ne saute pas du coq à l'âne, mais quand je découvre quelque chose de génial, je le dis et l'explique. Face à un obscurantisme qui nous conduit à une catastrophe programmée, c'est le seul réconfort qui me permet de croire encore à l'avenir du monde humain.

Extraordinaire peinture de Véronèse, je ne comprends pas que les responsables du Louvre aient placé ses grandes "Noces de Cana" face à la Joconde, comme un faire-valoir, ce qui fait que le public passe en lui tournant le dos. Il faut dire que ces responsables du Louvre n'ont absolument rien compris, je dis bien "absolument rien compris" à ce que le peintre a voulu dire dans son tableau. Merci aux commentateurs intelligents qui ont bien voulu approuver l'explication que j'en ai donnée dans un précédent article (1). Hélas ! Bien que j'ai pris soin d'informer les dits responsables du Louvre par pur esprit civique, je n'ai eu droit, en réponse, qu'à un silence pénible, pénible, pénible... 

Que cela soit de vieux écrits, des sculptures, des monuments ou des peintures, ce qui m'intéresse est de comprendre ce qu'ils disent et non ce qu'on veut leur faire dire. En cela, Véronèse est un pur génie tellement il a réussi à exprimer dans l'attitude de ses personnages un langage muet qui nous parle.

En représentant, en bout de table, un Soliman le Magnifique au regard énigmatique dirigé vers la coupe, il est pourtant facile de deviner que Véronèse fait manifestement un chantage au pape de l'époque en faveur de la liberté de création de l'artiste : ou bien liberté de création dans une Venise chrétienne, ou bien une recherche de soutien auprès d'un Soliman protecteur des Arts.

Voilà pourquoi la seule coupe où l'eau se transforme en vin est celle que le serviteur abyssin offre à Soliman. Détail de génie, le signe discret que fait Soliman sur le coin de la table. De toute évidence, c'est quand Soliman écarte ses deux doigts que le miracle se produit. Miracle de la prestigitation, il s'agit là d'une véritable signature par laquelle le peintre signe son oeuvre.

Ce signe des deux doigts écartés, véritable signature de Véronèse, on le retrouve dans son tableau du repas d'Emmaüs. Dans l'évangile de Luc, le Christ se fait reconnaître par la rupture du pain. Or, il faut bien reconnaître que sur le plan artistique, le rappel du miracle de l'eau changée en vin est beaucoup plus parlant. Ardent défenseur de la liberté de création, c'est le choix que Véronèse semble avoir fait. En voyant l'eau se changer soudain en vin, les deux pélerins témoignent par leur attitude ; celui de gauche par son corps qui se projette vers la table et par sa main dont les doigts s'écartent largement comme un éblouissement ; celui de droite, par sa main ouverte et par son corps qui recule sous l'effet de la surprise. Tous les regards convergent vers la coupe, sauf celui de Véronèse perdu dans le lointain du mystère divin, sauf celui du Christ dont le regard en appelle au Père. Sa main droite fait le signe comme pour dire au spectateur : "Attention, regardez bien ce qui va se passer !" Sa main gauche est posée sur le pain consacré. Et voilà que ses deux doigts s'écartent, et voilà que l'eau de la coupe se change en vin.

Cette signature, on la retrouve sur un autre tableau du peintre aux dimensions plus modestes, représentant, là encore, la scène du mariage de Cana, mais sans message caché, modifié ou surajouté, comme brute de décoffrage. 

C'est un véritable festival de signes et d'attitudes. Assise à la place d'honneur sous un dais de parade décoré de guirlandes, la mariée est triste ; il n'y a plus de vin. A sa gauche, son père la console. A sa droite, le marié, en retrait, baisse la tête. Un indicible sentiment de gêne se lit sur le visage des parents et des beaux-parents tandis qu'un proche de la famille se donne une contenance en consultant la carte des vins. Le désordre se met dans le rang des invités. Ils se retournent sur leurs bancs, s'inquiètent, se posent des questions. Certains tendent leur verre en disant : « Donnez-nous à boire ! » A l'extrême droite, la mère de Jésus se tourne dignement vers un serviteur pour lui donner des instructions. Assis à sa gauche devant des jarres vides, Jésus fait discrètement un signe dans le dos de l'intendant. Et voilà, ô miracle, que l'eau qu'on verse dans les jarres devient rouge. Sur la table qu'une nappe d'un bleu immaculé recouvre, au milieu des entremets délicats, la tarte décorée du dessert et le plateau de dragées attirent le regard.

Dans ce tableau aux modestes dimensions, beaucoup plus conforme à l'évangile de Jean, nous retrouvons les signes magiques du tableau d'Emmaüs : le signe d'avertissement de la main droite et le signe discret en coin de table de la main gauche qui déclenche le miracle. En revanche, ce tableau étant antérieur à ceux dont je viens de parler, Véronèse n'y a pas encore inventé son signe encore plus caractéristique des deux doigts écartés. Comment hésiter en mettant côte à côte nos deux noces de Cana, l'immense tableau du Louvre et le petit tableau inconnu. Il saute aux yeux que le Jésus est le même, avec sa barbe soignée et son auréole discrètement rayonnante, et encore plus sa mère avec sa large carrure inhabituelle et son voile. Le peintre n'a changé que la couleur de leurs habits pour l'adapter à un contexte historique différent. Dans le petit tableau, Jésus, simple invité, est habillé de vêtements sombres, dans celui du Louvre, il préside, vêtu de couleurs royales. Même génie dans l'art de peindre, même recherche dans l'expression des attitudes. 

Emile Mourey, 9 septembre 2017, photos Louvre et Wikipédia, extraits.

Renvoi 1 : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-noces-de-cana-de-veronese-mais-190016

 


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24 réactions à cet article    


  • Cateaufoncel 10 septembre 18:13

    « ..., je n’ai eu droit, en réponse, qu’à un silence pénible, pénible, pénible... »

    Un amateur qui vient piétiner leurs plates-bandes, mais où va-t-on, je vous le demande ?

    De surcroît une culotte de peau, une brute galonnée, encore une chance que, dans leur magnanimité, ils ne vous poursuivent pas pour usurpation de compétences !


    • Emile Mourey Emile Mourey 10 septembre 19:01

      @Cateaufoncel


      Bien vu ! Pour le moment, pas de procès en vue.

      EM.

    • Cateaufoncel 10 septembre 20:26

      @Emile Mourey

      Attention quand même : ils vous ont peut-être inscrit sur une liste noire.


    • Alren Alren 11 septembre 13:32

      @Cateaufoncel

      Les « décideurs » partout et toujours en arrivent vite à croire qu’eux seuls sont compétents, qu’eux seuls pensent.
      C’est d’autant plus marqué que la société est hiérarchisée et non démocratique.
      De ce point de vue, la France n’est pas un modèle.

      Merci à M. Mourey pour ses analyses non conformistes mais très pertinentes.


    • Germain de Colandon 10 septembre 19:16

      @Emile Mourey

      Bonsoir,

      Signification des deux doigts en question :

      index (commandement, relié à Jupiter) ; médius ou majeur (sagesse, relié à Saturne)

      Sinon, cela peut-être aussi une envie irrépressible à fourrer ses doigts dans la prise de courant, histoire de se réveiller après toutes ces agapes.

      Qu’en avez-vous à foutre des assentiments d’une bande de branleurs (Le Louvre) qui pompent nos impôts à se la péter ?

      Cioran disait : « se justifier, c’est s’avilir ».

       Alors ... ne vous justifiez pas, soyez tel que vous êtes, vous n’en serez que plus aimable (dans le sens « à aimer »).

      GdC


      • Emile Mourey Emile Mourey 10 septembre 19:30

        @Germain de Colandon


        C’est une position peu courante qui demande un certain effort pour la maintenir.

      • Cateaufoncel 10 septembre 21:38

        @Germain de Colandon

        « Qu’en avez-vous à foutre des assentiments d’une bande de branleurs (Le Louvre) qui pompent nos impôts à se la péter ? »

        D’autant plus qu’aucun d’eux n’avait remarqué la récurrence des doigts écartés sur différentes toiles du Véronèse...

        C’est, en premier lieu, ce qu’ils ne pardonnent pas à Emile Mourey. En second lieu, c’est sa passion, qu’ils n’ont sans doute jamais eue.


      • bob14 bob14 11 septembre 06:39
        Houra..un tableau d’une femme avec deux doigts écartés...qu’en pensez vous mon bon ?
        Est ce un signe du « saigneur » des étoiles.. ?

        • gardiole 11 septembre 08:25

          Que vient faire Soliman le Magnifique aux noces de Cana ?
          Pour ce qui est du repas avec les Pèlerins d’Emmaüs, il n’est même pas question de vin dans le texte de Luc (24, 13-35). Alors, de changement d’eau en vin... Marc fait une simple allusion à cet épisode, le reste du NT n’en dit rien.


          • lefluteau lefluteau 11 septembre 13:21

            Bonjour la compagnie

            Tiens ! Des gens qui s’essaient à des explications ! Autant prouver prouver ce que vous avez oublié par des faits : télékinésie apparente mais réelle lien avec l’Amour qui permet d’obtenir cette communication

            http://dai.ly/x536h4l

            lefluteau : laureat des apprentis guérisseurs magnétiseurs français en 2005
            Gnoma Snamap Paris

            Vous remarquerez le bout de mes doigts qui sont très roses ou rouges : le mouvement-vital ou Tchi ou Qi ou l’effet d’un coeur relié à celui du Christ permet de plus petit ou de pus grands effets

            Le fluteau


            • lefluteau lefluteau 11 septembre 13:25

              Précision : vidéo sous l’arbre du camping d’Autun réalisée avec témoin en 2015 durant les manifestations du Coeur ( ou Sacré Coeur pour les catholiques) que j’ai mentionnées par 4 lettres au Vatican et 2 au Dalaï Lama et bien sûr à des religieux du coin qui fond la sourde oreille sur décision de leur évêque.

              El fluto


              • lefluteau lefluteau 11 septembre 13:34

                Ah au fait monsieur Mourey, je viens de casser le mystère d’Eve de Gislebertus.
                Hou qu’elle était sauvage cette petite fée de l’Arroux. Elle a résisté tout un jour et un matin avant de se donner.

                jE VOUS PRÉPARE UNE CHTITE VIDEO ET VAIS VOIR LES GENS DU PATRIMOINE DE LA VILLE EN MEME TEMPS QUE J’ECRIS ZAUX PRUDONS D’PARIS (Sorbonne)
                Et pus aussi à Rivière, parce qu’un évêque qui porte ce nom est tout indiqué pour qu’on lui cause du coplément du pastis et des ondines qui se donnent dedans

                Le fluteau.
                Os Thund (odin odin) le 11/09/2017


                • lefluteau lefluteau 11 septembre 14:07

                  Désolé pour les fautes d’orthographe car suis dyslexique, ai une machine qui a un clavier dont il manque des touches et qui envoie ou oublie d’envoyer des codes :
                  Rmq : les batteries de voiture sont toutes à plat (5) et tout ce que je touche d’électrique ou d’électronique tombe en panne ( labo d’informatique et 4 routeurs tombés successivement en panne en 2006 avec 15 personnes ingénieurs et techniciens témoins).

                  Lefluteau
                  Atypique haut potentiel, insrcrit comme demandeur d’emploi dans une agence française de recrutement comme jardinier du Coeur et chercheur trouveur
                  Augustodunum le ...


                  • Orageux / Maxim Orageux / Maxim 11 septembre 15:14

                    Je regarde le tableau général , je constate que la plupart des personnages ont les doigts écartés, tout simplement parce que le peintre a eu la flemme de peindre des mains en mouvement autres ...


                    Plus simple à peindre et gain de temps, les mains sont peintes en série, observez bien les formes...

                    Observez la main du Christ sur le gros plan.....Observez la main gauche > trois demi-doigts identiques sans le retour de l’auriculaire , l’index tendu, le pouce rajouté , et du blanc pour délimiter les jointures en un seul trait ....

                    Conclusion, le peintre était un flemmard !!!! 


                    Au fait, du temps des Romains , le vin était coupé d’eau !


                    • Robert Lavigue Robert Lavigue 12 septembre 12:42

                      @Orageux / Maxim

                      Peut-être qu’ils jouaient tous à papier-caillou-ciseaux au moment où le peintre a pris la photo ?


                    • lefluteau lefluteau 11 septembre 17:35

                      Avec l’apprentissage sensoriel qui m’a été permis depuis la pratique de l’Aikido avec M Coudurier Curveur puis à l’Académie des Arts Martiaux de Paris avec M Tran, une main ouverte donne au bras plus de résistance qu’un poing fermé. Faites l’expériece d’un bras tendu et que quelqu’un appuie perpendiculement sur ce bras.
                      En médecines orientales, la main qui perçoit le corps de la personne doigt être légère pour que circulent les informations de l’énergie subtile mais aussi du pouls, de la tension nerveuse des fascias, de la souplesse tendino-musculaire, de la chaleur.... etc.

                      Il me semble par conséquent que ces personnes sont en état d’ouverture sensorielle et donc de très haute disposition d’écoute des autres. C’est un moment de grâce et de paix dand lequel se trouvent ces personnes.


                      • hervepasgrave hervepasgrave 12 septembre 07:38

                        Bonjour,

                        • « Mes mains » heureusement Bécaud était là pour rattraper le coup !
                        • Petite question idiote au demeurant.Votre article parle détails a l’appui des mains et fait l’impasse sur la dernière photo ?
                        • innocence ! égarement je ne comprends pas ?
                        • Car la mère de Jesus a la main qui tient désespérément un gobelet ou je ne sais quoi dans une main vide !!
                        Mais vous avez raison ,c’est dans les détails que se cache le vice.
                        • Et cestpasgrave ! une fois de plus et peut-être un sujet en devenir ?

                        • Emile Mourey Emile Mourey 12 septembre 09:42

                          @hervepasgrave

                          Bien sûr que cette main vide de la mère de Jésus pose question mais je l’ai traitée - cette question - dans mon article précédent indiqué en lien. Non seulement, il n’y a pas d’eau changée en vin mais il n ’y a pas de verre, et s’il n’y a ni eau ni vin ni verre, c’est qu’il n’y a pas de miracle et, d’ailleurs pas de mariés, car Véronèse n’est pas content et s’il a bien voulu peindre la scène qui lui a été commandée, il a manifesté son mécontentement par son Jésus refusant de faire le miracle, tout en menaçant la papauté que ce soit Soliman qui le fasse. Moi aussi, je ne suis pas content de constater que mes contemporains aient si peu d’humour qu’ils sont incapables de comprendre celui de Véronèse. Vraiment, si j’en crois certains commentaires, j’ai l’impression de vivre aujourd’hui dans un monde d’attardés mentaux... et, en plus, prétentieux et vulgaires.

                        • hervepasgrave hervepasgrave 12 septembre 10:12

                          @Emile Mourey
                          re
                          Bonne réponse ,mais les lecteurs ne sont pas obligé d’aller fouiller dans d’anciens articles.Ou alors précisez que c’est un feuilleton ,ou numérotez vos articles (bonne pratique dans ce domaine pour archiver)
                          Alors le mieux aurait peut-être été de ne pas inclure cette image qui fait désordre dans cet article.
                          Je ne pense pas en disant cela être un attardé et encore moins être prétentieux.

                          • Alors ! la seule chose que je puis bien comprendre c’est que rien n’a changé d’un iota dans les mentalités.
                          La parole est toujours du côté des gens autorisés et gare a ceux qui n’écoute pas religieusement.
                          • Mais là je m’égare à être vulgaire. Après tout est-ce concevable !
                          Et pour l’humour« pfeu.. » ? cestapasgrave ! je ne sais pas l’utiliser. N’aillant pas fait l’école du rire.
                          • Rassurez vous au moins . L’histoire de l’art et l’histoire sont entre autres, des choses qui mon toujours intéressé,au mieux je peux émettre des questions,mais aie ! c’est souvent perçu comme de l’impertinence.
                          • Il faudrait avoir un manuel d’instruction sur le comment s’exprimer élégamment, sans impertinence ??mystère
                          • ps : si tout repose sur le petit (1) ce n’est pas un lien a suivre.Voyez je ne suis pas inutile maitre.

                        • Emile Mourey Emile Mourey 12 septembre 10:35

                          @hervepasgrave


                          Quand je parle des commentaires débiles, il ne s’agit pas du vôtre, bien au contraire. Désolé de la confusion.

                          E.M.

                        • hervepasgrave hervepasgrave 12 septembre 10:41

                          re ,
                          Pour une fois c’est utile de dire, cestpasgrave !
                          au Pire cela donnera une petite leçon d’humilité a beaucoup d’autres.


                          • Orageux / Maxim Orageux / Maxim 12 septembre 12:18

                            Les dragées non plus n’existaient pas, vu que l’on ne connaissait pas le sucre aux temps bibliques !



                            • Emile Mourey Emile Mourey 12 septembre 19:33

                              @Orageux / Maxim


                            • Orageux / Maxim Orageux / Maxim 12 septembre 12:23

                              Les maisons Préfontaines, Gévéor et Postillon vont traduire Véronèse en justice pour pub mensongère ...


                              En effet , ils avaient déposé un Brevet bien avant Jésus pour transformer la flotte en pinard !!! smiley 

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