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Vers une nouvelle Démocratie

Les démocraties s’essoufflent, s’émiettent pour ne plus garder que les élections pour donner un spectacle censé faire émerger des représentants du peuple. N’est-ce pas temps de s’interroger sur le futur que l’on souhaite : Homme ou Surhomme, Humaniste ou Transhumaniste ?

 L’argent-roi est la seule valeur qui rassemble le monde entier et est donc mis en avant pour rendre indistinctes les cultures, les économies, les politiques de tous les pays. La naissance, l’esprit républicain, le savoir voire le talent ont permis de constituer les élites qui président aux destinées des démocraties électorales actuelles. Ces formes d’accession au pouvoir sont sur le point de disparaître. 

 Une société est d’autant plus « avancée » que l’ordre en son sein est plus grand et que la division du travail par compétence est la plus achevée. L’ancêtre primitif de l’Homme était plus omniscient que l’Homo Sapiens moderne qui ne sait plus vivre en chassant, construire sa hutte ou décorer sa demeure sans architecte d’intérieur. L’Homme seul peut idéalement se comporter indépendamment des autres, l’énergie qu’il déploie peut alors être comparée à l’énergie calorique, la chaleur, la température. Pour qu’un travail apparaisse, c’est à dire une force appliquée sur une certaine distance, il faut une différence de température ; et plus cette différence est grande, plus la conversion de la chaleur en travail est efficace. Seul le travail permet d’engendrer de l’ordre, c’est à dire une disposition harmonieuse et efficace pour atteindre un but à partir d’entités aléatoirement agencées. L’élite se veut l’incarnation de la source chaude, la multitude qu’elle souhaite mener serait donc la source froide. Plus la classe dirigeante se distingue du peuple par les honneurs ou la compétence, plus la société peut aller de l’avant vers le progrès si aucune émeute survient. Mais les honneurs sont sujets à une morale, la compétence demande patience et efforts, la fortune permet de déterminer plus rapidement qui doit diriger quoi.

 Cependant, la Démocratie, que le monde n’a jamais vraiment connue, peut aussi voir le jour, à condition d’éviter le piège des élus en charge du bien commun : « La folie est chose rare chez l'individu ; mais elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples, les époques. » La formation d’un groupe fait perdre la quasi-totalité de l’esprit critique et de l’intelligence aux individus qui le composent. Il faut faire des compromis pour coexister en son sein mais surtout les décisions qui seront prises par le groupe serviront essentiellement à convaincre ou à vaincre les autres groupes en mettant en avant les rapports de force. De plus, si il y a un groupe, un chef de groupe apparaîtra inévitablement ruinant toute tentative que tous décident pour tous.

 Chaque jour progresse davantage l’individualisme dans les sociétés occidentales, on le regrette généralement mais il peut se révéler être une voie vers une démocratie effective. Les modalités envisagées doivent pouvoir faire apparaître un ordre sans différence de statuts entre les uns et les autres. La seule façon d’obtenir une égalité dans une société c’est que chacun obéisse à une même transcendance. Si je dieu-argent est écarté, cette transcendance ne peut être issue que d’un vote de tous sans délégation de pouvoir à des élus. Les brumes entourant les Hommes de pouvoir sont suffisamment dissipées pour que chacun ait pu s’apercevoir qu’il était peuplé de gens qui leur ressemblaient tant qu’il était hors de question qu’ils leur obéissent aveuglément. Les conflits entre le peuple et les élus sont constants, les décisions claires inenvisageables, l’intérêt commun ne se distingue plus de la somme pondérée des intérêts particuliers, les émois médiatiques servent à relayer les revendications personnelles ou communautaires, les familles décomposées se recomposent pour mettre le pied à l’étrier au conjoint, aux enfants, aux amis…

 Les référendums ont été écartés du champ politique sous prétexte que l’on ne répondait pas à la question posée mais que l’on jugeait celui qui posait la question. Neuf référendums ont été organisés sous la Ve république sans que l’on puisse vérifier si cette assertion est vraie. Les sondages d’opinion, beaucoup plus nombreux, relèvent du même principe de démocratie directe et le sérieux de leurs résultats peut être plus aisément vérifié. Ainsi pour Notre-Dame-des-Landes, les Français pensent que les pouvoirs publics doivent respecter le résultat du référendum (55% pour le « oui ») en Loire-Atlantique. Les Français mettent aussi en avant le respect de l’Etat de droit : six Français sur dix valident le recours aux forces de l’ordre pour permettre le début des travaux. Ni le courage, ni l’esprit de décision ne manquent donc aux masses populaires.

 Les moyens technologiques actuels permettraient d’organiser des sondages ayant valeur de référendum (sondages référendaires) qui devraient être la seule possibilité de validation des propositions de lois émises par les voies législatives traditionnelles. Les lois sont alors décorrélées du choix d’un Homme, d’un groupe d’Hommes, de toute idéologie, de toute morale puisque l’expression de la préférence ne concerne qu’un point particulier. À terme, les Hommes politiques, débarrassés du combat essayer d’être le meilleur pourront examiner les problèmes selon la seule optique du bien commun en délaissant les idéologies totalitaires. Mais pour que la force du référendum s’impose sans discussion possible, il ne peut pas concerner des territoires trop hétérogènes, trop disparates car il ne ferait alors que déterminer la moyenne des différences sans les amalgamer.

 Un irrémédiable divorce s’installe quant au monde futur désiré : les transhumanistes prônent l'usage des sciences pour augmenter les possibilités physiques et mentales des êtres humains, tandis que les humanistes se contentent de la nature et d’une sobriété heureuse. Les deux populations ne peuvent plus vivre ensemble.

 Dans cet esprit, il est nécessaire d’individualiser l’impôt payé par chacun des individus. Des lois à applications sociétales ont été prises ou sont envisagées qui, financées par tous, peuvent heurter le sens moral profond de beaucoup. La dépense associée aux lois sociétales devrait donc être précisément estimée et il devrait être possible de défalquer la somme correspondante de sa contribution aux impôts.

 Sans approfondissement, la démocratie ne survivra pas, si ce n’est par des simulacres d’élection pour choisir entre la droite extrême et l’extrême droite, la seule mission encore laissée à l’État étant de réprimer les récalcitrants. Le sacré est le seul qui puisse surpasser l’argent comme référence, la sacralisation de la Démocratie par son approfondissement s’impose donc.

 


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17 réactions à cet article    


  • Claudec Claudec 25 janvier 2018 16:30

    Si parmi les multiples pièges qui menacent la démocratie, le dogmatisme, le sectarisme, le mensonge, la cupidité, la corruption, l’intolérance, etc, sont sans cesse évoqués, avec autant d’hypocrisie que de superfluité, il en est un dont les hommes dans leur grande majorité ne semblent pas avoir conscience. Il est pourtant en passe de devenir le plus redoutable, après s’être installé au su et à la vue de tous durant des siècles, sans apparemment éveiller la méfiance de qui que ce soit. Il s’agit de la surpopulation ; ce qui peut expliquer que les ennemis de la démocratie se multiplient et le soient en premier lieu au nom de la conquête ou de la défense de leur espace vital. N’est-elle pas l’arme fondamentale des extrémismes les plus enracinés, dont ceux qui règnent au Moyen-Orient ne sont hélas qu’un exemple trop parlant  : «  Comme aimait à dire Yasser Arafat : La meilleure arme de l’Organisation de libération de la Palestine, c’est l’utérus des Palestiniennes – Plagiant Ouari Boumedienne lorsqu’il proclamait à la tribune des Nations Unies que l’Islam ferait la conquête du monde par le ventre de ses femmes – » Ou, pour ne pas être accusé de sionisme : « Les haredim sont encore minoritaires en Israël, mais ils s’acharnent à changer cet état de fait. Et leur tactique est simple : ils procréent. Les familles ultra-orthodoxes comptent en moyenne près de sept enfants ; les fratries de dix ou plus ne sont pas rares ... un quotidien de Jerusalem cite un haredi qui se vante d’avoir 450 descendants. » (COMPTE À REBOURS - Alan Wiesman - Flammarion - Déc 2013)


    Quel que soient notre souci du bien commun et notre soif de partage et de justice, nous ne pouvons ignorer qu’en dépit des progrès qu’elle a accomplis depuis, la République a été inventée à une époque ou la population humaine, dispersée sur la planète, n’était que de quelques dizaines de millions d’individus de toutes conditions.


    Or, même s’il suffit de deux hommes sur un même territoire pour qu’y règne l’antagonisme, voire la discorde ou pire, leur nombre a crû dans une telle mesure qu’il engendre dorénavant désordres, peur et repli sur soi-même. Par la disparité des opinions qui s’y expriment, les conflits d’intérêts qui s’y manifestent ; par la transformation en cacophonie du moindre débat ; par une ingouvernabilité conduisant des leaders débordés à employer tôt ou tard la force au détriment de la raison ; par l’aggravation qui en découle du sort des plus démunis ; par le quotient de la part des richesses susceptible de revenir à chacun – à commencer par les libertés, tant individuelles que collectives –, le surnombre réduit à néant toute volonté démocratique, sauf à viser un utopique égalitarisme dans la pauvreté généralisée.


    « Chacun a le souvenir d’un monde qui était meilleur. Moins peuplé. Plus agréable. Où l’on se sentait plus libre. » (Alan Wiesman). Tous les pouvoirs le savent et pourtant tous les pouvoirs ont le culte du nombre. Nulle religion ni secte qui ne cherche à multiplier celui de ses fidèles, nul parti ou association qui ne s’efforce de rallier un maximum de membres ; nulle commune, région ou état qui ne fonde sa puissance, son avenir – et accessoirement le bonheur de sa population – sur l’importance de celle-ci. La dénatalité apparaît dès lors comme la seule mesure propre au rétablissement de l’équilibre démographique indispensable à la restauration et à la pérennité de cette démocratie porteuse de plus de justice, de responsabilité et de solidarité, souhaitée par tous les vrais républicains.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 25 janvier 2018 17:24

      @Claudec
      Votre commentaire est intéressant et je partage la plupart des arguments énoncés, en particulier celui-ci : " Nulle religion ni secte qui ne cherche à multiplier celui de ses fidèles, nul parti ou association qui ne s’efforce de rallier un maximum de membres ; nulle commune, région ou état qui ne fonde sa puissance, son avenir – et accessoirement le bonheur de sa population – sur l’importance de celle-ci."
       Le repli religieux observé actuellement est une forme de désespoir car l’Homme peut vivre sans dieux mais pas sans amour.


    • Claudec Claudec 25 janvier 2018 18:45

      @Jacques-Robert SIMON

      Eh oui, et avec ce repli religieux, la pensée unique dicte sa loi, y compris par le détour d’idéologies parfaitement laïques, agissant sans même s’en rendre compte sous une autorité divine, par définition incontestable, pour aboutir à ce qui n’est rien d’autre que le contraire de la démocratie. 

    • microf 25 janvier 2018 23:44

      @Jacques-Robert SIMON

      Mais @Jacques-Robert SIMON, Dieu est AMOUR, et lá oú il ya AMOUR, il ya Dieu, car les deux vont ensembles, jamais l´un sans l´autre.
      Quant au repli religieux, ce n´est qu´en Occident qu´il est constaté, partout ailleurs, la Foi en Dieu est en pleine explosion, le nombre de chrétiens augmente.
      Ces dernières années, le nombre de Catholiques dans le monde a augmenté de 391 millions, donc plus de la moitié en Afrique 191 millions et la tendance est á la hausse.
      Un autre phénomène, de nombre musulmans embrassent la Foi Chrétienne, phénomène qu´on tait en Occident.
      Il ya des siècles de celá, lorsque l´Occident croyait en Dieu, tout le monde entier devait croire en Dieu, malheur á celui qui ne croyait pas...
      L´Occident s´est répandu dans le monde entier pour évangeliser, et beaucoup de sang a été versé pour forcer les personnes á croire.
      Aujourd´hui en l´Occident ne croie plus en Dieu, personne en doit croire en Dieu, l´Occident combat la Foi, l´Occident ridiculise la Foi Chrétienne, cette Foi pour laquelle hier on tuait ceux qui ne croyaient pas, c´est á ne rien combattre.

      Toutefois, pour celui qui croit pas ou ne veut pas croire, celá suffit s´il aime son prochain, s´il ne lui veut aucun mal, et surtout, s´il lui fait du bien, voilá la clé.


    • Claudec Claudec 26 janvier 2018 13:59

      @microf

      « Toutefois, pour celui qui croit pas ou ne veut pas croire, celá suffit s´il aime son prochain, s´il ne lui veut aucun mal, et surtout, s´il lui fait du bien, voilá la clé. » L’amour existe donc sans Dieu. Grosse contradiction à quelques lignes d’écart, due à l’aveuglement de votre foi

      Ceci dit, le repli semble effectivement toucher davantage les pays avancés que les autres et la chrétienté davantage que l’Islam, ou le Bouddhisme, en train de se hisser, sous nos yeux, du rang de philosophie à celui de religion, dotée comme les autres d’un Dieu en bonne et due forme, presque à la mode occidentale. Et certains n’en continueront pas moins de nier que Dieu est une création de l’homme !

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 janvier 2018 18:22

      @microf
      Je fais la distinction entre croyance et foi. Dieu peut être l’objet d’une croyance comme d’une foi, mais il est possible d’avoir « une » foi sans pour autan être croyant... et je ne suis pas croyant.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 janvier 2018 18:24

      @Claudec
      Il me semble évident que Dieu, les dieux, sont des créations humaines.


    • Claudec Claudec 27 janvier 2018 09:07

      @Jacques-Robert SIMON & microf


      Ce que nous nommons spiritualité, ne serait-elle pas tout simplement la somme de ce que nous ne comprenons pas et que nous expliquons par nos superstitions, en spéculant sur un pouvoir obscur et lui-même inexplicable que nous nommons Dieu.

      Le contraire de cet obscurantisme pourrait alors être la science, laquelle tente d’expliquer rationnellement ce que nous sommes et le milieu dans lequel nous existons ou semblons exister, avec pour ambition suprême de connaître et prouver nos origines, ce qui n’est pas sans nécessiter aussi une certaine foi.



    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 27 janvier 2018 09:30

      @Claudec
       La foi en quelque chose est nécessaire, en particulier celle que l’on peut améliorer le monde pour plus de liberté, d’égalité, de fraternité. La croyance en dieu était basée sur la crédulité et la peur de la mort et permettait d’espérer malgré les innombrables aléas de la vie.


    • Claudec Claudec 27 janvier 2018 16:54

      @Jacques-Robert SIMON

      Bien que je ne sache pas s’il s’agit de foi ou simplement de spiritualité, il me semble certain que l’exercice de ses facultés mentales et en particulier de l’imagination dont il est très inégalement doté (comme de toute autre faculté d’ailleurs), est aussi indispensable à l’homme que l’exercice physique.
      Quant à en conclure qu’il soit possible d’améliorer le monde par plus de liberté, d’égalité et de fraternité, si tel était le cas ça se saurait et surtout ça se verrait, ce qui à mon avis est loin d’être le cas. Ne suffit-il pas de considérer l’intérêt que suscite le sujet pour s’en rendre compte ?
      Ce qui n’empêche personne d’essayer de faire pour le mieux, selon la conception qu’il en a.

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 29 janvier 2018 08:19

      @Claudec
      La foi peut être tout simplement de vouloir élever ses enfants, de rester honnête malgré tout, de ne pas tricher...


    • Claudec Claudec 30 janvier 2018 03:50

      @Jacques-Robert SIMON


      @Jacques-Robert SIMON

      Ça me semble un peu moins simple qu’à vous, et je me permets de vous renvoyer au « Trésor de la langue française » (CNRS) pour en juger.

      Cordialement


    • Claudec Claudec 30 janvier 2018 03:50

      @Jacques-Robert SIMON


      Ça me semble un peu moins simple qu’à vous, et je me permets de vous renvoyer au « Trésor de la langue française » (CNRS) pour en juger.

      Cordialement

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 30 janvier 2018 08:33

      @Claudec
      Il n’existe pas de choses compliquées, il n’existe que des choses rendues confuses pour les mettre hors de portée des gens simples.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 30 janvier 2018 17:22

      @Self con troll
      Il est peut-être suffisant de vouloir se forger un avis personnel plutôt que de tenter de l’imposer aux autres.


    • Claudec Claudec 30 janvier 2018 17:51

      @Jacques-Robert SIMON

      Quel rapport, autre que polémique, entre la manière de se forger un avis et le fait de tenter de l’imposer ???

    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 30 janvier 2018 18:47

      @Claudec
      Pour convaincre on abandonne presque toujours le doute qui anime (ou devrait animer) chacun.

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