• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Viabilités psychanalytiques en perspective

Viabilités psychanalytiques en perspective

La ou les psychanalyses ne sont pas scientifiques au sens aristotélicien, c'est clair, il n'y a pas de science du particulier.


Source éditeur

 

Comme tout traitement ou cure, elles sont représentées par des personnes diverses, qui les appliquent diversement, avec divers styles ou manières, et finalement ce sont ici l'effet-barnum, l'effet-placebo, l'effet-maître et l'effet-pygmalion qui entrent en jeu (ces deux derniers effets ressortent de la psychologie de l'éducation, je ne saurai trop vous conseiller de les découvrir, les deux premiers étant un peu plus connus). Effectivement au final, il y a un bien-être perspectif dépendant de l'interaction consultant-consulté, et pardonnez-moi du peu, mais au fond de leur "alchimie", c'est-à-dire leurs atomes crochus selon attentes de chacun, grosso modo, sachant qu'entrent en jeu beaucoup de lecture à froid voire de mentalisme, soyons sérieux une seconde. C'est d'ailleurs ce genre de choses qui rendent nombre de scientifiques si circonspects à juste titre, devant les psychanalyses.

Cela dit soyons encore plus sérieux, et remarquons aussitôt que tous ces éléments en gras, ils entrent en jeu même chez le médecin généraliste, le psychiatre ou le psychologue. C'est-à-dire que dans l'espace-temps du cabinet de consultation, des choses véreuses peuvent arriver, c'est tout le propos de l'excellente pièce de théâtre Docteur Knock, qu'on ne saurait trop conseiller à toutes les personnes des milieux psy. C'est très délicat, d'être "humain", quand vous avez sociologiquement toute une organisation/institution qui vous légitiment et accréditent, au point que le simple fait d'y mettre les pieds pour consulter vous fait passer pour fou aux yeux des secrétaires médicales ou de n'importe quel quidam un peu conscient de l'endroit où on se trouve (effet-institution, effet-établissement, en psychologie de l'éducation). C'est tout le propos du film Vol au-dessus d'un nid de coucou. Les normes anthropologiques quant au "mentalement correct" entrent beaucoup en jeu, et l'on gagnerait alors à s'intéresser à l'ethnopsychiatrie de Jeremy Narby, qui relève et intègre le phénomène.

Enfin, on ne peut pas dire que les psychanalyses ne partent pas de certaines expériences "de bon sens", même si ça ne suffit pas à faire une science. Le freudisme par exemple, gagnerait à être étudier en zoologie ou éthologie humaine. C'est d'ailleurs ce qu'a tenté de faire Boris Cyrulnik à sa façon encore trop légère. Mais enfin, on ne peut nier qu'un père est un mâle, une mère une femelle, et l'enfant de même un mâle ou une femelle, ni que l'inceste est largement prohibé tout autour de la Terre, ni que l'inceste est parfois consommé, sans parler de toutes les situations dites incestuelles étudiées dans des cadres psychologiques et psychiatriques non-psychanalytiques. C'est-à-dire que l'intuition freudienne d'un désir sexuel intra-familial, pour révoltante qu'elle soit aux bonnes mœurs, n'est pas aussi facilement déniable qu'on aimerait, même si le freudisme était absolument réfuté. Et ainsi de suite de toutes les psychanalyses : avec Alfred Adler, on ne peut nier qu'il existe des compensations de sentiments d'infériorité (de là à en faire un principe scientifique, c'est évidemment autre chose !) ; avec Carl Jung, personne ne nie les expériences religieuses, d'autant plus qu'il est neurologiquement démontré le pouvoir anxiolytique de la croyance (alors pourquoi en priver certains d'arrache-pied, en dehors d'une politique antireligieuse ? qui d'ailleurs peut proposer des compensations) et puis, Carl Jung partit de l'intuition d'une structure vestigiale du psychisme, qui n'est pas réfutée loin de là (sans que ça ne prouve sa psychanalyse scientifiquement non plus) ; avec Viktor Frankl, on ne peut pas nier que le sens et les significations soient cognitivement importantes (de là à abonder dans le sens d'un divin en soi, etc. la science passe son chemin) ; enfin avec René Girard, on ne peut nier les rivalités intra- comme inter-spécifiques (encore qu'on ne puisse en faire un absolu comportemental scientifiquement).

Bref, il se pourrait que les psychanalystes aient leurs contributions à apporter dans le vaste domaine de l'accompagnement psy, or on peut déjà dire qu'en Histoire des sciences ils ont frayé des chemins au moins, sachant en outre qu'ils sont dans le même cas que tous les travailleurs psy : pris dans les rets d'une relation humaine qui n'est pas aussi vérifiable, répétable et réfutable qu'on le voudrait, comme toutes les sciences humaines. C'est à la fois leur problème et leur richesse, sous l'angle aristotélicien de sciences du général.

 




Annexe : la névrose psychanalytiste possible

Devant la psychanalyse freudienne, ce qui est sûr, c'est qu'il peut y avoir en effet (parfois à cause des psychanalytismes freudiens surtout, c'est-à-dire post-freudiens...) une névrose psychanalytiste possible. C'est-à-dire que par soi, priser la psychanalyse semblerait névrotique, que la psychanalyse-même névroserait ses amants qui, comme amants, seraient aussi des haineux (hainamoration)... sur quoi donc ils auraient pu chercher à exempter le point analytique depuis lequel, en effet, il y a analyse.

Seulement, nous dirons que c'est humain - y compris psychanalytiquement humain -, et je crois que c'est Jacques Lacan qui avait fait remarquer que dans psychanalyse, il y a anal, autant dire production agressive jusqu'au sadisme, d'interprétations sur la base des matériaux ; et, ce, jusqu'à la psychose à vrai dire (névrose narcissique), quand les personnes s'y mirent en gloses sur tout et n'importe quoi. Ce qui est en propre la névrose psychanalytiste en question.

Reste qu'on relaie ça un peu vite aux stratégies politiques d'un tout est sexuel à cause du freudo-marxisme avant tout. Or, il faut préciser que les freudo-marxistes ont largement fini schizophrènes (psychotiques, névrosés narcissiques) : Otto Gross et Wilhelm Reich - sans que cela ne les empêcha de mener des recherches avisées pour commencer, sous le regard approbateur de papy Freud (comme d'autres détournés : Carl Jung, Sandor Ferenczi, Otto Rank, etc., le reniement n'étant pas un critère de moindre qualité). Bref, affirmer que tout serait sexuel est déjà névrotique évidemment, tout comme le marxisme poussa à faire dire que tout est politique (par exemple : Jean-Paul Sartre, sorte de freudo-marxiste d'ailleurs, avec sa psychanalyse existentielle critique de Freud sans s'y opposer totalement).

D'ailleurs, quand Sigmund Freud parle de stade oral, anal et génital (Lacan insère n'est-ce pas, le stade phallique/du miroir, de l'anal au génital)... il parle avant tout de sensorialité, même pas de sensualité, encore que la sensorialité implique fatalement la sensualité de proche en proche, donc à terme la sexualité ce que les sexologues nomment la sexualité. C'est-à-dire que l'oralité (produisant toutes les névroses narcissiques jusqu'aux pires psychoses) ne saurait concorder aux auspices d'un tout est sexuel textuellement (private Lacan-like joke : d'autant plus que pour l'oralité en effet, c'est plutôt de l'ordre d'un tout est textuel ... ), et ainsi de suite de l'analité (expérimentalement référée à l'époque où l'on apprend à faire popo, c'est-à-dire 2-3 ans).

Même si les physiologues/sexologues observent que le garçon a des afflux sanguins péniens dans le ventre de sa mère déjà, et la petite fille à 3 ans dans le clitoris, on ne peut pas dire psychanalytiquement tout est sexuel, ça n'est pas psychanalytique que de dire cela. D'ailleurs, dans le cas de la petite fille, c'est patent que le stade oral des premiers mois ne saurait être associé à une telle sensorialité, mais qu'au contraire la découverte de cette sensorialité (sexuelle) est d'emblée relayée à l'analité (au stade anal) ! ...

C'est donc bien moins politiquement stratégique/stratégiquement politique que cela, tout n'est pas sexuel, encore que tout soit sensoriel et psychanalytiquement exprimé dans les termes de la psychosexualité, dans les termes du sexual (du sexe comme ontologie). Mais c'est bien plus proche d'un empédocléisme (interactions eros/neikos) doublé d'hédonisme et d'utilitarisme épistémologiques, que le freudisme. A partir de quoi Freud y sursoit, à dire que l'éducation doit répresser sans refouler, même si ça frustre parfois : c'est là le point, plutôt judicieux il faut le dire, sans quoi nous serions d'affreux libidineux malins, incapables de créer ni même bien de procréer (éduquer à notre tour), car incapables de gérer nos frustrations.

 

____________________________________________

Moyenne des avis sur cet article :  1.18/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

22 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 juillet 2019 11:46

    Parmi les névrosés psychotiques et narcissiques, je m’étonne que vous ne citiez pas : Deleuze et Guattari.


    • Mervis Nocteau Marzhin Tavernier 20 juillet 2019 12:29

      Je suis d’accord.


    • Mervis Nocteau Marzhin Tavernier 21 juillet 2019 16:24

      Néanmoins, l’empirisme transcendantal mérite réflexion. La philosophie contient toujours des éléments suprapersonnels.


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 juillet 2019 12:40

      Je suis en plein Lovecraft : Nigth ocean et : Je suis d’ailleurs. Avant de commencer une aventure psychanalytique ou plongée dans les profondeurs sous-marine) mieux vaut être bien armé : Lire : Le narcissisme de Bela Grunberger (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bela_Grunberger


      • Laconique Laconique 20 juillet 2019 13:43

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        Je vous aime bien Mélusine. Mais vous devriez être plus humble. Vous devriez prier la Vierge Marie. Réciter le rosaire.


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 juillet 2019 14:02

        @Laconique

        Excusez-moi, mais là pour le coup, j’ai éclaté de rire,..


      • Gollum Gollum 20 juillet 2019 14:33

        @Laconique

        T’es devenu un vrai bigot Laconique... smiley

        Passer de la lecture de Platon à l’ânonnement du rosaire quel progrès !

        Z’avez pas peur de créer ainsi une distanciation d’avec le réel ? (allusion perfide à un de vos anciens textes)

        Comme Mélu, pas pu m’empêcher de pouffer...

        Sinon la vraie humilité ce n’est pas devenir totalement idiot.. smiley


      • Gollum Gollum 20 juillet 2019 14:37

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        Je suis d’ailleurs, excellente nouvelle. Pour moi la meilleure de Lovecraft de par le dénouement époustouflant et surprenant..

        L’affaire Charles Dexter Ward est un must aussi.

        Je relis régulièrement Lovecratf. Le seul d’ailleurs que je relis de temps à autre. Inégalable.


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 juillet 2019 14:41

        @Gollum Lisez ma réflexion sur les arts divinatoires et dites moi ce que vous en pensez. Je travaille beaucoup le noeud nord et sud....


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 20 juillet 2019 14:46

        bluffant l’astrothème de Locraft. Vénus domine largement. Extrait : 

        Votre façon de voir les choses passe par le cœur et avec vous, rien ni aucune communication réelle ne sera transmise si une certaine sympathie ou chaleur n’émane de vos interlocuteurs. Pour vous, peu importent les raisonnements froids et logiques, les pensées claires et le bon sens : si en même temps n’existe pas un lien affectif avec votre environnement, rien ne peut se passer avec le Vénusien, rien ne peut se faire.

        Vous avez un côté artiste et vous ne négligez jamais dans vos actes et dans votre façon de communiquer des concepts très clairs, bien que subjectifs : le plaisir et la beauté, voire aussi la sensualité, tout cela parfois au détriment de l’efficacité, de la durée, de la logique, et... du détachement.

        La Lune fait partie des planètes les plus importantes de votre thème et vous confère une nature réceptive, émotive et imaginative. Vous avez cette possibilité innée de vous imprégner instinctivement des atmosphères, des ambiances, des impressions qui vous nourrissent, souvent pour rêver votre vie plutôt que la vivre.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès


Derniers commentaires


Publicité