Viabilités psychanalytiques en perspective
La ou les psychanalyses ne sont pas scientifiques au sens aristotélicien, c'est clair, il n'y a pas de science du particulier.

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Comme tout traitement ou cure, elles sont représentées par des personnes diverses, qui les appliquent diversement, avec divers styles ou manières, et finalement ce sont ici l'effet-barnum, l'effet-placebo, l'effet-maître et l'effet-pygmalion qui entrent en jeu (ces deux derniers effets ressortent de la psychologie de l'éducation, je ne saurai trop vous conseiller de les découvrir, les deux premiers étant un peu plus connus). Effectivement au final, il y a un bien-être perspectif dépendant de l'interaction consultant-consulté, et pardonnez-moi du peu, mais au fond de leur "alchimie", c'est-à-dire leurs atomes crochus selon attentes de chacun, grosso modo, sachant qu'entrent en jeu beaucoup de lecture à froid voire de mentalisme, soyons sérieux une seconde. C'est d'ailleurs ce genre de choses qui rendent nombre de scientifiques si circonspects à juste titre, devant les psychanalyses.
Cela dit soyons encore plus sérieux, et remarquons aussitôt que tous ces éléments en gras, ils entrent en jeu même chez le médecin généraliste, le psychiatre ou le psychologue. C'est-à-dire que dans l'espace-temps du cabinet de consultation, des choses véreuses peuvent arriver, c'est tout le propos de l'excellente pièce de théâtre Docteur Knock, qu'on ne saurait trop conseiller à toutes les personnes des milieux psy. C'est très délicat, d'être "humain", quand vous avez sociologiquement toute une organisation/institution qui vous légitiment et accréditent, au point que le simple fait d'y mettre les pieds pour consulter vous fait passer pour fou aux yeux des secrétaires médicales ou de n'importe quel quidam un peu conscient de l'endroit où on se trouve (effet-institution, effet-établissement, en psychologie de l'éducation). C'est tout le propos du film Vol au-dessus d'un nid de coucou. Les normes anthropologiques quant au "mentalement correct" entrent beaucoup en jeu, et l'on gagnerait alors à s'intéresser à l'ethnopsychiatrie de Jeremy Narby, qui relève et intègre le phénomène.
Enfin, on ne peut pas dire que les psychanalyses ne partent pas de certaines expériences "de bon sens", même si ça ne suffit pas à faire une science. Le freudisme par exemple, gagnerait à être étudier en zoologie ou éthologie humaine. C'est d'ailleurs ce qu'a tenté de faire Boris Cyrulnik à sa façon encore trop légère. Mais enfin, on ne peut nier qu'un père est un mâle, une mère une femelle, et l'enfant de même un mâle ou une femelle, ni que l'inceste est largement prohibé tout autour de la Terre, ni que l'inceste est parfois consommé, sans parler de toutes les situations dites incestuelles étudiées dans des cadres psychologiques et psychiatriques non-psychanalytiques. C'est-à-dire que l'intuition freudienne d'un désir sexuel intra-familial, pour révoltante qu'elle soit aux bonnes mœurs, n'est pas aussi facilement déniable qu'on aimerait, même si le freudisme était absolument réfuté. Et ainsi de suite de toutes les psychanalyses : avec Alfred Adler, on ne peut nier qu'il existe des compensations de sentiments d'infériorité (de là à en faire un principe scientifique, c'est évidemment autre chose !) ; avec Carl Jung, personne ne nie les expériences religieuses, d'autant plus qu'il est neurologiquement démontré le pouvoir anxiolytique de la croyance (alors pourquoi en priver certains d'arrache-pied, en dehors d'une politique antireligieuse ? qui d'ailleurs peut proposer des compensations) et puis, Carl Jung partit de l'intuition d'une structure vestigiale du psychisme, qui n'est pas réfutée loin de là (sans que ça ne prouve sa psychanalyse scientifiquement non plus) ; avec Viktor Frankl, on ne peut pas nier que le sens et les significations soient cognitivement importantes (de là à abonder dans le sens d'un divin en soi, etc. la science passe son chemin) ; enfin avec René Girard, on ne peut nier les rivalités intra- comme inter-spécifiques (encore qu'on ne puisse en faire un absolu comportemental scientifiquement).
Bref, il se pourrait que les psychanalystes aient leurs contributions à apporter dans le vaste domaine de l'accompagnement psy, or on peut déjà dire qu'en Histoire des sciences ils ont frayé des chemins au moins, sachant en outre qu'ils sont dans le même cas que tous les travailleurs psy : pris dans les rets d'une relation humaine qui n'est pas aussi vérifiable, répétable et réfutable qu'on le voudrait, comme toutes les sciences humaines. C'est à la fois leur problème et leur richesse, sous l'angle aristotélicien de sciences du général.
Annexe : la névrose psychanalytiste possible
Devant la psychanalyse freudienne, ce qui est sûr, c'est qu'il peut y avoir en effet (parfois à cause des psychanalytismes freudiens surtout, c'est-à-dire post-freudiens...) une névrose psychanalytiste possible. C'est-à-dire que par soi, priser la psychanalyse semblerait névrotique, que la psychanalyse-même névroserait ses amants qui, comme amants, seraient aussi des haineux (hainamoration)... sur quoi donc ils auraient pu chercher à exempter le point analytique depuis lequel, en effet, il y a analyse.
Seulement, nous dirons que c'est humain - y compris psychanalytiquement humain -, et je crois que c'est Jacques Lacan qui avait fait remarquer que dans psychanalyse, il y a anal, autant dire production agressive jusqu'au sadisme, d'interprétations sur la base des matériaux ; et, ce, jusqu'à la psychose à vrai dire (névrose narcissique), quand les personnes s'y mirent en gloses sur tout et n'importe quoi. Ce qui est en propre la névrose psychanalytiste en question.
Reste qu'on relaie ça un peu vite aux stratégies politiques d'un tout est sexuel à cause du freudo-marxisme avant tout. Or, il faut préciser que les freudo-marxistes ont largement fini schizophrènes (psychotiques, névrosés narcissiques) : Otto Gross et Wilhelm Reich - sans que cela ne les empêcha de mener des recherches avisées pour commencer, sous le regard approbateur de papy Freud (comme d'autres détournés : Carl Jung, Sandor Ferenczi, Otto Rank, etc., le reniement n'étant pas un critère de moindre qualité). Bref, affirmer que tout serait sexuel est déjà névrotique évidemment, tout comme le marxisme poussa à faire dire que tout est politique (par exemple : Jean-Paul Sartre, sorte de freudo-marxiste d'ailleurs, avec sa psychanalyse existentielle critique de Freud sans s'y opposer totalement).
D'ailleurs, quand Sigmund Freud parle de stade oral, anal et génital (Lacan insère n'est-ce pas, le stade phallique/du miroir, de l'anal au génital)... il parle avant tout de sensorialité, même pas de sensualité, encore que la sensorialité implique fatalement la sensualité de proche en proche, donc à terme la sexualité ce que les sexologues nomment la sexualité. C'est-à-dire que l'oralité (produisant toutes les névroses narcissiques jusqu'aux pires psychoses) ne saurait concorder aux auspices d'un tout est sexuel textuellement (private Lacan-like joke : d'autant plus que pour l'oralité en effet, c'est plutôt de l'ordre d'un tout est textuel ... ), et ainsi de suite de l'analité (expérimentalement référée à l'époque où l'on apprend à faire popo, c'est-à-dire 2-3 ans).
Même si les physiologues/sexologues observent que le garçon a des afflux sanguins péniens dans le ventre de sa mère déjà, et la petite fille à 3 ans dans le clitoris, on ne peut pas dire psychanalytiquement tout est sexuel, ça n'est pas psychanalytique que de dire cela. D'ailleurs, dans le cas de la petite fille, c'est patent que le stade oral des premiers mois ne saurait être associé à une telle sensorialité, mais qu'au contraire la découverte de cette sensorialité (sexuelle) est d'emblée relayée à l'analité (au stade anal) ! ...
C'est donc bien moins politiquement stratégique/stratégiquement politique que cela, tout n'est pas sexuel, encore que tout soit sensoriel et psychanalytiquement exprimé dans les termes de la psychosexualité, dans les termes du sexual (du sexe comme ontologie). Mais c'est bien plus proche d'un empédocléisme (interactions eros/neikos) doublé d'hédonisme et d'utilitarisme épistémologiques, que le freudisme. A partir de quoi Freud y sursoit, à dire que l'éducation doit répresser sans refouler, même si ça frustre parfois : c'est là le point, plutôt judicieux il faut le dire, sans quoi nous serions d'affreux libidineux malins, incapables de créer ni même bien de procréer (éduquer à notre tour), car incapables de gérer nos frustrations.
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