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« Viva l’anarchie ! » : la rencontre en BD entre Makhno et Durruti à Paname !

L’anarchie en BD rue dans les brancards, comme un écho vibrant de notre époque où les luttes sociales vont croissantes. Buenaventura Durruti et Nestor Makhno sont entrés dans l’atelier de Bruno Loth. De cette rencontre fraternelle, ces deux activistes anarchistes nous font voyager de l’Ukraine à l’Espagne. Ils nous interpellent comme un jeu de miroir sur notre société actuelle si liberticide et d’une violence policière sans précédent. Bel ouvrage de la famille Loth père et fils et son tome 1 « Viva l’anarchie ». A suivre… Vivement la suite et un grand merci à eux-deux !

Quelle bonne idée d’avoir réuni en 1927 à Vincennes, région parisienne, deux héros communistes libertaires qui ont mis en œuvre leurs idées en Europe. A la couleur, Corentin Loth est aux petits soins pour ses personnages. Au scénario et dessin, Bruno Loth, toujours aussi documenté, bonifie son art du trait et du portrait, comme le vin de Médoc.

J’étais restée sur le tome 1 du « Vent des libertaires » avec en toile de fond l’existence romancée de Nestor Makno.

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article9808

Bruno Loth a pris le pari de donner la parole dans un dialogue entre ses deux héros, avec en filigrane des citations de Bakounine, Piotr A. Kropotkine, histoire de recontextualiser ces penseurs anarchistes activistes.

Au commencement, le 14 juillet 1927, P’tit Louis[1] alias Louis Lecoin, syndicaliste et pacifiste à qui l’on doit par ses nombreux combats et grèves de la faim pour l’obtention du statut d’objecteur de conscience : https://maitron.fr/spip.php?article50070. Il se prépare pour se rendre à la librairie Le libertaire afin d’assister à un meeting animé par Sébastien Faure pour accueillir et fêter les trois mousquetaires : Durutti, Ascaro et Jover. Ils ont failli être extradés vers l’Argentine où ils étaient condamnés à mort et viennent tout juste d’être libérés des geôles françaises. Nestor Makno les rejoint enthousiaste sur la scène.

Sébastien Faure : « Je cède la parole à celui qui a osé s’opposer à la dictature bolchévique en Ukraine, notre ami Nestor Makhno ! « .

- « La révolution que nous avons menée en Ukraine de 1917 à 1921 m’a beaucoup éclairé sur le plan humain. Il nous a fallu inventer un système social fondé sur la liberté individuelle… (entre deux toux) Les principes anarchistes de la non-violence : la créativité, l’autogestion et l’initiative. Même si le chemin vers le communisme libertaire est encore long et semé d’embuches, restons déterminés ! » (p 9 et 10)

A cette diatribe qui prouve encore une fois qu’un monde libertaire n’est pas le fruit de l’utopie, le jeune Durruti répond et répand avec fougue et ferveur son enthousiasme et ses remerciements aux militant(e)s de base mais aussi à leurs compagnes visiteuses de prison lorsqu’ils étaient au zonzon.

Et pour parodier les paroles en fin de la chanson « Les anarchistes » de Léo Ferré : « Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent /
Et qu'ils se tiennent bien bras dessus, bras dessous
Joyeux / et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout
Les anarchistes
 », ils se rendent ensemble pour partager un bon gueuleton. 

 https://youtu.be/_1PcOsbJbLI

 

 

En visite chez Makhno, toute la joyeuse bande se retrouve et discute autour d’une bouteille de Bordeaux et de petits gâteaux.

C’est la confrontation de deux générations. Celle de Makhno qui se dit fatigué et est malade. Il a délaissé l’action pour se consacrer à l’écriture d’articles et considère Durutti comme l’avenir de l’anarchie. Galina sa compagne participe aux discussions activement. Les communes libertaires fondées en Ukraine sur l’égalité et la solidarité sans aucune structure de pouvoir fonctionnaient parfaitement. Galina insiste sur le manque criant de formation, d’éducation et de culture. Elle était institutrice, chargée de la réforme et l’organisation des écoles. Des méthodes de pédagogie nouvelle dont celle de Francisco Ferrer avaient retenu toute son attention… Etonnant non ?

Makhno raconte son enfance de paysan à Gouliaï Polié et les premières actions directes. La trahison d’un mouchard pour les souliers à clous amènera quatorze compagnons à la pendaison. Sa mère, du fait de son jeune âge a réussi à lui obtenir la vie sauve, avec en contrepartie la prison à vie. Une bibliothèque avec tous les « classiques » anarchistes sont vite dévorés par Makhno. Au final, 8 ans et demi de réclusion et sa libération du fait de l’éclosion de la révolution de 1917. Agé de 25 ans, de retour au village, Makhno sème les accents de la révolte contre les propriétaires qui exploitent les ouvriers et les paysans. C’est le début de la révolution anarchiste en Ukraine.

La parole circule. C’est au tour de Durutti de se raconter. On retrouve encore le combat contre la misère en écho des révoltes. Quand les militaires ont arrêté son père, il n’avait que 7 ans et déjà la haine des uniformes. Il entre en apprentissage auprès d’un certain Melchior forgeron, qui lui enseigne les gestes du métier et le socialisme. Il se syndicalise, subit la répression violente. C’est alors qu’avec un groupe de jeunes travailleurs, ils passent à l’action de sabotage. Suite à la trahison de son idéal par son syndicat, il s’est tourné vers la CNT et devient déserteur. Il se réfugie alors en France. Et lors de son retour clandestin en Espagne, il est arrêté et condamné à cinq ans de service militaire dont deux au Maroc dans un bataillon disciplinaire. La solidarité des compagnons organise son évasion. En juin 1919, retour à Paris, il est engagé chez Renault comme Makhno avec le soutien de la CGT.

Durutti a beaucoup aidé à la création de la Librairie Sociale Internationale pour développer la culture anarchiste et l’éducation rationaliste. C’est encore par le truchement des théoriciens anarchistes qu’il opère ses réflexions.

S’en suit alors un débat contradictoire sur la violence, et la légitime violence. Forcément, Louis Lecoin s’en offusque et défend ses idées. Ils parviennent à s’entendre de façon pacifique sans jamais élever la voix pour avoir raison. Ils dissertent et s’écoutent attentivement et avec respect. Ils apprennent que la fameuse librairie émancipatrice ne provenait pas du maigre salaire de Durruti mais du braquage de banques pour la redistribution des richesses.

C’est alors que Galina apporte la carte d’Ukraine et que Makhno enthousiaste va raconter la Makhnovtchina. Fin du tome 1. La fameuse carte est reproduite tout à la fin de l’ouvrage.

Cette BD ressemble avec brio à un essai autour des théories anarchistes mises en pratique sur le terrain des luttes, avec les débats, les contradictions, les interrogations qu’elles peuvent soulever avant les années 30. Lisible par toutes et tous, ayant ou non des connaissances sur le mouvement libertaire.

Encore une fois, Bruno Loth fait œuvre de pédagogue pour que revivent sous nos yeux, deux fervents militants communistes libertaires. Il leur donne vie, parole, mimique et corps. Ils refont le monde non pas par des mots, mais en actes selon leur idéal anarchiste. Paname les réunit et ils en ont des choses à dire. Ce qu’ils nous narrent, on le retrouve de nos jours dans des situations similaires, lors de la trahison de syndicats réformistes et face à la violence d’Etat et de la répression sans non. Ils ont vécu l’anarchie quelques mois et ont prouvé qu’elle était viable. Ils insistent sur le rôle de l’éducation, la culture pour s’émanciper des carcans. 

Bruno Loth continue son œuvre libre et indépendante. Il est le pont pour ses idées généreuses et fraternelles.

Il remercie toutes les personnes qui ont porté leur pavé à la création de cet ouvrage. On reconnait aisément les traits des penseurs anarchistes de cette époque. C’est un plaisir non feint, en ce qui me concerne de retrouver ce cher Louis Lecoin.

A lire et à soutenir ce premier tome qui donne très envie de connaitre la suite des aventures de Makhno et Durruti.

 

« Viva l’anarchie ! » de Bruno Loth scénario et dessin et Corentin Loth à la couleur, 80 pages, éditions la Boîte à Bulles collection hors champ, février 2020, 18 euros.

Visuels Copyright Viva l’anarchie © éditions La Boîte à Bulles / Bruno et Corentin Loth

 

La Boîte à Bulles : https://www.la-boite-a-bulles.com/book/567

 

[1][1] Dans sa chanson : « Le tango de l’ennui » François Béranger évoque un autre P’tit Louis, alias Renault ou des anarchistes dont Makno y cracha ses poumons pour survivre !

« Je mesure aujourd'hui, combien favorisé / J'étais quand je travaillais chez P’tit Louis / A Billancourt sur seine, dans l'entrepôt modèle / Je participais à l'expansion / A six heures du matin / Lever comme un aveugle
Se laver avaler son café / S'enfoncer dans le noir, prendre le bus d'assaut /
Piétiner dans le métro, c'était le pied / Anastasie, l'ennui m'anesthésie
 ».

 


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1 réactions à cet article    


  • berry 18 février 10:01

    Encore ces vieilles lunes socialistes qui ont échoué partout.

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